Premiers discours 19 – La méprise est cause de malheur

Nisargadatta Maharaj Méprise

La méprise est cause de malheur !

Les conversations se tiennent avec une intention précise. Quand cela est nécessaire, vous obtenez de l’aide des autres; parmi eux, les sages sont encore plus préoccupés par votre problème que vos parents. La conscience identifiée est elle-même responsable de son malheur. La méprise en est la cause principale. Vos parents et d’autres participent de ce problème, mais à la source se trouve votre identification au corps, qui est une profonde erreur.

 

Krishna affirme que notre Conscience est sa manifestation. Pour les sages, tous les êtres sont un, par conséquent, ils ressentent la souffrance des autres. Vos parents vous connaissent depuis peu de temps. Les sages, eux, ne font qu’un avec vous pour l’éternité. Tous les objets, qu’ils soient en mouvement ou immuables, font partie de la nature du sage. Si vous n’êtes pas séparés, votre idée imaginaire de mourir un jour relève d’une grande méprise.

Le véritable nom du sage est Brahman et son prénom Niranjan. Abandonnez toutes vos religions, castes et soyez seulement Conscience. Votre attention devrait pointer une unique direction. Sans la Conscience, il n’y a ni un ni multiple. Parce que vient l’im- pression d’exister dans ce monde, tous les objets deviennent de valeur et d’importance.

Vous croyez en l’existence de Dieu à cause de votre identité corporelle. En réalité, vous êtes si génial que le simple fait de vous souvenir de votre véritable nom suffit à sauver des êtres. Ils ont atteint la libération en méditant sur votre vraie nature. S’il suffit de prononcer votre nom, quoi de plus important que de le réaliser? Celui qui y parvient transcende toutes les émotions et tous les sentiments. Les sages soulignent que le Soi n’est pas seulement votre manifestation, mais votre essence. La méditation sur votre vraie nature peut mener aux plus hauts accomplissements spirituels. Votre présence physique témoigne de la présence du principe le plus élevé, qui prévaut dans les trois mondes.

La méditation sur la Conscience conduit à la réalisation du Soi. Bien que nous ne puissions pas décrire notre vraie nature, nous devons nous y établir. Se souvenir de soi-même signifie se souvenir de Dieu. C’est ce que le sage Narada enseigna au prince Prahlad. Ce dernier comprit que c’était le Seigneur Narayana qui était pré- sent en son Cœur. Prahlad dit alors : « Je connais ma présence grâce à Narayana qui est en moi. C’est aussi lui qui est présent dans le pilier, ainsi que dans le cœur du démon Hiranyakashyapu. Quand le voile fut déchiré et ôté, la vérité sur la présence de Narayana fut révélée. »

Vous savez méditer sur un objet particulier, mais il est difficile de rester sans agir. C’est formidable d’être libre de toute activité. C’est admirable. Le problème, c’est que l’action trouble la présence au Soi. La Conscience est « les pieds immortels de Sadguru ». Tenir ses pieds signifie être un avec le Sadguru en tant que Soi.

Nisargadatta Maharaj

31 juillet 1955

Extrait  » Premiers discours » aux éd. des 2 Océans

Premiers discours 18 – Siddharameshwar Maharaj

Siddharameshwar Maharaj

Ce jour-là – il y a de cela quelques dizaines d’années maintenant –, Shri Siddharameshwar Maharaj est apparu en ce monde. Cela fait de ce jour un jour béni. Se souvenir de Lui, c’est se souvenir de Soi-même. Dans ce monde, il y a beaucoup de choses à se remémorer, mais la plus grande d’entre toutes est le Sadguru.

L’origine de tous les êtres vivants est semblable à celle d’un insecte. Il y a l’apparence d’un corps de nourriture dans lequel il y a mouvement. Par la suite, l’être vivant en vient à connaître son existence grâce à la Conscience.

C’est un grand honneur que de pouvoir rencontrer le Sadguru. Il sera tout autant honoré que Brahma et Vishnu. Par l’éveil à sa pleine félicité, le Soi est atteint. Notre existence est atomique. Au commencement ou à la source, il n’y a que subtilité. Sa taille ne cesse d’augmenter et devient de plus en plus grande. Le sage Jnaneshwar dit que l’Infime ne se repose pas et qu’il continue de croître en taille ou en valeur. Ce qui était si atomique a finalement pris la forme de Shri Krishna. La grâce du sage Nivruttinath aida Jnaneshwar à réali- ser le Soi sans limites; la progression est plus rapide en s’attardant sur le subtil et en ignorant l’intellect grossier. Cependant, à mesure que se déploient les qualités, la paix se perd. C’est pourquoi le sage Tukaram conseille à tous de rester aussi petits (humbles) que possible. Cependant, devenir petit n’est pas une tâche facile. De grands yogi font pénitence pour devenir de plus en plus petits. La béatitude du Soi est différente de la joie des sens. L’essence du Sadguru est identique à celle de Paramatman. Sa nature est bénie et nous nous en souvenons encore et toujours. Se la remémorer, c’est l’être. Cela revient à supprimer la séparation entre les deux et devenir un. Les sages disent que nous sommes l’existence entière. Pour s’en rendre compte, il faut être libre de son ego et de son orgueil. Quand un jnani voit le Soi en tout, que devrait-il adorer et ne pas adorer ? Il vénère tout avec égalité. L’essence des aliments consommés devient sattva contenant la Conscience «Je suis». Grâce à Elle, l’Atman apprécie diverses choses. Cette Conscience est si subtile qu’il n’y a rien de plus subtil qu’Elle. Elle occupe tout l’univers.

Dans ce monde, il y a beaucoup de Guru, mais un seul est pleinement réalisé. Le libéré perd son identité en tant que personne et il n’est plus que le Soi. Celui qui identifie la présence de Shiva dans le corps comme étant seulement le corps est appelé un jiva. Celui qui est déterminé à voir sa propre vraie nature ne médite sur aucun autre Dieu que sa propre Conscience. Notre regard tourné sur nous-même est une méditation sur notre Sadguru, notre Soi. Alors, la béatitude du Soi est vécue naturellement. Les plaisirs du monde sont insignifiants, comparés à la béatitude d’être le Soi. Celui qui s’est avalé lui-même n’a pas peur dans ce monde. Nous étions si petit à la source de notre être. Devenant toujours plus infime, il nous faut honorer le Sadguru en tant que Soi.

Quand quelqu’un parle à quelqu’un d’autre, c’est toujours avec une intention. Les sages ont plus de compassion que vos parents.

La conscience individualisée est elle-même responsable de la création de la douleur qu’elle doit éprouver. Elle est malheureuse à cause de sa méprise. Les parents comme d’autres personnes y contribuent également. Votre croyance d’être votre corps est une grande erreur.

La Conscience en vous est la même qu’en moi. La douleur en vous me fait mal. Tel est le véritable amour d’un sage. Vos parents vous connaissent depuis peu de temps, mais un sage vous connaît totalement, sans aucune dualité. Un sage ne se limite pas à son corps, il occupe toute l’existence – l’animée comme l’inerte. Comme Il existe éternellement en vous, votre peur de la mort est une grande maladresse, une erreur. On pourrait dire que le prénom d’un sage est Niranjan et que son nom est Brahman. Vous devez rejeter vos castes et vos croyances et être convaincu que vous êtes la Conscience. Votre objectif doit être un et un seul, unique. Sans votre Conscience, il n’y a ni un ni multiple pour vous. Parce que nous existons, toutes les petites et grandes choses du monde deviennent précieuses pour nous.

Comme vous vous prenez pour le corps, Dieu est vu comme très grand. Sa véritable nature est si grande qu’en prononçant sim- plement son nom, d’innombrables chercheurs spirituels ont obtenu la libération finale. Ne serait-il pas surprenant qu’ils ne s’émancipent pas en cherchant le Soi? Celui qui atteint le Soi va au-delà de l’être. Les sages disent que ce que vous êtes n’est pas votre corps, mais que vous êtes le Soi. Votre nom et votre forme sont si grands qu’en méditant dessus, les dévots ont atteint les demeures paradisiaques de Vishnu et de Shiva. Votre existence même a apporté de l’importance à cela. Votre véritable nature est louée dans les trois grandes régions. En demeurant constamment dans l’Atman et en s’y absorbant, on peut atteindre le pur Soi. Bien que l’Atman soit indescriptible, il faut s’y établir. La Conscience elle-même est la manifestation de Dieu.

Cette connaissance a été donnée à Prahlada par le sage Narada. Il est devenu clair que Narayana ne se tenait pas à l’extérieur mais droit dans notre cœur en tant que notre Conscience. Prahlada a réalisé l’existence de Narayana en lui, en tant que responsable de son existence même. Celui-ci était également présent dans le pilier, tout comme dans le Cœur de Hiranyakashyapu. Après l’enlèvement de tous les voiles et de tous les désirs, il y a eu dissolution de Narayana en Lui-même. L’assassinat d’Hiranyakashyapu signifie l’enlèvement des voiles d’ignorance.

Vous pouvez méditer sur différentes formes, ce n’est pas difficile; cependant il est très difficile de rester tranquille sans agir. être sans agir est l’harmonie parfaite et c’est une grande réussite. Toute action perturbe le Soi. Non agir, c’est s’épanouir vraiment. Ces enseignements indiquent que votre Conscience est le corps du Sadguru en tant que Soi ou encore «ses pieds éternels». Porter toute son attention sur la Conscience, c’est tenir «les pieds du Sadguru». Tant que vous êtes en vie, méditez sur votre Conscience autant que possible. Cette méditation signifie tenir fermement « les pieds du Guru ». Ne les lâchez pas.

Premiers discours 17 – Réalisez-vous !

réalisez vous nisargadatta

Selon les Écritures, trois sortes d’afflictions affectent les êtres manifestés. Celles-ci se rapportent au monde physique, au monde des divinités ou à l’être – Atma. On dit que pour ses péchés, un être souffre en enfer après la mort. Ce n’est pas juste. En l’absence de corps, que peut-il se passer? Il doit y avoir un corps pour souffrir et cela ne peut arriver que lorsque l’on est vivant. Ici, il y a une différence dans la signification, selon le point de vue de l’âme individuelle ou celui de la connaissance véritable. Quand il n’y a pas de corps, il n’y a pas non plus de conscience pour souffrir. La vraie connaissance est totalement opposée à la croyance habituelle. Un jnani qui ne s’identifie pas à son corps sera-t-il affecté par la souffrance ? Les sages, qui ne sont pas identifiés à leurs corps, vivent dans la plénitude sans être dérangés. Les bonnes ou mauvaises actions qui se produisent dans la première partie de la vie voient leurs effets endurés dans la partie suivante. Habituellement, les afflictions se rapportent à des entités ou à des êtres. Alors qu’avec la conscience et la connaissance spirituelle, les afflictions se rapportent à la Conscience. La Conscience dynamique opère dans le monde avec rapidité. Chaque action est photographiée à très grande vitesse. Une action qui est considérée comme inadéquate est appelée péché.

Nous prenons conscience que nous sommes et que la même chose se produit chez tous les êtres vivants. Celui qui apprend à connaître « Je suis » ne peut être nommé.

C’est un péché de se considérer comme le corps. La seule vraie religion est d’être le Soi, toutes les autres religions sont fausses. La Conscience se manifeste sous diverses formes que les êtres vivants prennent pour leurs identités. Les croyances qu’ont les êtres humains dans leur appartenance à une caste, une coutume ou une religion particulière sont de grandes erreurs et de grands péchés. Il est incorrect de se considérer soi-même comme un être agissant et il convient d’avoir une foi totale en Dieu comme étant le seul agis- sant. Cela aiderait à améliorer sa compréhension de la réalité et à prendre de meilleures décisions. La croyance en des périodes propices et des périodes défavorables rendra une personne coupable de mauvaises actions.

Il y a trois types de croyances ou de compréhensions de notre vraie nature. Presque tous les êtres se considèrent comme leur corps.

Seul un très petit nombre d’entre eux se connaissent eux- mêmes en tant que Conscience.

Un sage, lui, est toujours le Connaisseur de la Conscience.

La connaissance de n’importe quel état est accessible au pouvoir de la Conscience. Si vous utilisez une mesure pour peser des milliers de tonnes de grains, la mesure reste la même sans consommer aucune partie des grains. Le même Soi apparaît comme autant de personnages éminents sans aucun changement en Lui.

Un religieux peut pratiquer de nombreux cultes dans les temples et visiter tous les lieux de pèlerinage, sans qu’il y ait le plus léger changement chez lui. Par ailleurs, si un vrai dévot se rend compte qu’il occupe lui-même l’univers entier, alors aucun péché ne peut le toucher.

Bhagavan (Krishna) nous dit: «La Conscience a connu d’in- nombrables incarnations comme Moi. Elle est de même en chaque être en tant qu’Atman. Mon Yoga-Maya a occupé tout cet univers. Je suis Moi-même présent en chacun de vous. Je suis en vous comme votre Conscience. Mon existence est due à Mon dévot. En l’absence de sages, Je n’existe pas non plus en tant que Bhagavan.

Dieu prend forme pour le bénéfice de Son dévot. L’existence d’un dévot est ce qu’il y a de mieux pour l’apparition de Dieu.» Bhagavan poursuit : « Si Mon dévot M’aime, Je l’adore Moi-même. Pour Mes dévots, Ma nature sans forme et sans attributs (Nirguna) est apparue sous une forme. »

Notre Conscience n’appartient à aucune caste ou religion. Toutes les formes sont fausses et sont là seulement pour le jeu. Notre Conscience Elle-même est Dieu et Elle n’apparaît de nulle part. Par le fait de déprécier l’Atman, il faut subir la souffrance liée aux entités ou aux divinités. En termes simples, il s’agit des souf- frances physiques, mentales ou spirituelles. La Parole qui est dans le corps est identique à Paramatman. Les yeux fermés, Il est vu comme bleu profond. Identique à l’espace. Invisible, Paramatman est l’ultime Mahapurusha. Ce que vous observez ici est l’effet pro- duit par la réalisation de l’Atman. Dans tous vos comportements, la Conscience prend place, Elle sera présente tout au long de votre vie, tant que vous existerez.

Nisargadatta Maharaj

24 juillet 1955

Extrait de « Premiers discours » aux éd. des 2 Océans

Premiers discours 16 – le réel et l’irréel

irréel et réel nisargadatta

Le corps, l’ego, le plus petit des objets tout comme l’univers entier ou encore cette existence mondaine sont irréels. Qu’entend-on par irréel ? Ce qui repose sur vos croyances est irréel. Votre compréhension est incorrecte. Le corps, tout comme l’individualité, est constitué des cinq éléments et forme l’état d’ignorance. Tant qu’il n’y a pas connaissance de Soi, tout ce qui est vu est considéré comme réel. Si nous avions su que le corps n’est pas ce que nous sommes mais que nous sommes la Conscience, alors cette calamité aurait pu être évitée. Cependant, le concept «Je suis le corps » s’est établi. En réalité, toute cette existence mondaine n’est qu’une création mentale.

Nous agissons dans le monde selon une directive intérieure. La clarté intérieure qui nous guide le fait selon les impressions que nous avons reçues dans le passé. Notre existence est mentale sans contenu. Nous croyons en l’illusion et gardons la connaissance à l’écart. Nous ne savons pas comment les directives intérieures se produisent. Chacun agit comme semble l’exiger la situation. En compagnie de la sagesse, nous en apprenons davantage sur nos impressions. Une bonne compagnie vous aide à agir plus clairement. La compagnie des sages nous aide à résoudre ce puzzle insoluble, ainsi nos actions et réactions n’appartiennent pas à un domaine mystérieux. Nous en venons à savoir comment les choses nous viennent à l’esprit.

La Conscience est sans limites, Elle s’adapte donc à n’importe quelle forme. Nous voyons les choses dans la même lumière que celle dans laquelle l’univers s’élève avec vivacité. Qu’est-ce que la Conscience? C’est grâce à Elle que nous apprenons à nous connaître. En l’absence de Conscience, il n’y a rien. La Conscience jouit de la beauté. Ainsi, la beauté de divers objets peut être appréciée. Nous sommes les amoureux de tout. Les sages expérimentent une grande joie, mais à partir de quand? Cela n’arrive qu’avec la connaissance du Soi. Cela rend toutes les activités plus plaisantes. C’est un monde très différent qui est perçu après la connaissance du Soi.

Toutes les pensées sont modelées par l’intellect et nos qualités propres. Les pensées d’une personne se produisent selon ses conditionnements. Même la nourriture ingérée est fonction de ses caractéristiques. Ce qu’une fourmi mange lui convient. Qu’est-ce qui caractérise les sages? Ils ne voient aucune différence et voient tout comme une unité. La plus grande qualité est de se réaliser sans corps. Nous devrions nous voir comme la Conscience Elle-même.

Vous devriez considérer que votre caste est la Conscience et que votre Atman est Dieu manifesté en tant que Ishwara, ainsi votre existence n’aura pas d’égal. Ces paroles «plairont» à Dieu. Il dit «préférer» Ses dévots. Vous devriez prêter serment et jurer que vous êtes l’Atman, et vous y tenir fermement. Alors, quelles que soient les pensées qui vous viennent, vous serez digne de cette stature. Ne torturez jamais votre corps et ne malmenez pas votre mental. Ce qu’il faut, c’est la confiance absolue d’être l’Atman.

La Conscience est Ishwara et c’est dans Sa nature de connaître Son existence. C’est ainsi qu’Elle a commencé à s’impliquer dans des expériences aux saveurs très différentes, qui sont par la suite devenues des traditions.

Heureux ceux qui peuvent entendre ces propos audacieux et qui ne craignent aucune critique. Alors notre véritable essence en tant que Conscience deviendra claire. Celui qui réalise sa nature en tant que Paramatman se déploie à l’univers entier. La Conscience est sans aucun artifice et sans aucun organe comme les oreilles, le nez ou les yeux. Elle s’exprime naturellement en tant que la connaissance «Je suis». La Conscience en vient à connaître Son existence; cela ne peut cependant Lui donner aucune satisfaction même si Elle perdure des milliers d’années. La seule satisfaction survient avec la réalisation d’être Paramatman dans Son unité.

La conscience individualisée doit être manipulée tout à la fois de manière ludique et libérée de l’attraction des plaisirs extérieurs. Elle s’apaisera alors. Ensuite, elle devra être progressivement amenée au Soi. Alors elle ne sera plus affectée par les dix sens. Quand le Guru et le disciple se rencontrent, la joie éprouvée est indescriptible. Si vous voulez réaliser votre vraie valeur, vous devrez accepter ce qui vous est destiné. Quand vous vous endormez, c’est Ishwara qui va s’endormir. Quand vous vous réveillez, c’est encore Ishwara qui se réveille. Il en sera ainsi de toutes vos activités. Les sages disent que votre Atman devient instantanément ce que vous formulez avec insistance et amour. Votre Conscience est comme le diamant Kohinoor, qui peut devenir n’importe quoi. L’Atman a un très grand pouvoir. Ne considérez jamais l’Atman comme le corps, ainsi Ce que vous êtes ne sera jamais amoindri.

Votre état naturel du Soi est universel ; votre expérience le sera aussi.

Nisargadatta Maharaj

17 juillet 1955

Extrait de  » Premiers discours » aux éd. des 2 Océans

Premiers discours 15 – un jeu de connaissance et d’ignorance

Bhagavan Shri Krishna Nisargadatta

La maturité mène à la connaissance et le non connu demeure dans l’ignorance. Il s’agit donc d’un jeu de connaissance et d’ignorance. Nos activités s’y déroulent. La connaissance mène à l’activité et a pour résultat notre expérience. Ce qui est connu maintenant peut être oublié plus tard. En réalité, connaissance et ignorance ne font qu’un, Ce qui reste à la fin et Ce qui était déjà avant le jeu de la connaissance et l’ignorance. Il s’agit là de notre vraie nature. Le jeu de la connaissance et de l’ignorance ne crée aucun des cinq éléments. La Conscience est très subtile et c’est grâce à Elle que nous apprenons à connaître notre existence.

Bhagavan Shri Krishna affirme que le pouvoir du Yoga Lui appartient. Ce pouvoir est celui de notre existence consciente. Nous apprenons beaucoup de choses grâce à notre existence. Ce que l’on sait maintenant peut redevenir inconnu. La différence entre la connaissance et l’ignorance doit devenir claire pour nous. Shankaracharya affirme que notre apparence est une illusion, comme une corde prise pour un serpent. C’est stupide de croire en ce serpent. Rappelez-vous qu’aucune expérience ne peut avoir d’existence véritable (sans début ni fin).

 

Nisargadatta Maharaj

10 juillet 1955

Extrait de « Premiers discours » aux éd. des 2 Océans.

 

Premiers discours 14 – Ce qui ne se voit pas est ce que vous êtes

Paramatman

Ce qui ne peut être touché par le temps ne peut être décrit par des mots. Qu’en est-il alors? Notre intellect se met en phase avec Cela, et il se produit une expérience de béatitude. Ce n’est rien d’autre que la conscience de nous-même. Nous avons pris conscience de notre être, du «Je suis». Comment s’en souvenir? Nous devons méditer sur la Conscience en tant que Paramatman intemporel. Notre journée commence au lever du soleil. Quand nous devenons conscients de notre être, c’est le lever du soleil. Notre rappel de Paramatman devrait commencer là.

Ce rappel amène la connaissance, sinon il y a ignorance. C’est donc un jeu de connaissance et d’ignorance. Toutes les activités s’y déroulent. En réalité, les activités se déroulent par la présence de notre Conscience. Ici, la Conscience est l’Expérimentateur. Au fil du temps, ce qui est connu devient à nouveau l’inconnu. Tout est interdépendant. Celui qui a la connaissance fait aussi des expériences. Qui reste à la fin? Seul demeure le «Connaisseur» de la connaissance et de l’ignorance. Ce qui ne peut être compris dans le jeu de la connaissance et de l’ignorance est nommé «le suprême élément». Quand la connaissance et l’ignorance prennent fin, ce qui reste est notre vraie nature. La Conscience est très subtile et nous en venons à connaître sa présence en tant que «Je suis». Grâce à la Conscience, nous apprenons à connaître notre existence et l’environnement. Bhagavan Shri Krishna l’appelle son pouvoir de Yoga. Ce qui peut être vu n’est qu’une apparence qui va disparaître. Il doit devenir clair que la connaissance est due à la Conscience, et en son absence, il y a ignorance. Shankaracharya affirme que prendre le corps pour ce que nous sommes revient à considérer la corde comme un serpent. C’est très stupide de prendre une corde pour un serpent. Notre expérience d’être est très subtile ; c’est l’expression de la suprême Réalité, qui est sans forme. Elle est invisible et Elle est votre propre Soi dans toute sa pureté. Vous aimez être conscient sans aucune limite. Tout comme un nourrisson suce le sein de sa mère, vous sucez le fil de la Conscience. Vous jouissez de votre propre existence. À quoi ressemble le fil de l’Atman ? Il est pareil à vous. Cependant, vous avez pris la corde pour un serpent. Par conséquent, vous croyez aussi en sa destruction un temps venu. Mais je vous dis que vous êtes indestructible. Si le serpent, surimposé à la corde, est brûlé, que perdez-vous? C’est à cause d’une mauvaise compréhension que vous êtes emporté dans ce vaste flux de savoir-ignorance. Le monde, lui, n’en est pas affecté. C’est criminel de ne pas croire en son propre Atman: ce n’est rien de moins que de Le tuer. Le monde est vu à grâce au Soi, mais le Soi vous est invisible. Ce qui ne se voit pas, c’est Ce que vous êtes. Une fois que vous tiendrez le fil de l’Atman, vous n’irez plus nulle part. Il est suicidaire d’imaginer une mort à l’Éternel et de considérer le monde manifesté comme permanent. L’Éternel est venu à connaître son existence, et il fut divisé en deux parties: la connaissance et l’ignorance. Par conséquent, c’est leur jeu que vous voyez maintenant. Comment vivent les sages? Ils s’identifient avec la Conscience et vivent en tant que Vérité.

Nous avons pris conscience de notre existence, dans laquelle il n’y a pas de différenciation entre connaissance et ignorance. Nous ne sommes même pas cette Conscience, même si nous le croyons. Nous sommes Ce que nous sommes vraiment. Nous ne sommes que le Soi, qui est omniscient. Il en est ainsi, même si vous n’en avez pas l’expérience. Il est insensé de prendre la lumière pour les ténèbres.

L’utérus est un lieu de repos pour l’ignorance. Les gens parlent au sujet de la connaissance de Brahman, que nous disons être notre propre droit de naissance. Nous ne pouvons pas nous considérer comme séparés de Brahman en tant que Conscience, car ils ne sont pas deux. Ce qui s’en va est la Conscience et ce qui reste est Parabrahman, qui est votre vraie nature. Celui qui développe cette conviction est libéré de tout lien et emprisonnement. La mémoire «je suis» contient la connaissance-ignorance. Oublier notre vraie nature, c’est oublier notre plénitude. L’apparence du Sadguru semble très petite, pourtant Il connaît l’univers entier. Même si vous ne vous rendez pas compte de la vérité, ayez une foi totale dans les paroles du Guru et ayez confiance en Lui. C’est une erreur que de donner du crédit aux prédictions. Quand vous avez connaissance d’être complet, tout votre travail réussira. Votre plénitude peut être évoquée sous les termes de Sadguru Paramatman. C’est votre relation à Lui. Votre vraie nature en tant qu’Atmarama n’a pas besoin de nourriture pour se nourrir et elle n’est pas tou- chée par les cinq sens. Qui est-ce? Qui est-ce? Ce qui est maintenant conscient de Lui-même.

L’oubli de votre plénitude conduit à la connaissance et à l’ignorance. Votre sensation d’exister est la cause de cet oubli. Si vous développez la conviction que vous n’avez rien à voir avec l’apparente manifestation de l’existence, vous êtes certain de réussir. En outre, vous n’êtes jamais le connu, seulement son Connaisseur. Vous devez être assez audacieux pour vivre avec une telle conviction. Pour cela, la confiance dans le Maître réalisé en tant que Soi est indispensable. La pureté de la conscience individuelle est, ainsi, nécessaire.

Le Sadguru est votre vraie nature et c’est toute votre légitimité de L’être. Quand vous exercerez votre droit, toutes vos difficultés prendront fin.

Nisargadatta Maharaj

10 Juillet 1955

Extrait de  » Premiers discours » aux éd. des 2 Océans

 

Premiers discours 13 – le corps n’est pas séparé du Soi

Shiva Nisargadatta

Les Veda ont résumé ainsi l’ultime connaissance: L’Atman Lui- même est Brahman. Après cela, les Veda se sont tus. Notre véritable corps de manifestation est l’Atman. Nous prenons connaissance que nous Le sommes, ce qui signifie que nous sommes en contact avec notre être pur. La manifestation de Shiva est de bon augure. Cela se situe au-delà du bien-être et du mal- être. Notre Conscience est la forme de Shiva, ce qui est de bon augure. Tous les sages disent qu’il n’y a pas d’autre Brahman que notre Soi. Il est de bon augure et exempt de toute impureté. Par conséquent, son action est toujours juste.

Le terme «Shiva» signifie «bien-être». Dieu en tant que Shiva est aussi appelé Keshava. Cela désigne Sa nature de manifestation vivante. Cette information est utile pour connaître le Soi. Quand nous ne faisons plus qu’un avec Shiva, cela signifie que c’est au-delà du bien et du mal. Nous ne faisons alors plus qu’un avec toute l’existence, y compris notre corps. En Shiva, il n’y a pas grand-chose, mais tout ne fait qu’Un. Il reste une attitude juste et bonne. Que l’unique apparaisse en multiple ou que le multiple soit vu comme unique, il n’y a que grâce en Cela. C’est dans sa nature même. Ce qui paraissait instable s’est déployé en une multitude, mais sa nature stable et permanente est restée égale à elle-même. Nous devenons conscients de notre Soi stable par la Conscience. Nous devons en être fermement établis dans cette Conscience sans objet. Notre Conscience est alors la seule chose en mouvement dans cette stabilité. Nous devons utiliser notre Conscience pour être stables dans le Soi.

Quand il n’y a pas de Maya et pas de monde, le Soi brille dans sa gloire. Quand notre vraie nature apprend à connaître son existence, Maya fait son apparition. Mais Maya ne peut L’abîmer. La Conscience ne peut induire aucune impureté dans le Soi éternel. Celui qui se considère comme séparé et indépendant de Brahman est pollué par le sens du «Je suis». Celui qui est stabilisé en Brahman n’est pas touché par Maya. Qui est candidat pour ce qui est évoqué ici? Sans aucun doute, celui qui ne s’est pas encore réalisé et qui, par là même, reçoit toute cette connaissance.

Bhagavan Shri Krishna devint célèbre dans le monde entier, mais il y eut avant Lui nombre de Rishi et Muni qui pratiquèrent l’ascétisme pendant des centaines d’années. Malgré cela, ils n’avaient pas réalisé le Soi. Ils ont continué à vivre longtemps sans savoir comment réaliser le Soi. Krishna a été victorieux dans cet art rare. Beaucoup sont capables d’impressionner les gens en faisant des miracles, mais Celui qui les soulage de tout péché comme de tout mérite est plus rare. La capacité d’accomplir des miracles n’est pas une preuve de la connaissance du Soi. Ceux-là ne savent pas comment ils sont liés à Brahman.

La réalisation du Soi signifie l’émancipation finale. Celui qui se repent vraiment de son existence insignifiante se qualifie pour recevoir la connaissance du Soi. Cette connaissance n’est pas le résultat de toute une variété de pratiques spirituelles. L’implication dans des situations complexes ne peut pas qualifier une personne pour l’Ultime. Celui qui connaît l’infériorité et l’inutilité de toutes les autres activités et développe la confiance en l’Atman comme Dieu unique est qualifié pour cette connaissance du Soi.

Nisargadatta Maharaj

22 mai 1955

Extrait de « Premiers discours «  aux éditions des 2 Océans

Premiers discours 12 – Vous avez peur de votre propre Soi

Maya Nisargadatta

Ce que vous voyez est appelé le monde. Notre sensation d’être, qui est apparue, en est la cause. L’apparence d’une pousse se transforme en arbre. De même, le frémissement de l’Atman se manifeste comme le monde. Quand le Soi est inconscient de lui- même, rien n’est vu. Son frémissement originel et son expansion s’appellent « Maya ». Le Soi prend conscience de son être et celui-ci apparaît comme le monde. La conscience identifiée, jiva, ignore cela, car elle prend le Soi pour le corps. Le mouvement qui surgit au sein de l’Atman est inattendu.

La réalisation du Soi d’un être humain équivaut à faire l’apologie de Dieu. Par la suite, Dieu obtient un nom et une forme. Si un sage reste sans nom, c’est parfait. Le Soi est sans (le sens du) « Je et Vous». Par cette connaissance, Il devient un amoureux. Qu’est-ce qui est responsable de toute cette diversité ? C’est ce qu’on appelle le monde. Mais il n’a pas d’existence sans le Soi. La Vérité en est le fondement et Elle est antérieure à tout. Tout le reste apparaît grâce à Elle. Toute connaissance est rendue possible par Brahman, aussi il est antérieur à toute chose. Oublier le Soi, c’est l’ignorance; prendre conscience du Soi, c’est la connaissance.

Shankaracharya nous dit que Maya n’est plus valable pour Lui. L’ignorance vis-à-vis de la corde est responsable de l’apparition d’un serpent. Alors surgit la crainte de notre mort. Il n’y a pas de changement pour Brahman, mais tous les êtres vivants ont peur de perdre conscience. Ici, le Soi est la corde et la sensation d’une existence séparée est le serpent. C’est dû à Maya. Mais qui en connaît l’existence ? C’est le Soi. Par conséquent, Maya et le Soi ne sont pas deux. Celui qui fait l’expérience de l’équanimité devient un véritable soutien pour tous. Ce que l’on voit n’est que l’expression du Soi.Tout être vivant a peur de perdre sa sensation d’être ou son existence. Tout corps vivant n’est qu’une enveloppe, pourtant il est faussement identifié comme étant le Soi. Parmi des millions d’êtres, rares sont ceux qui développent la conviction de ne pas être le corps. Beaucoup de soi-disant jnani ne peuvent pas abandonner le concept de mort et sont sûrs de mourir.

Par la puissance de l’illusion, nous croyons en une forme et oublions que nous sommes le Connaisseur et non le connu. Notre vraie nature est sans peur et notre vie en est le résultat. Les sages disent que notre Soi soutient de nombreux mondes. Notre Soi est responsable de l’apparition du monde, et toutes les apparences sont celles du Soi. N’appelez pas le Soi «Maya», seulement le Soi. Comme les ascètes se considéraient comme faisant partie de Maya, ils avaient honte de montrer leur visage. Vous avez peur de votre propre Soi et vous Le fuyez. Être un véritable jnani, c’est aller au-delà de l’intellect et de la folie. C’est insensé de tenter de ressembler à un jnani (ce qui ne serait qu’une autre identification). Ce qui est constant est dévoilé. Bien que beaucoup vivent dans des grottes pour faire pénitence, ils sont encore dans l’ignorance. Ils ne voient pas le Soi sous toutes Ses apparences et ils en ont peur. Si vous fuyez les gens, de quoi avez-vous peur ?

Shankaracharya dit à ses disciples qu’ils existent dans tout ce qu’ils voient. Il dit : « Je suis l’Atman, complet à tous égards. Je suis au-delà du temps et de tous les chants. Comment pouvez-vous Me capturer par votre chant (en répétant mon nom) ? »

Faites face à la vie telle qu’elle se déroule sans vous accrocher à aucun concept. La conviction «Je suis» est responsable du monde. Votre conviction occupe tout l’univers, qui est la manifestation de Vishnu. Pour les vrais adorateurs de Vishnu, le monde entier est Vishnu Lui-même. Celui qui réalise le Soi est toujours empli d’un sentiment de plénitude, comme le Soi contenant le monde entier.

Nisargadatta Maharaj

15 mai 1955

Extrait de « Premiers discours «  aux éditions des 2 Océans

Premiers discours 11 – nous sommes méconnaissables

Nisargadatta Maharaj extrait

Dans ce corps,
nous sommes méconnaissables !

Tout en chantant le Mantra et en modérant les organes des sens et de l’action, nous devrions fixer notre attention sur Paramatman. Après L’avoir réalisé, nous en arrivons à connaître pleinement ce que nous sommes en réalité. Cette connaissance est difficile à atteindre. Par l’utilisation de différentes voies, cette connaissance a été transmise aux êtres de ce quatrième âge du monde appelé Kali yuga.

De nos jours, la durée d’une vie est courte et l’intellect très capricieux. Ainsi, afin de calmer l’intellect, le psychisme et les organes des sens, Dieu a recommandé la répétition du Mantra, le chant de bhajana et la méditation régulière. La réalisation du Soi est l’accomplissement le plus élevé pour les êtres humains ; elle est considérée comme le plus grand aboutissement spirituel. Avant la réalisation, l’homme se contente d’acquisitions mineures qui lui procurent de la joie, comme la nourriture, mais la vraie félicité n’est vécue qu’après la réalisation du Soi.

Quand nous nous rapprochons de notre Soi, tous nos besoins prennent fin. Les troubles et les déplaisirs du monde ne peuvent pas subsister dans la lumière de la béatitude intérieure. Après l’apparition du corps, toutes nos expériences sont une illusion.

L’unique Brahman est présent en chacun. Notre vraie nature est présente dans le corps, mais ne peut être vue. Elle n’est pas perceptible par les sens, mais Elle permet la vision du tout .

La mort ne signifie pas la destruction. C’est la disparition de l’être ignorant. L’importance du chant «Jaya Guru» («gloire au Guru, gloire au Maître ») est telle que si on ne le prononce qu’une seule fois mais avec honnêteté, on devient libre d’avoir une forme séparée. Brahman est la semence de toutes les expériences. La conscience identifiée, jiva, se prend à tort pour le corps à cause de l’opacité qui recouvre l’Atman. La compagnie des sages enlève cette opacité. Celui qui reçoit l’initiation d’un Guru et comprend vraiment à quel point l’Atman est fait pour la célébration et le respect, celui-là est responsable de la renaissance du monde entier. Une telle personne qui s’est purifiée est vénérée par Bhagavan Krishna Lui-même. Nous ne pouvons même pas imaginer à quel point ce Soi est digne de respect. Même des dieux comme Brahma, Hari et Hara sont nés de Lui.

Nous existons avant toutes nos expériences. Nous ne manquons de rien en n’expérimentant rien. Quand faisons-nous l’expérience la plus naturelle qui soit ? Quand nous expérimentons «Je suis». La différence entre l’individuel et l’universel ne vient qu’après l’apparition du « Je suis ». Ayez la foi dans le fait qu’aucun défaut ne peut salir le Soi. Souvenez-vous de votre valeur. Votre Atman est le même que Celui que Shri Krishna a adoré. Soyez assuré que le Soi de Dieu est le même que votre propre Soi.

L’Infini ne voit aucune différence entre l’individu et le collectif.

Nisargadatta Maharaj

8 mai 1955

Extrait de « Premiers discours » aux éditions des deux Océans

Premiers discours 10 – La Conscience pure n’est rien d’autre que vous

Adi Shankaracharya Nisargadatta

Shankaracharya a proposé comme philosophie celle de la juste attitude dans ce monde. Tout le monde devrait avoir connaissance de cette juste attitude. Pour que le comportement soit en harmonie avec l’existence entière, il convient de connaître le Soi omniprésent. Il est dit que la grandeur de ce comportement se traduit par le bien-être de tous.

L’être sans ego est complet à tous égards. Celui qui connaît la fin de tout, y compris Hari (Vishnu) et Hara (Shiva), est vraiment le Connaisseur de tout. Cela n’est pas accessible par l’esprit et l’intellect, et c’est ce qui en fait toute la difficulté. L’utilisation de l’intellect pour connaître le Soi est inappropriée et est vouée à l’échec. Celui qui s’évertue à persister dans l’utilisation de ces méthodes inadéquates est un grand imbécile. Celui qui les essaie à contrecœur est stupide. Celui qui est vraiment complet sera libéré du sens de la personne. Celui qui n’est plus un individu limité expérimente le monde entier comme son corps.

Dans le sommeil profond ou en Samadhi, vous n’êtes pas conscient de votre existence. Comment alors en vient-on à connaître le plaisir que cela procure? C’est connu par la lumière intérieure. Le corps n’est pas notre forme, mais il nous accom- pagne. C’est le Principe autolumineux, qui se trouve en compagnie du corps. À l’état pur, on l’appelle Paramatman. Ceux qui savent l’appellent notre vraie nature ou le Soi. Le Soi n’est ni un homme ni une femme. Les états d’éveil ou de sommeil ne s’appliquent pas à Lui. Il n’appartient à aucun tiers, mais c’est notre propre nature. Comme elle est commune à tous, elle n’appartient à personne. Comment agit la Conscience? De même qu’il y a de la douceur dans le sucre ou de l’amertume dans la courge amère, la Conscience est la qualité de tout corps vivant. C’est Ishwara ou Dieu. Il y a «quelque chose» dans le corps qui indique notre présence. Quelle est sa nature ? Elle est là comme Conscience. Cette Conscience est digne d’être vénérée par tous. Elle se manifeste en tant que Shiva(Hara), Vishnu (Hari) et Brahma.( les trois aspect de la manifestation qui sont la création, le déploiement, et la dissolution à nouveau dans la Conscience) C’est l’expression du Soi, et son absence n’est connue que par le Soi.

Ce qu’on appelle le corps est la nourriture de la Conscience. Celle-ci s’entretient sur ce corps de nourriture. Pour le compte de qui agit la Conscience ? Votre Soi est le Connaisseur de tout, mais personne ne peut Le connaître. Qui se nourrit de ce corps, à part votre Conscience ? Le témoin de cette Conscience doit être connu. Ce témoin connaît aussi l’absence de cette Conscience. Celui qui a réalisé cela a dû se livrer complètement en offrande. Ce grâce auquel vous connaissez votre sommeil profond et toutes vos activi- tés est votre Soi. Comment celui qui a totalement ignoré sa propre Conscience peut-il réaliser le Soi ? Celui qui voit sa fin, sa mort, et qui n’a pas encore invoqué: «Panduranga, Panduranga», celui-là est un sage. Le poète et mystique Tukaram a confié qu’il avait assisté à sa propre mort, ce qui signifie la mort de l’identité corporelle. Le Connaisseur de la Conscience n’est autre que vous et c’est votre vraie nature. Aussi devez-vous méditer sur la Conscience autant que possible.

Nisargadatta Maharaj

1er mai 1955

Extrait de « Premiers discours » aux éditions des 2 Océans