Ni Ceci Ni Cela – vous êtes au-delà de toutes connaissances

jnana-yoga Nisargadatta

Visiteur: la connaissance est présente dans chaque forme animée par la vie mais elle n’apparaît dans la matière que reflétée par un principe conscient limité. Cela devrait être le contraire!

Nisargadatta Maharaj: Tout ce que vous pourrez dire sera certainement très logique au niveau corps-intellect, pourtant ce n’est que lorsque votre notion d’être se sera nettoyée, complètement débarrassée de cet état corps-intellect, qu’elle deviendra universelle. L’Être est la source d’où ont surgit les cinq éléments, les trois Gunas, suivis de la végétation et du royaume animal.

Visiteur: Le prana, la force vitale, est présente dans les végétaux. Y a-t-il également une conscience dans la plante?

Nisargadatta Maharaj: Tout ce qui est visible et perceptible dans l’espace est créé par la conscience et imprégné par elle. Cette création  toute entière finira par se fondre dans l’espace. Du point de vue du corps chaque forme constitue une entité séparée, mais au niveau de la conscience, elles ne sont que manifestation de conscience et non séparées.

Au fur et à mesure de vos progrès spirituels vous découvrirez que l’unique  source de l’univers est votre  conscience. Il vous est actuellement impossible de percevoir cela parce que vous demeurez prisonnier des griffes de l’intelligence rationnelle. Tout ce qu’il vous est possible d’amasser aujourd’hui relève de votre identité au corps et il s’agit d’un savoir erroné. Lorsque vous posséderez le savoir concernant  » ce que vous êtes », vous verrez clairement que le monde et l’univers résident dans cette miette de conscience qui est vôtre. A ce stade vous aurez transcendé le sentiment d’être un corps pensant, tandis qu’aujourd’hui tout ce que vous êtes capables de comprendre se trouve limité, parce que prenant appui sur une conviction fausse.

Lorsque vous percevez le monde intérieur à l’extérieur, vous le baptisez « rêve ». Mais ce monde est-il différent perçu à l’intérieur? Ce qui est perçu à l’intérieur est contenu dans le sentiment « Je suis » au sein de la conscience. Le m^me processus se reproduit exactement dan l’état de veille.

Votre conscience, le sentiment d’être « présent », est la gousse, la coque à l’intérieur de laquelle se déploie le monde de la veille et du sommeil. Voilà l’état des choses, mais cela aussi vous l’acceptez au travers du corps! Tout ce que vous enregistrez zqt mesuré au mètre faussé de votre intelligence et vous ne pouvez rien distinguer au -delà.. Le visible est un produit de l’espace et quand tout le visible a disparu, l’espace demeure. Quand votre monde surgit de cet espace et se concrétise, pour votre commodité vous lui attribuez des noms variés vous permettant de poursuivre vos activités quotidiennes, mais en fait aucun de ces noms n’a de réalité. Cette création est permanente, éternelle et ne possède aucune forme ou individualité valide. Tout ce qui est, est simplement manifestation au delà de toute connaissance. Percevoir, savoir, n’est possible qu’au moyen des sens limités. Le manifesté qui transcende les sens humains ne peut pas être connu. Parvenir à comprendre cela exige la pratique du « Jnana-yoga », c’est-à-dire le « je  » se laissant absorber par lui-même. le Jnana- yoga » signifie chercher, interroger. Comment cette prèsence à « je suis » se produit-elle? »

Découvrir que ce sentiment  » Je suis » et ‘l’univers » ne font qu’un est l’aboutissement du Jnana -Yoga, la connaissance »je suis » s’enfonce, sombre en elle-même. Seulement voilà. Comme vous voulez conserver intacte cette personnalité pensante, ça ne marche jamais!

Quand le sentiment d’être apparaît il n’a aucunement l’impression d’être un corps! C’est de ce sentiment d’être qu’est créé le cosmos tout entier. Au sein de cette création vous disposez également d’une forme, mais vous n’avez nu l besoin de vous identifier à elle entant qu’entité fonctionnant et se déplaçant indépendamment dans le monde. Le principe qui anime et propulse le corps et uniquement cet être, cela ne provient pas du corps. Ce grand spectacle cosmique se déroule dans la conscience et à la fin tout se dissoudra dans cette seule conscience. Méditez là-dessus sans vous identifier au corps et vous, conscience découvrirez que vous soumettre à cette identité de forme humaine est l’action de Maya, l’illusion.

Cette conscience est donc la graine, le principe germinatif du cosmos tout entier comprenant force vitale dynamique, Gunas, qualité d’être, et prana. La conscience possède la faculté de ressentir que « vous êtes ». À son apparition, la conscience est libre de toute identification. Mais bien qu’il s’agisse simplement du principe universel de manifestation, son identification au corps lui fait éprouver plaisir et souffrance? La conscience se connaît seulement au travers d’elle-même. Bien rare est celui qui découvre que cette manifestation toute entière jaillit de ce qui est « lui-même ».

Le « je » s’absorbant en lui-même est un état sans nom et sans forme, c’est le plus haut niveau de la spiritualité. la sensation d’avoir une personnalité et des besoins est ressentie comme primordiale, antérieure à tous les yogas, mais après avoir pratiqué le Jnana yoga vous vous découvrirez au delà de tous besoins, au delà de toute individualité. Les experts du Kundalini- yoga se complaisent dans les visions et les pouvoirs obtenus par leur ascèse, mais il ne leur est pas possible d’expliquer la source de l’énergie Kundalini!

Visiteur: Je suis bien d’accord, il faut atteindre le niveau le plus haut, mais vous avez précisé que cette êtreté jaillit spontanément du niveau élevé. À notre niveau corps-intellect nous sommes donc au seuil d’un mystère total!

NIsargadatta Maharaj : Qu’est-ce qui vous incite à parler de niveaux … à vouloir atteindre le plus haut niveau? Le niveau n’est qu’un concept. c’est à la suite de la séparation avec le haut qu’apparaît le principe premier « je suis » et après lui tous les autres concepts. La séparation veut dire dualité, altérité.

Visiteur: Je croyais vous avoir entendu dire qu’au niveau ultime il régnait une indifférentiation totale. Existe-t-il en core un sentiment  » Je suis »?

Nisargadatta Maharaj: De la non-connaissance apparait la connaissance, cette connaissance doit être découverte. Lorsque nous parlons il nous faut rechercher d’où naît ce langage. Il jaillit à partir du sentiment  » je suis », mais quelle est la source de  » Je suis »? Ici en fait je ne  parle pas. Quand la parole se prononce intuitivement on peut dire qu’elle s’exprime toute seule. L’événement initial est de se rappeler  » Je suis », de ce rappel coule le langage. Donc, quel est ce « Je suis »…?

Dans ce rappel intital  » je suis », ne l’oubliez pas, existe votre corps et le cosmos tout entier. Toutes les formes sont créées et nourries e  par l’essence de la matière, mais l’évidence de son être est la quintessence Sattva-Guna du corps. Qui éprouve cet être et d’où vient-il? il faut patiemment chercher au fond de soi jusqu’à ce qu’on trouve. Quand c’est fait, lorsque vous vous êtes nécessairement fixé sur le constat « je suis », se produit une surprenante révélation. Vous découvrirez que du sein de ce grain d’être initial s projette la totalité de l’univers, votre corps inclus.

Ce principe suprême et omnipotent, sans corps et sans forme, s’accroche à ce corps qui lui fait éprouver « je suis » et instantanément il adopte cette fausse identité corporelle. il se cramponne à cette forme avec une telle rapidité qu’il se différencie, et l’existence indépendante et libre devient alors difficilement perceptible.

l’essence de l’être, qui est ce bourdonnement intérieur  » je suis », est la condition préliminaire indispensable à tout fonctionnement du corps. Ce sentiment devient confus lorsque a personne est malade et elle ne réagit plus lorsqu’on lui fait signe ou qu’on l’appelle.

Visiteur: Devrait-on dormir le plus souvent possible afin de faire l’expérience du « je suis », au moment du réveil?

Nisargadatta Maharaj : Ce contact avec « je suis »  n’est pas une expérience ou une découverte  effectuée avec le corps pensant. C’est ce « je suis » qui permet au corps et aux sens de fonctionner et de faire l’expérience de ce qui l’entoure.

Nisargadatta Maharaj

Extrait de l’entretien du 10 février 1980 du recueil « Ni Ceci Ni Cela » aux éditions des 2 Océans.

Je Suis – entretien 16 – Nisargadatta Maharaj

Je suis Nisargadatta Maharaj

Entretien 16.

Visiteur: J’ai rencontré de nombreuses personnes réalisées, mais je n’ai jamais rencontré de personne libérée. Avez-vous approché un homme libéré, ou est-ce que la libération implique, entre autres choses, l’abandon du corps ?

Nisargadatta Maharaj : Qu’entendez-vous par réalisation et par libération ?

V: Je veux dire une expérience merveilleuse de paix, de bonté et de beauté. Je sais ce dont je parle puisque j’ai eu de telles expériences. Quand le monde a un sens et que règne une unité de la substance et de l’essence. Bien qu’une telle expérience ne dure pas, il est impossible de l’oublier. Elle brille dans l’esprit comme un souvenir et comme un désir brûlant.

N.M: C’est parce que vous les désirez que vous ne pouvez pas les retrouver. Le désir barre la route à toute expérience plus profonde. Rien de valable ne peut arriver à un esprit qui sait exactement ce qu’il veut. Car rien de ce que le mental peut imaginer ou désirer n’a beaucoup de valeur.

V: Mais alors, qu’est-ce qui mérite d’être désiré ?

N.M: Désirez le meilleur. Le plus grand bonheur, la plus grande liberté. ? L’absence de désir est la plus grande des joies.

V: D’être libéré du désir n’est pas la liberté que je veux. Je veux la liberté de réaliser mes désirs.

N.M: Vous êtes libre de réaliser vos désirs. En fait, vous ne faites rien d’autre. V: J’essaie, mais je me heurte à des obstacles qui me laissent frustré.
N.M: Surmontez-les.
V: Je ne peux pas, je suis trop faible.

N.M: Qu’est-ce qui vous rend affaibli ? Qu’est-ce que la faiblesse D’autres réalisent leurs désirs, pourquoi pas vous ?

V: Je dois manquer d’énergie.

N.M: Qu’est-il arrivé à votre énergie Où est-elle passée Ne l’avez-vous pas dispersée dans vos démarches et vos désirs si nombreux et contradictoires ? Vos ressources ne sont pas infinies.

V: Pourquoi pas ?

N.M: Vos buts sont petits et bas. Ils n’ont pas besoin de plus. Seule l’énergie de Dieu est infinie parce qu’Il ne désire rien pour Lui-même. Soyez comme Lui et tous vos désirs se réaliseront. Plus hauts seront vos buts et plus vastes vos désirs, plus vous aurez d’énergie pour les réaliser. Désirez le bien de tous et l’univers travaillera avec vous. Mais si vous désirez votre propre plaisir il vous faudra le gagner durement. Avant de désirer, méritez.

V: je me suis engagé dans des études sur la philosophie, la sociologie et l ’éducation. Je pense avoir besoin d’un plus grand développement mental avant de pouvoir rêver de réalisation. Suis-je sur le bon chemin ?

N.M: Pour gagner sa vie il faut quelques connaissances spécialisées. Sans doute, les connaissances générales développent-elles l’esprit. Mais si vous devez passer votre vie à accumuler des connaissances vous construirez un mur autour de vous. Il n’est pas nécessaire, pour aller au-delà du mental, de l’avoir bien rempli.

V: Mais alors, qu’est-ce qui est nécessaire ?
N.M: Ne faites pas confiance à votre mental et allez au-delà.

V: Que trouverai-je au-delà du mental ?
N.M: L’expérience directe d’être, de savoir, d’aimer.


V: Comment va-t-on au-delà du mental ?

N.M: Il y a plusieurs points de départ, tous conduisent au même but. Vous pouvez commencer par un travail désintéressé en abandonnant les fruits de votre action vous pouvez alors cesser de penser et finir en renonçant à tous les désirs. Dans ce cas, le renoncement (tyaga) est le facteur opérationnel. Vous pouvez également ne pas vous tracasser de ce que vous désirez ou pensez, et simplement rester immobile dans la pensée et le sentiment « je suis ». Gardez fermement à l’esprit « je suis ». Toutes sortes d’expériences peuvent vous arriver, restez fixé dans la connaissance que tout ce qui et perceptible est transitoire et que seul « je suis » dure.

V: Je ne peux pas consacrer toute ma vie à de telles pratiques. Je dois aussi m’acquitter de mes obligations.

N.M: Bien sûr, vous devez vous acquitter de vos obligations. Un acte dans lequel vous n’êtes pas émotionnellement engagé, qui est bénéfique et n’est pas cause de souffrance, ne vous liera pas. Vous pouvez être engage dans plusieurs directions à des tâches variées avec plein d’allant et cependant rester intérieurement libre et tranquille, avec un mental semblable au miroir qui reflète tout sans en être affecté.

V:- Un tel état est-il réalisable ?

N.M: Je n’en parlerais pas s’il ne l’était pas. Pourquoi vous engagerais-je à poursuivre des chimères ?

V: Tout le monde cite les écritures.

N.M: Ceux qui ne connaissent que les écritures ne connaissent rien. Connaître, c‘est être. Ce dont je vous parle, je ne le connais pas par la lecture ou par oui-dire.

V: Le soi réel est-il le témoin-conscience ?

N.M: Il est la réflexion du réel dans l’intellect (buddhi). Le réel est au-delà. Le témoin est la porte par laquelle vous passez au-delà.

V: Quel est le but de la méditation ?
N.M: Voir le faux comme faux, c’est la méditation. Ceci doit être de tous les instants.

V: On nous dit de méditer régulièrement.

N.M: L’exercice délibéré et quotidien de la discrimination du vrai et du faux et de la renonciation au faux, c’est la méditation. Pour commencer, il y a bien des sortes de méditation, mais finalement, elles se fondent toutes en une.

V: Dites-moi, s’il vous plaît, quel est le plus court chemin vers la réalisation de soi.

N.M: Il n’y a pas de voies courtes ou longues, mais certaines personnes sont sérieuses, d’autres moins. Je peux vous parler de moi. J’étais un homme simple mais je faisais confiance à mon Guru. Ce qu’il me disait de faire, je le faisais. Il m’a dit de me concentrer sur « je suis », je l’ai fait. Il m’a dit que j’étais au-delà de tout ce qui est perceptible ou concevable, je l’ai cru. Je lui ai donné mon cœur et mon âme, toute mon attention et tout mon temps libre. (Je devais travailler pour faire vivre ma famille.) En définitive, grâce à ma foi et au sérieux de mon application je me suis réalisé (swarupa) en l’espace de trois ans.

Vous pouvez choisir n’importe quelle voie votre sérieux déterminera le rythme de votre progression.

V: Pouvez-vous me donner un conseil ?

N.M: Tenez-vous fermement dans la présence du « je suis». C’est le commencement et aussi la fin de toute entreprise.

V: J’étudie le Sanscrit avec un professeur, mais en réalité je ne fais que lire les écritures. Je suis à la recherche de la réalisation et je suis venu en quête de directives utiles. Ayez l’amabilité de me dire ce que je dois faire.

N.M: Puisque vous avez lu les écritures, pourquoi poser des questions ?

V: Les écritures donnent des directives générales, mais l’individu a besoin d’instructions personnalisées.

N.M: Votre soi est votre ultime maître. Votre maître extérieur (guru) n’est qu’un poteau indicateur. Il n’y a que le maître intérieur qui fera avec vous le chemin jusqu’au but car il est le but.

V: On n’atteint pas facilement le maître intérieur.

N.M: Puisqu’il est en vous et avec vous, la difficulté ne devrait pas être sérieuse. Regardez vers l’intérieur et vous le trouverez.

V: Quand je regarde vers l’intérieur je trouve des sensations et des perceptions, des pensées et des sentiments, des désirs et des craintes, des souvenirs et des espérances. Je suis plongé dans ce nuage et je ne vois rien.

N.M: Celui qui voit tout cela, et aussi le rien, c’est le maître intérieur. Lui seul EST, tout le reste ne fait qu’apparaître. Il est votre soi (swarupa), votre espérance et votre certitude de liberté trouvez-le, attachez-vous à lui et vous serez sauvé et en sécurité.

V: Je vous crois, mais quand il s’agit de vraiment le trouver, ce soi intérieur m’échappe.

N.M: Cette idée : « Il m’échappe » où se manifeste-t-elle ?

V: Dans le mental.
N.M: Et qui connaît le mental ?
V: Le témoin du mental connaît le mental.

N.M: Quelqu’un est-il venu vous dire « Je suis le témoin de votre mental » ?

V: Bien sûr que non. Il n’aurait été qu’une autre idée dans le mental.
N.M: Alors qui est le témoin
V: Moi.

N.M: Vous connaissez donc le témoin puisque vous l’êtes. Vous n’avez pas besoin de voir le témoin en face de vous. Ici encore, être c’est connaître.

V: Oui, je vois que je suis le témoin, cette présence même. Mais en quoi ceci m’est-il profitable ?

N.M: Quelle question ! Quel genre de profit attendez-vous N’est-ce pas suffisant de savoir ce que vous êtes ?

V: Quelle est l’utilité de la connaissance de soi ?

N.M: Elle vous aide à comprendre ce que vous n’êtes pas et elle vous protège des idées fausses, des désirs et des actes.

V: Si je ne suis que le témoin, qu’importe le bien et le mal ?

NM: Ce qui vous aide à vous connaître est ‘bien’ ce qui vous en empêche est ‘mal’. Connaître son Soi réel, c’est la joie ( félicité) l’oublier, c’est le chagrin ( le manque). 

Extrait de « Je suis » aux éditions des 2 Océans

Sois – Gurupurmina

gurupurmina Nisargadatta

Nisargadatta Maharaj: Depuis combien de temps suivez-vous cette recherche spirituelle?

Visiteur : De nombreuses années.

Nisargadatta Maharaj : Avez-vous était associé à un sage? Avez vous un Guru en France?

Visiteur: Qu’est-ce qu’un Guru?

(Maharaj demande à une personne présente à ses côtés de dire  ce que pour elle est un Guru).

Disciple:  Le Guru est un reflet de vous-même, il prend la forme d’un guide.il est le témoin, quoi que cela puisse être.

Maharaj: L’observateur, celui qui est le spectateur de la personne, est le Gurur mais il n’a ni aspect, ni forme. Il  vous faut accéder à cette conviction.

Visiteur: Il s’appelle lui-même l’observateur, oui.

Nisargadatta Maharaj : L’observateur de qui?

Visiteur: L’observateur du mental.

Nisargadatta Maharaj: Cet observateur a-t-il un corps?

Visiteur: Non.

Nisargadatta Maharaj : Quand vous évoquez l’observateur cela signifie simplement vous, n’est-ce pas?

Visiteur: Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de moi en tant que moi.

N.M: L’observateur de l’intellect ne peut-être que vous-même , non ?

V: Moi-Même… et c’est cela le Guru?

N.M: C’est votre compréhension qui est le Guru, cette compréhension qui est complète, totale connaissance. C’est cela que l’on vénère, aux pieds de cela que l’on se prosterne. Vous êtes à Bombay mais vous souvenez vous de la ville ou du village d’où vous venez?

V: Oui.

N.M: Similairement, vous devriez connaître cet état de connaissance sans corps que vous êtes.

V: M’en souvenir?

N.M: Savoir comment il est venu, comment il est apparu.

Visiteur: Comment sont apparus la connaissance ou l’observateur?

N.M: L’observateur en elle-même est connaissance. Comment est-elle apparue?

V: Je ne me le rappelle pas.

N.M: Cela doit être exactement su.

V: Comment elle est apparue? Je sais comment elle apparaît mais je ne sais pas comment elle est apparue pour la première fois. Je comprends comment la connaissance se révèle : je veux dire quand elle apparaît maintenant, en chaque instant. Je sais aussi que lorsque je veux demeurer tranquille, je n’observe plus. Voilà comment cela apparaît et disparaît en moi.

N.M : Cette connaissance n’apparaît aps et ne disparaît pas à chaque instant. Ce dont vous parlez est simplement l’observation de vos émotions et de vos pensées, mais ce qui connaît cette observation ou cette absence d’observation demeure en place, c’est là immuablement.

V: À moins que ce soit là sans que j’en aie conscience…? Puis-je en être conscient quand c’est présent et, et en même temps conscient quand c’est absent?

N.M: À quoi vous référez-vous quand vous dites que vous en avez conscience ? Le témoin est là que vous n ayez conscience ou non, il est toujours là. Alors à quelle conscience vous référez-vous?

V: À l’observateur des émotions, des pensées et des sensations.

N.M: Vous avez connaissance de votre enfance, vous souvenez -vous de vous -même enfant?

V: Oui, du moins de certains aspects. Je ne me souviens pas de tout.

N.M: Cet état « Je suis » de votre enfance se poursuit jusqu’à la vieillesse, jusqu’au dernier jour. Le même processus d’être, de conscience, le m^me état  » Je suis » se poursuit, vous êtes d’accord? Vous êtes un enfant, un adolescent, un adulte plein de force, puis un vieillard de plus en plus faible et courbé, mais votre connaissance d’être demeure la même?

V: Enfin, quelque fois elle est et quelque fois elle ne l’est pas.

N.M: Absurde. Si comme vous le dites la connaissance n’était pas immuable, sur quoi vous appuieriez-vous pour dire qu’elle ne l’est pas? Quelqu’un doit bien le savoir?

V: Il n’y a que moi qui puisse savoir sil a connaissance n’est pas la m^me à présent ou , du moins, je le crois … mais en fait je suppose que personne ne peut le savoir.

N.M: Il vous faut méditer souvent et mûrir afin de parvenir  à comprendre le langage utilisé ici .

un vieillard dit  » je suis un vieille homme », la connaissance de ce vieille homme comprend  également » j’ai été un enfant ». Ce « je » n’est-il pas le même « je » qui perdure de puis l’enfance?

V: Oui, le m^me.

N.M: Méditez sur ce « je ». Qu’a-til de commun avec l’enfant et le vieillard? Qu’est-ce qui est constant?

 

Nisargadatta Maharaj

Extrait du chp 6 de la 1ère partie de « Sois » aux éditions des deux océans

Sois – parlez nous de l’abandon.

abandon nisargadatta sois

Visiteur : Maharaj accepterait-il de parler de l’abandon, de la spontanéité, du maintenant?

Nisargadatta Maharaj : Il n’y a pas à chercher  le maintenant ou quoi que ce soit, mais à être éveillé, attentif à sa propre conscience, c’est tout. La conscience doit être consciente de sa faculté de prendre conscience. Rien d’autre n’est à faire, aucun acte particulier à remplir. Parler d’abandon est simplement une manière d’exprimer cela. Vous êtes pure présence consciente, vous l’êtes et vous n’avez pas à vous le répéter avec des mots. Gardez- le au fond de vous-même. Rappelez-vous toujours : la conscience est toutes choses, tout , pour tout être pensant. S’il n’y a plus de conscience le monde n’existe plus. Cette conscience est avec nous à tous les moments de notre existence. Cette connaissance n’a pas d’aspect ou de forme, elle est semblable à la lumière, la lumière de la vraie connaissance, elle est de la nature de l’amour. Comprenez bien que cette conscience n’est pas représentée par le corps, qu’elle est seulement lumière.

La lumière révélant l’existence, voilà votre véritable nature et ne demandez pas  » qui sont les parents de la lumière » ou « quelle est sa caste », elle est là et c’est tout.

la lumière est la découverte  » je suis »; C’est  l’aboutissement du corps-essence-de-nourriture. Ce  » Je suis » est la condition indispensable  pour que le monde apparaisse à l’existence, dans son image est contenu tout le reste. Observez, percevez, regardez ce  » je suis » sans l’oeil physique. Cette conscience précède la vue. en  de hors de cette certitude  » je suis » que pouvez-vous posséder d’autre?

Sans nom, sans corps parlez-moi de vous-même. Dites-moi quelque chose sur vous sans vous référer à vos souvenirs ou à votre intellect!

Quand votre corps sera usé ou endommagé, la conscience s’en dégagera et les gens à l’extérieur diront  » il est mort ». Mais vous, qui êtes la connaissance  » je suis », vous ne le saurez pas car rien ne sera changé. Le principe qui s’éteint n’est pas le corps, c’est ce qui alimente le corps et ce n’est pas vous.

V: Dans le sommeil profond, la conscience est immergée dans Parabrahman et le corps vit au ralenti attendant son retour. C’est donc uniquement la force vitale liée à la respiration qui relie les deux, cela semble une force très puissante. Est-elle cette source, cette racine de la manifestation dont vous avez déjà parlé?

N.M: Oui, la force vitale est très importante, très puissante. Tous les mouvements, toutes les actions sont causées par cette force vitale-prana. À l’intérieur du corps elle est prana. À l’extérieur elle est l’air, l’espace. Vos activités semblent avoir lieu à l’extérieur mais elles se produisent en fait à l’intérieur. C’est la conscience qui ressent la peine et le plaisir, ce n’est pas le corps. C’est la conscience qui perçoit un monde appelé extérieur – en fait, tout se passe à l’intérieur, tout a lieu seulement dans le corps subtil. Quand la force vitale arrive à sa fin, le monde s’arrête, tout s’arrête, parce que la conscience n’est plus là.

je parle toujours de la connaissance intérieure. Vous, vous cherchez à vous connaître en vous appuyant sur ce qui est à l’extérieur de vous, cela n’est pas possible. C’est  parce que vous êtes identifié à votre corps que  vous percevez une action extérieure. Quand vous vous connaîtrez, quand l’identification au  » je suis une forme » aura cessé, vous connaîtrez votre être et tout sera vivant et vrai parce que pour le moment rien n’est réel pour vous. Ce n’est jamais le corps qui découvre qu’il existe c’est la conscience présente à elle-même, qui donne réalité à toutes choses. la conscience de quoi que ce soit ne peut être qu’intérieure.

Dans le processus de la méditation, la première chose nécessaire est qu’il n’y ait pas de pensée, pas de mot, plus rien de mental, plus rien de signifiant. Portez votre attention sur la non -attention.

Identifié au corps, vous parlez beaucoup mais sur cette question de la conscience, vous ne dites pas grand chose! Allez-vous comprendre ceci: au centre de vous-même, il y a cette connaissance « Je suis ». Demeurer présent à ce  » je suis » a une grande importance, une grande  signification et à un certain stade de maturité il devient sans signification.

S’immerger dans cette connaissance  » Je suis » est Bhagavan, splendeur. C’est  une illumination éclairant comme la foudre. Vous êtes seulement lumière et de cette révélation le monde surgit. Ayant atteint ce stade, vous êtes le pur joyaux du  diadème, le diamant au sommet de la couronne. Mais ayant assimilé, pleinement éveillé, ce qu’est le monde, ce qu’est cette conscience, vous souhaitez vous en débarrasser. Vous découvrez que cette splendeur est le siège de toutes le erreurs, de tous les mensonges. Quand vous l’avez totalement compris, vous transcendez cet état. Ce n’est plus rien, c’est comme du mucus dans la gorge qui vous gêne, vous le crachez.

Habituellement, vous ne comprenez pas ce qu’est ce principe de naissance, vous pensez tout de suite à l’apparition du corps, ce n’est pas cela. La naissance est l’apparition de cet élément premier contenant la connaissance  » je suis » en dormance, le corps se forme après. C’est le  » je suis » enfoui dans la matière qui est la naissance. Quand vous observez ce processus en action  dans tout ce qui existe, alors vous vous dites  » je dois me séparer de tout cela, cela ne vaut pas la peine de continuer ».

Tant que vous êtes mus par ce principe de conscience, ce sont les agents catalyseurs qui mécaniquement régissent toute activité, leur présence est indispensable. La racine de tout ce qui est, est liée à ces éléments premiers supportant le  » je suis ». Toute action dans votre monde est liée à ce principe de conscience rattaché à la forme.

Vous croyez que lorsque cette matière est usée elle arrive à extinction, c’est faux! tout ce grand jeu du monde est ré-aspiré et retourne au non-manifesté. Manifestation, puis retour à la source non manifestée avant de se manifester à nouveau. La mort n’est pas seulement la disparition de ce qui existait. On cherche habituellement à éviter la mort mais ceci est un retour au non-manifesté, à la perfection originelle.

V: Tout retourne en ses éléments premiers qui sont eux-mêmes réabsorbés?

N.M : Vous interrompez le spectacle. La conscience ferme boutique et liquide tout. Voilà ce que l’on appelle habituellement « mort » mais ici ce n’est pas une fin, c’est simplement le retour au non-manifesté, c’est à dire à la plénitude. L’imperfection devient perfection.`Comprenez que tout provient des éléments de base. Le plus grand génie, le plus grand inventeur, c’est dans son élément primordial qu’a jailli l’idée nouvelle ou la découverte, ensuite il n’y a plus eu qu’un processus mécanique le mettant en forme. Sans ce jaillissement du sans forme dans la conscience, l’enchaînement mécanique ne peut se produire et ce jaillissement provient de l’élément premier, de l’élément de base.

Comprenez-le ainsi : le département »mécanique » organise toutes les activités, mais le chef, le patron, est  le principe de base.

Vous ne trouverez ces vérités spirituelles exposées nulle par ailleurs. Je regrette  le départ de Maurice Frydman, il avait parfaitement assimilé ce qu’était l’élément premier et ce qu’était l’activité mécanique, mais je n’ai jamais  abordé ce sujet dans les entretiens de « I am that ». Celui étant à même d’exprimer ceci en mots doit non seulement connaître  l’élément premier et l’action mécanique, mais aussi être un avec cela.

V: Est-ce que le « Je suis » est l’élément premier?`

N.M « Je suis » est potentiellement dans l’élément premier. Initialement tout est exprimé au travers de cet élément premier, ensuite à travers le corps qui mécaniquement l’exprime dans le monde.

Ces éléments de base sont très importants, ils célébrent la gloire de toutes les déités, c’est Bhagavan, mais quand vous aurez réalisé ce que c’est , que vous serez uni à cela, vous vous en débarrasserez pour atteindre l’état parfait.

Quelle conclusion allez-vous retirer de tout ceci et en vous conformant à ces conclusions quelle conduite allez-vous adopter dans le monde?

V: J’ai l’intention de …

N.M: Non. La conclusion d’abord.

V: Oui. Ma conclusion est qu’il  faut demeurer dans le présent, dans le jaillissement de l’inconnu et pour cela je vais m’efforcer de suivre les mouvements de la conscience, flotter entre l’extérieur et l’intérieur.

N.M: Traditionellement, on parle de trois mondes, le ciel, la terre et l’enfer, c’est là que vous souhaitez aller flotter? Ces mondes sont seulement contenus dans la conscience. Que voulez-vous faire?

V: Je ne veux rien faire, justement, rester dans le présent.

N.M: L’activité est le présent.

Le non-manifesté découvre son être au travers du manifesté. C’est uniquement le non manifesté qui expérimente ce  » Je suis ». Écoutez bien ceci : le  » je suis » est une illusion et tout le reste est vrai.

Vous écoutez ces entretiens depuis plusieurs jours maintenant, parlez-moi de ce que vous n’avez pas retenu!….

Entretien 5, deuxième partie du recueil  » Sois » publié aux éditions des deux Océans.

Conscience et Absolu – une goutte de connaissance

goute conscience nisargadattat

Nisargadatta Maharaj : Le coeur de cette conscience est la connaissnce, le savoir  » Je suis » ( I Am, le sens d’être). Ce n’est pas une personne, ce n’est pas un individu. C’est la manifestation du tout. L’être (beingnesss) est là qui rempli tout.

Mais cette qualité « d’être-moi » (I Am) est le résultat du corps matériel, objectif. L’arbre entier est là, latent, dans la graine; les trois mondes sont contenus dans la goutte du  » Je suis » ( comparable à la goutte d’eau qui repose sur la feuille de lotus, sans y être attachée).

L’état le plus haut est celui du Jñani. Le premier pas est d’être cette goutte. Vous connaissez cette goutte, et ce faisant vous en sortez, et voilà l’état du Jñani. Il n’est pas obsédé par l’adversité ou les problèmes, parce qu’il est au -delà du principe du « Je suis ». Il regarde la pièce en spectateur.

Comprenez-moi bien. Cette « goutte » de connaissance est le résultat du corps-nourri-de-l’extérieur; en comprenant cette connaissance, vous vous en libérez. Ce dernier pas – savoir que Moi, l’Absolu, ne suis pas cette goutte, la conscience – n’est franchi qu’une seule fois. Après cela, il n’y a plus participation à la pièce jouée pa la conscience. Vous êtes dans un état de non retour, l’état éternel.

Tout ce que vous pensez être connaissance spirituelle a été acquis au niveau de la conscience; un tel savoir n’est qu’un fardeau pour vous, il ne fait qu’ajouter à votre infortune. Ce n’est que du jargon spirituel. Cet « être-moi » ( ce sens du Je, ce sens d’être que le Je a, I Amness) est la source de toute détresse.

Êtes-vous dans un tel état ( de quiétude) que les mots ne sont plus adéquats pour exprimer votre Soi? Je réponds à vos questions en détail, vous devriez tomber dans un état de quiétude tel qu’aucun mot ne peut vous en sortir.

Je vous transmets ce savoir complètement, dans tous les détails. Avez-vous le courage de l’accepter?

Si vous avez vraiment compris ce que je vous ai dit, vous n’avez plus besoin de revenir.Ne racontez pas ces choses à tous venants, gardez-les pour vous.

Nisargadatta Maharaj

Le 11 avril 1981

Extrait de « Conscience et Absolu » aux éditions des deux Océans

Conscience et Absolu – Demeurez en paix

nisargadatta conscience et absolu

Visiteur : Si la conscience est identique sous toutes ses formes pourquoi chaque individu a-t-il des pensées et des actions différentes?

Nisargadatta Maharaj : Les pensées et les actions sont du domaines du corps-esprit, et il est l’essence des cinq éléments. La forme dépend à des degrés variés des cinq éléments et de trois guna-s ( qualité d l’être). Les pensées et les actes dépendent du conditionnement qui commence dès que la conscience est là. Sans la conscience, il n’y aurait que des formes mortes (inanimées).

La conscience et le corps sont maintenus en bon états par la nourriture et les médecines que nous absorbons. Dans chaque forme les pensées, les mots et les actes dépendent non seulement du conditionnement qu’elle a  subi depuis son apparition ( sa naissance), mais aussi du conditionnement antérieur, au moment de la conception. La conscience était latente dans cette naissance chimique.

Ironie de l’identification avec le corps

Depuis combien de temps vous occupez-vous de spiritualité?

Visiteur : Depuis quarante ans. J. suivais la voie du « Qui suis-je? » de Ramana Maharshi, et j’ai lu le livres sur l’enseignement de Maharaj.

Nisargadatta Maharaj : Jusque là , ça va. Comment comprenez-vous votre Soi?  Vous êtes quoi?

Visiteur: La conscience.

Nisargadatta Maharaj : L’Ultime est avant tout expérience. « L’être-moi » ( I Amness) est le commencement de l’expérience. Sur la feuille blanche de l’Ultime cette cognition est apparue, et la question s’est posée : Je suis qui , je suis quoi? ». Ce sentiment d’être n’a pas la saveur (color, la couleur) de la forme. C’est juste un sentiment d’être, le sens qu’il y a un  » étant ». Ça a été la  première expérience.

Visiteur: C’est Maya.

Nisargadatta Maharaj : Comme vous n’avez pas la réponse à « Qui suis-je » vous répondez  que c’est Maya. Votre réplique n’est pas une réponse. À quoi vous identifiez-vous?

Visiteur: Je suis le Brahman.

Nisargadatta Maharaj: Vous n’en avez pas l’expérience directe. Vous ne faites que répéter ce que vous avez lu ou entendu. Vous êtes quoi , d’après vous?

Visiteur : J’ai eu une expérience …

Nisargadatta Maharaj: Il y a expérience quand « l’être-moi » ( I Amness) est là, mais avant cette expérience du « Je suis » ( I am) quelle était la situation?

Visiteur: Je ne sais pas.

Nisargadatta Maharaj : Je vous parle parce que vous avez la sagesse pour comprendre.

Visiteur: Est-ce que je peux stopper cet « être -moi » et être avant le « Je suis »?

Nisargadatta Maharaj : Comment stopper un processus naturel? Tout arrive spontanément. En ce moment vous êtes la conscience, qui bouge, qui vibre. Ne croyez pas que vous êtes quelque chose d’autre ( une entité séparée) que cette conscience qui bouge et qui vibre. Vous faites partie du jeu de cette conscience. Vous, la conscience, vous êtes le produit de la nourriture consommée.

Au niveau de la conscience active, qui est Soi, et qui est en activité, il ne peut y avoir d’identification à un corps particulier.

Visiteur: Comment m’en convaincre?

Nisargadatta Maharaj : Quand vous êtes dans la quiétude du Soi, vous avez la conviction. Demeurez en paix.

Nisargadatta Maharaj

Le 29 mars 1981

Extrait de « Conscience et Absolu » aux éditions des deux Océans

 

 

Conscience et Absolu – vous êtes ce qui ne peut être perdu

nisargadatta maharaj en français

Visiteur : Comment me stabiliser dans ma prise de conscience?

Nisargadatta Maharaj:  Vous savez que vous êtes. Ceci est en soi la prise de conscience. Si vous pensez que vous devez être conscient ( de quelque chose), vous entrez dans l’état d’expérience. Vous voulez faire l’expérience de quelque chose ( ce qui automatiquement crée la dualité sujet-objet).

Ne considérez pas votre corps-esprit comme votre vrai identité.. L’identification au corps -esprit, ça va pour la vie de tous les jours, mais quand vous devez vous comprendre, il ne faut pas vous comprendre ( vous considérer) comme un corps-esprit. Vous avez la connaissance du « Je suis » (I Am). Cela en soi signifie que vous êtes ( nul besoin de concevoir quelque chose d’autre – dualité et séparation – pour ancrer l’être).

Ce corps est l’expression du produit de la nourriture consommée. la matière est consommée sous forme de nourriture, et voilà le résultat. S’il y a de moins en moins de nourriture, le corps s’amaigrit, s’étiole. Vous n’êtes pas ça, votre image est autre. ( Montrant ce corps) Ce n’est qu’une boite à mangeaille! Pourquoi cette figure maigre? Parce que l’apport de nourriture est réduit. le corps-nourriture, vous n’êtes pas ça. L’état de veille, vous n’êtes pas ça. L’état de sommeil profond, vous n’êtes pas ça. Vous connaissez l’état de veille., vous n’êtes pas l’état de veille. Vous connaissez l’état de sommeil profond, vous n’êtes pas l’état de sommeil profond.

V: Je n’y comprends rien, je suis perdu.

N.M. : Ce « vous » Ultime ne peut jamais être perdu. Tout ce que vous avez perdu, ce ne sont que des mots. Qui vous a dit que vous étiez perdu? Vous savez que vous êtes, « Je suis » (I Am).

Dès que le sentiment « Je suis »apparaît, le monde aussi apparaît. »Vous êtes » n’est pas seul, dans l’isolement. Vous êtes une part intégrale de la connaissance dans le monde.

Dans la ‘hiérarchie’ de la conscience il y a trois étapes:

1. Jivatman, c’est celui qui s’identifie au corps-esprit. Celui qui pense je suis un corps, une personne, un individu différent du monde.Il s’exclut et s’isole du monde en tant que personne séparée, à cause de l’identification au corps-esprit.

2. Vient ensuite l’être (en anglais beingness), ou la conscience, qui est le monde. « Je suis » (I Am) signifie mon monde entier.Juste l’être et le monde.En même temps que l’être, le monde est ressenti – c’est l’Atman.

3. Le Principe Ultime, qui sait que l’être ne peut avoir de nom.Aucun mot ne peut l’approcher ou le déterminer. C’est l’état Ultime.

J’explique cette hiérarchie avec des mots de tous les jours, par exemple: J’ai un petit fils (ça s’est jivatma). J’ai un fils et je suis le grand-père.

Ces trois étapes, on ne peut pas  les appeler de la connaissance.Le terme connaissance s’applique au niveau de l’être (beingness), je vous ai transmis l’essence de mes enseignements.

À quoi êtes-vous identifié maintenant? Vous êtes venu au monde avec quelle identité? Vous voudriez quitter ce monde avec quelle identité? Normalement nous nous accrochons  à l’identité corporelle, mais je l’ai jeté par dessus bord – vous n’êtes pas le corps. Je vous demande:  » Vous êtes quoi? Quelle peut être votre identité, maintenant que vous n’êtes pas le corps? ». Vous pouvez répondre ce que vous voulez, les mots seront toujours incorrects, ils seront faux.

Vous vous accrochez avec l’énergie du désespoir au corps-esprit, comme étant vous. Vous devez avoir la conviction inébranlable qu vous n’êtes pas le corps-esprit, que vous n’êtes m^me pas la conscience dans l’être (beingness).

Faites une expérience sur vous. Vous observez un bâton; est-ce que vous dites au bâton : »Je suis entrain de t’observer? » ( ce faisant on crée le ‘Je’ séparé, l’illusion de l’ego).

Quand on est tout seul avec soi-même, rien n’est utile, aucun entretien n’est utile. Quand on e fond dans son entité véritable rien n’a plus d’importance, parce que rien n’est. Quand le « Je » s’affaisse ( quand il n’y a plus d’individu), il ne rste plus que la prise de conscience (directe).

Nisargadatta Maharaj

21 juin 1981 ( Après-midi)

Extrait de « Conscience et Absolu «  aux éditions des deux Océans

Conscience et Absolu – qui vous êtes n’est jamais né

éternité nisargadatta

Nisargadatta Maharaj: Maintenant, vous savez que vous êtes. Comment est-ce arrivé, qu’est-ce qui vous fait savoir que vous êtes? Il faut aller à la source. Il y a cent ans, vous ne saviez pas que vous existiez. Aucun problème, alors. Maintenant, à cause de ce savoir, les problèmes ont commencé. C’est à cause du corps que cet « être-moi » ( en anglais: I Amness) a fit son entrée, donc que savons-nous du corps et de ce « sens du Je » (en anglais : I-ness)?

Visiteur: Quand le corps s’effondre, quand la personne est morte, est-ce que la mémoire et la conscience continuent?

N.M : La conscience et la mémoire sont toutes les deux des qualités du corps sustenté par la nourriture, mais le vrai Soi est autre chose.

V: Turya, qu’est-ce que c’est? ( conscience pure)

N.M: Turya veut dire que vous seul restez, rien d’autre. Tant que vous savez que vous êtes, tout est. Apprenez ce que vous êtes, et vous aurez toute les réponses; découvrez l’origine du corps et de cet  » être-moi ». Découvrez tout cela, et vous saurez ce que vous êtes.

Tout ce qui change n’est pas votre Soi; ce corps-esprit change constamment. Il n’était pas là, il est arrivé, il va disparaître. Il n’est pas vous. Découvrez ce que vous êtes.

C’est la conscience qui est importante. Concentrez-vous sur la conscience. Voilà ce qu’est la méditation; méditez, et la conscience vous dira tous les secrets. la conscience aime cet Amour-de-soi. Concentrez-vous sur la conscience seulement, vous apprendrez à la connaître. Si vous vous interessez au monde, alors vous ne vous intéressez pas à la conscience. Intéressez-vous seulement à elle, alors elle vous dévoilera tous les secrets, et alors vous saurez ce que vous êtes. Ce « vous » saura qui vous êtes, mais cet aperçu signifie conscience pure, et là il n’y a plus de »Je ».

La méditation, c’est se regarder. ëtre dans la conscience, sans rien d’autre, c’est la connaissance sans language que vous Êtes. il y aura des pensées, mais de plus en plus faibles, seul le sens d’être, d’étant (I Amness) continuera; seulement la conscience sans activité aucune. Si il y a identification au corps-esprit, se regarder agir, par exemple observer sa colère.

V: ESt-ce que Maharaj sent son corps?

N.M : Tout arrive par la conscience. je vois ce corps comme je vous vois; mais je ne suis pas ce corps, je ne m’identifie pas à lui. La conscience n’est ni m^me ni femelle, elle est lumière. Lumière signifie aussi chaleur. Quand la température baisse du corps baisse vraiment., le docteur dit que le patient n’est plus.

V: Est la réincarnation?

M.N:  Même cette naissance n’est pas réelle. C’est à cause du corps qu’il ya cette qualité « d’être-moi » Dans le  sommeil profond vous ne savez pas si vous existez ou non; vous ne vous sentez pas être, c’est tout. Vous n’êtes pas né du tout; votre existence est annoncée, c’est tout. Vous existiez même avant votre naissance; vous existez dans l’éternité, mais c’est seulement dans votre petite enfance que vous avez su que vous existiez.

Ne vous occupez que de cette naissance ( la vôtre). Pourquoi se poser des questions sur la réincarnation? Voyez déjà si cette naissance est vraie.

Nisargadatta Maharaj

Entretien du 5 juin 1981

Extrait de « Conscience et Absolu » aux éditions des deux Océans.

Conscience et Absolu – Puja

Visiteur : En suivant la voie de Maharaj, on pourrait exhiber un comportement en dehors des normes sociales.

Nisargadatta Maharaj : Le  comportement de qui?

Et considéré en dehors par qui ?

Tout ce qui est est l’essence es 5éléments. Cette essence ne va pas changer à cause de la perception consciente. L’essence des cinq éléments est ce sens momentané de la présence, en face de l’éternité.

Vous venez ici avec un sentiment d’amour et de respect pour moi; cela vous sera utile dans la mesure où vous pouvez me percevoir. Si vous continuez à me considérer (seulement) comme un individu, l’utilité s’arrête là, mais si vous me voyez comme je me vois et comme je vous vois, vous en bénéficierez d’autant plus. L’état véritable est ce qui existait avant l’arrivée de la conscience. Très peu atteindront cet état. La plupart d’entre vous ne veulent pas aller au delà de l’identification avec une entité, avec un corps.

Cette identification, changeante depuis l’enfance jusqu’à maintenant, et qui continuera de changer avec le temps qui passe, est purement saisonnière.

Vous vous identifiez à votre corps sur la base d’un ouï-dire. Vos parents vous ont dit que vous étiez né à une certaine date, et que ce corps, c’est vous. Sur la base de cet ouïe-dire vous avez donné à votre identité une certaine image. Vous pouvez penser que maintenant vous êtes des jñani-s et que vous êtes bien conscients de votre identité, mais le plus souvent ça n’est qu’une tromperie des sens. toute image que vous pouvez avoir de vous n’est rien qu’un concept.

Vous n’avez qu’à comprendre ce que vous êtes, et à continuer votre vie de tous les jours du mieux que vous pouvez.

Visiteur: Est-ce qu’on pratique les cérémonie d’offrandes, ( Puja). ici?

Nisargadatta Maharaj : Oui. Sauf que ici, le pratiquant est la conscience, et l’objet du culte est aussi la conscience.

Nisargadatta Maharaj

Le 7 mars 1981

Extrait de « Conscience et Absolu » aux éditions des deux Océans.

Conscience et Absolu – Darshan

Darshan Nisargadatta Maharraj

Nisargadatta Maharaj : Tout arrive dans la conscience basée sur le corps, et là seulement. Les personnes  ( les entités séparées) n’existent que dans la conscience basée sur le corps. La connaissance habituelle ne s’occupe que des choses en relation avec cette image du corps. Vous n’êtes pas le corps, vous êtes la conscience. Il n’y a pas la marque d’une personne, il y a seulement la conscience manifestée qui fonctionne. Cette conscience manifestée, dynamique n’a aucune conception que ce qui lui arrive est bon ou mauvais; quelque chose arrive, c’est tout. Personne n’est l’agent.

Le message « Je suis » est là. Le flot du mental est là aussi; il ne représente pas une personne, seulement la conscience. L’idée même que vous êtes le corps ( l’entité corps-esprit) est ridicule; il n’y a que la conscience qui fait l’expérience de sa manifestation ( qui est consciente d’elle-même à travers sa manifestation). Rares sont ceux qui vont saisir ce fait. pour un Jnãni, la vie dans le monde signifie le fonctionnement total de la conscience. Normalement, quelqu’un qui pense toujours que les autres sont des personnes ne va pas les concevoir simplement comme une expression, un fonctionnement de la conscience. Le jeu total de la conscience ne va pas descendre au niveau individuel ( et ne peut pas être saisi à ce niveau). Au niveau de la totalité,, c’est tout à fait différent, l’individu est seulement une manifestation de la conscience.

N’êtes vous pas le disciple d’un grand Sage? Il y a longtemps que vous allez le voir?

Visiteur : Sept ou huit ans.

N.M : Alors pourquoi venir ici?

V : Je voulais recevoir votre darshan, je voulais vous rencontrer.

N.M: Quand vous êtes ancré dans votre propre Soi, l’autre n’existe pas ( pas de dualité ou de séparation), vous êtes le tout. Si vous demeurez dans votre Soi vous êtes semblable à l’espace et il n’y a plus de dualité. Vous êtes aussi vaste et aussi subtil que l’espace, et  ça c’est la libération. Aucun nom, aucune forme ne  vous conditionnent. SI vous êtes semblable à l’espace, pourquoi aller quelques part? L’espace qui est ici est aussi partout ailleurs. la spiritualité n’est pas un jeu d’enfant. Mes paroles vont tailler en pièces les doutes de quiconque les entend.

Avant tout, demeurez dans votre Soi et allez au-delà, et en le transcendant vous réaliserez l’Ultime. les mots qui viennent d’ici ne sont pas une connaissance empruntée, celle qu’on trouve dans les écritures et autres livres; c’est de l’expérience directe, Nirupana. La pratique habituelle de ces gens qui font une profession de la spiritualité, c’est qu’ils répètent tels ou tels livres.

Vous devez comprendre absolument ce que vous êtes, ou ce que vous pourriez être quand il n’y a rien. Quand il n’y a rien, vous êtes toujours. Qu’est-ce que ce vous? ( Examinons les deux cas / Tout est un, et quand tout est, vous êtes aussi; ça se comprend; mais quand rien n’est, comment puis-je être? ( Si ce n’est  que en temps qu’Absolu: quand les qualités ne sont plus, il ne reste que l’être sans qualités, l’Absolu).

Nisargadatta Maharaj

le 19 juin 1981

Extrait de « Conscience et Absolu » aux éditions des deux Océans