Derniers jours – Ce qui est déjà vous

méditations avec sri nisargadatta maharaj

Nisargadatta Maharaj : Vous êtes comme une personne qui cherche après elle dans chaque coin et recoin de la pièce. Vous êtes en quête de ce qui est déjà Vous. Vous ne pouvez pas trou­ver la Vérité ultime en regardant au­dehors.

Visiteur : C’est comme si vous me marteliez la tête pour m’ai­der à ne pas oublier.

Nisargadatta Maharaj : Cette idée de « votre » n’est pas non plus juste. Lâchez vos perceptions sensorielles. Votre corps est constitué des cinq éléments, mais ce n’est pas Vous. Ce corps que vous prenez comme tout ce que vous avez n’est pas permanent. Tant que vous vous prenez pour votre corps, vous êtes un être malade et qui n’est pas apte à la réalisation du Soi. Quand vous aurez totalement réalisé ce « Je suis », sans les conditionnements liés au corps physique et mental, vous ne ferez alors plus qu’Un avec le monde dans son entier. L’univers ne doit son existence qu’à cette connaissance, « Je suis ».

Visiteur : Je ne suis pas capable d’avaler le remède que vous me donnez !

Nisargadatta Maharaj : Vous aurez encore à vous exercer à la méditation et à réciter un mantra, ainsi l’obstacle que représente votre identification au corps sera éliminé.

Visiteur : Me donnerez-­vous un mantra ?

Nisargadatta Maharaj : Pour le moment ce n’est pas néces­saire. Contentez­vous de tourner toute votre attention sur le Soi et restez à l’écoute du son qui l’accompagne. Il semble que vous n’expérimentez pas de moment de tranquillité et de calme. Pour le moment, vous êtes très attaché aux perceptions qui vous viennent du monde extérieur à travers le corps physique et men­tal. Détournez-­vous de cette attraction est intériorisez-­vous. Vous trouverez ainsi votre véritable Soi. Vous semblez avoir déjà oublié ce que vous avez entendu ce matin, et vous évoquez d’autres sujets.

Visiteur : Pourquoi devrais-­je rester coller à la mémoire ?

Nisargadatta Maharaj : Qui reste collé à la mémoire ? la connaissance « Je suis » est plus subtile que le ciel, comment la mémoire pourrait y adhérer ?

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – Udmani

udmani Nisargadatta Maharaj

Nisargadatta Maharaj : Quand l’état de Connaissance véri­table sera établi, vous serez dans un état ressemblant à celui du sommeil même la sensation d’être le témoin ne sera pas là. Vous pourrez ressentir un état proche du sommeil, mais ce n’est pas le sommeil. Cela est appelé udmani, qui signifie ‘au­-delà du mental’. Les Yogis et les sages sont dans cet état au-­delà du mental. C’est un état qui transcende le mental. Quand je parle, je le fais depuis l’udmani – depuis ce non-­état. C’est un état de tranquillité et de détente. 

Question : Est­-ce un état de sommeil profond ? 

Nisargadatta Maharaj : Bien qu’il semble similaire au sommeil, ce n’est pas le sommeil, parce qu’il s’y trouve une grande Pré­sence ou Conscience. Vous ne pouvez pas accéder à cela à moins d’être déjà stabilisé dans une certaine tranquillité et paix. 

Question : Parfois, quand je suis en train de lire, il y a une identité, et je me vois en train de lire. Est­-ce différent de ce que vous décrivez ? 

Nisargadatta Maharaj : Pendant que vous rêvez, vous obser­vez le rêve, n’est­-ce pas ? À ce moment, le monde rêvé dans son entier se déploie devant vous. Vous êtes tout à la fois en train de participer à ce monde rêvé en tant qu’un des personnages, un des acteurs et en même temps témoin de l’ensemble. Dans ce que j’évoque (udmani), vous êtes pure témoin. Vous n’agissez pas vous êtes simplement témoin, bien qu’en même temps vous participiez au rêve. 

Certains Guru-s donnent des conseils à suivre qui n’engage que l’aspect mental et les activités. Ils dirigent leurs disciples dans un jeu mental qui se réfère aux concepts qu’ils affectionnent. Ils concrétisent leurs concepts préférés sous forme d’activités des­tinées à leurs disciples. Laissez tout cela de coté – il n’est pas là question d’effort et de s’élever à un niveau supérieur. Où cette clarté, cette flamme pourrait­-elle bien se rendre ? Où ce prana ou mon souffle vital pourrait-­il se rendre ? Il n’est pas question ici de se rendre quelque part. Vous avez juste à être présent en tant que Témoin et vous ne ferez plus qu’un avec les cinq éléments. 

Si vous vous identifiez avec le complexe corps physique­-men­tal, vous aurez alors à supporter toutes les misères et souffrances qui le concernent en ressentant toutes ses impressions. Si vous vous identifiez au corps, vous souffrirez avec le corps. Un nageur qui est pris dans un tourbillon, doit y plonger profondément avant de pouvoir s’en éloigner et revenir à la surface. Cependant si le nageur tente de se débattre, il s’épuisera et cela en sera fini. De la même manière avec ce tourbillon de ce complexe psycho­-corporel, avant de rentrer dans un état de perturbation avancée, descendez profondément en vous, ne vous laissez pas emporter et épuiser par cette identification. Placez­-vous au­-delà des pen­sées et demeurez dans cet état sans pensées. Si je vous demande de poser des questions, c’est pour que je puisse apprécier la pro­fondeur de votre compréhension. Les questions appartiennent au mental, mais vous n’êtes pas le mental. 

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – Atma prem

Ashram Nisargadatta

Visiteur : Qu’est­-ce que Atma Prem (L’amour de Soi) ?

Nisargadatta Maharaj : Atma Prem est aussi une conséquence de la conscience d’être. Si vous prenez part à Atma Prem, il a la capacité de vous distraire et tout ce que vous verrez sera maya, qui est l’état d’igno­rance. Si vous atteignez un état de Connaissance, alors même cet Atma Prem sera vu sans existence véritable. Le mot maya a ici un autre sens. Ce que vous appelez l’amour est lui ­même maya. L’amour joue de multiple rôle. Toutes ces maisons, etc., ont été créé à partir de maya. L’amour ou maya a créé Mumbai tout en­tière. L’Amour prend de multiple forme ; mula-maya a créé tout aussi bien Vishnu que Shankara, mais qu’est-­ce qu’il y avait avant cela ? Maya est la responsable. L’être humain est enchevêtré dans ce concept et illusion de l’amour, et à cause de cela il est pri­sonnier du cycle de la vie et de la mort. Le sentiment d’amour devient une grande méprise si vous vous retrouver empêtrer en lui. L’amour peut être éprouvé pour tant de choses. À l’instant où l’illusion est créée, les liens se créent. En vous prenant pour un homme ou une femme, vous vous empêtrez dans cette illusion.

Vous êtes Para Atma. C’est ce que mon Guru m’a transmis alors qu’il entrait en MahaSamadhi. Ses paroles étaient si puis­ santes qu’elles se sont implantées et enracinées en moi, et je suis ainsi devenu Cela. Il y avait une telle puissance et force dans ses propos que ce qu’il disait prenait forme et devenait la réalité.

… /…

Visiteur : N’y a-­t­-il pas d’amour dans la réalisation du Soi ?

N.M : C’est au­-delà de cela. L’Amour appartient au monde. La véritable réalisation du Soi ne se produira pas tant que vous ne saisirez pas ce que vous êtes. Si vous comprenez la réponse, alors cette question au sujet de la réalisation du Soi ne viendra plus.

Ananda, la félicité et la grâce de la Conscience, s’élèvera en vous comme une explosion atomique, et vous verrez alors comment le vaste monde dans son entier est la manifestation de Cela.

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta «  aux éditions Aluna

Derniers jours – sans effort

Nisargadatta maharaj sans effort

Visiteur : La méditation n’est pas encore quelque chose de confortable pour moi. Elle est souvent chaotique.

Nisargadatta Maharaj : L’idée que vous n’êtes pas stable et que c’est chaotique est juste le point de vue de votre mental, et ne concerne que le mental.

Visiteur : Oui, c’est pourquoi je me tiens fermement au té­ moin.

Nisargadatta Maharaj : Pourquoi fermement ? Détendez-­vous et posez­-vous la question du pourquoi de cet effort.

Visiteur : Chaque instant a des saveurs de nectar d’immorta­ lité (amrit). C’est très important pour moi et cela amène un sens de l’effort plutôt que de me relaxer.

Nisargadatta Maharaj : Qu’est­ce que c’est que cet effort que vous faites qui aurait à voir avec amrit ?

Visiteur : Je fais tous les efforts possibles pour ne pas être dans l’ego, ou l’identification au corps physique et mental.

Nisargadatta Maharaj : D’où vient le besoin d’être impliqué avec le corps ?

Visiteur : Juste une habitude de conditionnement passé.

Nisargadatta Maharaj : Qu’est­ce qu’un moment peut avoir avec amrit ? Un moment est un morceau de temps, alors qu’amrit est éternel.

Visiteur : Si le « Je suis » est juste dans l’instant, n’est­ce pas l’éternité ?

Nisargadatta Maharaj : Ces moments sont comme un jet d’étincelles, alors que le Soi est continu.

Visiteur : J’expérimente souvent le Soi ces jours­ ci.

Nisargadatta Maharaj : Qui en fait l’expérience ? Vous êtes la Conscience. Il n’est aucunement question d’expérimenter quoique ce soit. Quoique ce soit, c’est ce que ‘Vous’ êtes. Tandis que vous créez une identité séparée.

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – La Conscience perçoit qu’Elle est toute chose

La Conscience perçoit qu’Elle est toute chose

Nisargadatta Maharaj : Brahman (ou Ishwara) et toute cette mani­festation sont auto­créés, et c’est au sein de cette manifestation que vous tentez de modifier les choses.

Visiteur : La Conscience perçoit qu’Elle est toute chose, qu’Elle est Ishwara. Alors des désirs peuvent s’élever spontanément pour modifier ou ajuster les choses, et à ce moment­là toute autre chose arrive et vous réalisez que vous ne pouvez pas l’ajuster – « C’est. »

Nisargadatta Maharaj : Ceci se produira constamment, et vous n’y êtes pas impliqué. Vous êtes en dehors de cela.

Visiteur : C’est pour cela que c’est si aidant pour moi d’être ici.

Nisargadatta Maharaj : Malgré cela, les lumières de Delhi et du monde sont encore visibles ! Ce processus chimique, cette réaction, est votre « Êtreté », et elle se maintient sur ce corps de nourriture. L’Absolu est témoin de cette « Êtreté » qui est ali­ mentée par le corps de nourriture. Est­ce clair ? Après un certain temps d’état de veille, un repos est nécessaire, c’est ainsi que cette expérience du « Je suis » disparaît. C’est comme si elle pre­ nait du repos et s’oubliait. Vous ne pouvez pas comprendre ac­tuellement de quoi il en retourne exactement, mais quand vous serez établi dans votre « Je suis », vous saisirez que ‘Vous’ êtes antérieur à l’état de rêve ou à l’état de veille, et qu’ils sont des émanations provisoires de votre « Êtreté. » Les états de veille et de sommeil appartiennent au « Je suis ». ‘Nous’ sommes doués de cette qualité de témoin ou d’observation par la présence du « Je suis. » Quand le « Je suis » n’est plus là, l’outil nécessaire à l’observation n’est plus disponible.

Ce qui se passe, c’est que pendant que vous êtes en train d’écouter ce que je dis, vous vous référez aux concepts que vous avez au sujet de la Conscience. Si mes mots vont dans le sens de ceux­ci, vous êtes satisfait. Mais je veux faire table rase de tous les concepts et vous permettre d’être établi dans un ‘état sans concept’.

Notre premier ministre, Morarji Desai, a certaines concep­tions bien enracinées du Divin qu’il ne souhaite pas remettre en question. Une femme qui est venue ici et qui connaît le premier ministre, lui a offert ainsi qu’à son frère deux livres de mes en­ tretiens. Morarji les a juste parcourus et en a conclu « Je ne suis pas en accord avec cela. » ‘Je ne suis pas d’accord’ signifie : « Cela n’abonde pas dans le sens de mes concepts, aussi je ne peux pas l’approuver. » Il ne pouvait pas concevoir que ses concepts soient mis à plat, tandis que son frère fut enthousiaste et dit : « Tout ceci me parle. »

Visiteur : Si je comprends bien, si je me tiens profondément dans le Cœur, tout disparaît et il n’y a plus de « Je Suis. »

Nisargadatta Maharaj : Ce « Je suis » se dissout dans l’Absolu.

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – La cause première

nisargadatta maharaj première cause

Nisargadatta Maharaj : La cause première est la connaissance du « Je suis ».

Visiteur : Qu’est­ ce que vous entendez par « connaissance » ?

Nisargadatta Maharaj : Cette connaissance « Je suis » apparaît spontanément. Cette connaissance « Je suis » est antérieure à la formation des cinq éléments. L’Absolu (Paramatma Parmeshwar) n’est conscient de rien. L’état de conscience apparaît plus tard, avec la connaissance du « Je suis ». Un être peut être bien por­ tant quand il va se coucher et le matin au réveil, avoir la tête qui tourne et tomber. Il découvre que tout son corps est enflé et ne connaît pas la cause de ce trouble. C’est seulement quand tous les examens sont faits qu’il connaît la cause de cette maladie. De la même manière, l’Absolu n’a aucune idée qu’Il était (ou qu’Il est). C’est seulement quand la connaissance « Je suis » apparaît spon­ tanément qu’il peut en être conclut que l’Absolu ‘était’ ou ‘est’. C’est uniquement quand la conscience du corps­mental vient à l’existence, par le pouvoir des cinq éléments, que la Conscience d’Être apparaît. J’ai appris de mon Guru que ce subtil principe qui ne sait pas qu’« Il est », est mon propre Soi. Ceci est ce qui m’a été transmis. C’est depuis Cela que je vous parle.

Extrait de « Derniers jours » aux éditions Aluna

Derniers jours – Présence consciente

Nisargadatta Je suis

Nisargadatta Maharaj : La pratique méditative qui consiste à se focaliser sur la respiration est appelée pranayama. La pratique du pranayama vous apporte un état de paix. Avant tout, le Té­moin, n’est pas l’énergie vitale (prana) mais ce qui observe sans participer. Cela vient de nulle part. C’est toujours là. Ce n’est ni clair, ni sombre, ni carré ni rond ou de toute autre forme. Vous pouvez appeler Cela qui regarde Krishna, Christ ou Rama. C’est pur Amour. Le témoin est la preuve en chacun de son Être ; c’est le « Connaissant ». Qu’est que le souffle vital ? Quand il est présent en vous, dans le corps, il est appelé prana. Quand vous méditez sur le souffle et qu’il est libéré, il se fond dans l’espace et devient un avec l’univers. Dans ce genre de dévotion, vous n’avez besoin d’aucun autre support, tel que des fleurs ou de la nourriture.

Quand vous contrôlez votre souffle par le pranayama, un état de félicité (samadhi) peut être atteint où il n’y a ni pensées et ainsi aucun désir. Cependant, cet état de félicité et de joie ne per­dure que tant que vous maintenez ce contrôle de la respiration. Vous ne tarderez pas ensuite à retrouver un état plus grossier. Ce n’est que quand cette joie est contactée au­delà des sens qu’il y a union avec l’univers. C’est aussi pur et vaste que le ciel. Mais qui l’éclaire ? Cet Amour, cette connaissance qui l’éclaire est la connaissance « Je suis ». Portez toute votre attention sur votre « Êtreté » jusqu’à ce que vous soyez établi consciemment en Elle.

Alors, seulement vous pourrez la transcender. Votre attention du moment est seulement sur l’air ou sur la respiration. Soyez votre « Êtreté », même si cela n’est pas l’étape finale.

Question : L’expérience de ce qui est importe peu, si vous êtes conscient du Témoin, est-­ce juste ?

N.M : Qui est le Témoin de cette joie ? Qui est conscient de cette joie ? Soyez ce « Je suis » ?

Une fois que vous avez connaissance de qui vous êtes, restez stabilisé dans cette expérience du Soi. Soyez, tel Arjuna, présent à son « Êtreté » en permanence, même au plus fort des combats sur le champ de bataille. Parce qu’il ne faisait qu’un avec Krishna, il pouvait combattre en sachant que personne ne tuait et per­sonne ne pouvait être tué.

Extrait de « Derniers jours de Sri Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – Qui est malade ?

Nisargadatta derniers jours

En 1978, le docteur Rjgopal de l’Hôpital Jaslok vint rendre vi­site à Maharaj. Pendant la discussion, le docteur détecta dans la voix de Maharaj, un problème au niveau de sa gorge et exprima son désir d’ausculter la gorge de Maharaj. Il emmena Maharaj à l’Hôpital de Jaslok et après l’examen lui annonça qu’il suspectait un cancer de la gorge. Il souhaitait donc procéder à des examens plus poussés, mais Maharaj exprima son désaccord. C’est ainsi que Maharaj poursuivit ses entretiens comme à l’accoutumée sans interruption jusqu’en 1980. À nouveau en avril 1980, sa voix devint plus rocailleuse. Un physicien, le Docteur Kale, de la fa­mille de Maharaj, en l’examinant décela des zones de resserre­ment dans la gorge et fit part de son inquiétude. Aussi, il insista pour que Maharaj soit examiné de manière plus approfondie. Sous les efforts de persuasions insistants de Monsieur S. V. Sapre, Maharaj accepta de faire les examens nécessaires. Les résultats indiquèrent que le cancer s’était considérablement développé.

Quoi qu’il en soit cette annonce eut peu d’effet sur Maharaj. Il fit remarquer nonchalamment : « Qu’est­ce qu’un cancer tout compte fait ! Je ne suis pas effrayé par la mort. Ce « Je suis », la naissance elle-­même, est le commencement de ce cancer – le commencement de la souffrance, et je ne suis rien de tout cela. Aussi, si même un médecin me soignait, cela concernerait mon corps et non ‘moi’ – l’Absolu. »

Plus tard, bien que Maharaj ne soit pas prêt à se faire soigner, Monsieur Ghia Seth – un industriel – insista pour que Maharaj soit vu par le docteur Paymaster, qui était le cancérologue le plus renommé de Mumbai. Aussi, fut-­il amené en consultation chez le docteur Paymaster qui décrivit à Maharaj la gravité du mal, ainsi que les détails de la souffrance insupportable d’un patient can­céreux quand un traitement n’était pas donné en temps voulu. Mais cela n’eut pas pour effet de convaincre Maharaj et il décli­na tout traitement de chimiothérapie et radiothérapie, et ne fut même pas d’accord d’être hospitalisé.

Dans le même temps, un proche disciple de Maharaj, Mon­sieur Shrikant Gogate, suggéra un traitement homéopathique et recommanda un homéopathe de Malvan – la ville native de Maharaj. Il s’agissait du Docteur Suvarna, qui était spécialisé dans le traitement des cancers. Le traitement du Docteur Suvar­na, selon nos constatations, produit de bons résultats par le fait que la gorge ne sembla plus subir les mêmes effets ravageurs de la maladie. Il pouvait manger une nourriture habituelle. Ces en­tretiens reprirent sans interruptions, et avec autant d’énergie, et tout allait bien.

Un certain nombre d’experts en médecine ayurvédique, en nadi vaidya et en acupuncture lui rendaient visite plus ou moins régulièrement. Un acupuncteur le soigna pendant quatre jours, mais Maharaj n’était pas enclin à continuer avec ce traitement. Un thérapeute en vadi vaidya donna quelques huiles à utiliser en gouttes nasales. Ces traitements donnèrent quelques soulagements temporaires. Mais aucun d’eux ne donna d’espoir quant à une guérison. Ils donnaient tous à prévoir une fin dans les deux à trois mois à venir. Mais, contrairement à leurs craintes, le pire n’arriva pas avant huit mois. Ils mirent cela sur le compte de la réalisation spirituelle de Maharaj.

D’une manière qui ne présageait rien de bon, à partir de juillet 1981, le terrible mal reprit la main. Cela eu pour conséquence de faire diminuer la longueur des entretiens ainsi que leur fréquence. De deux heures, ils passèrent à une heure trente, puis même plus tard à une demi-­heure. Il arriva même quelques fois, au plus fort de la maladie, qu’il ne soit physiquement pas capable de mon­ter à la mezzanine où les entretiens étaient donnés. Dans ces moments là, nous écoutions des enregistrements de précédents entretiens.

Le 18 août 1981, Maharaj eu une attaque de pneumonie. Il fut pris de toux et congestion des poumons. Le docteur Kale pres­crit un traitement d’antibiotique qui fit baisser la température. Tout semblait revenu sous contrôle, mais, très faible, Maharaj ne pouvait poursuivre ses entretiens.

C’est le 6 septembre 1981 que Maharaj donna le signal du départ. Depuis son lit, il exprima dans un murmure : « Dans trois jours, je serai parti. » Nous étions horrifiés, la fin était proche ! Mais nous n’étions pas prêts à prendre ses mots au sérieux. Pré­cédemment, alors que nous nous enquérions de sa santé, il avait répondu : « Quelle santé – dans l’instant suivant je pourrai ne plus être là. » Aussi, de la même manière, nous n’avons tenu plus compte de ces « trois jours. »

Extrait de « Derniers jours de Sri Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Premiers discours 45 – l’ Invisible qui voit tout

invisible nisargadatta

Celui qui connaît la vérité est un yogi !

Un yogi est celui qui voit son unité avec tous. Par la grâce du Sadguru est réalisée la connaissance ultime du yoga. Un jnani est celui qui a Connaissance du Soi. La connaissance de son propre Soi revient à connaître le Soi en tout. De la fourmi à l’être humain, tous se prennent pour autre chose que ce qu’ils sont en réalité. La fausse vérité ne peut pas durer indéfiniment. Les façons de voir coutumières seront vues comme fausses. Avec le temps, on se rend compte de son erreur. Bien que rare, la sagesse existe, elle nécessite la connaissance de la Vérité. Toutes nos relations commencent par la connaissance de notre existence dans le Cœur.

Quand sont vus « les pieds du Sadguru », le sens implicite de ces enseignements devient pleinement clair. En raison de la proximité que nous entretenons avec notre corps depuis l’enfance, nous y sommes attachés et il a été accepté comme notre identité. Mais, par la vraie connaissance, cette fausse identité est rejetée. Une fois la connaissance du Soi révélée, les anciennes pièces rapportées ne peuvent plus être invitées, même si le souhait peut se manifester.

Celui qui a la conviction d’être le Soi est un yogi. Pour un jnani, toutes les apparences sont illusoires. Avec la connaissance du Soi, la fausse identité n’a ni sens ni utilité. Celui qui fait l’expérience du réel se connaît lui-même. L’expérience d’être est soudaine et inattendue. C’est l’expérience de tous et elle est chérie par tous les êtres vivants. Notre Conscience nous donne le sentiment d’exister, et toutes nos expériences en sont le résultat. L’expérience d’être apparaît et s’installe chaque jour, puis se fond dans le Soi.

Êtes-vous capable de reconnaître l’expérimentateur en vous? Sans l’expérimentateur, comment auriez-vous pu avoir cette reconnaissance? Votre expérience est-elle limitée dans le temps ou au-delà? La plupart des gens reconnaissent les autres ou les aiment sur la base de leur propre existence avec une apparence limitée.

Celui qui ne sait pas ce qu’est et en quoi consiste cette Conscience est comme un pêcheur qui récolte du poisson. Tout comme un pêcheur ramasse le poisson de son filet, la Conscience est utilisée pour satisfaire de nombreux désirs et pour prendre des résolutions. En l’absence de Ce qui connaît la Conscience, qui est là pour imaginer sa nature comme ceci ou cela ? L’ignorant tombe amoureux de tout ce qui apparaît et lui plaît. Avant l’apparition de votre Conscience, où était cet amour? la Conscience est-Elle toujours présente en vous ?

Nous apprenons à connaître notre existence, n’est-ce pas, ainsi que l’univers qui nous apparaît comme sacré ? Tout cela est faux. Il ne s’agit que du jeu de la Conscience. Là où il y a la Conscience, il doit y avoir quelque chose pour L’occuper. Il convient d’examiner de quoi il en retourne. Pour cela, nous devons mettre de côté le voile posé sur l’Atman à cause du mental et de l’intellect. Cela demande le contrôle du mental, sans lequel on se perd, comme si on tombait dans les flots d’une rivière. Celui qui veut devenir un yogi devrait donner le contrôle de sa conscience et de son intellect au Sadguru. Notre Conscience est «les pieds du Sadguru». Celui qui écoute un Sadguru a la Conscience emplie de la vraie connaissance. Notre Conscience est indescriptible et, grâce à Elle, nous faisons l’expérience du monde. Son Connaisseur est plein et entier. Le jour et la nuit, le lever et le coucher du soleil sont tous dus à cette Conscience. Elle prend du repos chez celui qu’on appelle un jnani. Vous pouvez appeler votre Conscience la déesse Amba ou Bhagavati ou Krishna ou Rama, mais c’est dans le jnani que tout cela se déploie. Celui qui connaît la Conscience présente dans le corps est un jnani. La méditation constante fait de nous un candidat à l’Ultime. À l’occasion des cérémonies de purification, ce sont la connaissance et la dévotion que nous devrions saupoudrer sur notre Soi. Ceux qui adorent Dieu deviennent Sa vie même. Votre Conscience est la vie de Dieu. C’est la manifestation de Dieu.

Les paroles et la méditation du Sadguru à ce sujet sont de la plus haute importance. Leur importance vous apparaîtra clairement à l’avenir, si ce n’est pas déjà le cas maintenant. C’est un miracle que la Conscience dans le corps supporte si facilement la lourdeur du poids du corps dans les diverses activités. Ce même corps demandera quatre personnes pour être porté quand la Conscience ne sera plus là. Ce n’est pas un jeu d’enfant de connaître véritablement la Conscience et de devenir sans identification au corps dans cette vie même. Connaître la Conscience, c’est connaître la source de l’être ou «nos propres pieds». Alors vous devenez un jnani ou un yogi. Bien que notre Soi se manifeste dans le corps, Il est sans corps par nature.

Tous les parfums, qualités et arts qui se manifestent par votre corps sont tous sans corps. Ce qui leur permet d’être à l’origine de réalisations aussi au dehors du corps. Ceci n’est connu que d’un yogi. Ce qui était à l’intérieur du corps a maintenant occupé tout l’espace. Notre Conscience est tout aussi active qu’invisible. Elle rend la vue possible, et toute tentative de La voir rend le sage dépourvu de corps. Alors, tout le contenu de la Conscience se dis- sout. La Conscience que vous utilisez maintenant est la même que Celle qui a été utilisée par toutes les incarnations passées. Voyez votre Conscience comme étant Celle qui est la toute première à se manifester dans cette existence.

Nisargadatta Maharaj

1er janvier 1956

Extrait de  » Premiers discours » aux éditions des deux Océans

Premiers discours 44 – le Soi naturel

Soi naturel Nisargadatta Maharaj

Celui qui vénère la Conscience devient Celle-ci !

La Conscience est utilisée pour la connaissance. Une fois la connaissance du Soi réalisée, la Conscience est abandonnée. Quel est le summum de la connaissance selon les Veda ? C’est notre vraie nature spontanée et naturelle, présente en chaque être. Ceux qui sont libres de tout concept au sujet d’eux-mêmes sont plus proches de leur Soi naturel. Quel est le principal problème de tout être humain? C’est la mémoire de sa propre existence. Par la connaissance du Soi, le problème humain de l’existence se trans- forme en contenant de sa propre félicité. Les quatre Veda sont destinés à réaliser le Soi. L’essence des Veda est de connaître notre propre Soi. Les idées que vous avez de vous-même sont toutes empruntées aux autres. Que savez-vous de vous-même? Avant d’assumer ce que vous êtes, qu’est-ce qui est déjà là avec vous ? Le Soi. Qu’est-ce que l’on entend par yoga et yogi ? Yoga signifie « obtenir» ou «acquérir». On acquiert en se rappelant ce qui est déjà là. Nous mangeons et buvons, car les jus alimentaires aident à entrete- nir notre être, qui est l’expression du Soi. Le yogi est celui qui connaît son unité avec Atman. Alors, que faisons-nous dans ce pro- cessus? Nous apprenons seulement à comprendre que nous le sommes. Je donne des conseils pour accéder à cette connaissance, mais en réalité, cela ne dépend d’aucun conseil.

Quelle est l’origine de tous les Veda, des différentes branches des arts et de la connaissance ? Ils sont nés de la Conscience, qui est à l’origine de tout, et tous finissent par s’y fondre. Elle est donc antérieure à tout.

Tous les sages vous disent que la dévotion pour Hari est plus grande que Hari. La dévotion existe par elle-même et elle se nomme Hari. La foi et l’amour digne de Hari s’appellent dévotion. L’ignorance du Soi limite l’existence, et un être ignorant craint la mort. Mais la connaissance du Soi est au-delà de tout plaisir et elle proclame avoir mis fin à la mort. L’événement de la mort est lié au mot jiva et l’immortalité accompagne le mot Shiva. Celui qui est en tout et toujours entier s’appelle Paramatman. Le jiva indique notre ignorance et Shiva, la connaissance du Soi. Celui qui avale à la fois jiva et Shiva et reste jusqu’à la fin, survivant à tout, est complet et unifie aussi les autres. C’est l’essence même de tout miracle ou accomplissement.

Le Soi est en tout, et sa réalisation est l’essence de l’existence de tous. La dévotion à Hari ou au Guru est la voie à suivre. Votre dévotion au Guru dissipe les fausses accusations à votre encontre. Quand notre être n’a pas de désirs, il s’autosuffit. L’exigence de quoi que ce soit est synonyme de faim. Le Soi est complet par nature et, pour le connaître, la dévotion est la voie à suivre. Cela signifie que nous devons faire grandir en nous la conviction de ce qui est notre vraie nature. Ainsi votre compréhension sera correcte. Alors Hari, Brahman et le Guru ne seront pas que des mots mais votre propre nature. Par votre dévotion au Sadguru, vous connaissez votre propre Conscience en tant que Hari. Sans Lui, vous ne pouvez faire d’expérience d’aucune sorte. À quoi ressemble ce Hari? Il est tel qu’il est. Pour le connaître, il faut nourrir de la dévotion pour le Guru. Ce qui est sans âge ne peut être connu qu’en devenant sans âge soi-même. Le «Toujours Existant» est auto-existant, sans même avoir besoin d’une goutte d’eau. Si la Conscience est, c’est grâce à Lui. Grâce à Lui, nous connaissons notre existence que nous chérissons tant. La dévotion à Hari est la voie royale pour connaître ce qu’est la Conscience. Hari peut se réaliser par la dévotion.

Afin de faire le meilleur usage de notre existence, nous devons toujours être conscients de notre véritable être en tant que Brahman, Ishwara, Dieu ou Guru. Quand votre identification corporelle disparaît, vous devenez un ancêtre (l’origine), même pour votre propre père. Comme un perroquet qui se fait attraper en s’accrochant à une canne, vous êtes captif en vous accrochant à votre identité corporelle.

Notre Conscience Elle-même est Dieu. Votre dévotion pour Hari doit être profonde. C’est l’ultime résultat de l’étude de tous les Veda. Vos plaisirs mondains sont tous de courte durée, contrairement à la béatitude dans laquelle sont les sages, par la dévotion qu’ils portent à Hari. Quand le jiva est fatigué de tous les problèmes de la vie à cause de sa quête des plaisirs, il essaie alors d’obtenir la joie procurée par la vraie dévotion. Un vrai dévot s’éloigne des relations mondaines et des objets des sens pour rester seul. Dans ce processus, il oublie tout, y compris son propre être. Qu’est-ce qui donne le pouvoir de détachement aux rois pour rejeter des trônes parsemés de pierres précieuses ? Qu’est-ce qui donne la force aux sages de tout sacrifier, y compris leur corps ? C’est leur Conscience qui le fait. Les idées selon lesquelles nous allons à Vaikuntha, Kailas ou au ciel n’indiquent pas la vraie connaissance du Sadguru et du Soi. Le véritable amour n’est pas l’amour de l’existence, mais l’amour de notre vraie nature. Ce qui était détes- table a été purifié par la dévotion à Hari et est devenu Hari lui-même. Votre dévotion fait de vous l’objet de votre dévotion. Celui qui vénère l’eau devient eau. Vous devenez Conscience en méditant sur Elle. Ce que l’on disait détestable ne l’était pas vrai- ment, il s’agissait d’une fausse accusation. Par la dévotion, cette accusation a été retirée et elle est devenue pure. Se faire traiter d’homme ou de femme est aussi une fausse accusation, dont il faut se débarrasser.

Nous connaissons notre existence, ce qui signifie que nous avons foi en notre existence. Tant qu’il y aura du prana, cette foi restera sans pouvoir aller nulle part. Ce que nous pensons de nous- même change avec le temps, ce qui signifie que notre foi en nous-même change. Notre corps est comme un sac contenant de la nourriture de Conscience. D’abord, nous avons cru être un enfant, puis un jeune, et finalement notre croyance est que nous sommes vieux. Par la connaissance du Soi, notre foi devient immuable, stable et pleine. Cette plénitude vient avec la dévotion, puis naît la tranquillité. Quand la foi s’arrête, c’est là que se trouve le Soi. Dans le Soi, il n’y a pas de mouvement et il ne peut être vu. Le connaisseur de cette foi devient un avec Paramatman. Il a vraiment servi son Sadguru. Au début, l’esprit est avide de dévotion et le dévot est même prêt à sacrifier sa vie pour la dévotion. finalement, le mental se dissout complètement.

Ceux qui consacrent entièrement leur vie à Dieu deviennent aptes à recevoir sa lumière et son obédience. Qui d’autre peut être digne de cela? C’est indescriptible, il faut s’en rendre compte par soi-même. Dieu est concilié par la dévotion. Il purifie la Conscience et apporte la lumière de toutes les lumières. La dévotion à l’identité corporelle demeure au niveau mondain de la dévotion à l’action. La vraie dévotion à Hari libère de toutes les culpabilités et fautes. La Conscience est purifiée; ainsi est atteinte l’essence ultime de la spiritualité.

Nisargadatta Maharaj

25 Décembre 1955

Extrait de « Premiers discours » aux éditions des deux Océans