Conscience et Absolu – Darshan

Darshan Nisargadatta Maharraj

Nisargadatta Maharaj : Tout arrive dans la conscience basée sur le corps, et là seulement. Les personnes  ( les entités séparées) n’existent que dans la conscience basée sur le corps. La connaissance habituelle ne s’occupe que des choses en relation avec cette image du corps. Vous n’êtes pas le corps, vous êtes la conscience. Il n’y a pas la marque d’une personne, il y a seulement la conscience manifestée qui fonctionne. Cette conscience manifestée, dynamique n’a aucune conception que ce qui lui arrive est bon ou mauvais; quelque chose arrive, c’est tout. Personne n’est l’agent.

Le message « Je suis » est là. Le flot du mental est là aussi; il ne représente pas une personne, seulement la conscience. L’idée même que vous êtes le corps ( l’entité corps-esprit) est ridicule; il n’y a que la conscience qui fait l’expérience de sa manifestation ( qui est consciente d’elle-même à travers sa manifestation). Rares sont ceux qui vont saisir ce fait. pour un Jnãni, la vie dans le monde signifie le fonctionnement total de la conscience. Normalement, quelqu’un qui pense toujours que les autres sont des personnes ne va pas les concevoir simplement comme une expression, un fonctionnement de la conscience. Le jeu total de la conscience ne va pas descendre au niveau individuel ( et ne peut pas être saisi à ce niveau). Au niveau de la totalité,, c’est tout à fait différent, l’individu est seulement une manifestation de la conscience.

N’êtes vous pas le disciple d’un grand Sage? Il y a longtemps que vous allez le voir?

Visiteur : Sept ou huit ans.

N.M : Alors pourquoi venir ici?

V : Je voulais recevoir votre darshan, je voulais vous rencontrer.

N.M: Quand vous êtes ancré dans votre propre Soi, l’autre n’existe pas ( pas de dualité ou de séparation), vous êtes le tout. Si vous demeurez dans votre Soi vous êtes semblable à l’espace et il n’y a plus de dualité. Vous êtes aussi vaste et aussi subtil que l’espace, et  ça c’est la libération. Aucun nom, aucune forme ne  vous conditionnent. SI vous êtes semblable à l’espace, pourquoi aller quelques part? L’espace qui est ici est aussi partout ailleurs. la spiritualité n’est pas un jeu d’enfant. Mes paroles vont tailler en pièces les doutes de quiconque les entend.

Avant tout, demeurez dans votre Soi et allez au-delà, et en le transcendant vous réaliserez l’Ultime. les mots qui viennent d’ici ne sont pas une connaissance empruntée, celle qu’on trouve dans les écritures et autres livres; c’est de l’expérience directe, Nirupana. La pratique habituelle de ces gens qui font une profession de la spiritualité, c’est qu’ils répètent tels ou tels livres.

Vous devez comprendre absolument ce que vous êtes, ou ce que vous pourriez être quand il n’y a rien. Quand il n’y a rien, vous êtes toujours. Qu’est-ce que ce vous? ( Examinons les deux cas / Tout est un, et quand tout est, vous êtes aussi; ça se comprend; mais quand rien n’est, comment puis-je être? ( Si ce n’est  que en temps qu’Absolu: quand les qualités ne sont plus, il ne reste que l’être sans qualités, l’Absolu).

Nisargadatta Maharaj

le 19 juin 1981

Extrait de « Conscience et Absolu » aux éditions des deux Océans

Conscience et Absolu – disciplines spirituelles et illusion

illusion Nisargadatta Maharaj

Visiteur : Est-ce que l’on ne devrait pas se débarrasser de toute connaissance?

Nisargadatta Maharaj : Il faut d’abord être allé au bout de la conscience, la connaître dans sa totalité; alors on voit qu’elle n’est pas la réalité, et elle devrait se dissiper. Vous avez assisté à ces entretiens; maintenant, asseyez-vous et méditez:  » Ce que je viens d’entendre, est-ce vrai oui ou non? ». Alors vous arriverez à la réalisation que ça aussi il faut s’en débarrasser.

le principe qui est à même de décider si le monde est ou n’est pas, ce principe doit forcément être avant le monde. Ce principe qui décide de tout, si le monde est ou n’est pas, – qui le conçoit?

Quand je dis : »Parabrahman ( le suprême Absolu), vous dites que vous saisissez. Mais les mots ne sont rien qu’un outil pour communiquer. Est-ce que je me fais comprendre?

V : Le Jnãni sait que tout cela n’est qu’illusion, et qu’il n’y a pas de voie; mais si, dans l’illusion, on est convaincu qu’il y a une voie, qu’il ya une terre promise quelque part, alors est-ce qu’il est valable d’utiliser des techniques qui mènent à encore plus d’ illusion ?

N.M : Illusion, c’est un mot ou qu’est-ce que c’est?

V: C’est un mot qui représente un concept.

N.M : Et ça c’est aussi un mot , non?

V: Oui.

N.M: Alors  jusqu’à quand va-t-on chercher d’autres mots- illusion ???

 

Nisargadatta Maharaj

Le 18 novembre 1980

Extrait de « Conscience et Absolu » aux éditions des deux Océans

Conscience et Absolu – Individu et universel

Nisargadatta Maharaj conscience et Absolu

Visiteur : Pourquoi se fait-il qu’on se pense tout naturellement comme individus séparés ?

Nisargadatta Maharaj : Vos pensées sur l’individualité ne vous appartiennent pas en propre; elles sont collectives. Vous opinez que c’est vous l’individu qui a ces pensées; en fait, elles viennent de la conscience.

Quand notre spiritualité se développe, notre identification à l’individualité corps-esprit diminue, et notre conscience atteint la conscience universelle.La force vitale continue, mais ses pensées et ses actions ne sont plus limitées à un individu. Elles deviennent une expression du tout. C’est comme le vent : il ne souffle pour personne en particulier.

V: En tant qu’individu, puis-je retourner à la source?

N.M : Pas en tant qu’individu; la connaissance « Je suis » doit retourner à la source.

La conscience s’est identifiée et déterminée dans une forme particulière. En suite, elle réalise qu’elle n’est pas cette forme, et elle progresse. Dans certain cas, elle peut atteindre l’espace, et très souvent elle s’arrête là. Très rarement, elle remonte à sa vraie source, au delà de tout conditionnement.

Il est difficile de ne pas se laisser aller à cette tendance à ramener le Soi ( universel) au corps-esprit individuel. Quand je vous parle, je ne parle pas à un individu; je parle à la conscience. C’est elle qui doit remonter à sa source.

Au début, il y a le non-être. Puis, l’être en sort, aussi doucement que vient le crépuscule, avec juste une sensation de  » Je suis », et soudain l’espace est là. L’espace permet le mouvement, qui se manifeste  par l’air, le feu, l’eau et la terre. Ces cinq éléments sont vous. C’est votre conscience qui a tout fait. Il n’y a pas d’individu, il a vous, c’est-à- dire le fonctionnement du tout, la conscience en acte.

Vous êtes cette conscience, tous les attributs de la Divinité sont aussi les vôtres, mais vous vous cramponnez au corps-esprit, et ce faisant vous vous laissez aller au temps et à la mort – vous vous l’imposez à vous-mêmes.

je suis l’univers tout entier. Je n’ai besoin de rien, puisque jesuis tout. Mais je me suis niché dans du tout petit, dans un corps; je me suis limité à un fragment, et maintenant j’éprouve le manque, un corps a besoin de tant de choses.

Sans le corps, est-ce que vous existez, est-ce que vous avez existé? Sans le corps, est-ce qu’il y a, est-ce qu’il y a eu quelque chose? Retournez à cet état d’avant le corps.Votre véritable nature est présente, elle est libre, mais vous la cachez, en vous imaginant toutes sorte de choses.

Nisargadatta Maharaj

Le 8 novembre 1980

Extrait de « Conscience et Absolu » aux éditions des deux Océans

 

 

Je suis – entretien 23 – la discrimination

discrimination Nisargadatta

La discrimination mène au détachement

Nisargadatta Maharaj : Il pleut fort, vous êtes tous trempés. Dans mon monde il fait toujours un temps radieux. Il n’y a ni jour ni nuit, ni chaleur ni froid. Là, aucun tracas ni regret ne m’assaille. Mon mental est libéré des pensées car il n’y a pas de désirs pour me rendre esclave.

Visiteur: Y-a-t-il deux mondes?

Nisargadatta Maharaj: Votre monde est passager et changeant. Mon monde est parfait et immuable. Vous pouvez me raconter ce que vous voulez de votre monde, je vous écouterai attentivement, avec intérêt même, cependant à aucun moment je n’oublierai que votre monde n’existe pas, que vous rêvez.

Visiteur : Qu’est-ce qui distingue votre monde du mien?

N.M: Mon monde n’a aucune caractéristique qui permet de l’identifier. On ne peut rien dire à son sujet. je suis mon monde. Mon mon de est moi-même. Il est complet et parfait. Toute impression est gommée, toute expérience rejetée. Je n’ai besoin de rien, pas même de moi car je ne peux pas me perdre.

V: Rien ne s’y passe?

N.M : Dans votre monde, tout ce qui arrive a une valeur et appelle une réponse. Dans mon monde rien n’arrive.

V : Le fait même que vous ressentiez votre monde implique la dualité inhérente à toute expérience.

N.M: Verbalement, oui. Mais vos paroles ne m’atteignent pas. Mon monde est non-verbal. Dans le vôtre ce qui n’est pas dit n’a pas d’existence. Dans le vôtre rien ne demeure, dans le mien rien ne. change. Mon monde est réel alors que le vôtre est fait de rêves.

V : Cependant nous parlons.

N.M: Le discours est dans votre monde. dans le mien il y a éternel silence. Mon silence chante, mon vide est plein, je ne manque de rien. Vous ne pourrez connaître mon monde tant que vous n’y serez pas.

V :  On dirait que vous êtes seul dans votre monde.

N.M: Comment pouvez-vous dire seul ou pas seul quand les mots ne conviennent pas? Bien sûr je suis seul (unicité) puisque je suis tout.

V: Vous arrive-t-il de venir dans notre monde?

N.M : Que signifie pour moi  aller ou venir ? Ce sont des mots. je suis. D’où puis-je venir, et pour aller où?

V: Quel est pour moi l’utilité de votre monde?

N.M : Vous devriez considérer de plus près votre propre monde, l’examiner de manière critique, et soudainement, un jour, vous vous trouverez dans le mien.

V : Qu’y gagnerais-je?

N.M : Vous ne gagnerez rien. Vous laisserez derrière vous ce qui ne vous appartient pas et vous trouverez ce que vous n’avez jamais perdu, votre propre être.

V : Qui gouverne votre monde?

N.M : Il n’y a ici ni gouvernant, ni gouverné. Il n’y a aucune dualité. Vous ne faites là que projeter vos opinions. Ici vos écritures et vos Dieux n’ont aucun sens.

V : Vous avez cependant un nom et une forme, vous faites preuve de conscience et d’activité.

N.M  : J’apparais ainsi dans votre monde. Dans le mien je suis. Rien d’autre. Vous, vous êtes riche e vos idées de possession, de quantité et de qualité. Je suis entièrement sans idées.

V: Dans mon monde , il ya le trouble, la détresse et le désepoir. Vous paraissez vivre de quelque revenu caché alors que je dois travailler comme un esclave pour vivre.

N.M : Faites ce qui vous plaît. Vous êtes libre de quitter votre monde pour le mien.

V : Comment fait-on la traversée?

N.M : Voyez votre monde tel qu’il est, non comme vous l’imaginez. La discrimination vous conduira au détachement; le détachement amènera l’action juste; l’action juste construira le pont qui vous mènera à votre être réel.  L’action est un gage de ferveur. Faites ce qu’on vous dit avec diligence et foi et tous les obstacles s’évanouiront.

V : Êtes-vous heureux?

N.M : Dans votre monde je serais des plus misérables. Se lever, manger, parler, dormir à nouveau, quel ennui!

V : Ainsi, vous ne désirez même pas vivre?

N.M : Vivre, mourir, des mots sans signification! Alors que vous me voyez vivre, je suis mort. Quand vous me croyez mort, je suis vivant. Dans quelle confusion êtes-vous!

V : A quel point êtes -vous indifférent? Toutes les misères du monde ne sont-elles rien pour vous?

N.M : Je suis parfaitement conscient de vos ennuis.

V : Que faites-vous pour eux?

N.M : Je n’ai rien à faire. Ils ne font qu’aller et venir.

V : S’en vont-ils par le fait même que vous leur prêtiez attention?

N.M : Oui. la difficulté peut être physique, émotionnelle ou mentale, elle est toujours individuelle. Les calamités à grande échelle sont la somme de destinées individuelles innombrables et elles prennent du temps pour s’installer. Mais la mort n’est jamais une calamité.

V : Même quand un homme est tué?

N.M : La calamité est celle du tueur.

V : Là encore, il semble qu’il y ai deux mondes, le mien et le vôtre.

N.M : Le mien est réel ,le vôtre procède du  mental.

V : Imaginez un rocher, un trou dans le rocher et une grenouille dans le trou. la grenouille peut passer sa vie dans un bonheur parfait, à l’abri de l’affolement et du trouble. Hors du rocher le monde va sa vie. Si on parlait à la grenouille du monde extérieur, elle dirait:  » Cela n’existe pas. Mon monde est un monde de paix et de joie. Votre monde n’est qu’une structure verbale, il n’a pas d’existence ».  C’est la même chose avec vous quand vous nous dites que notre monde n’existe tout simplement pas, il n’y a pas de base commune de discussion. Ou prenez un autre exemple. Je vais chez un médecin et je me plains de douleurs à l’estomac. Il m’examine et me dit: « Vous allez très bien ». Mais, dis-je, j’ai mal ». « Votre douleur est mentale », affirme-t-il. » Cela ne m’aide pas de savoir que ma douleur est mentale. Vous êtes un médecin, signez mon mal. Si vous ne le pouvez pas, alors vous n’êtes pas un médecin. »

N.M : Très juste

V : Vous avez construit la voie, mais comme il n’y a pas de pont, aucun train ne peut passer. Construisez le pont.

N.M : Il n’y a pas besoin de pont.

V : Il faut bien qu’il y ait un lien entre votre monde et le mien.

N.M : Il n’y a pas besoin de lien entre un monde réel et un monde imaginaire car il ne peut y en avoir.

V : Que faisons-nous alors?

N.M : Examinez votre monde, appliquez- y votre mental, regardez le d’un oeil critique, disséquez toutes les opinions à son sujet; cela fera l’affaire.`

V : le monde est trop grand pour cette investigation. Tout ce que je sais c’est que je suis, que le monde existe, que le monde me trouble et que je le trouble.

N.M : Mon expérience est que tout est félicité. Mais désirer la félicité engendre la souffrance. La félicité devient ainsi une graine de souffrance. L’univers entier de la souffrane est né du désir. Renoncez à désirer le plaisir et vous ne saurez pas ce qu’est la souffrance.

V: Pourquoi le plaisir serait-il une graine de souffrance?

N.M : Parce qu’au nom du plaisir vous commettez de nombreux péchés. et les fruits du péché sont la souffrance et la mort.

V : Vous dites que le monde ne nous est d’aucune utilité, que ce n’est qu’un tourment. Je sens qu’il ne peut en être ainsi. Dieu n’est pas si fou. Le monde me semble être une vaste entreprise destinée à mener la potentialité dans le réel, la matière dans la vie, le non-conscient dans la Pure Conscience. Pour réaliser le Suprême nous avons besoin de l’expérience des contraires. De même que pour construire un temple il nous faut des pierres et du mortier, du bois et du fer, du verre et des tuiles, pour faire d’un homme  un divin sage, un maître de la vie et de la mort, nous avons besoin des matériaux de toutes les expériences. De même qu’une femme va au marché, achète des provisions de toutes sortes, revient à la maison et fait la cuisine, puis nourrit son seigneur, nous nous rôtissons doucement au feu de la vie, puis nous nourrissons notre Dieu.

N.M : Très bien, si c’est ce que vous pensez, faites-le. Nourrissez donc votre Dieu.

V : Un enfant à l’école apprend bien des chose qui plus tard ne lui seront. d’aucune utilité. Mais au cours de son éducation il se développe.Ainsi passons-nous au travers d’expériences innombrables et les oublions- nous toutes, mais pendant ce temps nous croissons sans cesse. Et qu’est-ce qu’un Jnani sinon un homme qui a du  génie pour la réalité! Ce monde, qui  est le mien , ne peut pas être un accident. Il a un sens, il doit y avoir un plan derrière. Mon Dieu a un plan.

N.M : Si le monde est faux, alors le plan et son créateur sont également faux.

V : Vous niez encore le monde, il n’y a pas de pont entre nous.

N.M :  Il n’est pas besoin de pont. Votre erreur est de croire que vous êtes né. Vous n’êtes jamais né, et jamais vous ne mourrez, mais vous croyez être né à un certaine date, dans un certain lieu et qu’un corps. particulier vous appartient.

V :  Le monde est. Je suis. Ce sont des faits.

N.M : Pourquoi vous occupez-vous du monde avant de vous occupez de vous? Vous voulez sauvez le monde, n’est-ce pas? Pouvez-vous sauver le monde avant de vous sauver vous-même? Et que veut dire sauver? Sauver de quoi? De l’illusion. Le salut c’est de voir les choses telles qu’elles sont. Je ne vois vraiment pas de relation entre moi et quelque chose ou quelqu’un. Pas même à un soi, quelqu’il puisse être.Je demeure éternellement non -déterminé. Je suis dedans et au delà, familier et inapprochable.

V : Comment y êtes-vous parvenu?

N.M : En faisant confiance à mon Guru. Il m’a dit :  » Vous seul êtes », et je n ‘ai pas mis ses paroles en doute. Je n’ai fait qu’y réfléchir jusqu’à ce que je réalise que s’était absolument vrai.

V : Conviction par la répétition?

N.M : Par la réalisation  du Soi. Je découvris que j’étais absolument conscient et heureux et que ce n’était que par erreur que je pensais devoir l' »être-conscience-béatitude » au corps et au monde des corps.

V : Vous n’êtes pas n homme érudit. Vous n’avez pas  beaucoup lu et ce que vous avez lu ou entendu ne se contredisait pas. J’ai beaucoup d’érudition, j’ai beaucoup lu et je trouve que mes enseignants et mes livres se contredisent au -delà de toute espoir. C’est pourquoi je reçois tout ce que je lis et tout ce que j’entends dans un état de doute. Ma première réaction, c’est:  » Peut-être est-ce ainsi ou peut-être pas. » Et comme mon esprit est incapable de faire la part de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas, je reste perdu dans mes doutes. Un esprit sceptique a , dans le yoga, un immense désavantage.

N.M : Je suis heureux de vous entendre dire cela, car mon Guru m’a aussi enseigné le doute, à douté de toute chose et d’une manière absolue. Il m’a dit: » Niez  une existence de tout, sauf à Vous-même ». À travers le désir vous créez le monde avec ses souffrances et ses plaisirs.

V : Doit-il être, de surcroît, pénible?

N.M : Comment en serait-il autrement? Le plaisir par sa nature même est limité et transitoire. De la souffrance est né le désir, dans la souffrance il cherche un assouvissement, et il finit dans les souffrances de la frustration et du désespoir. La souffrance est l’arrière plan du plaisir, toute recherche du plaisir est née de la souffrance et se termine dans la souffrance.

V : Tout ce que vous me dites, je le conçois bien.Mais que se produisent des troubles, physiques ou mentaux, et mon mental devient inerte et terne, ou bien cherche avec frénésie un soulagement.

N.M: Qu’est-ce que cela peut faire? C’est le mental qui est inerte ou agité, pas vous. Regardez, un tas de choses se produisent dans cette pièce. Est-ce moi qui le provoque? Elles ne font qu’arriver. Ainsi en est-il de vous. Le rouleau de la destinée se déploie et actualise l’inévitable. Vous ne pouvez pas changer le cours des événements mais vous pouvez votre attitude., et ce qui réellement importe  c’est l’attitude, non l’événement. Le monde est la demeure du désir et de la peur. Vous ne pouvez y trouver la paix. Pour trouver la paix, il vous faut aller au-delà du monde. La cause première du monde, c’est l’amour de soi. À cause de lui, nous cherchons le plaisir et nous fuyons la souffrance. Remplacez l’amour de soi  par l’amour du Soi et le tableau change. Le Créateur, Brahma, est la somme de tous les désirs. Le monde est l’instrument de leur satisfaction. Les âmes prennent tout le plaisir qu’elles désirent et elles le paient en pleurs. Le temps équilibre tous les comptes. La loi de la balance est souveraine.

V : Avant d’être un homme supérieur, il faut être un homme. La qualité d’être humain et le fruit d’innombrable expériences. Le désir pousse aux expériences. Il en découle que dans le temps et à son niveau le désir est juste.

N.M : Dans un sens , tout cela est vrai. Mais il vient un jour où on a amassé suffisamment et où il faut commencer à construire. Il est absolument nécessaire de trier et de rejeter (viveka-vairaga). Tout doit être examiné de près et ce qui est inutile doit être détruit sans pitié. Croyez-moi, il ne peut pas y avoir trop de destruction, car, en réalité, rien n’a de valeur. Soyez passionnément dépassionné, c’est tout.

Nisargadatta Maharaj

Extrait de « Je suis » aux éditions des deux Océans, corrections apportées conforment à la version originale « I am That » aux éditions Acorn Press.

 

 

Ni Ceci Ni Cela – Maha-Vakya

Nisargadatta Maharaj Maha-Vakya

Nisargadatta Maharaj : Je ne suis pas intéressé par les miracles s produisant à l’extérieur, seulement par ceux qui se produisent en moi.

Dans mon état originel de non-savoir j’ignorais l’être, et tout d’un coup ce sentiment d’être  a spontanément été ressenti. C’est le premier miracle. Puis, en un éclair, j’ai découvert cet immense univers manifesté et aussi mon corps, plus tard j’ai compris que cet univers s’et uniquement manifesté dans cette trace d’être initiale.

Pourquoi n’êtes-vous pas attirés par ces miracles? Beaucoup de miracles se produisent, plus étonnant les uns que les autres, mais que pensez-vous de ceux-ci? Jerépète: au début il n’y avait pas de message « Je suis » et il n’y avait pas non plus de monde. Instantanément le message « Je suis » et ce monde vaste et magnifique se sont manifestés à partir du vide, du rien! N’est-ce pas stupéfiant?

Ce message » Je suis » n’est autre que la Vérité éternelle dressant un  panneau publicitaire ( d’elle-même). Il en est de même pour les noms, les titres et la forme des prophètes, sages ou Mahatma-s, ils ne sont qu’annonces et portes-paroles proclamant le m^me principe. C’est comme lorsque vous  préparez un grand nombre de plats: galettes, beignets, quenelles. Chacun possède un aspect et un nom différent mais le blé seul est leur base commune.

Pour me stabiliser dans ce principe éternel mon Guru m’a initié en prononçant les mots sacrés « Tat Tvam Asi », qui signifient  » Je suis Cela ». À partir de cet instant j’ai définitivement perdu tout intérêt envers les affaires du monde. Ces mots sacrés sont appelés Maha-Vakya, il s’agit d’une profonde affirmation chargée d’une signification sublime.

Visiteur: Que veut dire « Je Suis Cela »?

Nisargadatta Maharaj: le mot ‘cela’ se réfère à l’ensemble de la totalité.

Visiteur: Est-ce possible d’avoir un semblant de connaissance de cet état au travers  des expériences effectuées dans le monde grâce au corps?

Nisargadatta Maharaj:  Certainement pas, je parle d’un état sans expériences effectuées dans le monde grâce au corps?

Nisargadatta Maharaj: Certainement pas, je parle d’un état sans expérience. Avant les expériences quel était mon état? Qui à ce niveau étai susceptible de répondre? Ce point doit être intégralemment compris.

Dans cet état éternel primordial je ne possédais aucune information sur moi-même. A présent une forme associée à cette information » Je suis m’est imposée et vous  voulez des détails sur cet état et un nom à lui donner…! S’il le faut appelez-le Para-Brahma ou Para-Atma, mais à qui ce nom est-il accordé? A ce Moi sans forme et ne disposant d’aucune information le concernant!

Vous vous prenez pour quelqu’un de sage, de spirituel, mais vous posez-vous la question du comment et pourquoi vous vous trouvez dans cet état relevant de l’expérience?

Attardez-vous là dessus, investiguez!

Nisargadatta Maharaj

16 Janvier 1980

Extrait de « Ni Ceci Ni Cela » aux éditions des Deux Océans

Ni Ceci Ni Cela – un diamant

diamant nisargadatta Maharaj

Nisargadatta Maharaj:

En transcendant cet état « Je suis » l’absolu prédomine et il est alors appelé Para-Brahman, tandis que la connaissance « Je suis » porte le nom de Brahman. Ce savoir « Je suis », cet être, est Brahman et il s’agit d’un état illusoire. Il en découle que lorsque Brahman est transcendé seul le Para-Brahman subsiste, para-Brahman dans lequel il n’y a pas trace de la condition « Je suis », c’est-à- dire de l’être.

Lorsque ces trois états, sommeil profond, éveil et connaissance ne sont plus, l’être peut-il subsister? Non. Pourquoi…? Y a-t-il un besoin quelconque d’êtreté dans l’état Para-Brahman? Pourriez-vous tirer un bénéfice quelconque du soleil, de la lune ou de étoiles? L’être est le manteau de l’illusion étendu sur l’Absolu. Autrement dit, l’être – qui est le concept premier, primordial, » Je suis » – est en lui-même  le principe d’illusion. Cette touche de  » Je suis » elle-même est illusion  bien que vaste et innombrable.

Ce monde manifesté est le jeu dynamique des cinq éléments entre eux. Au sein de cette immensité, il n’y a pas place pour un individu. Un diamant rayonne la lumière tout autour de lui, il est pur rayonnement.

Dans la méditation profonde vous pourrez constater cela. Tout comme l’éclat du diamant rayonne dans toutes le directions, le monde manifesté irradie à partir de Vous, il est votre propre splendeur.

Nisargadatta Maharaj

15 Janvier 1980

Extrait de « Ni Ceci Ni Cela «  aux éditions des deux Océans

Ni Ceci Ni Cela – la connaissance ultime

Nisargadatta connaissance ultime

Nisargadatta Maharaj: Vous êtes venu ici souhaitant entendre confirmer vos convictions personnelles. beaucoup de ceux qui viennent ici présument posséder de hautes connaissances et pourtant, d’emblée, je sais qu’ils ne savent rien. Je leur demande de s’asseoir tranquillement et d’écouter ce qui est dit. Spontanément, automatiquement tous leurs doutes seront dissipés.

Beaucoup aussi viennent ici en m’apportant des cadeaux, c’est une vraie maladie! Je suis totalement en dehors de tout cela, comme également de toutes ces disciplines physiques et spirituelles, des rituels que l’on vous a recommandés. Je me suis toujours tenu à l’écart des conditionnements.

Quelqu’un m’a apporté ce tapis de Chine qui vaut plus de quatre mille roupies. il ne représente rien pour moi, je l’utilise , c’est tout. De même je ne suis nullement concerné par cette soi-disant naissance qui m’a été imposée. L’être est expérimenté ou utilisé mais je ne suis pas plus cet être que je ne suis ce tapis. Les personnes visitant cet endroit se jettent à mes pieds par respect, mais ce respect honore cette qualité d’être, moi ( en tant qu’Absolu) suis inapprochable. Celui qui observe l’apprition et la disparition de l’être la perçoit sans yeux et ce simple témoin n’est aucunement relié à ce royaume de l’être.

Toutes ces connaissances spirituelles tellement recherchées relèvent du royaume de l’être et un jour s’en iront comme un invité fatigué. La question qui se pose est où, quand et comment obtiendrez-vous la connaissance ultime?

Visiteur : Mais qui possède la connaissance ultime?

Nisargadatta Maharaj : Personne ne la possède. La connaissance »Je suis » n’est pas l’état Absolu. Cet être comprenat les trois Gunas reçoit les titres divins de Brahma, Vischnu et Mahesh (Shiva), la combinaison de ces trois dieux est adorée et louée par des rites et des hymnes. Mais malgré leur préséance ces trois grands dieux s’effacent et se résorbent au coeur d’un sage appelé Jnani, c’est à dire ayant atteint l’ultime. L’état de Jnani transcende le temps et les plus sublimes extases. Cet état a reçu le titre de Para-Brahman, Para -Atman. ( au-delà de Brahman, d’Atman; qui ‘transcende’ Brahman ,Atman).

Après avoir lu de nombreux livres traitant de spiritualité les gens se disputent, à quoi cette lecture leur a-t-ell servi? Toutes ces discussions et contradictions se déroulent au niveau de l’être et Vous, l’ultime, n’êtes pas l’être.

Nisargadatta Maharaj

15janvier 1980

Extrait de « Ni Ceci, Ni Cela » aux éditions de deux Océans.

Ni Ceci Ni Cela – Peur de la mort

peur de la mort Nisargadatta maharaj

Nisargadatta Maharaj :  Je n’accuse personne d’être un individu, c’est vous-même qui vous  identifiez à cette individualité. la peur de la mort vous empêche de vous transcender au sein de l’être.

Visiteur: Le faux seul souhaite persévérer dans la fausseté.

Nisargadatta Maharaj: « Je », en tant qu’Absolu, n’a rien a voir  avec le « je » personnel. Le « je » personnel ne peut donc pas tolérer cet état d’être impersonnel, il a trop peur de mourir. Cet immuable, éternel » Je », l’Absolu, n’a aucune peur de la mort.

Ce que vous voulez soutenir, nourrir et prolonger grâce à cinq matières élémentaires n’est pas vous. C’est parce que vous vous identifiez à quelque chose d’irréel qu’existe la peur de la mort. Vous, Absolu, n’êtes pas le « vous » personnel. Comprenez-le une fois pour toute. Vingt-quatre heures par jour l’entité personnelle » vous » est nourrie, observée, protégée de manière à ce qu’elle dure et se prolonge. Autrement dit vous regardez, nourrissez, conservez, protégez ce qu’en fait vous n’êtes pas.

Visiteur: Quand vous vous trouvez face à fce vec un lion il n’y que deux alternatives : vous échapper ou accepter de vous laisser manger.

Nisargadatta Maharaj: Il y a une troisième alternative: faire peur au lion! Puisque de toute façon dans les deux premiers cas le lion vous sautera dessus et vous tuera, pourquoi mourir de peur comme un lâche? Attaquez courageusement le lion et brisez-lui quelques dents !

Celui qui a peur du temps devient la proie du temps, mais c’est le temps qui devient la proie de celui qui ne le craint pas. Celui qui transcende le temps, l’être et ses attributs, se dissout dans l’Absolu. Un Jnani est au de là du temps, des éléments et des émotions.

Visiteur: Il nous faut être très prudent et ne pas nous représenter comme vrai tout ce qui demeure lié au temps.

Nisargadatta Maharaj: Vous vous considérer comme un Jnani, pourtant vou êtes bourré de convictions et de complications. la peur du temps est semblable à la peur d’un enfant qui n’est pas né!

Visiteur: Je n’ai jamais prétendu me considérer comme un Jnani!

Nisargadatta Maharaj: Le temps est l’enfant d’une femme stérile. (Maharaj désigne alors le visiteur et son voisin). Vous êtes tous deux d’éminentes personnalités ayant une réputation de spiritualité et vous êtes venus ici bien armés pour m’attaquer. Mais je vous le dis, vous n’arriverez pas à me trouver !

Pourquoi n’ai-je pas peur du temps? Parce que même la dissolution de cet univers, le Brahman, ne peut pas me détruire. Avant, pendant et après la dissolution, moi l’Absolu prévaudrait toujours, intact, intangible et immuable. En mourant quelle sera votre identité? Si vous considérez votre mort comme certaine pourquoi endurer une mort dégradante plongée dans la peur? Mourez noblement, honorablement et avant cette mort devenez le plus haut , l’infini!

Nisargadatta Maharaj

Le 14 janvier 1980

Extrait de « Ni Ceci Ni Cela » aux éditions des Deux Océans

Ni Ceci Ni Cela – Mul-Maya

mul-Maya Nisargadatta maharaj

Nisargadatta Maharaj : Si vous voulez absorber l’essence de ce qui est dit dans le recueil « Je suis », plongez-vous dans une profonde méditation et vous, en tant qu’état manifesté, abîmez-vous dans le non-manifesté. Là se trouve sa signification ultime.

Quelle que soit l’expérience que je peux avoir du monde et de Dieu, elle n’est aucunement liée à une faveur ou une grâce spéciale de Dieu envers moi. L’expérience ne relève que de moi-même, elle est due à l’état où je me trouve. Si je n’ « était » pas, je n’aurais jamais eu cette expérience. Je prédomine, je prévaudrai toujours. C’est par mon être que je fais l’expérience du monde. Je perçois clairement l’unité de l’enseignement de trois grands sages (Acharyas) que sont Shankara, Madhava et Ramajuna.

L’ensemble de la création s’exhale de Mul-Maya, l’illusion primordiale, et de son chant secret. Toutes les paroles, tous les mots, tous les qualificatifs se rapportent à cette émanation. De même toutes ces images ne sont que l’expression, le bavardage de quelqu’un . Ces images sont issues de la conjugaison, de la relation amoureuses de deux êtres.

Cette êtreté est nommée Dieu. L’état divin est la dualité. C’est la manifestation toute entière, c’est mon état lorsque je fais l’expérience de quoi que ce soit. Mais mon état non-manifesté, lui, n’est pas duel, au sein de cet état non-manifesté, lui, n’est pas duel, au sein de cet état il n’y a  ni expérience, ni manifestation. Moi, Absolu, ne suis pas l’état « être ».

Malgré tout votre savoir spirituel vous n’êtes pas enclin à abandonner les expériences du corps et de l’intellect. Il suffit pourtant de ne plus vous identifier à ce niveau pour transcender votre état actuel et il ne subsistera plus que l’être. Ensuite vous transcenderez également l’être pour demeurer au pinacle, au plus haut. mais vous espérez vous plonger dans l’être et ensuite dans le non-être tout en conservant cette personnalité soumise au corps-intellect … c’est une impossibilité!

Nisargadatta Maharaj

14 janvier 1980

Extrait de « Ni Ceci Ni Cela «  aux éditions des deux Océans

Ni Ceci Ni Cela – Jnana Yoga

Jnana Yoga Nisargadatta

Visiteur : je m’efforçais de suivre un chemin permettant à l’être d’expérimenter le non-être, au manifesté d’absorber le non-manifesté. Je vos maintenant que la première étape est e ben comprendre qu’il s’agit d’une impossibilité.

Nisargadatta Maharaj : C’est ce que je suis entrain de vous dire! Il vous faut pratiquer de profondes méditations. L’être doit s’immerger  totalement dans le non-être. Chaque jour vous vous débarrassez de vos inquiétudes, de vos tensions et vous vous oubliez vous-même, vous tombez dans le non savoir, dans une détente totale. C’est ains que l’être dot se perdre dans le non-être.

Quand le Jnana Yoga est suivi correctement l’être se dissout graduellement et devient  non-être. Dans le sommeil profond, spontanément l’être commence à se mouvoir : un rêve se déroule. Dans la méditation profonde il en est de m^me, toute la sagesse dont vous aurez besoin vous sera spontanément révélée. Bine qu’ayant compris tout cela et pris conscience de l’irréalité du monde manifesté vous conservez malgré tout vote individualité. L’état « être » est l’état de l’ensemble de la manifestation, il n’est pas individuel. Il est composé de cinq éléments, trois Gunas et Prakriti – Purusha, le principe  masculin et féminin. Puis  cet état d’être  se dissout dans le non-être.

Voilà pourquoi j’appelle le processus que je préconise le Jnana Yoga ou Atma Yoga, qui consiste à demeurer en Soi, à se stabiliser dans sa véritable nature. Vous pouvez parler de Hatha Yoga ou de tout ce que vous voudrez, quand le non-être devient l’état « être », l’univers (incluant tout ce qui  existe) vient au monde. En ce qui me concerne je suis devenu un avec l’être en suivant les directives de mon Guru, ce qui signifie avoir la juste vision de n’être rien d’autre que l’ensemble de cet univers dynamique. Lorsque la personne est transcendée il reste uniquement l’être manifesté et alors le non-manifesté se révèle.

Nisargadatta Maharaj

14 janvier 1980

Extrait de « Ni Ceci Ni Cela » aux éditions des deux Océans