Jean-Philippe Deconinck et Nisargadatta Maharaj

Jean-Philippe Deconinck vit actuellement en Bourgogne en France où il prend soin d’une maison d’hôte qui est aussi un lieu de retraite et ressourcement.

Il est aussi traducteur de recueils d’enseignements de Nisargadatta Maharaj et webmaster du présent site francophone dédié à Shri Nisargadatta Maharaj.

jean-philippe Deconinck nisargadatta

 

Témoignage de Jean-Philippe (Ji-phi) sur sa rencontre avec Nisargadatta Maharaj.

Bonjour Ji-phi, tu fais parti de ceux qui ont rencontré Nisargadatta après sa disparition physique, son mahasamadhi. Comment s’est fait ta première rencontre avec Nisargadatta Maharaj ?

En 1993, j’approchais alors de la trentaine, je venais de vivre sur la dizaine d’années écoulées des décès familiaux, séparations, remises en question professionnelles qui pour un l’être complétement identifié à cette histoire étaient des éléments très déstabilisant et générateur d’un certain chaos. Je décidais d’aller consulter un thérapeute pour m’aider à voir plus clair. Celui-ci m’invita à lire « Je suis ». C’est ainsi que j’ai pour la première fois entendu le nom de Nisargadatta. Je me lançai dans une lecture motivée et studieuse, essayant de comprendre avec l’ouverture de conscience et la possible compréhension qui était la mienne à l’époque. J’étais certains d’avoir entre les mains un coffre à trésor, mais dont je n’avais pas toutes les clés pour pouvoir réellement y accéder.

Je découvrais un univers inexploré et dont je n’avais même pas imaginé la possible existance.

Il me semble qu’à cette époque je n’ai pas fini le livre, mais il me laissa une forte impression.

S’en est suivi un parcours riche de questionnements, de remises en question, d’explorations spirituelles au près d’enseignants de différents courants non duels.

Est-ce que tu peux en citer quelques-uns ?

Les plus influants furent sans nul doute Douglas et Catherine Harding avec la vision sans  tête et le shivaisme du Cachemire tel que ramené en Occident par Jean Klein, en rencontrant ces successeurs comme  Eric Baret, Francis Lucille, Rupert Spira.

Est-ce que tu as le sentiment que cela t’a éloigné pour un temps des enseignements de  Nisargadatta ?

Pas du tout. Bien au contraire, cela m’a véritablement préparé pour une rencontre beaucoup plus profonde.

Ce n’est qu’une quinzaine d’année après la première lecture que je viens d’ évoquer que Nisargadatta a croisé à nouveau mon chemin.

Parti pour quelques temps aux États- Unis, après avoir tout laissé derrière moi, je me procurais « I am That » dans sa version originale. Je parcourais alors avec facilité et joie ces entretiens. La terre de l’être était devenue plus réceptive et fertile pour les paroles du maître. Ce qui se traduisait entre autres par une intensité de détermination dans cette quête de Soi et une disponibilité à cela dans le quotidien. Ce fut une période importante de réorientation de ma vie.

Dans les années qui suivirent, ses recueils d’entretiens allez régulièrement être une source d’inspiration et de ressourcement, notamment dans les temps d’introspection et de méditation quotidienne matinale, que je partageais avec ma compagne.

En plus des ouvrages déjà traduits en français, il m’arrivait de me procurer des recueils en anglais, non encore traduits.

Un jour de L’hiver 2016, je commence la lecture de « Meditations with sri Nisargadatta Maharaj » aux éditions Yogi impressions (Mumbay , Inde).

Une intensité et une connexion particulière se fait sentir au fil de la lecture. Souhaitant en poursuivre la lecture en langue française, je m’aperçois qu’il n’a pas été traduit.

À partir de ce moment, j’assiste, plus que de véritablement décider, aux événements qui vont suivre: contact avec la maison d’édition indienne, proposition de traduire le livre, signature d’un contrat de traduction et d’éditions, voyage à Mumbay sur les traces de Nisargadatta ; les premières pages seront traduites sur place. La traduction se poursuit en Inde, plus au Sud, à l’occasion d’une retraite au pied de la montagne sacrée d’Arunachala, où a vécu Ramana Maharshi, ainsi que beaucoup de proches disciples de Nisargadatta.

De retour en France, une présence bienveillante et encourageante s’est fait sentir, je devrais dire à continuer de se faire sentir, et a répondu par une intensité plus forte à mes interrogations ou demandes d’inspiration pour trouver les mots les plus juste afin de traduire au mieux les paroles de Nisargadatta.

Tu avais l’impression que Nisargadatta était présent auprès de toi ?

Je ne peux pas affirmer cela, dans le sens où je n’ai pas vu d’apparence physique. Cependant, il est certain que cela correspondait à une demande de connexion, d’aide concernant cette traduction et que la réponse était par moment très forte, palpable, ressentie la première fois comme une source d’amour et d’énergie toute proche à côté de moi. Par la suite, la même manifestation, n’était plus séparée mais ressentie comme en moi. Dans les moments les plus intenses cela me donnait l’impression d’être transformé en une éponge qui serait trempée dans un bain d’énergie bienveillante et aimante et qui à peine ressortie de ce bain, en est saturée et diffusante, sans limite véritable. Ce ressenti étant bien plus vaste qu’un ressenti limité au sensation du corps physique ou mental.

Y-at-il eu d’autres formes de manifestations de cette connexion avec Nisargadatta ?

Avant ce que je viens d’évoquer, lors de la visite de son domicile en Inde, nous avions été reçus, ma compagne Nãthananda et moi-même, par une de ces nièces. Alors que nous étions ressortis dans la rue prêt à repartir, je jette un dernier regard à la fenêtre du premier étage, et là apparaît un jeune enfant de la famille qui n’était pas particulièrement rentré en contact avec nous. Au moment où il nous fait signe au revoir, le visage de Nisargadatta passe sur le sien. Ce n’est plus le jeune enfant qui me salue, mais vraiment l’apparence de Nisargadatta avec son énergie si particulière, avant  disparaitre dans la pénombre de la pièce. J’avoue que j’étais sur le moment tout autant impressionné que septique. Ce n’est que quand les autres manifestations, que je viens d’évoquer, se sont produites que j’ai pu porter plus de crédit à cette première expérience.

Une autre étape dans cette rencontre fut véritablement franchie à l’occasion d’un autre séjour en Inde, toujours au pied d’Arunachala. Alors que j’assistais à un entretien sur les enseignements de Ramana Maharshi, je fus en quelque sorte victime d’une conspiration menée par ‘le Guru universel’ comme l’appellerait Nisargadatta.

L’entretien se finissait sur l’intérêt de l’absence d’obstacle de temps et d’espace quand le Guru n’est plus limité par un corps physique. Ceux sont en tout cas ces paroles qui me sortir d’une profonde méditation, et quand mes yeux s’entrouvraient c’était pour me laisser être emporter dans une autre dimension de perception par le mouvement de salutation d’un proche disciple de Swami Atmananda qui tel une vague, ou plus tôt une lame de fond fit perdre pied à ce qui me restait de raison, au même moment l’assemblée entamait un chant dévotionnel à la gloire du guru universel,qui n’est autre que le Soi. De profonds sanglots finirent de me vider des dernières résistances, la présence de Nisargadatta se fit alors intense et forte avant de se diffuser de toute part de manière impersonnelle, sans limite d’intérieur et d’extérieur, de lui ou de moi, et se faisant ressentir entre autres par une puissante vibration de tout le corps.

Quand je rouvrais à nouveau les yeux comme pour reprendre contact avec une réalité que je pensais encore certaine, ce fut pour assister à un monde tout aussi vibrant que mon corps, dès que le regard se posait plus particulièrement sur une forme, elle était vue vibrante de cette même présence. La montagne Arunachala vibrait, les palmiers vibraient, l’oiseau vibrait, même les blocs de pierres et les fers à bétons des constructions voisines vibraient de cette même Présence.

Cela finit par prendre une intensité plus modérée qui me permit de rentrer jusqu’à mon logement, tout en se poursuivant pendant plusieurs heures, avec des remontées d’intensités sur les jours suivants.

Aujourd’hui, lorsque cela est évoqué, cela se manifeste à nouveau d’une façon très douce et agréable, comme un rappel certain de cette évidence.

Un rappel de cette omni présence intemporelle et non localisée de l’indicible Présence dont la vibration, le murmure donne vie et forme à toute chose et être.

Un rappel à Soi et à l’évidence qu’il n’y a pas d’autre.

Voici Une parole de Nisargadatta que j’ai retrouvé récemment et  qui illustre parfaitement cela : « Le Guru n’est pas un individu. Vous pensez en termes de forme. La Conscience est omni présente. Vous découvrez qu’Elle est ce vous qui cherche la grâce. Dans ce corps, le « Je suis » bat le rythme – c’est le Guru. Vénérez ce principe du « Je suis » et abandonnez-vous à ce Guru et ce dernier vous donnera toutes les grâces. »

Aujourd’hui avec le recul, je peux dire que c’est vraiment cela qui s’est produit !

Une rencontre tout d’abord très extériorisé avec le visage à la fenêtre, puis , sans forme ,mais toujours localisée , pour finir par une perception totalement non personnelle et non duelle de la Présence par Elle-même.

Qu’est-ce que cela a modifié dans ta vie quotidienne ?

A la fois tout et rien ! Tout a été en quelques sortes remis à sa place, ou plus exactement accepté et vu pour ce qu’il est.

Tout est là, il ne manque rien.

La fin de la peur du lendemain, du manque, la fin de la plainte.

La place pour la sérénité, la tranquillité, la complétude.

Il n’est plus demandé au monde changeant et mouvant d’apporter une stabilité et une durabilité qu’il n’a pas et ne peut offrir, ce n’est pas son rôle. Ce qui permet par ailleurs de l’apprécier d’autant plus à sa valeur et sa beauté.

L’expérience de soi, du monde est de moins en moins localisée et extérieure, pour devenir une présence imprégnant toute chose, tout être de manière impersonnelle, mais pas distante bien au contraire, il n’y a plus là de Nisargadatta, de moi, d’autre. C’est un seul et même, une seule et même.

À la fois un et tout, à la fois connu et non connu, multiple dans ses formes et unique dans son essence, à la fois révélé dans chaque propos, dans chaque manifestation, et en même temps à jamais Mystère insondable.

Cela, c’est ce qu’il est, ce que je suis, ce que vous êtes, ce que nous sommes en un seul souffle, en une seule vibration, en un seul mouvement de manifestation. Il ne peut plus il y avoir de manque, de séparation ou de rencontre que à un niveau très relatif et superficiel.

Tout est toujours là entier, vibrant d’un seul corps, sous une infinité d’apparence. Un spectacle qui n’a que pour seul scène ‘L’avant tout’ immuable, l’Absolu comme dit Maharaj.

Cela se traduit par un sentiment d’avoir déjà rencontré ou de connaître tout nouveau visage, ou nouveau lieu ou paysage. Une proximité naturelle!

Danayavadha !(Merci) à Nisargadatta Maharaj, merci à toutes les rencontres, les situations qui ne sont que la manifestation de Ce seul et même.

Par la grâce du Maître, par la grâce du Soi, il y a eu reconnaissance. Mais Qui s’est reconnu ?

Le mot de la fin ?

Merci.

Le seul intérêt de vous confier aujourd’hui ce témoignage et de montrer que oui rencontrer Nisargadatta est possible aujourd’hui, si nous ne nous limitons pas à rencontrer un personnage, un sage du siècle dernier, mais celui par qui nous parle  notre propre Vérité et qui nous pointe constamment celle-ci. Alors, assurément notre propre Mystère nous est révélé.

En chaque être, cette rencontre trouvera une manière unique de se manifester. Certains reçoivent le mantra de la lignée dans leur sommeil, d’autres sont touchés au Coeur par le Darshan d’une photographie, d’autres encore sont dissouts par une seule phrase lue ou entendue, et bien d’autres manières encore…

Comme le dit si bien Nisargadatta : « L’imprévu est certain d’arriver, alors que ce qui est attendu pourrait ne jamais survenir. »