Jean Dunn et Nisargadatta Maharaj

Interview de Jean Dunn, mené par Malcom Tillis Cet interview eu lieu en 1981 à Mumbay (Inde) avant le décès de Nisargadatta Maharaj.

jean dunn nisargadatta maharaj

Jean Dunn évoque ici les enseignements et  sa vie au près de Nisargadatta Maharaj.

 

Jean Dunn : Je suis juste une personne ordinaire âgée de 55 ans qui était en recherche toute sa vie, jusqu’à ce qu’elle entende parlé de Ramana Maharshi, il y a dix ans. Elle visita alors son Ashram, retourna aux Etats-unis, puis  fut de retour en Inde où elle vit depuis 4 ans. Il y a deux ans de cela, elle rencontra Nisargadatta Maharaj, qui devint son guru.

Malcom Tillis : Est-ce qu’il vous a transmis  une initiation ?

J D : Il m’a donné un mantra et une initiation.

M T : Comment avez vous entendu parler de lui ?

J D : A l’ashram de Ramana Maharshi.  Beaucoup allaient  lui rendre visite; ils y trouvaient la même chose.

M T : Est-ce par la similitude avec l’auto investigation du Soi ?

J D : Plus maintenant. Maharaj  souffre d’un cancer de la gorge depuis un an. Aussi, son enseignement s’est épuré. Il évoque  qu’il n’est plus la conscience, il est en position d’observation de la conscience, en tant qu’Absolu. Ces enseignements évoquent désormais cette réalité.

M T : Pouvez-vous me dire quelques mots au sujet du livre « Je suis » ?

J D : Il se présente sous forme de questions réponses. La Cinquième réédition va sortir tout prochainement. Il a été édité en deux volumes d’entretiens collectés en 1973 par Maurice Friedmann qui, à la fin de sa vie, fut un disciple de Maharaj. Il n’y a pas eu d’autres livres depuis. L’année dernière, j’ai demandé à Maharaj, si je pouvais rassembler les enregistrements que j’avais effectué pour les éditer sous forme de livre. Il m’a dit oui. Ainsi, « Graine de conscience » sortira cette année. Un autre arrivera plus tard : « Au delà de la conscience ».

M T : En dépit de sa maladie, il donne des darshans quotidiennement.

J D : Il endure de grandes souffrances, mais arrive à parler deux fois par jour. Je le considère comme un des plus grands saints. Il ne prend que peu de personne à la fois. Ces enseignements ne sont pas pour le grand public. C’est une bénédiction que de pouvoir l’écouter.

M T : Comment enseigne-t-il ?

J D : Jusqu’à la maladie, c’était sous forme de question – réponse.Depuis il n’enseigne plus l’Abc. Il n’en a plus la force physique. Il nous parle depuis là ou nous tenons. Il semble insister pour que je pose des questions. Il veut que les questions sortent ; il y a alors des temps de silence où la réponse se fait sentir en vous.

 

M T : De ce que j’ai pu constater la plus part de ceux qui le suivent sont occidentaux.

J D : Les occidentaux sont prédominants; des milliers sont venus. Certains pour quelques jours, d’autres pour des mois. A certains, il demandait de partir sur le champ. Il disait qu’il ne savait pas ce qui le poussait à dire à certains de partir, alors qu’ils auraient voulu rester.

M T : Est ce que vous vivez en Inde à temps complet ?

J D : Oui, J’ai un permis de résidence. Je viens de terminer le travail concernant le deuxième livre. Le travail est accompli. Tout ce qu’il avait à dire a été dit.

T M : Est-ce que la société occidentale ne vous manque pas, la vie de famille ?

J D : Jamais.

T M : Pouvez-vous nous parler de votre relation au Guru ?

J D : Il n’y a pas de mot pour d’écrire cela.

T M : N’avez-vous pas d’objectif dans la vie ? Comme par exemple devenir un avec lui ?

J D : Mon objectif dans la vie est d’abandonner tout objectif. C’est son enseignement. Il n’y a pas d’objet à cette vie ; c’est juste une distraction. C’est tout.

T M : Cela sonne d’une manière «  Krishnamurthi-esque ».

J D : Beaucoup des disciples de Krisnamurthi viennent ici. Dix d’entre eux sont venus tout récemment.

T M : Comment Maharaj s’éveilla-t-il ?

J D : Vous trouverez cela dans la première partie du livre «  Je suis ». Je peux vous en raconter cela : La première fois qu’il rencontra son maître, il ne voulait pas y aller. Cela se fit sur l’insistance de son ami, c’est lui qui du acheter la guirlande pour l’offrande au guru.

T M : Quel âge avait-il ?

J D : Il avait la trentaine. La boutique de bidis au coin de la rue lui appartenait, c’est son fils qui la tient. Il a eu jusqu’à huit boutiques. Mais à la mort de son guru, il quitta tout, famille et business. Il partit sur les routes à travers l’Inde, jusqu’à ce qu’il rencontre  un autre disciple de son guru, qu’il le convint de retourner à la société. Il retourna à Mumbay. Toutes les boutiques avaient périclitées ou étaient vendues, il ne restait que celle-ci. Il ne voulait plus rien ; toute ambition mondaine avait disparue. Quand les gens commencèrent à venir à lui il construisit une salle à l’étage.

T M : C’était petit, de quelles dimensions ?

J D : Environ  4m par 5. J’ai vu cette pièce bondée, principalement des occidentaux. Il disait que la plupart des indiens n’étaient pas prêts pour ces enseignements.

T M : Pensez-vous que c’est parce qu’il ne souhaitait pas de publicité qu’il semblait gêné avec moi ?

J D : C’est exact,  je suis sûr que c’est cela. Il ne souhaitait pas de disciple, si ils viennent, c’est bien aussi. Il n’a rien à gagner. Il a atteint  ce point parce qu’il ne s’amourache plus de quoi que ce soit que le monde peut offrir.

T M : Lui arrive-t-il de parler d’autres gurus et de leur approche ?

J D : Il évoque le style propre à chaque guru pour propager ses propres concepts ; Mais il  n’y voit rien de mal à ce niveau.

T M : A-t-il de l’admiration pour des enseignants actuellement vivants ?

J D : Autant que je sache, Jiddhu Krisnamurti. De son vivant, Ramana Maharshi. L’autre jour, il disait : « Krishnamurti, Ramana et moi-même sommes un ».

T M : Conseille-t-il un régime végétarien ?

J D : Cela concerne le corps ; il n’enseigne jamais rien à ce sujet. Tout ce qu’il veut c’est que vous découvriez qui vous êtes.

T M : Ces disciples sont-ils autorisés à boire ( de l’alcool) et à être en libre relation ?

J D : Ce qui vient spontanément à chacun, devrait être fait.

T M : Il ne donne aucune éthique de conduite ?

J D : Non. Aussi longtemps que vous pensez que vous êtes une personne et que ce monde est réel, alors vous vivez selon certaines règles. Une fois que vous comprenez ce qu’il en est, votre vie se vie d’elle-même. Il n’y a pas de règles, ni bien, ni mal, ni de » je devrais faire ceci, je ne devrais pas faire cela ». Si vous vous penchez sur la question, vous voyez que tout ceci prend place dans l’espace de la vie, dans l’espace de la conscience, quand la conscience s’en va, qu’elle différence cela fait-il ?

T M : Ne conseille-t-il pas le détachement des activités mondaines ?

J D : Ceci vient naturellement. Vous ne pouvez rien faire pour le produire. Ce concept de faire quelque chose est un concept de l’ego – «  je » peut faire.

Maharaj dit que la conscience vous amène ici en vous tirant par l’oreille, parce qu’elle veut en savoir plus à son sujet, qui est votre vraie nature.

T M : Que dit-il au sujet de quitter le corps au moment de la mort physique ?

J D : Pour lui, ce sera une grande fête – Il attend ce moment. Pour ceux qui pensent être le corps, ce sera une expérience effrayante. Pour un être éveillé, c’est un joyeux moment.

T M : Quand il vous donne une méditation, vous demande –t-il ce que vous voyez ?

J D : Il faut être quelqu’un pour voir quelque chose ! (Éclat de rire). Non, il ne le fait pas. Les visions et expériences prennent place dans la conscience ; elles n’ont pas de signification quoiqu’il en soit. Avant votre naissance connaissiez-vous quoi que ce soit de ce monde ? Quand vous allez mourir, connaîtrez-vous quoi que ce soit de ce monde ? Vous ne saviez pas que vous existiez.  Vous existiez en tant qu’Absolu, mais vous n’étiez pas conscient de votre existence. Quand cette conscience est apparue, spontanément, vous avez la connaissance « Je suis ». Vous attrapez un corps et vous identifiez à lui. Ce que veut Maharaj, c’est que vous quittiez cela pour retourner à votre véritable nature. L0 tout de suite , c’est la conscience ; plus nous demeurons en tant que conscience et l’observons, plus nous voyons que tous ce qui est perçu ne nous appartient pas – Il y a un ‘’ vous » qui regarde ça.

T M : Et qu’enseigne-t-il  à propos de Dieu ?

J D : Sans moi, Il n’y a pas de Dieu.

T M : Vraiment ?

J D : Oui.

T M : Et il enseigne cela ?

J D : Oui. Y avait-il un Dieu avant que vous soyez ?  Sans vous, y a-t-il un Dieu ?

T M : Qu’est-ce qui m’a ramené à ce corps ?

J D : Vous souvenez-vous d’un autre corps ?

T M : Beaucoup de gens ont cette recognition. Êtes-vous entrain de dire que nous n’avons jamais pris naissance auparavant ?

J D : Il n’y a pas de « nous » ; Il n’y a pas d’entité ; il a une conscience universelle, qui est continuellement entrain d e s’exprimer au travers de ces corps.

T M : Maharaj ne croit en la réincarnation et au Karma.

J D : Exact.

T M : Ramana Maharshi enseignait cela, n’est-ce pas ?

J D : Ils parlent avec vous à ce niveau, si c’est le vôtre. Mais si vous saisissez ce que je dis, vous saisirez qu’il n’y a qu’une conscience universelle qui s’exprime ; Il n’y a pas de conscience individuelle. Alors, c’est là qu’il vous mènera. Il ne parlera plus de ce sujet. Si vous mourrez avec des concepts, ces concepts reprennent forme, mais ils ne seront pas vous. Vous n’avez aucune idée de ce que cette forme sera. Les concepts reviendront  jusqu’à ce qu’ils soient tous disparus.

T M : Qu’est-ce que Maharaj enseigne concernant le service désintéressé, l’aide aux autres ?

J D : Là où il s se situent, c’est une bonne chose. Mais son enseignement pointe qu’il n’y a pas d’autres ; pas d’entités individuelles ; tout se déroule spontanément ; il n’y a pas d’acteur. Voici ce qu’il enseigne :  » laissez la vie vivre sa vie et saisissez que vous n’êtes pas ceci. »

T M : Nous ne sommes pas « ceci », alors nous sommes « cela ». Qu’est-ce que cela ?

J D : Là tout de suite, c’est la conscience.

T M : Là maintenant ? Et qu’en sera –t-il quand nous quitterons le corps ?

J D : l’Absolu.

T M : Alors qu’est ce qui revient ?

J D : La conscience se renouvelle en permanence dans sa forme. Vous  laissez un morceau de viande dans un coin ; en quelques jours des asticots apparaîtront – conscience. La même conscience que dans cet asticot est en vous. Ce n’est pas « ma »  conscience, « votre » conscience ; C’est une  conscience universelle, et cette conscience universelle est vous.

T M : À  notre niveau de compréhension, est-ce que ce ne sont pas que des concepts ? N’aviez-vous pas trouvé ces théories confuses tout d’abord ?

J D : Lors de ma première visite à Maharaj, il a dit : « Ma conscience d’être est le produit de la nourriture…. et c’est la même conscience dans l’âne que dans Sri Krishna ». Sur ce, Je décidais de prendre mon billet pour rentrer chez moi ; aucune disponibilité de réservation, aussi comme quelque chose en moi savait que ce qu’il disait était vrai, j’y suis retournée. Il avait tiré la carpette de sous mes pieds, et il allait continuer jusqu’à je perde toute place où poser mes pieds. Il vous oblige à lâcher tous vos concepts.

T M : Est-ce qu’il lui arrive souvent de faire partir ceux qui viennent le visiter ?

J D : Souvent. Bien qu’il ne sache pas vraiment pourquoi. Le regarder vivre est un film spectaculaire ; le besoin de chacun est pris en compte. J’ai vu cela se produire. Vous pouvez vous tenir calmement en silence, et les réponses à vos questions viendront intérieurement. Toute chose se produit en accord avec votre besoin. Il n’est pas quelqu’un ; Il ne porte aucun intérêt à sa personne ; c’est pour cela que cela se produit. Il n’y a pas d’ego au travers pour faire obstruction.

T M : Vivre si proche d’un être éveillé ne doit pas être chose facile.

J D : Ce n’est pas chose facile si vous avez encore un ego.

T M : Pouvez vous dire quelques mots sur les bons cotés ?

J D : Il n’y a pas de mots pour cela ; chaque chose est menée à bien automatiquement. Il n’y a plus de  « vous » pour remercier Dieu de tout cela. Vous lâchez tout.  Il n’y a pas de «  vous », pas d’entité séparée ; tout se met en place spontanément. C’est comme si il y avait un espace paisible où vous vous trouvez, et tout arrive autour de vous.

T M : Quel métier exerciez-vous en Amérique ?

J D : Je travaillais dans la presse quotidienne.

T M : Y a t-il une raison pour laquelle des personnes s’engagent avec des enseignants «  imparfaits » ?J D : En temps qu’êtres humains, nous pensons qu’il y a une raison à toutes choses ; Il n’y a pas de raisons, pas de causes – c’est  un  déroulement sans cause. Aussi longtemps que nous fonctionnons sur le plan de l’être humain,  et pensons qu’il y a une cause, nous en trouverons une. Si des êtres font un bout de chemin avec de faux gurus, vous pouvez dire que cela leur arrive pour se débarrasser de quelque chose. Quoi qu’il arrive est parfait. Nous avons juste à saisir qu’il n’y pas de conscience individuel ; tout est impersonnel, voyez-vous ?

T M : Mais quand nous rencontrons un enseignant parfait, c’est notre conscience qui reconnaît cela,  n’est-ce pas ?

J D : Oui.

T M : Alors notre vie change.

J D : Oui.

T M : C’est une nouvelle vie.

J D : Exact.

T M : Cet part du plan divin ne requière aucun effort ?

J D : Aucun effort.

T M : Pour conclure, pourriez-vous évoquez les bénéfices récoltés par le contact avec votre guru.

J D : M’être débarrasser de l’idée qu’il y avait quelqu’un qui pouvait tirer profit de quelque chose…

 

Grands éclats de rire