Premiers discours 43 – la véritable adoration

Qui devrions-nous adorer ?

La joie que procure la dévotion peut être décrite de différentes manières. Qui devrions-nous adorer? Paramatman. De Quoi s’agit-il? Il est à l’origine de la vie de tous les êtres vivants, de la fourmi à Brahma, dernier de cette longue liste. Il est unique mais apparaît sous d’innombrables formes, de la plus petite à la plus grande. En réalité, aucune n’a d’existence séparée et chaque être est Paramatman Lui-même. Tout le monde, y compris vous, fait l’expérience de l’existence de Paramatman en soi en tant que la saveur « Je suis ». Par la connaissance de soi en tant qu’Atman apparaît une grande félicité. C’est le résultat ultime de la dévotion, qui est indescriptible. Votre dévotion à Paramatman Lui est plus agréable que tout autre chose, et Sa satisfaction due à votre dévotion est indescriptible. Notre propre joie d’exister est à la mesure du don que Dieu nous a fait. En tant que Soi, nous sommes déjà emplis de qualités telles que la générosité infinie, la plénitude intemporelle. En fait, ce qui nous manque, c’est la connaissance de nos propres qualités et de leur mise en pratique. Celui qui se connaît totalement connaît tous les autres. Cela signifie que l’on connaît parfaitement tout ce qui est mobile et immobile. Ce qui déborde encore après avoir rempli notre propre être est plus que suffisant pour satisfaire l’existence entière.

Ce qui reste, après avoir tout empli, est notre propre être, que nous expérimentons déjà. C’est ce qu’on appelle la spiritualité non duelle. Tant que l’on ne se connaît pas, il ne peut y avoir de félicité liée à la plénitude. Comment serait-il alors possible de transmettre cette félicité de la plénitude aux autres ?

Bhagavan transmet à Uddhava la connaissance du Soi qui est habituellement au-delà de la capacité de compréhension de tout jiva. Dieu dit: «Si la dévotion à Mon égard s’imprime sur votre Conscience, toutes les forces miraculeuses seront à votre service. Il faut apprécier la dévotion et avoir la conviction que c’est la seule voie. La dévotion signifie l’affection, l’amitié ou encore l’unité. Par l’écoute des paroles du Guru, se développe la conviction du Soi. La question est de savoir si vous faites un bon usage de votre Conscience, qui vous est présente sans effort. Devez-vous vous rappeler que vous existez ? Non. Oubliez tous les dieux, et voyez votre Guru présent au sein de votre Conscience. Qu’il n’y ait pas de différence entre le Guru et la Conscience.

Sans que vous fassiez quoi que ce soit, la lumière de votre être a spontanément occupé tout l’espace. Cette lumière est celle de Bhagavan, par laquelle vous savez que vous êtes et goûtez et aimez votre être. Débarrassez-vous du concept envisageant d’autres Dieux que Vasudeva, la Conscience. Ressentez votre propre être, qui s’appelle Vasudeva. En d’autres termes, mon Atman est Paramatman, et Il occupe toute l’existence mobile et inerte. Par conséquent, toute l’existence est liée à ma Conscience. L’Atman est plénitude et sans Lui, il n’y a rien. Ayez la ferme conviction de ce qu’est votre Conscience, afin que tous ses pouvoirs miraculeux soient les vôtres.

Notre Atman contient tous nos besoins d’intelligence, de compétence et de connaissance – qu’ils soient mondains ou spirituels – nécessaires à notre véritable satisfaction. Tout être vivant vient à connaître son existence et c’est la chose la plus précieuse pour tous. Là, maintenant, cet air est dans l’espace, l’espace est dans la Conscience et la Conscience est en Paramatman. Paramatman contient donc tout et rien ne Lui manque. La connaissance obtenue spontanément est juste. C’est par le fait de la Conscience et de la forme corporelle que l’on se dit homme ou femme. Il n’y a rien d’autre d’aussi important que cette Conscience. Elle s’ajuste au gré de chacun. S’il le faut, Elle est emplie de dévotion. Il n’y a rien de comparable à la Conscience, Elle est indescriptible et Elle est la signature de l’existence de Paramatman. N’imaginez rien à son sujet, la spontanéité est la meilleure attitude. Qui peut faire l’éloge du Soi ? Celui qui Lui est totalement dévoué et qui en a l’intime conviction. Alors, les choses sont vues telles qu’elles sont. Ensuite, votre manifestation infinie inclut tout ce qui est mobile et immobile. Un tel Dieu n’a pas d’autre Dieu. Les Écritures confirment qu’un vrai dévot devient libre de tout devoir et n’a pas de renaissance. Toute l’existence devient sa manifestation, qu’il chérit.

Ce qui n’est pas perceptible pour les autres êtres est perceptible pour les sages, ainsi ils voient Dieu en tout. Tant qu’il y a une identité corporelle, il convient de laisser toutes les actions à Dieu. Tant que c’est le cas, il n’y a aucun contrôle sur le corps et l’esprit, et il ne peut pas y avoir de reconnaissance de sa vraie nature en tant que Soi. C’est pourquoi alors, la béatitude du Soi nous manque. Ceux qui jouissent de cette béatitude sont au-delà de tous les besoins, par conséquent ils n’envient pas ou ne haïssent pas les autres. Ils voient leur propre Soi en tout. Comme ils ont le plein contrôle sur eux-mêmes, leur existence même influe sur les autres. Celui qui a la connaissance du Soi, ne serait-ce qu’une seule fois, devient débordant de dévotion. Un tel être est très à l’aise avec la Conscience, facilement, naturellement. Celui qui est empli de dévotion voit son unité avec Ishwara. Alors, il devient une compagnie bénéfique pour les autres. Celui qui a la conviction de ce qu’est cet amour du Soi a son visage qui s’illumine de la Joie Divine. Dieu lui manifeste tout son amour. Alors, même si vous vous cachez pour rester inconnu, Dieu prendra une forme physique pour vous faire connaître. Le dévot se sent intimidé de voir Dieu travailler pour lui, et voudrait qu’Il prenne du repos. Mais Dieu ne veut pas que Son dévot travaille. Dieu veut faire connaître à tous le nom et la manifestation du véritable dévot. Telle est la relation d’amitié entre Dieu et le dévot. Le dévot contribue à répandre le bonheur et l’amour Divin parmi tous les êtres. Quand il devient évident que Dieu est à l’intérieur et non à l’extérieur, tous les besoins prennent fin.

La béatitude du Soi ne reste pas limitée aux sages, elle déborde et sa lumière rend tous les êtres heureux. Si la béatitude d’Atman ne s’illuminait pas dans tous les êtres, ne manquerait-elle pas de bonté? Le prana dans l’espace, par un mouvement rapide, génère de la chaleur. La chaleur fait transpirer et de l’eau se forme. Quand elle se minéralise, il y a de la terre. Mais quelle est la cause première? C’est le prana, qui est contenu dans l’amour du Soi. La Conscience se repose en Paramatman. Cette connaissance supprime toutes les différences, il y a unité.

La dévotion signifie l’amour et l’amour est joie. Cette joie apparaît comme manifestation d’Ishwara. On peut être incapable de parler, et pour autant empli de dévotion, un flot de mots coule de la bouche comme du nectar. Dieu aime votre dévotion et se manifeste ainsi. Même Paramatman aime la voix pleine de dévotion. C’est l’expérience des sages, qui accordent plus d’importance à leurs dévots et visiteurs qu’à leur propre être.

Bhagavan dit : « Dans ma nature éternelle, je n’ai pas conscience de ma propre existence. Cette même nature apparaît dans cette forme, qui s’appelle maintenant Bhagavan. Je ne peux pas révéler le secret de la façon dont je suis rendu soumis à mon dévot. Je suis subjugué par la dévotion. » Mais il ne s’agit pas ici d’une adoration duelle.

Votre Conscience elle-même est le plus grand Dieu, et avoir conscience de cela est la véritable dévotion. Le plus grand imbécile est celui qui, tout en s’identifiant au corps, se considère lui-même comme Atman.

L’infime Conscience reçoit le titre de maître des trois mondes. C’est grâce à cette Conscience que nous apprenons à nous connaître, ce qui est inoubliable. Au-delà de la Conscience, pas besoin de femme ou de mari pour trouver la satisfaction. La Conscience est source d’inspiration pour tout, il faut toujours en être conscient. Atman est resté inchangé depuis les temps infinis qui se sont déroulés. On peut donc dire que c’est le plus talentueux. L’Atman est aussi le prana qui est utilisé par Rama, Krishna, Vishnu et nous faisons de même.

Nous devons avoir une foi totale dans l’Atman et Lui être de plus en plus dévoués. Il devrait y avoir un souvenir constant du Guru à chaque respiration. La présence d’Ishwara est partout sous forme de feu, d’air, d’eau et de poussière. Par conséquent, utilisez la Conscience correctement, sans attendre de bénédiction ou quoi que ce soit d’autre de la part des autres.

Quoi que vous ayez entendu, que cela vous accompagne, sans essayer de modifier en quoi que ce soit l’Atman. Il n’y a pas d’autre Dieu que la Conscience, et la dévotion est l’essence de tout. Notre dévotion nous parle d’Atman, qui est en nous comme notre Conscience. Cette Conscience est ce qui connaît l’intellect, et ne permet pas à ce dernier de dominer Celui qui a connaissance de la Conscience. L’intellect n’est destiné qu’à la connaissance matérielle. Celui qui voit la Conscience comme la semence et le corps de l’univers peut être considéré comme établi dans la vraie dévotion. Notre être pur, avant tout souvenir, est en ordre parfait. Elle est antérieure à toute action. Restez là, dans la dévotion ultime. C’est ce qu’on appelle s’établir dans la dévotion au Divin.

Nisargadatta Maharaj

18 décembre 1955

Extrait de « Premiers discours » aux éditions des deux Océans

 

3 réponses sur “Premiers discours 43 – la véritable adoration”

  1. Le paradoxe de ce discours sur la joie (qui est d’une pédagogie exemplaire d’une part et qui s’adresse d’autre part à des gens ordinaires comme nous) et que si on ne se retire pas au moins temporairement du monde , est pratiquement impossible
    à faire, sauf si on à la force de caractère d’un Maharaj…
    Comme il dit: » un sur un million » comprends ce que je dit et se réalise (entre autre: Jean Dunn)
    Mais il est certain que le  » Je suis » est le souverain remède et si nous n’arrivons pas à nous y stabiliser cela n’est dû qu’à notre manque de foi et de sérieux.

  2. Oui , se retirer temporairement de l’attraction du monde , peut être une étape de ce processus, mais cela ne veut pas forcement dire partir dans un ermitage ou un monastère. Le moment de se retirer du monde , est toujours maintenant. Et cela ne demande pas toujours de s’isoler, mais de prendre conscience de ce qui semble être attiré ,aimanté, identifié, et par contraste de ce qui est ici présent, immuable, sans âge, sans attributs, sans qualités. Simple présence, lumière immuable, qui éclaire le monde ( pensées, sensations, émotions comprises). Chaque situation est la bonne. Chaque moment est le bon.
    Alors quand ,par cette disponibilité et présence à Soi, la clarté se fait toujours plus pregnante, le monde perd de son pouvoir et de son attraction addictive. Comme dans une salle de cinema ou de projection où il n’y aurait plus d’obscurité. Il n’y a plus à se retirer , mais juste demeurer en Soi, comme cela est déjà le cas en toute intemporalité.
    Et ainsi comme Nisargadatta ou Jean Dunn, assister et participer à ce spectacle incroyable de la grouillante Mumbay, sans en être affecté plus que le nécessaire fonctionnel le demande.
    n-b : Mais l’option vit à la campagne est très bien aussi ! 😉

Répondre à Jean-Michel Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *