témoignage de Hô Thi Tuyêt Mai

  • Courte biographie de présentation de Hô Thi Tuyêt Mai :

  Hô Thi Tuyêt Mai est venue en Inde dans les années 1970 après avoir lu « A Search in Secret India » de Paul Brunton. En novembre 1978, alors qu’elle était en route pour Nasik pour recevoir le darshan de Sri Anandamayi Ma, un ami l’a persuadée de venir à Mumbay et de rencontrer Sri Nisargadatta Maharaj. L’expérience l’affecta tellement qu’après le darshan de Ma le lendemain, elle quitta Nasik et retourna immédiatement à Mumbay. Les trois années suivantes furent occupées à s’asseoir aux pieds de Nisargadatta Maharaj. Alors que celui-ci était dans son lit de malade dans les mois précédant son départ en septembre 1981, Mai s’occupait de Maharaj avec beaucoup d’affection.

Après le Mahasamadhi de Nisargadatta, Mai a pris une résidence semi-permanente à Tiruvannamalai à partir de 1981 et s’y est installé de façon permanente au début de 1993. Elle a passé ses journées à peindre, à méditer,  à lire,  à faire le tour du sanctuaire de Bhagavan ( Ramana Maharshi) et à faire du bénévolat à la bibliothèque Agastya Ganapathi adjacente. Elle a toujours voulu vivre dans une maison où elle pourrait avoir une bonne vue sur Arunachala et très vite, elle l’a trouvée.

Née le 19 août 1949 à Biênhòa, au plus fort de la guerre, Mai et sa famille ont émigré en France alors qu’elle n’avait que 17 ans. Devenue citoyenne française, elle a poursuivi ses études dans des écoles françaises et s’est ensuite formée en Belgique pour devenir infirmière diplômée.

En septembre 2016, Mai est tombée et s’est cassé la jambe. Quelques semaines plus tard, elle a fait une autre mauvaise chute. Bien que par ailleurs en bonne santé, le 9 octobre, elle  fait une remarque à une amie proche qui avait cuisiné pour elle : « Maintenant, ce corps mange ces légumes et ces plantes, mais bientôt les légumes et les plantes mangeront ce corps ». Quelques jours plus tard, le matin du 13 octobre 2016, alors qu’elle dormait paisiblement, Mai a fusionné aux pieds de la Sainte Arunachala. Tous ont remarqué combien elle avait l’air heureuse dans son repos silencieux.

Aimée de tous à Tiruvannamalai, Mai était connue pour sa gentillesse, son humilité, sa sincérité et son acceptation de tous les peuples.

(Biographie extraite et traduite du bulletin officiel de Ramana ahsram, Tiruvannamalai  (publié en 2016)

  • Interview de Mai par Rajiv Agarwal

Rajiv : Quand avez-vous rencontré Maharaj? en 1978 ?
Mai : 1978, oui en novembre, je pense novembre et à cette époque Vanaja est venu un ou deux mois avant, M. Mullarpattan est venu aussi parce qu’il a commencé à traduire, mais pas régulièrement. C’est donc le début de l’ époque où tout le monde est venu.
Rajiv : Et quand  êtes- vous venu en Inde  ?
Mai : Je suis venu la première fois ici en 1978 à Ramanashram.
Rajiv : Seulement en 1978 ?
Mai : Oui, 1978 et je suis venu en août et je suis resté un peu à l’Ashram.
Rajiv : Et qu’est-ce qui vous a amené en Inde ?
Mai : J’ai lu « A Search in Secret India » de Paul Brunton ?
Rajiv : La recherche dans l’Inde secrète ?
Mai : Oui, et à la fin était indiquée l’adresse de l’ashram, j’ai pris contact et dit que je voulais travailler un an pour aider. J’ai rencontré une Canadienne à qui j’ai dit que je voulais trouver quelqu’un qui connaît Dieu.  Je suis  aller voir Ma (Anandamai Ma) et  la Canadienne m’a dit, tu t’arrêtes à Mumbai et je t’emmène voir un sage. J’ai dit d’accord, je suis prête à le rencontrer. Je suis allé voir Maharaj, et je me souviens très bien qu’à quatre heures de l’après-midi, je monte et je vois des gens assis.  Maharaj m’a demandé  » d’où venez-vous? « , ça vous le savez,  dans mon cœur j’aime  Bhagawan (Ramana Maharshi). Dans mon Coeur, Bhagawan est mon Guru. Alors, quand vous en rencontrez un autre, vous avez juste…
Rajiv : Donc, il ne s’est rien passé ici ? La première impression n’était rien ?
Mai : Rien. J’ai dit que j’allais voir Ma Anandamai pour une semaine de méditation…..Maharaj m’a dit- « Bien, allez-y, ok ». Je suis donc allée voir Ma le jour suivant.  J’ai vu Ma et la nuit, je n’ai pas pu dormir. Et quelque chose en moi m’a dit, retourne à Mumbai, ne reste pas, ne reste pas ici.
Rajiv : Où résidait Ma alors ?
Mai :  À Nasik !
Rajiv : Ok!
Mai : Le lendemain, je décide de retourner voir Maharaj. Je  suis allée le voir et il m’a dit : « Quoi ! Comment! » Et j’ai dit : « Non Maharaj, c’est ici que je dois être. Alors il a dit ok, reste, et je suis resté. Mais avec Maharaj, je pense que c’était difficile de par le concept de Guru, vous savez Bhagawan était mon Guru, Maharaj n’était pas mon Guru. Mais vous savez que par notre coté très humains,  nous bataillons à l’intérieur…
Rajiv : Tu ne voulais pas changer ta loyauté ?
Mai : Oui, c’est juste qu’avec Maharaj, il y avait quelque chose de très fort, je l’aimais, mais ce conflit intérieur a continué longtemps. Donc chaque fois que je quittais Maharaj, vous savez que je disais, « s’il vous plaît, permettez-moi de revenir, parce que dans mon cœur je ne sais pas, dois-je retourner à Triruvanamallai… Puis un jour, j’ai fait le Namaste après avoir parlé, et j’ai levé les yeux, et au lieu de voir Maharaj, j’ai vu la montagne ( Arunachala) ! Vraiment, j’ai vu la montagne chez Maharaj.
Manpreet( qui accompagne Rajiv) :  La montagne d’Arunachala ?
Mai : Oui, la montagne Arunachala, et ce jour-là j’ai dit, c’est bon, arrêt des combats!  Maharaj et Bhagawan, c’est pareil. Alors je suis resté avec Maharaj !
Rajiv : Wow !
Mai : C’est mon Guru
Manpreet : Ainsi vous avez eu votre réponse ?
Mai : Oui, plus de confusion !
Rajiv : Vous dites littéralement la montagne là ?
Mai : Alors que je voyais la montagne,  j’ai compris que c’était la réponse ! Quand je reparle de cela,  cela reste étrange, j’ai vu la montagne clairement, pas Maharaj, la montagne !

Rajiv : Il se mettait en colère facilement ? Il avait l’habitude de virer beaucoup de gens ?
Mai : Ohhh, quand de nouvelles personnes arrivaient, nous aimions ça. Parce que nous les anciens nous ne parlions pas. Nous posions juste des questions ou parfois nous nous asseyions simplement, sans parler.
Rajiv : Donc quand de nouvelles personnes arrivaient…
Mai : On était très heureux parce qu’il y avait du sang neuf…, du sang neuf alors on parle et on se bat et c’est un apprentissage parce que vous savez qu’avec Maharaj, il fallait poser des questions et des réponses et non pas rester assis et que Maharaj vous provoquait pour poser des questions…j’adorais ça ! J’aime la façon dont il enseignait. Et parfois vous aviez des questions et si vous ne les posiez pas, quelqu’un posait les mêmes questions, vous aviez la réponse…oui
Rajiv : Donc il y avait beaucoup de disputes ?
Mai : Un combat très intéressant ! Très intéressant mais Maharaj est si fort, si puissant quand il vous détruit, quand il vous regarde sans rien dire, vous ne dites rien, vous êtes parti, c’est si fort mais si merveilleux. En même temps, c’est dur, très dur parce que vous traversez beaucoup de vos concepts au sujet du Guru, vous  comparez ceci et cela, et Maharaj détruit tout mais il y a beaucoup de joie !
Rajiv : Beaucoup de bonheur et de joie, au lieu du sérieux.
Mai : Oui, et parfois en  quittant la pièce, vous vous sentez si légère. Cela donne  l’impression de flotter, d’être si heureuse. Vous vous demandez pourquoi ? C’est  le discours de Maharaj. Quand vous sortez, vous exprimez votre reconnaissance parce que ce qu’il a dit est comme un secret caché qui a été révélé. Et il le dévoile, tout simplement. Plus de cachette, plus de secret, pas de ça, vous ne deviez rien faire. Il vous montrait juste de quoi il s’agissait. Et je me sens si reconnaissante, tout simplement. Vous savez que vous n’avez pas besoin de vous faire subir tant d’épreuves. C’est juste ouvert. J’appelle ça le secret dévoilé.
Rajiv : Il a vécu une vie très simple ?
Mai : Oui, mais Maharaj est très…ah…il est le feu. Il ne reste pas tranquille. Bhagawan est le contraire, Bhagawan est l’amour et Bhagawan est…
Rajiv : … Silence.
Mai : Silence et c’est différent, il s’agit des personnalités. Mais je pense que vous feriez mieux de demander à monsieur et madame Gaitonde, ainsi qu’à Vanaja et à tous les Indiens parce qu’ils comprennent beaucoup mieux certains aspects que nous .
Rajiv : Comme Bhau Shetty, vous savez qui était avec lui tout le temps.
Mai : Oh oui.
Rajiv : Dès les années 1960, à partir de 1965, vous avez l’occasion de lui parlez  ?
Mai : Ah oui.
Rajiv : Chacun en montre une couleur différente !
Mai : Oui !
Rajiv : Donc tout le monde est important, toutes les couleurs sont importantes
Mai : Oui!
Rajiv : Vous est-il arrivé de vous mettre en colère contre lui ?
Mai : En colère contre lui, non vous n’osiez pas parce que si vous vous énerviez contre lui, il vous jettait dehors. Ce que vous vouliez, c’était rester, alors vous restiez très silencieux, parce que Maharaj, on ne savait jamais avec lui. Vous montiez (à l’étage ,là où les satsangs se tenaient) et il vous disait  » Partez « . Il faut vous en aller.
Rajiv : Aarrh, il faisait ça ?
Mai : Tant de gens pleuraient, parce qu’ils voulaient rester et certaines personnes venaient spécialement pour Maharaj, et après 2-3 jours, il disait « allez ». Et les gens disaient, quoi, « allez » ?
Manpreet : Pas d’explication ?
Mai : Pas d’explication, » allez » et parfois Maharaj disait :  » Combien de temps êtes-vous ici ? Oh! 5 jours – 7 jours, il disait :  » ok, vous pouvez partir maintenant « , et les gens pleuraient. Donc avec Maharaj, on ne savait jamais. Parfois, après 15 jours, il disait : « C’est assez, vous devez partir ». Maharaj savait ce qu’il y avait entre lui et cette personne assise, pourquoi il lui demandait de partir, parce que parfois on ne peut pas en recevoir plus. Cela peut paraître étrange ! De tout ce que Maharaj a dit, j’ai une certaine expérience, mais le plus difficile est quand il vous demandait de partir. Les gens pleuraient et  ne comprenaient pas.
Manpreet : Donc vous n’avez jamais fait face à une telle expérience, Maharaj a dû vous le dire aussi ?
Mai : Oh oui, Maharaj m’a demandé une fois d’y aller parce que je n’étais pas bien.  Je me suis assise dans un coin et soudain, il m’a vue et m’a dit :  » Vous devez y aller ? Et j’ai dit : « Où aller ? Ma maison est ici, où aller, vous savez, non je ne veux pas y aller. » Et Maharaj a répondu :  » Vous n’êtes pas bien  et vous devez aller voir le médecin. » Alors je suis allé voir le médecin.
Rajiv : Ok!
Mai : Et il ne m’a jamais jetée dehors! (sourire)
Rajiv : Jamais jetée dehors.
Mai : Et je n’ai jamais rein fait pour. Je ne disait rien, restais tranquillement ( rire), mais je me sentais tellement bien. Chaque jour où vous veniez, c’était une joie et cela deux fois par jour. Le matin de bonne heure, ça dépendait, à certains Maharaj leur demandait de venir pour nettoyer tout l’autel et les divers choses. Maharaj était très strict.
Manpreet : Vous a-t-il  demandé de venir le matin ? Comment était votre expérience à l’époque ?
Mai : Oui, il m’a demandé de venir. Au début, il ne me demandait pas de venir, mais je venais voir ce que les autres faisaient. Anna, Holly et d’autres étaient là. Elles démontaient l’autel, et Maharaj était très strict. Plus tard, il m’a demandé de venir. Nous devions aussi nettoyer la table en dessous de l’autel ?
Rajiv : Celle en argent ?
Mai : Oui, il m’a demandé,  » occupez-vous de ça » ? J’ai dit que je m’en occupais.. Tout devait être vraiment propre, chaque jour. Et son lit devait être plié parce qu’il dormait sur place. Donc, le matin, chaque jour, vous deviez plier le lit et mettre les coussins de la façon adéquate … c’était très particulier la façon dont les choses s’agençaient. Quand nous partions à midi, peu de gens restaient pour faire le lit et le déplier pour Maharaj parce que la chambre était très petite. Il fallait faire cela, sinon il n’y avait pas de place pour s’asseoir. On pliait le lit et on le mettait dans un coin et on utilisait l’espace pendant la causerie de Maharaj et la nuit, avant de partir, on dépliait le lit. Cela se faisait tous les jours. Holy, elle, restait la nuit avec Anna pour prendre soin de Maharaj pendant la nuit. Holy, s’occupait de Maharaj avec Anna, Anna était un homme âgé. Mais plus tard, Holy a dû partir, alors Maharaj a demandé à une autre dame indienne si elle pouvait venir s’occuper de Maharaj. Cependant, cette dame ne pouvait pas parce qu’elle travaillait, alors Maharaj m’a demandé de venir et de faire le nécessaire.
J’ai dit à Maharaj, oui, j’essaie. Et je suis venue et j’ai pris soin de  lui.
Rajiv : Il me semble que à la fin il ne pouvait pas marcher.  Vanaja s’était absenté pendant quelques jours. Il y avait une femme qui s’occupait de lui, quand il ne pouvait pas marcher.
Mai : Oui
Rajiv : C’était dans les 5-10-20 derniers jours, il avait du mal à marcher ?
Mai : Oui, mais comment dire, je suis parti 4 jours avant qu’il….
Rajiv : Qu’il ai pris Samadhi ? ( mahasamadhi : quitter son corps)
Mai : Je devais partir, mon visa était terminé, mon passeport terminé et mon billet d’un an arrivé à son terme. Je devais partir.
Rajiv : Êtes-vous retournée en France ?
Mai : Oui et Vanaja m’a envoyé le télégramme le jour où Maharaj est parti
Rajiv : Avez- vous pleuré quand vous l’avez reçu ?
Mai : Oh oui, mais le jour où j’ai quitté Maharaj dans l’après-midi, je me souviens qu’il était en bas et qu’il était couché et que quelques personnes étaient là pour le masser et je suis juste allé le saluer par un Namaskar,  j’ai dit qu’il était temps d’y aller et c’est tout et je me suis retourné et je suis parti. Quelqu’un a dit à Maharaj, que j’allais partir,  que c’était mon dernier jour, alors Maharaj m’a rappelé et je suis venue. Maharaj a étendu sa main et a voulu me serrer la main ! J’ai regardé sa main. C’était comme si un roi voulait me serrer la main, comme un DIEU, c’était un tel signe de reconnaissance. J’ai mis ma main droite dans la sienne que j’ai posée sur ma tête et j’ai dit Namaskar et je suis parti. C’était la dernière fois que je l’ai vu.

 

Tout nos remerciements à  Rajiv Agarwal pour cet interview de Mai, et pour son site  innerspiritualawakening.com