Cathy Boucher et Nisargadatta Maharaj

Témoignage de Cathy Boucher, sur sa première rencontre avec Nisargadatta  Maharaj :

En janvier 1978, j’atterrissais à l’aéroport de Bombay et entrais dans un autre monde. Alors que mon taxi traçait dans les rues à trois heures du matin, parmi ceux qui dormaient à même le sol, je pensais être arrivé dans la cité de la mort.

Le jour suivant, Monsieur Hate, le gendre du Guru vint nous chercher (j’étais venu avec une amie.) Il nous raconta des anecdotes au sujet de son Guru et beau-père, Sri Nisargadatta et de ses femmes, la première étant la fille du Guru. Celle-ci décédée, c’est le guru qui lui choisit la suivante. La fille de Nisargadatta eut une mort subite, alors qu’elle était sur son lit de mort, elle ria avec son père et rendit son dernier souffle. Sa seconde femme fut choisie par Sri Nisargadatta, ils sont maintenant d’heureux mariés et ont un enfant.

Nous sommes passés par le marché pour prendre quelques fruits en offrande pour le Guru. Nous arrivons finalement au 10 du Ketwadi Lane, toute proche du Cinema Alfred, et totalement inondée de la cacophonie ambiante. A l’intérieur, se tenait un homme au teint mât et aux yeux brûlants. Il était sur le point d’être rasé par un barbier itinérant et avait le visage couvert de savon. Il m’a regardé et je me suis demandé si j’étais devenue folle pour faire tout ce voyage jusqu’ici. Son intensité était toute à la fois effrayante et captivante. Comme nous étions approximativement de la même taille, je pouvais regarder directement dans ces yeux. Des yeux pour lesquels j’avais parcouru la moitié de la terre, les yeux d’un être éveillé.

Même si je suivais un enseignant spirituel en Californie, je voulais rencontrer un « authentique Guru indien éveillé ». Il n’était pas colérique, il était avant tout pure intensité. Ce que j’allais être amené à découvrir à d’autre occasion était qu’il était aussi pur amour.

 

En 1976, J’avais découvert le livre d’entretien de Nisargadatta « Je suis », dans la revue de presse de la publication « Moutain pass » de l’ashram de Sri Ramana Maharshi. Une fois le livre en main, il me fut évident que cet enseignement était similaire à celui du Maharshi,  une pure non-dualité, transmise dans un style propre à Nisargadatta Maharaj.

« Je suis » est un livre qui rassemble des dialogues enregistrés, principalement avec des chercheurs en spiritualité occidentaux. J’ai écrit à Maurice Frydman en 1976_77 pour lui exprimer toute ma gratitude pour avoir mis en lumière cet enseignant. Maurice Frydman aurait alors souhaité que je trouve un éditeur aux Etas-unis pour « Je suis ». Je lui répondais que je tentais la chose, et envoyais de suite des copies à trois éditeurs de livre de spiritualité en même temps ; Shambala à Berkeley, Unity press à Santa Cruz, et Rainbow bridge à Santa Cruz. Shambhala n’exprima aucun intérêt pour publier, Stephen Levine chez Unity Press, apprécia réellement le livre mais répondu que cela sortait du domaine de Unity Press qui se cantonnait à la méditation Vipassana et l’éditeur de chez Rainbow Books répondit que « Ca lui donnait la chair de poule ! »

 

Sans solution momentanément, Je souhaitais m’entretenir avec Maurice  à nouveau, à la place de cela, je reçus la nouvelle de son décès. C’est alors que je décidais de rencontrer Nisargadatta Maharaj en personne.

 

Après la première rencontre à la mousse à raser, je me suis sentie déstabilisée, ne sachant plus si c’était une bonne idée d’être venue à la rencontre de Nisargadatta Maharaj, mais j’étais déterminé à aller plus loin.

De retour  à son domicile de Ketwadi lane, Je fus choqué de voir comment ce lieu se trouvait en plein milieu du chaos de Mumbai. En m’introduisant à l’intérieur de la maison sombre et grimpant les marches de l’escalier qui menait à la mezzanine, j’amenais aussi mes attentes et mes peurs.

Il était coutumier de se prosterner devant lui et je pouvais ressentir certaines résistances « américaines » en moi à m’incliner devant un autre  être humain. Cependant, une fois que cela fut accompli, je senti  toute la saveur d’un état de grâce montait en moi. Le traducteur expliquait que la prosternation «  plus rien moi, seulement toi ». La prosternation devint de plus en plus source de grâce, au fil des répétitions. Mais, ce jour là, c’était la première fois et  j’étais anxieuse et mal à l’aise.

 

La pièce était allongée, faiblement éclairée et peint d’un vert proche de la couleur du cuivre oxydé. Tout autour de la pièce étaient accrochés des peintures et des photographies de personnes que je ne pouvais pas reconnaître. Chacun d’entre eux avait un point rouge sur le front. A l’opposé de la pièce, se trouvé un autel massif en argent avec une peinture représentant  Sri Siddharameswhar (le maître de Nisargadatta maharaj) posée dessus. Des guirlandes de fleurs étaient accrochées aux tableaux, comme à beaucoup d’autres dans la pièce. Maharaj était assis sur ce qui semblait être une peau d’animal, sous un miroir qui faisait face à un autre. Tout proche sur le coté se trouvait  une photographie de Ramana Maharshi. De l’autre coté du miroir, prenait place un portrait de Nisargadatta. Maharaj. Tout le monde était déjà assis sur le sol en face de Maharaj. Maharaj était déjà engagé dans un dialogue avec une femme qui venait d’Allemagne et qui arrivait de l’ashram de Ramana.

Maharaj évoquait Vithoba et Tukaram, et le jeu de la dévotion. Tandis que le temps s’écoulait dans cette petite pièce, je prenais conscience que Maharaj avait une façon très directe de pointer notre véritable nature, qu’il avait des instructions très pratiques. IL faisait aussi parti d’une lignée. Nous, occidentaux, étions avide d’instruction si directe. Maharaj avait peu de patience pour l’intellectualisme occidental, les concepts spirituels et les discours de place du marché. Pendant le temps où je me trouvais là, il  fit sortir certaines personnes. Il était connu pour mettre les gens à la porte de chez lui. C’était une manière d’enseigner. Pour mon premier jour de satsang, il était engagé dans le jeu du maître et du disciple et invitait Barbara, l’amie avec qui j’étais venue,à recevoir l’initiation du mantra. J’étais toute à la fois jalouse et perplexe (je pensais que je devrais être celle qui mériterait une telle attention). Dans le livre «  je suis » il est peu fait allusion à la dévotion comme part de l’enseignement. OUI, il y évoque avec dévotion son guru Sri Siddharameswhar, mais pas grandchose d’autre. Peut-être qu’il savait que nous occidentaux, sommes peu familiers avec une telle approche ; mais que pour nous la quête de la non-dualité prend plus la forme d’une sagesse intérieure. Nous venions tous pour le « non- nonsense », le feu intense tel que lu dans le livre, et voici que devant moi, se rejouer dans un décors doucereusement divin, le jeu du guru et du disciple. Et je ne n’en saisissais pas les tenants et aboutissants. Sans vouloir dire que la dévotion est nécessaire à l’éveil à la vérité de notre véritable nature, il faut dire qu’elle a toute sa place dans la lignée de Maharaj.

 

Un matin, j’arrivais plus tôt. Suffisamment tôt pour assister à une partie des préparatifs dévotionnels et pujas du matin que pratiquer Maharaj. Après la lecture de textes sacrés (sans que je sache lesquels), il nettoyait et réajuster chaque tableau de la salle de satsang. Il prenait grand soin de placer correctement les guirlandes de fleurs autours des portraits. Je commençais à avoir envie d’en savoir un peu plus sur ces personnages qui  inspirés autant de respect et d’amour  de la part de  Maharaj.

 

Plus tard dans mon séjour, je me vis assigner un traducteur, en la personne de Suamitra Mullarpattan. Il devint mon traducteur et ami. Il me combla d’histoires concernant Nisargadatta  Maharaj, et quand je le questionnais au sujet de la lignée, il me répondit que Sri Siddharameswhar Maharaj, tout comme son guru Bhausaheb Maharaj vivait une vie de famille. D’une certaine façon, cela m’impressionna car j’avais le sentiment qu’un guru devait être renonçant ou un moine. L’idée que tout le monde pouvait devenir éveillé, si il regardait à l’intérieur, profondément, devenait plus consistent. Très certainement, l’immédiateté de la transmition des enseignements de Nisargadatta Maharaj a attrapée bon nombre de chercheurs sur la voie spirituelle des années 70 (1970). D’ailleurs, ces 24 dernières années de ma vie, toute mon attention s’est portée sur les enseignements libérateurs de Sri Nisargadatta, plus particulièrement sur 5 dernières années de sa vie. Le contexte dans lequel il vivait et la lignée d’où il venait, devinrent de plus en plus pertinents. Je devenais alors toujours plus curieuse de connaître la part que jouait sur nous occidentaux le fait qu’il soit un chef de famille dans la pleine activité d’une métropole moderne.

Même si beaucoup d’entre nous pourraient considérer un génie spirituel tel que Sri Nisargadatta comme une «  anomalie »,  je croie qu’il ne s’agit pas là d’un caprice de la nature, qu’un vendeur de cigarettes presque sans formation, venant des faubourgs de Mumbai s’éveilla à sa véritable nature. Cette miraculeuse coïncidence avait aussi à voir avec sa lignée…… lire la suite de l’article de Cathy Bouchet  sur la page dédiée à la Navnath Sampradaya de ce site.