Je suis 3 – La vivance du Présent

Nisargadatta , je suis, vivance du présent

La vivance du Présent

Visiteur : Comme je peux le voir, il n’y a rien d’anormal avec mon corps ni avec mon être réel. Les deux ne sont pas de mon fait et n’ont pas besoin d’être améliorés. Ce qui ne va pas, c’est le  » corps intérieur « , appelez-le esprit, conscience, antahkarana, peu importe le nom.
Nisargadatta Maharaj : Que considérez-vous comme un problème en ce qui concerne votre esprit ?
V : Il est agité, avide de l’agréable et effrayé par le désagréable.
N. M : Qu’y a-t-il de mal à ce qu’il recherche l’agréable et évite le désagréable ? Le fleuve de la vie coule entre les rives de la douleur et du plaisir. Ce n’est que lorsque l’esprit refuse de s’écouler avec la vie, et reste bloqué sur les rives, que cela devient un problème. Par couler avec la vie, j’entends l’acceptation – laisser venir ce qui vient et partir ce qui va. Ne désirez pas, ne craignez pas, observez le réel, comme et quand cela arrive, car vous n’êtes pas ce qui arrive, vous êtes celui à qui cela arrive. En fin de compte, vous n’êtes même pas l’observateur. Vous êtes l’ultime potentialité dont la conscience qui embrasse tout est la manifestation et l’expression.
V : Pourtant, entre le corps et le soi, il y a un nuage de pensées et de sentiments qui ne servent ni le corps ni le soi. Ces pensées et ces sentiments sont légers, transitoires et sans signification, une simple poussière mentale qui aveugle et étouffe, et pourtant ils sont là, obscurcissant et détruisant.
N.M : Assurément, le souvenir d’un événement ne peut pas passer pour l’événement lui-même. Pas plus que l’anticipation. Il y a quelque chose d’exceptionnel, d’unique, dans l’événement présent, que le précédent ou le futur n’ont pas. Il y a une vivacité, une actualité, il se détache comme s’il était éclairé. Le présent est marqué du sceau de la réalité, ce que le passé et le futur n’ont pas.
V : Qu’est-ce qui donne au présent ce « cachet de réalité » ?
N.M : Il n’y a rien de particulier dans l’événement présent qui le rende différent du passé et du futur. Pendant un moment, le passé a été réel et le futur le deviendra. Qu’est-ce qui rend le présent si différent ? Évidemment, ma présence. Je suis réel car je suis toujours maintenant, dans le présent, et ce qui est avec moi maintenant participe à ma réalité. Le passé est dans la mémoire, le futur – dans l’imagination. Il n’y a rien dans l’événement présent lui-même qui le fasse ressortir comme réel. Il peut s’agir d’un simple événement périodique, comme la sonnerie de l’horloge. Bien que nous sachions que les coups successifs sont identiques, le coup actuel est tout à fait différent du précédent et du suivant – tel qu’il est mémorisé ou attendu. Une chose focalisée dans le maintenant est avec moi, car je suis toujours présent ; c’est ma propre réalité que je confère à l’événement présent.
V : Mais nous traitons les choses dont nous nous souvenons comme si elles étaient réelles.

N.M : Nous prenons en considération les souvenirs, uniquement lorsqu’ils entrent dans le présent. L’oublié n’est pas compté jusqu’à ce qu’on se le rappelle – ce qui implique de l’amener dans le présent.
V : Oui, je vois qu’il y a dans le maintenant un facteur inconnu qui donne une réalité momentanée à l’actualité transitoire.
N.M : Vous n’avez pas besoin de dire qu’il est inconnu, car vous le voyez fonctionner en permanence. Depuis que vous êtes né, a-t-il jamais changé ? Les choses et les pensées ont changé tout le temps. Mais le sentiment que ce qui est maintenant est réel n’a jamais changé, même en rêve.
V : Dans le sommeil profond, il n’y a aucune expérience de la réalité présente.
N.M : La blancheur du sommeil profond est entièrement due à l’absence de souvenirs spécifiques. Mais un souvenir général de bien-être est présent. Il y a une différence de sentiment lorsque nous disons « j’étais profondément endormi » ou « j’étais absent ».
V : Nous allons répéter la question par laquelle nous avons commencé : entre la source de la vie et l’expression de la vie (qui est le corps), il y a le mental et ses états toujours changeants. Le flux des états mentaux est sans fin, sans signification et douloureux. La douleur est le facteur constant. Ce que nous appelons plaisir n’est qu’un vide, un intervalle entre deux états douloureux. Le désir et la peur sont la trame et la chaîne de la vie, et tous deux sont faits de douleur. Notre question est : peut-il y avoir un esprit heureux ?
N.M : Le désir est le souvenir du plaisir et la peur est le souvenir de la douleur. Les deux rendent l’esprit agité. Les moments de plaisir ne sont que des trous dans le flot de la douleur. Comment l’esprit peut-il être heureux ?
V : C’est vrai lorsque nous désirons le plaisir ou que nous nous attendons à la douleur. Mais il y a des moments de joie inattendue, non anticipée. Une joie pure, non contaminée par le désir – non recherchée, non méritée, donnée par Dieu.
N.M : Pourtant, la joie n’est de la joie que dans un contexte de douleur.
V : La douleur est-elle un fait cosmique, ou purement mentale ?
N.M : L’univers est complet et là où il est complet, où rien ne manque, qu’est-ce qui peut donner de la douleur ?
V : L’univers peut être complet dans son ensemble, mais incomplet dans ses détails.
N.M : Une partie du tout vue en relation avec le tout est également complète. Ce n’est que lorsqu’elle est vue isolée, elle devient déficiente et donc le siège de la douleur. Qu’est-ce qui rend l’isolement possible ?
V : Les limites de l’esprit, bien sûr. L’esprit ne peut pas voir le tout pour la partie.

N.M : Très bien. Le mental, par sa nature même, divise et oppose. Peut-il y avoir un autre esprit, qui unit et harmonise, qui voit le tout dans la partie et la partie comme totalement liée au tout ?
V : L’autre esprit – où le chercher ?
N.M : En allant au-delà de l’esprit qui limite, divise et oppose. En mettant fin au processus mental tel que nous le connaissons. Lorsque cela prend fin, cet esprit différent naît.
V : Dans cet esprit, le problème de la joie et de la tristesse n’existe plus ?
N.M : Pas comme nous les connaissons, comme désirables ou répugnants. Il devient plutôt une question d’amour cherchant à s’exprimer et rencontrant des obstacles. L’esprit inclusif est l’amour en action, luttant contre les circonstances, initialement frustré, finalement victorieux.
V : Entre l’esprit et le corps, c’est l’amour qui fait le pont ?
N.M : Quoi d’autre ? L’esprit crée l’abîme, le cœur le franchit.

Nisargadatta Maharaj

Extrait traduit pour www.meditations-avec-sri-Nisargadatta-Maharaj.com .  Version originale éditée par Maurice Frydman à partir des enregistrements en Marathi de Nisargadatta Maharaj et  publiée dans – « I am That » Acorn Press

Je suis 2 – La différence

Nisargadatta Différence

Visiteur : Maharaj, vous êtes assis en face de moi et je suis ici à vos pieds. Quelle est la différence fondamentale entre nous ?
Nisargadatta Maharaj : Il n’y a pas de différence fondamentale.
V : Il doit pourtant y avoir une différence réelle, je viens à vous, ce n’est pas vous qui me visitez.
N.M : Parce que vous imaginez des différences, vous allez ici et là à la recherche de personnes « supérieures ».

V : Vous aussi, vous êtes une personne supérieure. Vous prétendez connaître le Réel, alors que je ne le connais pas.
N.M : Vous ai-je déjà dit que vous ne savez pas et que, par conséquent, vous êtes inférieur ? Que ceux qui ont inventé de telles distinctions les prouvent. Je ne prétends pas savoir ce que vous ne savez pas. En fait, j’en sais beaucoup moins que vous.
V : Vos paroles sont sages, votre comportement noble, votre grâce toute-puissante.
N.M : Je ne sais rien de tout cela et ne vois aucune différence entre vous et moi. Ma vie est une succession d’événements, tout comme la vôtre. Seulement, je suis détaché et je vois le spectacle qui passe comme un spectacle qui passe, alors que vous vous attachez aux choses et avancez avec elles.
V : Qu’est-ce qui vous a rendu si dépassionné ?
N.M : Rien en particulier. Il se trouve que j’ai fait confiance à mon Guru. Il m’a dit que je ne suis rien d’autre que le Soi et je l’ai cru. En lui faisant confiance, je me suis comporté en conséquence et j’ai cessé de me préoccuper de ce qui n’était pas moi, ni à moi.
V : Pourquoi avez-vous eu la chance de faire pleinement confiance à votre maître, alors que notre confiance est nominale et verbale ?
N.M : Qui peut le dire ? C’est arrivé ainsi. Les choses arrivent sans cause ni raison et, après tout, qu’importe, qui est qui ? La haute opinion que vous avez de moi n’est que votre opinion. Vous pouvez en changer à tout moment. Pourquoi attacher de l’importance aux opinions, même aux vôtres ?
V : Pourtant, vous êtes différent. Votre esprit semble être toujours calme et heureux. Et des miracles se produisent autour de vous.
N.M : Je ne sais rien des miracles, et je me demande si la nature admet des exceptions à ses lois, à moins que nous ne soyons d’accord pour dire que tout est un miracle. Quant à mon esprit, il n’existe pas. Il y a une Conscience dans laquelle tout se passe. C’est tout à fait évident et cela fait partie de l’expérience de chacun. Vous ne regardez simplement pas assez attentivement. Regardez bien, et voyez ce que je vois.
V : Que voyez-vous ?
N.M : Je vois ce que vous aussi pourriez voir, ici et maintenant, si ce n’est que votre attention est mal focalisée. Vous n’accordez aucune attention au Soi. Votre esprit est tout entier tourné vers les choses, les gens et les idées, jamais vers le Soi. Concentrez-vous sur votre personne, prenez conscience de votre propre existence. Voyez comment vous fonctionnez, observez les motifs et les résultats de vos actions. Étudiez la prison que vous avez construite autour de vous, par inadvertance. En sachant ce que vous n’êtes pas, vous apprenez à vous connaître. Le retour à Soi passe par le refus et le rejet. Une chose est certaine : le Réel n’est pas imaginaire, il n’est pas un produit de l’esprit. Même le sens « Je suis » n’est pas continu, bien qu’il soit un pointeur utile ; il montre où chercher, mais pas ce qu’il faut chercher. Il suffit d’y regarder de près. Une fois que vous êtes convaincu que vous ne pouvez rien dire de vrai à propos du Soi, sauf « je suis », et que rien de ce qui peut être pointé du doigt ne peut être le Soi, le besoin du « je suis » est terminé – vous n’avez plus l’intention de verbaliser ce que vous êtes. Tout ce dont vous avez besoin, c’est de vous débarrasser de la tendance à définir ce Soi. Toutes les définitions s’appliquent uniquement à votre corps et à ses expressions. Une fois cette obsession du corps disparue, vous reviendrez à votre état naturel, spontanément et sans effort. La seule différence entre nous est que je suis conscient de mon état naturel, alors que vous êtes perplexe. Tout comme l’or transformé en ornement ne présente aucun avantage par rapport à la poussière d’or, sauf lorsque l’esprit le détermine ainsi, nous sommes unis dans l’être – nous ne différons qu’en apparence. Nous le découvrons en étant sérieux, en cherchant, en enquêtant, en remettant en question chaque jour et chaque heure, en donnant sa vie à cette découverte.

Nisargadatta Maharaj

Extrait traduit pour www.meditations-avec-sri-Nisargadatta-Maharaj.com .  Version originale éditée par Maurice Frydman  à partir des enregistrements en Marathi de Nisargadatta Maharaj et  publiée dans – « I am That » Acorn Press

Je suis 101- Le Jnani ne saisit pas, ni ne retient – Nisargadatta

Je suis JnanI Nisargadatta

Visiteur : Comment le Jnani procède-t-il lorsqu’il a besoin que quelque chose soit fait ? Fait-il des plans, décide-t-il des détails et les exécute-t-il ?
Nisargadatta Maharaj : Le Jnani comprend parfaitement une situation et sait immédiatement ce qui doit être fait. C’est tout. Le reste se produit tout seul, et dans une large mesure inconsciemment. L’identité du Jnani avec tout ce qui est, est si complète, que lorsqu’il répond à l’univers, l’univers lui répond aussi. Il a une confiance absolue dans le fait qu’une fois qu’il a pris connaissance d’une situation, les événements vont se dérouler de manière adéquate. L’homme ordinaire est personnellement concerné, il compte ses risques et ses chances, tandis que le Jnani reste distant, sûr que tout se passera comme cela doit se passer ; et peu importe ce qui se passe, car en fin de compte le retour à l’équilibre et à l’harmonie est inévitable. Le cœur des choses est en paix.
V : J’ai compris que la personnalité est une illusion, et que le détachement alerte, sans perte d’identité, est notre point de contact avec la réalité. Pouvez-vous, s’il vous plaît, me dire – en ce moment, êtes-vous une personne ou une identité consciente d’elle-même ?
N.M : Je suis les deux. Mais le vrai moi ne peut être décrit qu’en termes fournis par la personne, en termes de ce que je ne suis pas. Tout ce que vous pouvez dire sur la personne n’est pas le soi, et vous ne pouvez rien dire sur le soi, qui ne ferait pas référence à la personne, telle qu’elle est, telle qu’elle pourrait être, telle qu’elle devrait être. Tous les attributs sont personnels. Le réel est au-delà de tous les attributs.
V : Êtes-vous parfois le soi et parfois la personne ?
N.M : Comment puis-je l’être ? La personne est ce que je semble être pour les autres personnes. Pour moi-même, je suis l’étendue infinie de la conscience dans laquelle d’innombrables personnes émergent et disparaissent dans une succession sans fin.
V : Comment se fait-il que la personne, qui pour vous est tout à fait illusoire, nous paraisse réelle ?
N.M : Vous, le soi, étant la racine de tout être, de toute conscience et de toute joie, communiquez votre réalité à tout ce que vous percevez. Cette transmission de la réalité a lieu invariablement dans le maintenant, à aucun autre moment, car le passé et le futur ne sont que dans le mental. L' »être » ne s’applique qu’au maintenant.
V : L’éternité n’est-elle pas aussi sans fin ?
N.M : Le temps est sans fin, bien que limité, l’éternité est dans la fraction d’instant du maintenant. Nous la manquons parce que le mental fait sans cesse la navette entre le passé et le futur. Il ne s’arrête pas pour se concentrer sur le moment présent. Cela peut être fait avec une relative facilité, si l’intérêt est éveillé.
V : Qu’est-ce qui suscite l’intérêt ?
N.M :L’Engagement, qui est le signe de la maturité.
V : Et comment la maturité s’acquiert-elle ?
N.M : En gardant l’esprit clair et propre, en vivant sa vie en pleine conscience de chaque moment tel qu’il se présente, en examinant et en dissolvant ses désirs et ses peurs dès qu’ils se manifestent.
V : Une telle concentration est-elle possible ?
N.M : Essayez. Un pas après l’autre est facile. L’énergie découle de la sincérité.
V : Je trouve que je ne suis pas assez sérieux.
N.M : La trahison de Soi est une chose grave. Elle pourrit l’esprit comme un cancer. Le remède réside dans la clarté et l’intégrité de la pensée. Essayez de comprendre que vous vivez dans un monde d’illusions, examinez-les et découvrez leurs racines. Le simple fait d’essayer de le faire vous rendra sérieux, car il y a de la félicité dans l’effort juste.
V : Où cela me mènera-t-il ?
N.M : Où peut-elle vous mener si ce n’est à sa propre perfection ? Une fois que vous êtes bien établi dans le maintenant, vous n’avez nulle part où aller. Ce que vous êtes intemporellement, vous l’exprimez éternellement.
V : Êtes-vous un ou multiple ?
N.M : Je suis un, mais j’apparais comme multiple.
V : Pourquoi est-ce qu’on apparaît ?
N.M : Il fait bon d’être, et d’être conscient.
V : La vie est triste.
N.M : L’ignorance cause la tristesse. Le bonheur suit la compréhension.
V : Pourquoi l’ignorance doit-elle être douloureuse ?
N.M : Elle est à l’origine de tout désir et de toute peur, qui sont des états douloureux et la source d’erreurs sans fin.
V : J’ai vu des personnes censées avoir réalisé leur nature, rire et pleurer. Cela ne montre-t-il pas qu’ils ne sont pas libérés du désir et de la peur ?
N.M : Elles peuvent rire et pleurer selon les circonstances, mais intérieurement elles sont sereines et claires, observant détachées leurs propres réactions spontanées. Les apparences sont trompeuses et encore plus dans le cas d’un Jnani.
V : Je ne vous comprends pas.
N.M : Le mental ne peut pas comprendre, car le mental est entraîné à saisir et à retenir, alors que le Jnani ne saisit pas et ne retient pas.
V : Qu’est-ce que je retiens, que vous ne retenez pas ?
N.M : Vous êtes une créature de souvenirs ; du moins vous vous imaginez l’être. Je suis entièrement non imaginé. Je suis ce que je suis, non identifiable à un état physique ou mental quelconque.
V : Un accident détruirait votre équanimité.
N.M : Le fait étrange est qu’il ne le fait pas. A ma propre surprise, je reste tel que je suis – pure conscience, attentif à tout ce qui se passe.
V : Même au moment de la mort ?
N.M : En quoi cela me concerne-t-il que le corps meure ?
V : N’en avez-vous pas besoin pour contacter le monde ?
N.M : Je n’ai pas besoin du monde. Je ne suis pas non plus dans le monde. Le monde auquel vous pensez est dans votre propre esprit. Je peux le voir à travers vos yeux et votre esprit, mais je suis pleinement conscient qu’il s’agit d’une projection de souvenirs ; il n’est touché par le réel qu’au moment de la prise de conscience, qui ne peut être que maintenant.
V : La seule différence entre nous semble être que, tandis que je continue à dire que je ne connais pas mon moi réel, vous maintenez que vous le connaissez bien ; y a-t-il une autre différence entre nous ?
N.M : Il n’y a pas de différence entre nous ; je ne peux pas non plus dire que je me connais, je sais que je ne suis ni descriptible ni définissable. Il y a une immensité au-delà des limites les plus lointaines de notre mental. Cette immensité est ma maison, cette immensité est moi-même. Et cette immensité est aussi l’amour.

V : Vous voyez l’amour partout, alors que je vois la haine et la souffrance. L’histoire de l’humanité est l’histoire du meurtre, individuel et collectif. Aucun autre être vivant ne prend autant de plaisir à tuer.
N.M : Si vous examinez les motivations, vous trouverez l’amour, l’amour de soi et des siens. Les gens se battent pour ce qu’ils imaginent aimer.
V : Leur amour doit sûrement être assez réel pour qu’ils soient prêts à mourir pour lui.
N.M : L’amour est sans limites. Ce qui est limité à quelques-uns ne peut être appelé amour.
V : Connaissez-vous un tel amour illimité ?
N.M : Oui, je le connais.
V : Qu’est-ce que cela fait ?
N.M : Tout est aimé et aimable. Rien n’est exclu.
V : Pas même le laid et le criminel ?
N.M : Tout est dans ma conscience, tout est mien. C’est de la folie de se diviser à travers les goûts et les dégoûts. Je suis au-delà des deux. Je ne suis pas aliéné.
V : Être libre de tout ce qui plaît ou déplaît est un état d’indifférence.
N.M : Cela peut sembler et être le cas au début. Persévérez dans cette indifférence et elle s’épanouira en un amour omniprésent et universel.
V : On a de tels moments où l’esprit devient une fleur et une flamme, mais ils ne durent pas et la vie revient à sa grisaille quotidienne.
N.M : La discontinuité est la loi, quand on a affaire au tangible. Le continu ne peut pas être expérimenté, car il n’a pas de frontières. La conscience implique des altérations, changement après le changement, quand une chose ou un état prend fin et qu’un autre commence ; ce qui n’a pas de frontière ne peut pas être expérimenté dans le sens commun du mot. On ne peut qu’être cela, sans savoir, mais on peut savoir ce que cela n’est pas. Ce n’est certainement pas le contenu entier de la conscience qui est toujours en mouvement.
V : Si l’immuable ne peut être connu, quel est le sens et le but de sa réalisation ?
N.M : Réaliser l’inamovible signifie devenir inamovible. Et le but est le bien de tout ce qui vit.
V : La vie est le mouvement. L’immobilité est la mort. A quoi sert la mort pour la vie ?
N.M : Je parle d’inamovibilité, pas d’immobilité. Vous devenez immobile dans la droiture. Vous devenez une puissance qui obtient tout ce qui est juste. Cela peut impliquer ou non une activité extérieure intense, mais l’esprit reste profond et tranquille.
V : En observant mon esprit, je constate qu’il change tout le temps, les humeurs se succèdent dans une variété infinie, alors que vous semblez être perpétuellement dans la même humeur de bienveillance joyeuse.
N.M : Les humeurs sont dans le mental et n’ont pas d’importance. Allez à l’intérieur, allez au-delà. Cessez d’être fasciné par le contenu de votre conscience. Lorsque vous atteindrez les couches profondes de votre être véritable, vous constaterez que le jeu de surface du mental vous affecte très peu.
V : Il y aura quand même du plaisir ?
N.M : Un esprit calme n’est pas un esprit mort.
V : La conscience est toujours en mouvement – c’est un fait observable. Une conscience immobile est une contradiction. Lorsque vous parlez d’un esprit tranquille, de quoi s’agit-il ? L’esprit n’est-il pas la même chose que la conscience ?
N.M : Nous devons nous rappeler que les mots sont utilisés de nombreuses façons, en fonction du contexte. Le fait est qu’il y a peu de différence entre le conscient et l’inconscient – ils sont essentiellement les mêmes. L’état de veille se distingue du sommeil profond par la présence du témoin. Un rayon de conscience illumine une partie de notre esprit et cette partie devient notre rêve ou notre conscience éveillée, tandis que la conscience apparaît comme le témoin. Le témoin ne connaît généralement que la conscience (prakriti). La sadhana consiste pour le témoin à se retourner d’abord sur sa conscience (Purusha), puis sur lui-même dans sa propre conscience ( union de prakriti et purusha). La conscience de soi est le yoga.
V : Si la conscience est omniprésente, alors un aveugle, une fois réalisé, peut voir ?
N.M : Vous mélangez la sensation avec la conscience. Le Jnani se connaît tel qu’il est. Il est également conscient que son corps est infirme et que son esprit est privé d’une série de perceptions sensorielles. Mais il n’est pas affecté par la disponibilité de la vue, ni par son absence.
V : Ma question est plus spécifique ; lorsqu’un aveugle devient un Jnani, sa vue lui sera-t-elle rendue ou non ?
N.M : A moins que ses yeux et son cerveau ne subissent une rénovation, comment peut-il voir ?
V : Mais subiront-ils une rénovation ?
N.M : Peut-être, peut-être pas. Tout dépend du destin et de la grâce. Mais un Jnani maîtrise un mode de perception spontané, non sensoriel, qui lui fait connaître les choses directement, sans l’intermédiaire des sens. Il est au-delà du perceptuel et du conceptuel, au-delà des catégories de temps et d’espace, de nom et de forme. Il n’est ni le perçu ni le percepteur, mais le facteur simple et universel qui rend la perception possible. La réalité est dans la conscience, mais elle n’est pas la conscience ni aucun de ses contenus.
V : Qu’est-ce qui est faux, le monde ou la connaissance que j’en ai ?
N.M : Existe-t-il un monde en dehors de votre connaissance ? Pouvez-vous aller au-delà de ce que vous connaissez ? Vous pouvez postuler un monde au-delà de l’esprit, mais cela restera un concept, non prouvé et non prouvable. Votre expérience est votre preuve, et elle n’est valable que pour vous. Qui d’autre peut avoir votre expérience, alors que l’autre personne n’est réelle ( en tant que personne) que dans la mesure où elle apparaît dans votre expérience ?
V : Suis-je si désespérément seul ?
N.M : Vous l’êtes, en tant que personne. Dans votre être réel, vous êtes le tout.
V : Faites-vous partie du monde que j’ai en conscience, ou êtes-vous indépendant ?
N.M : Ce que vous voyez est à vous et ce que je vois est à moi. Les deux ont peu de choses en commun.
V : Il doit y avoir un facteur commun qui nous unit.
N.M : Pour trouver le facteur commun, vous devez abandonner toutes les distinctions. Seul l’universel est commun.
V : Ce qui me semble extrêmement étrange, c’est qu’alors que vous dites que je ne suis qu’un produit de mes souvenirs et que je suis terriblement limité, je crée un monde vaste et riche dans lequel tout est contenu, y compris vous et votre enseignement. Comment cette immensité est créée et contenue dans ma petitesse est ce que j’ai du mal à comprendre. Il se peut que vous me donniez toute la vérité, mais je n’en saisis qu’une petite partie.
N.M : Pourtant, c’est un fait – le petit projette le tout, mais il ne peut contenir le tout. Aussi grand et complet que soit votre monde, il est auto-contradictoire, transitoire et totalement illusoire.
V : Il est peut-être illusoire, mais il est merveilleux. Lorsque je regarde et écoute, que je touche, sens et goûte, que je pense et ressens, que je me souviens et imagine, je ne peux que m’étonner de ma créativité miraculeuse. Je regarde dans un microscope ou un télescope et je vois des merveilles, je suis la trace d’un atome et j’entends le murmure des étoiles. Si je suis le seul créateur de tout cela, alors je suis vraiment Dieu ! Mais si je suis Dieu, pourquoi est-ce que je parais si petit et impuissant à moi-même ?
N.M : Vous êtes Dieu, mais vous ne le savez pas.
V : Si je suis Dieu, alors le monde que je crée doit être vrai.
N.M : Il est vrai en essence, mais pas en apparence. Soyez libre de vos désirs et de vos peurs et aussitôt votre vision s’éclaircira et vous verrez toutes les choses telles qu’elles sont. Ou bien, vous pouvez dire que le satoguna crée le monde, le tamoguna l’obscurcit et le rajoguna le distord.
V : Cela ne me dit pas grand-chose, car si je demande quels sont les gunas, la réponse sera : ce qui crée – ce qui obscurcit – ce qui altère. Le fait demeure – quelque chose d’incroyable m’est arrivé, et je ne comprends pas ce qui s’est passé, comment et pourquoi.
N.M : Eh bien, l’émerveillement est l’aube de la sagesse. S’interroger de façon constante et cohérente est la sadhana.
V : Je suis dans un monde que je ne comprends pas et, par conséquent, j’en ai peur. C’est l’expérience de tout le monde.
N.M : Vous vous êtes séparé du monde, c’est pourquoi il vous fait souffrir et vous effraie. Découvrez votre erreur et libérez-vous de la peur.
V : Vous me demandez de renoncer au monde, alors que je veux être heureux dans le monde.
N.M : Si vous demandez l’impossible, qui peut vous aider ? Le limité est voué à être tour à tour douloureux et agréable. Si vous cherchez le vrai bonheur, inattaquable et immuable, vous devez laisser derrière vous le monde avec ses douleurs et ses plaisirs.
V : Comment cela se fait-il ?
N.M : Le simple renoncement physique n’est qu’un gage de sérieux, mais le sérieux seul ne libère pas. Il doit y avoir une compréhension qui vient avec une perceptivité alerte, une recherche avide et une investigation profonde. Vous devez travailler sans relâche pour vous sauver du péché et du chagrin.
V : Qu’est-ce que le péché ?
N.M : Tout ce qui vous lie.

Nisargadatta Maharaj,

Le Jnani ne saisit pas, ni ne retient
Entretien 101 traduit de « I am That » aux éditions Acorn Press

Je suis – savoir que vous ne savez rien est la vraie connaissance

la vraie connaissance Nisargadatta

Entretien 76 – savoir que vous ne savez rien est la vraie connaissance

Nisargadatta Maharaj: Il y a le corps, et dans le corps il semble qu’il y ait un observateur, et au dehors – un monde qui est observé. L’observateur, l’observation et le monde observé apparaissent et disparaissent ensemble. Au-delà il y a le vide. Ce vide est le même pour tous.

Visiteur: Ce que vous dites parait simple, mais peu de gens en diraient autant. Il n’y a que vous, et vous seul, qui parlez de cette trinité et du vide au-delà. Je ne vois que le monde qui inclut tout.

N.M:Y compris le « je suis » ?
V: Même le « je suis ». Le « je suis » est là parce que le monde est là.

N.M: Et le monde est là parce que le « je suis » est là.

V: Oui, c’est valable dans les deux sens. Je ne peux ni les séparer l’un de l’autre ni les dépasser. Je ne peux pas dire qu’une chose est à moins d’en faire l’expérience. Comme je ne peux dire qu’une chose n’est pas parce que je n’en fais pas l’expérience. Qu’est-ce que cela dont vous faites l’expérience qui vous autorise à parler avec cette assurance ?

N.M: Je me connais tel que je suis – intemporel, non spatial, sans cause. Vous, vous n’avez pas accès à cette connaissance  – tout absorbé que vous êtes par d’autres choses.

V: Pourquoi suis-je tellement absorbé ?

N.M: Parce que vous êtes intéressé.

V: Qu’est-ce qui fait que je suis intéressé ?

N.M: La crainte de la douleur et le désir du plaisir. La fin de la douleur est agréable, et pénible est la fin du plaisir. Cela ne fait que tourner dans une ronde sans fin. Examinez ce cercle vicieux jusqu’à ce que vous vous trouviez en dehors de celui-ci.

V: N’ai-je pas besoin de votre grâce pour me porter au-delà ?

N.M: La grâce de votre Réalité Intérieure est toujours présente, intemporellement. Que vous demandiez la grâce en est précisément le signe. Ne vous souciez pas de ma grâce, mais faites ce qui vous ai demandé. La preuve de votre sérieux se trouve dans vos actes, pas dans l’attente de la grâce.

V: A quoi dois-je m’appliquer ?

N.M: Examinez avec diligence tout ce qui se trouve dans le champ de votre attention. Avec la pratique le champ s’élargira et l’investigation s’approfondira, jusqu’à ce que le champ devienne illimité et l’investigation spontanée.

V: N’êtes-vous pas en train de faire de la réalisation le résultat d’une pratique ? Toute pratique agit dans les limites de l’existence physique. Comment pourrait-elle donner naissance à ce qui n’est pas limité ?

N.M: Évidemment, il ne peut exister de lien causal entre la pratique et la sagesse. Mais les obstacles qui se dressent sur la voie de la sagesse en sont profondément affectés.

V: Quels sont ces obstacles ?

N.M: Les opinions fausses et les désirs qui conduisent à des actes sans justesse, qui sont la cause de dissipations et de faiblesses dans le mental comme dans le corps. La découverte et le rejet du faux, bien que situés dans le mental, suppriment ce qui empêche le réel de pénétrer le mental.

V: Je peux distinguer deux états dans le mental « je suis » et « le monde existe », ils se révèlent et disparaissent en même temps. On dit: « je suis parce que le monde est ». Vous semblez dire « Le monde existe parce que je suis ». Laquelle de ces deux propositions est vraie?

N.M: Aucune. Elles sont toutes les deux un seul et même état spatial et temporel. Au- delà il y a l’intemporel.

V: Quel lien y a-t-il entre le temporel et l’intemporel ?

N.M: L’intemporel connaît le temps, le temporel ne connaît pas l’intemporel. Toute conscience est dans le temps et l’intemporel lui paraît inconscient. C’est cependant ce qui rend la conscience possible. La lumière brille dans l’obscurité. Dans la lumière, l’obscurité n’est pas visible. Vous pouvez aussi renverser la proposition – dans l’océan infini de la lumière, des nuages de conscience apparaissent – sombres et limités, visibles par contraste. Mais tout cela n’est que tentative pour exprimer en mots quelque chose de très simple mais d’absolument inexprimable.

V: Les mots devraient servir de pont.

N.M: Le langage se réfère à un état du mental, pas à la réalité. La rivière, les deux berges, le pont qui les unit, tout cela est dans le mental. Les mots seuls ne peuvent vous porter au-delà du mental. Il faut une immense soif de vérité ou une confiance absolue dans le Guru. Croyez-moi, pour l’atteindre, il n’y a ni but ni chemin, vous êtes le but et le chemin, il n’y a rien à atteindre si ce n’est vous. Tout ce dont vous avez besoin, c’est de comprendre et la compréhension est la floraison du mental. L’arbre est éternel mais les fleurs et les fruits viennent en saison. Les saisons changent mais l’arbre est immuable. Vous êtes l’arbre, vous avez fait pousser, dans le passé, des feuilles et des branches innombrables et vous pouvez en faire pousser encore dans l’avenir – mais vous demeurez. Vous n’avez pas à savoir ce qui a été ou ce qui sera, mais ce qui est. Votre désir est le désir qui crée l’univers. Connaissez le monde comme votre propre création et soyez libre.

V: Vous dites que le monde est l’enfant de l’amour. Quand je vois les horreurs dont le monde est rempli, les guerres, les camps de concentration, l’exploitation inhumaine, comment puis-je le regarder comme ma propre création. Aussi limité que je sois, je ne peux avoir créé un monde aussi cruel.

N.M: Trouvez à qui ce monde cruel apparaît et vous saurez pourquoi il paraît si cruel. Vos questions sont parfaitement légitimes, mais elles ne peuvent recevoir de réponses à moins que vous ne sachiez de qui est ce monde. Pour Connaître la signification d’une chose, vous devez la demander à son créateur. Je vous le dis vous êtes le créateur du monde dans lequel vous vivez – vous seul pouvez le changer et le défaire.

V: Comment pouvez-vous dire que j’ai fait le monde ? Je le connais à peine.

N.M: Il n’y a rien dans le monde que vous ne puissiez connaître si vous vous connaissez vous-même. En pensant que vous êtes un corps, vous connaissez le monde comme une collection de choses matérielles. Quand vous savez que vous êtes comme un point de conscience, le monde vous apparaît comme l’océan du mental. Quand vous vous connaissez tel que vous êtes en réalité, vous connaissez le monde comme étant vous- même.

V: Tout cela me semble très beau, mais ça ne répond pas à ma question. Pourquoi y a- t-il tant de souffrance dans le monde ?

N.M: Si vous vous tenez tranquille, seulement comme observateur, vous ne souffrirez pas. Vous verrez le monde comme un spectacle des plus distrayants, en fait.

V: Oh non ! Je n’accepterai pas cette théorie de la lila, le monde comme un jeu divin. La souffrance est trop aiguë, trop généralisée. Quelle perversité que de se distraire au spectacle de la souffrance ! Quel Dieu cruel m’offrez-vous là !

N.M: La cause de la souffrance se trouve dans l’identification de celui qui perçoit avec ce qu’il perçoit. De là est né le désir, et avec le désir, l’action aveugle, inconsciente des résultats. Regardez autour de vous, et vous constaterez que la souffrance est le fait des hommes.

V: Si l’homme ne créait que sa propre misère, je serais d’accord avec vous, mais dans sa folie, il fait souffrir les autres. Le rêveur a son cauchemar personnel et lui seul en souffre. Quelle sorte de rêve est-ce là, qui saccage la vie d’autrui ?

N.M: Les descriptions sont nombreuses et contradictoires. La Réalité est simple – tout est un, l’harmonie est la loi éternelle, personne n’oblige à souffrir. Ce n’est que lorsque vous essayez de décrire et d’expliquer que les mots vous trahissent.

V: Je me souviens de Gandhiji ( Gandhi) me disant un jour que le Soi n’est pas lié par la loi de non-violence (ahimsa). Le Soi est libre d’imposer la souffrance à ses manifestations afin de les ajuster.

N.M: Il peut en être ainsi sur le plan de la dualité, mais dans la réalité, il n’y a que la source, obscure en elle-même, mais qui rend tout brillant. Non perçue, elle est cause de la perception. Non ressentie, elle est la cause des sensations. Non pensable, elle est la cause des pensées. Non-être, elle donne naissance à l’être. Elle est l’immuable arrière-plan du mouvement. Quand vous êtes là, vous êtes partout chez vous.

V: Si je suis cela, pourquoi suis-je né ?

N.M: Le souvenir des désirs passés insatisfaits emprisonne une énergie qui se manifeste en tant que personne. Quand cette charge d’énergie est épuisée, la personne meurt. Les désirs non satisfaits sont transférés sur la naissance suivante. L’auto-identification au corps crée des désirs toujours nouveaux, et cela n’a pas de fin à moins que le mécanisme de l’attachement ne soit clairement perçu. Je ne dis pas que c’est la même personne qui renaît. Elle meurt, et pour de bon. Mais ses souvenirs restent, ainsi que ses désirs et ses craintes qui fournissent l’énergie à une nouvelle personne. Le réel n’y prend aucune part, mais il le rend possible en lui donnant sa lumière.

V: Voila mon problème. Comme je peux aisément m’en rendre compte, chaque expérience est sa propre réalité. Elle est là – éprouvée. Dès que je l’étudie, que je demande à qui elle arrive, qui est l’observateur, etc., l’expérience est terminée et la seule chose que je puisse examiner est le souvenir de cette expérience. Je ne peux tout simplement pas étudier l’instant vivant – le maintenant. Ma conscience est du passé, pas du présent. Quand je suis conscient je ne vis pas dans le maintenant, mais uniquement dans le passé. Peut-il y avoir une conscience authentique du présent ?

N.M: Ce que vous décrivez là n’est pas du tout la conscience, mais seulement la pensée d’une expérience. La conscience authentique (samvid) est l’état de pur témoin dans lequel il y a aucune tentative d’influer en quoi que ce soit sur l’événement observé. Vos pensées et vos sentiments, vos paroles et vos actes peuvent aussi faire partie de l’événement ; vous regardez tout, sans être concerné, dans la pleine lumière de la lucidité et de la compréhension. Vous comprenez ce qui se passe parce que, précisément, cela ne vous affecte pas. Cela peut sembler être une attitude froide d’isolement, mais ce n’est pas le cas. Quand vous êtes dans cet état, vous découvrez que vous aimez ce que vous voyez, quelle qu’en soit la nature. Cet amour qui ne choisit pas ses objets, est la pierre de touche ( la manifestation révélatrice) de l’Éveil. Si l’amour n’est pas présent, vous n’êtes qu’intéressé – pour quelque raison personnelle.

V: Tant qu’existent le plaisir et la douleur, nous avons toutes les chances d’êtres dans l’intérêt.

N.M: Tant que nous sommes conscients, il y a plaisir et douleur. Vous ne pouvez pas lutter contre le plaisir et la douleur sur le plan de la conscience. Pour les dépasser, il faut que vous dépassiez la conscience, ce qui n’est possible que lorsque vous considérez la conscience comme une chose qui vous arrive et non comme une chose qui est en vous, comme quelque chose qui vous est étranger, extérieur, sur-imposé. Alors soudainement vous êtes libéré de la conscience, vraiment seul, sans rien pour vous importuner. Et c’est votre état véritable. La conscience est comme une éruption urticante qui vous oblige à vous gratter. Naturellement, vous ne pouvez sortir de la conscience à la seule idée de le faire. Mais si vous apprenez à regarder votre conscience comme une sorte de fièvre qui vous est personnelle et intime, dans laquelle vous êtes enfermé comme le poussin dans sa coquille, de cette attitude surgira la crise qui brisera la coquille.

V: Le Buddha a dit que la vie est souffrance.

N.M: Il a sans doute voulu dire que toute conscience est douloureuse, ce qui est évident.

V: Et la mort offrent-elle une délivrance ?

N.M: Celui qui croit être né a très peur de la mort. Mais pour celui qui se connaît, la mort est un événement heureux.

V: La tradition hindoue dit que la souffrance est causée par la destinée, et que la destinée est méritée. Regardez ces immenses calamités, naturelles ou provoquées par l’homme, les inondations, les tremblements de terre, les guerres, les révolutions. Pouvons-nous oser penser que chacun d’entre nous souffre à cause de ses propres erreurs, dont il n’a pas la moindre idée ? Les milliards d’hommes qui souffrent, sont- ils tous des criminels justement punis ?

N.M: Devons-nous souffrir pour nos propres erreurs ? Sommes-nous réellement séparés ? Dans ce vaste océan, nous souffrons pour les erreurs des autres, et nous faisons souffrir autrui pour nos erreurss. Évidemment, la loi de l’équilibre règne suprêmement et, à la fin, tous les comptes seront balancés. Mais tant que dure la vie, nous nous affectons mutuellement et profondément.

V: Comme a dit le poète : « Nul homme n’est une île ».

N.M: Derrière chaque expérience il y a le Soi et son intérêt pour l’expérience. Appelez cela désir ou amour – les mots n’ont pas d’importance.

V: Puis-je désirer souffrir ? Puis-je réclamer délibérément la douleur ? Ne suis-je pas comme l’homme qui s’étant fait un lit douillet espère une bonne nuit de sommeil et qui, visité par un cauchemar, s’agite et crie dans son rêve. Ce n’est sûrement pas l’amour qui produit le cauchemar.

N.M: Toutes les souffrances sont causées par l’isolement égoïste, l’insularité et l’envie. Quand on a perçu et supprimé la cause de la souffrance, elle cesse.

V: Je peux supprimer les causes de ma misère, mais les autres continueront de souffrir.

N.M: Pour comprendre la souffrance, il faut aller au-delà de la peine et du plaisir. Ce sont vos propres désirs et peurs qui bloquent votre compréhension et vous empêchent par là d’aider les autres. En réalité autrui n’existe pas et en vous aidant vous-même, vous aidez les autres. Si vous prenez au sérieux les souffrances de l’humanité, vous devez perfectionner le seul moyen d’aide que vous avez – c’est-à-dire vous- même.

V: Vous persistez à dire que je suis le créateur omniprésent, omniscient et omnipotent, celui qui maintient et détruit ce monde. Quand je réfléchis à ce que vous me dites, je me demande Comment se fait-il qu’il y a tant de mal dans mon monde?

N.M: Il n’y a pas de mal, il n’y a pas de souffrance; la joie de vivre est souveraine. Regardez comment chaque chose s’accroche à la vie, combien l’existence est précieuse.

V: Sur l’écran de mon mental, les images se suivent dans une succession sans fin. En moi, il n’y a rien de permanent.

N.M: Regardez-vous mieux. L’écran est là – il ne change pas. La lumière brille fixement, seul le film continue à se dérouler en provoquant l’apparition des images. Vous pouvez appeler le film, destinée (prarabdha).

V: Qu’est-ce qui crée la destinée ?
N.M: L’ignorance est la cause de l’inéluctable.

V: L’ignorance de quoi ?

N.M: De vous-même, en premier lieu. Et aussi l’ignorance de la vraie nature des choses, de leurs causes et de leurs effets. Vous regardez autour de vous sans comprendre et vous prenez les apparences pour la réalité. Vous croyez connaître et le monde et vous- même, mais c’est uniquement votre ignorance qui vous fait dire – je sais. Commencez par admettre que vous ne savez pas, et que ce soit votre point de départ.

Rien ne pourrait aider plus le monde que de vous voir mettre un terme à votre ignorance. Alors, vous n’avez plus besoin de faire quoi que ce soit pour l’aider. Votre existence même est une aide, que vous agissiez ou non.

V: Comment peut-on connaître l’ignorance ? Connaître l’ignorance présuppose la connaissance.

N.M: Vous avez raison. Dire seulement « je suis ignorant », c’est l’aube de la connaissance. Un homme ignorant est ignorant de son ignorance. Vous pourriez dire que l’ignorance n’existe pas car dès qu’elle est perçue, elle n’est plus. Vous pouvez donc l’appeler inconscience ou aveuglement. Tout ce que vous voyez, autour de vous et en vous, n’est que vous ne savez pas et que vous ne comprenez pas, sans même savoir que vous ne savez pas et que vous ne comprenez pas. De savoir que vous ne savez pas et que vous ne comprenez pas, c’est le vrai savoir, le savoir d’un cœur humble.

V: Oui, le Christ a dit « Heureux les simples d’esprit ».

N.M: Dites-le comme vous voulez, le fait est qu’il n’y a connaissance que de l’ignorance. Vous savez que vous ne savez pas.

V: L’ignorance aura-t-elle jamais une fin ?

N.M: Qu’y a-t-il de mal à ne pas connaître ? Vous n’avez pas besoin de tout savoir. Il vous suffit de savoir ce qu’il vous est nécessaire de connaître. Le reste peut prendre soin de lui-même sans que vous sachiez comment il le fait. Ce qui est important, c’est que votre conscient n’agisse pas à l’encontre de votre inconscient, qu’il y ait une intégration à tous les niveaux. Savoir, ce n’est pas tellement important.

V: Psychologiquement, ce que vous dites est juste, mais quand il s’agit de connaître les autres, de connaître le monde, cela ne me sert pas à grand chose de savoir que je ne sais pas.

N.M: Dès l’instant où vous êtes installé intérieurement en votre  Réalité, la connaissance extérieure vous vient spontanément. A chaque moment de votre vie, vous connaissez ce qu’il vous est nécessaire de savoir. Toute la connaissance est contenue dans l’océan du mental universel; elle est là, à vous de la demander. Vous n’aurez jamais besoin de la majeure partie de ce savoir néanmoins, il est vôtre.

Et il en est de même du pouvoir.

Tout ce que vous sentez. avoir besoin d’être accompli arrivera infailliblement. Il n’y a nul doute que Dieu fait son affaire de la direction du monde mais il est heureux de recevoir un peu d’aide. Quand celui qui aide est dépourvu d’égoïsme et qu’il opère avec intelligence, tous les pouvoirs de l’univers sont à ses ordres.

V: Même les forces aveugles de la nature ?

N.M: Il n’y a pas de forces aveugles. La conscience est la force. Soyez conscient de ce qui doit être fait, et cela se fera. Soyez seulement vigilant et tranquille. Quand vous avez atteint votre destination et que vous connaissez votre véritable nature, votre existence devient, pour tous, une bénédiction. Vous pouvez ne pas le savoir et le monde l’ignorer, mais votre aide rayonne. Il y a des gens qui, dans le monde, font plus de bien que tous les hommes d’état et les philanthropes réunis. Sans qu’interviennent volonté ou savoir, ils irradient la lumière et la paix. Quand d’autres personnes leur parlent des miracles qu’ils ont accomplis, ils sont les premiers à être frappés de stupeur. Cependant, considérant que rien ne leur appartient, ils n’en ont pas d’orgueil

et ils ne sont pas assoiffés de renommée. Ils sont seulement incapables de désirer quelque chose pour eux-mêmes, pas même la joie d’aider les autres. Ils savent que Dieu est bon et ils sont en paix.

Nisargadatta Maharaj

Extrait de « Je suis  » aux éditions des 2 océans  ( version modifiée à partir de l’édition en langue anglaise)

À la Source de la Conscience – Nisargadatta Maharaj

source de la Conscience Nisarrgadatta

Nisargadatta Maharaj : Toutes vos activités, qu’elles soient spirituelles ou matérielles, sont basées sur l’identification à l’individu. C’est vous en tant que personne, qui souhaitez la libération et donc vous demeurez une personne un individu, c’est là que se trouve le problème.

 Quelle que soit votre certitude d’avoir compris, tant que vous croirez la posséder vous, en tant qu’individu, cette fausse identité se maintiendra. Celui qui a fait un certain progrès démontré par des résultats tangibles est un Yogi. Mais comme son identification à un ‘je’ est toujours là. Il demeure satisfait de ce qu’il a accompli et n’évolue plus. 

Il faut comprendre les deux aspects de cet être : voir cette nature physique intérieure qui a surgi de lui et en même temps constater qu’il n’existe pas de limites à ce que la conscience peut accomplir bien que cet état soit par nature limité. Comment celui qui est averti de sa véritable nature et de son potentiel global peut-il se satisfaire de quelque chose relevant d’un état si limité?

En fait le potentiel de la stabilisation de la conscience dans l’Absolu est si grand qu’il vous est impossible même d’imaginer à quoi cela peut correspondre. vous ne pouvez donc vous le représenter que sous son aspect de pure conscience.

Visiteur: Comment est-il possible de comprendre réellement que nous habitons cette conscience?

N.M : En cet instant vous êtes dans cette conscience, vous êtes dans cet état, mais vous ne pouvez pas vous empêcher de juger d’après le corps intellect. Vous demeurez lié au corps intellect et vous aimez ce lien. Même si vous viviez cent ans vous demanderiez encore une prolongation! Dans l’Absolu il ne peut exister aucun besoin, pas même de se connaître.

V: Cet état temporaire surgissant de l’Absolu doit bien avoir une cause?

N.M: C’est à cause e la friction qu’il apparaît, de l’interaction des cinq éléments entre eux. C’est semblable à de très bons amis, leur amitiés s’est maintenue pendant des années mais il se produit soudain un désaccord, une friction, et immédiatement  ils se battent !

V: Le moment de la mort doit être une expérience traumatisante physiquement et psychiquement, n’est-ce pas?

N.M : Non , pas toujours. Pour celui qui s’est purifié de tout concept, la mort ne sera que béatitude.

 Vous avez une grande culture, beaucoup de connaissances spirituelles, de la sagesse. Malgré cela au moment de  votre mort vous feuilletterez le carnet où sont notés les membres de votre famille ….!

V: Si j’ai votre bénédiction j’aurai une mort paisible, je ne me souviendrai plus de personne.

N.M : Restez fidèle à l’état le plus haut. Vous n’avez rien à faire, simplement écouter. Si vous écoutez correctement tout se produira de soi-même. Maintenant je viens de vous dire ce qu’est cet être, il est le produit du jeu des cinq éléments. Cette faculté de connaître est le résultat du corps de nourriture et c’est ce que vous n’êtes pas, donc pourquoi vous inquiéter du départ de cette faculté de connaître?

 Avez-vous bien compris que vous êtes uniquement le témoin de cette conscience qui s’est manifesté? Vous n’êtes pas la conscience, vous n’êtes pas la connaissance, Sat-Guru est votre véritable nature.

 La conscience ne peut pas être séparée du monde ou de l’univers parce qu’ils sont la même chose.Il s’agit de ma Maya, elle a surgi du fond de moi or je sais que je ne suis pas la Maya. J’en suis témoin, c’est simplement mon jeu, mon théâtre mais je ne suis pas ce théâtre!

 La  signification dernière de tout cette sadhana est vous. Quelle que soit votre existence, vous êtes. Personne jusqu’ici n’a écrit cela dans un livre, maintenant certains l’écriront. Celui qui souhaite étudier cela, écrire là-dessus, devra avoir un point de vue lucide, comme un homme de science.

j’ai choyé excessivement cette connaissance apparue en moi et quel est le résultat final? Cette connaissance a été marqué au fer à présent, sa marque est «  Vous avez une maladie et vous allez disparaître ». Je connais donc bien la nature de cette connaissance qui est apparu en moi, faites de même, découvrez là! J’ai dansé avec cette connaissance, je l’ai appelé Dieu et à présent elle est étiquetée, tamponnée, ‘malade’. Et alors! Je sais ce que je suis et je suis avant cela. Je me plains à ma véritable nature et ma véritable nature me réponds que «  tout cela n’est que lilã , jeu, passe-temps; cela ne te concerne pas! ».

 Cette conscience même est malhonnête, parce qu’enfin… je n’ai rien à voir avec tout cela! Je suis le support. Les gens croient que je suis la cause mais je ne suis pas la cause, je suis la base, le point d’appui, je supporte tout cela!

V: Dans le Jñani, l’être a atteint l’état de non-être et malgré tout, le monde des apparences se déroule devant lui et il continue à agir. Comment est-ce possible?

N.M : C’est un peu comme agir en rêve. Dans le monde du rêve les choses arrivent, elles se produisent d’elle-même, vous ne faites rien. De cet état élevé il n’existe que l’observation de l’être et ces activités.

Nisargadatta Maharaj

Entretien du 8 août 1980, 

Extrait du recueil « À la source de la conscience » aux éditions des 2 Océans 

Je suis – entretien 60 – au sujet du bien et du mal

bien et mal Nisargadatta

Entretien 60 –

Visiteur: Vous dites que tout ce que vous voyez est vous-même. Vous admettez également voir le monde comme nous le voyons. Voici le journal du jour, avec toutes ses horreurs quotidiennes. Puisque le monde est vous-même, comment pouvez justifier une conduite aussi aberrante ?

Nisargadatta Maharaj: Quel monde avez-vous à l’esprit ?
V: Le monde qui nous est commun, celui dans lequel nous vivons.

N.M: Êtes-vous sûr que nous vivons dans le même monde ? Je ne parle pas de la nature, de l’océan et de la terre, des plantes et des animaux. Ils ne sont pas un problème, ni l’espace illimité, le temps infini ou la puissance inépuisable. Ne vous laissez pas égarer parce que je mange et que je fume, parce que je lis et parle. Ni mon esprit ni ma vie ne sont ici. Votre monde, celui des désirs et des assouvissements, des peurs et des dérobades, n’est définitivement, pas le mien. Je ne le perçois même pas, sauf au travers de ce que vous m’en dites. Il est votre monde de rêve privé, et ma seule réaction, à son encontre, sera de vous demander de cesser de rêver.

V: Mais les guerres, les révolutions ne peuvent pas être des rêves ! Une mère malade, des enfants affamés, ce ne sont pas des rêves ! La richesse mal acquise et dont on fait mauvais usage, ce n’est pas un rêve !

N.M: Et quoi d’autre ?
V: Un rêve ne peut pas être partagé.

N.M: Pas plus qu’on ne peut partager l’état de veille. Les trois états (de la veille, du rêve et du sommeil) sont subjectifs, personnels, intimes. Ils apparaissent tous les trois dans cette petite bulle de conscience qu’on appelle « moi », et sont contenus en elle. Le monde réel est au-delà du moi.

V: Moi ou pas, les faits sont réels.

N.M: Bien sûr, les faits sont réels ! Je vis au milieu d’eux. Mais vous vivez parmi des chimères. Les faits ne s’entrechoquent jamais, alors que votre vie et votre monde sont un tissu de contradictions. Les contradictions sont la marque du faux ; le réel ne se contredit jamais.

Par exemple, vous vous plaignez que des gens vivent dans une misère profonde. Malgré cela vous ne partagez pas tout ce qui vous appartient avec eux. La guerre, quand elle est à votre porte, vous inquiète, mais vous lui accordez à peine une pensée quand elle se déroule au loin. Les fortunes changeantes de votre ego déterminent vos valeurs. Vous érigez en absolus « je pense », « je veux », « je dois ».

V: Il n’en reste pas moins que le mal est réel.

N.M: Pas plus réel que vous ne Fêtes. Le mal se situe dans la fausse approche des problèmes que provoquent l’incompréhension et les abus. C’est un cercle vicieux.

V: Peut-on briser le cercle ?

N;M: Un faux cercle n’a pas besoin d’être brisé. Il suffit de le voir pour ce qu’il est – inexistant.

V: Il est assez réel pour nous courber sous les outrages et les atrocités qu’il nous inflige.

N.M: La démence est universelle, la santé mentale est rare. Il y a cependant de l’espoir parce que, dès l’instant où nous prenons conscience de notre démence, nous sommes sur la voie de la santé. C’est là la fonction du Guru nous faire voir la folie de notre vie quotidienne. La vie vous rend conscient, le maître vous éveille.

V: Vous n’êtes, Monsieur, ni le premier ni le dernier. Il y a eu depuis des temps immémoriaux des individus qui se sont éveillés à la réalité. Et cependant, comme ils ont peu influencé nos vies ! Les Ramas et les Krishnas, les Bouddhas et les Christs sont venus, puis ils s’en sont allés, et nous sommes toujours ce que nous sommes : vautrés dans la sueur, les larmes et le sang. Qu’ont fait ces grands éveillés, de la vie desquels nous avons été les témoins ? Et vous-même, Monsieur, qu’avez-vous fait pour tirer le monde de l’esclavage ?

N.M: Vous seul pouvez défaire le mal que vous avez créé. C’est l’égoïsme endurci qui en est la base. Commencez par mettre de l’ordre dans votre maison et vous verrez que vous aurez fait votre part.

V: Les hommes de sagesse et d’amour, qui vinrent avant nous, mirent de l’ordre en eux-mêmes, parfois au prix d’immenses efforts. Quel en est le résultat ? Une étoile filante, si brillante soit-elle, ne rend pas la nuit moins noire.

N.M: Pour les juger, et juger leur travaux, il faut que vous deveniez l’un d’entre eux. La grenouille dans sa mare ne connaît rien des oiseaux qui sont dans les cieux.

V: Voulez-vous dire qu’il n’y a pas de mur entre le bien et mal ?

N.M: Il n’y a pas de mur parce qu’il n’y a ni bien ni mal. Chaque situation ne comporte que le nécessaire et l’inutile. Ce qui est nécessaire est bien, ce qui ne l’est pas est mal.

V: Qui en décide ?

N.M: La situation décide. Chaque situation est un défi à relever. Quand la réponse est bonne, nous l’avons relevé avec succès et le problème disparaît. Si la réponse est mauvaise, nous avons échoué et le problème reste irrésolu. Vos problèmes non résolus – voilà ce qui constitue votre karma. Résolvez-les correctement et vous serez libre.

V: Il me semble que vous me rameniez toujours à moi. Les problèmes du monde mont-ils pas de solution objective ?

N.M: Les problèmes du monde furent créés par d’innombrables personnes qui vous ressemblaient, chacune d’elles pleine de ses désirs et de ses peurs. Qui peut vous libérer de votre passé individuel ou social, si ce n’est vous-même ? Et comment y parviendrez-vous si vous ne percevez pas le besoin urgent que vous avez d’être d’abord libéré de vos passions nées de l’illusion. Comment pouvez-vous véritablement aider tant que vous avez vous-même besoin d’aide ?

V: En quelle manière les anciens sages nous aidèrent-ils ? Comment nous aidez- vous ? Quelques individus en profitent, sans doute vos instructions et votre exemple peuvent signifier beaucoup pour eux mais en quoi cela affectent-il l’humanité, la totalité de la vie et de la conscience ? Vous dites être le monde, et que le monde est vous quel impact avez-vous produit sur lui ?

N.M: A quelle sorte d’impact vous attendez-vous ?

V: L’homme est stupide, égoïste, cruel.
N.M: L’homme est aussi sage, aimant, bon.
V: Pourquoi la bonté ne règne-t-elle pas alors ?

N.M: Elle le fait – dans mon monde, le monde réel. Là, même ce que vous appelez le mal sert le bien, il est par conséquent nécessaire. Il est comme les furoncles et la fièvre qui purifient le corps et ses impuretés. La maladie est douloureuse, dangereuse même, mais convenablement traitée, elle assainit.

V: Ou tue.

N.M: Dans certains cas, la mort est le meilleur remède. Une vie peut être pire que la mort qui n’est que rarement une expérience déplaisante, quelles que soient les apparences. Ayez donc pitié des vivants, non des morts. Cette question des choses bonnes ou mauvaises n’existe pas dans mon monde. Le nécessaire est bien, le non- nécessaire est mal. Dans le vôtre le plaisant est bon, le pénible mauvais.

V: Qu’est-ce qui est nécessaire ?

N.M: Croître est nécessaire, se dépasser est nécessaire. Laisser derrière soi le bon pour le meilleur est nécessaire.

V: A quelle fin ?

N.M: La fin est dans le commencement. Vous finissez là d’où vous êtes parti – dans l’absolu.

V: Mais alors, pourquoi se donner toute cette peine ? Pour en revenir à mon point de départ.

N.M: La peine de qui ? Quelle peine ? Avez-vous pitié de la graine qui va se développer et se multiplier jusqu’à ce qu’elle devienne une puissante forêt ? Tuez-vous l’enfant pour lui épargner l’ennui de vivre ? Qu’y a-t-il de mal dans la vie, toujours plus de vie? Débarrassez-vous des obstacles à la croissance et tous vos problèmes personnels, sociaux, économiques et politiques se dissoudront tout simplement. En tant que tout, l’univers est parfait et l’effort du particulier vers la perfection est un chemin de joie. Sacrifiez de bon coeur l’imparfait au parfait et il ne sera plus question de bien ou de mal.

V: Et malgré tout, nous avons peur du meilleur et nous nous attachons au pire. N.M: C’est là notre bêtise, qui frôle la folie.

Nisargadatta Maharaj

Entretien 60 du recueil d’enseignements  » Je suis » aux éditions des 2 Océans

Ni Ceci Ni Cela – vous êtes au-delà de toutes connaissances

jnana-yoga Nisargadatta

Visiteur: la connaissance est présente dans chaque forme animée par la vie mais elle n’apparaît dans la matière que reflétée par un principe conscient limité. Cela devrait être le contraire!

Nisargadatta Maharaj: Tout ce que vous pourrez dire sera certainement très logique au niveau corps-intellect, pourtant ce n’est que lorsque votre notion d’être se sera nettoyée, complètement débarrassée de cet état corps-intellect, qu’elle deviendra universelle. L’Être est la source d’où ont surgit les cinq éléments, les trois Gunas, suivis de la végétation et du royaume animal.

Visiteur: Le prana, la force vitale, est présente dans les végétaux. Y a-t-il également une conscience dans la plante?

Nisargadatta Maharaj: Tout ce qui est visible et perceptible dans l’espace est créé par la conscience et imprégné par elle. Cette création  toute entière finira par se fondre dans l’espace. Du point de vue du corps chaque forme constitue une entité séparée, mais au niveau de la conscience, elles ne sont que manifestation de conscience et non séparées.

Au fur et à mesure de vos progrès spirituels vous découvrirez que l’unique  source de l’univers est votre  conscience. Il vous est actuellement impossible de percevoir cela parce que vous demeurez prisonnier des griffes de l’intelligence rationnelle. Tout ce qu’il vous est possible d’amasser aujourd’hui relève de votre identité au corps et il s’agit d’un savoir erroné. Lorsque vous posséderez le savoir concernant  » ce que vous êtes », vous verrez clairement que le monde et l’univers résident dans cette miette de conscience qui est vôtre. A ce stade vous aurez transcendé le sentiment d’être un corps pensant, tandis qu’aujourd’hui tout ce que vous êtes capables de comprendre se trouve limité, parce que prenant appui sur une conviction fausse.

Lorsque vous percevez le monde intérieur à l’extérieur, vous le baptisez « rêve ». Mais ce monde est-il différent perçu à l’intérieur? Ce qui est perçu à l’intérieur est contenu dans le sentiment « Je suis » au sein de la conscience. Le m^me processus se reproduit exactement dan l’état de veille.

Votre conscience, le sentiment d’être « présent », est la gousse, la coque à l’intérieur de laquelle se déploie le monde de la veille et du sommeil. Voilà l’état des choses, mais cela aussi vous l’acceptez au travers du corps! Tout ce que vous enregistrez zqt mesuré au mètre faussé de votre intelligence et vous ne pouvez rien distinguer au -delà.. Le visible est un produit de l’espace et quand tout le visible a disparu, l’espace demeure. Quand votre monde surgit de cet espace et se concrétise, pour votre commodité vous lui attribuez des noms variés vous permettant de poursuivre vos activités quotidiennes, mais en fait aucun de ces noms n’a de réalité. Cette création est permanente, éternelle et ne possède aucune forme ou individualité valide. Tout ce qui est, est simplement manifestation au delà de toute connaissance. Percevoir, savoir, n’est possible qu’au moyen des sens limités. Le manifesté qui transcende les sens humains ne peut pas être connu. Parvenir à comprendre cela exige la pratique du « Jnana-yoga », c’est-à-dire le « je  » se laissant absorber par lui-même. le Jnana- yoga » signifie chercher, interroger. Comment cette prèsence à « je suis » se produit-elle? »

Découvrir que ce sentiment  » Je suis » et ‘l’univers » ne font qu’un est l’aboutissement du Jnana -Yoga, la connaissance »je suis » s’enfonce, sombre en elle-même. Seulement voilà. Comme vous voulez conserver intacte cette personnalité pensante, ça ne marche jamais!

Quand le sentiment d’être apparaît il n’a aucunement l’impression d’être un corps! C’est de ce sentiment d’être qu’est créé le cosmos tout entier. Au sein de cette création vous disposez également d’une forme, mais vous n’avez nu l besoin de vous identifier à elle entant qu’entité fonctionnant et se déplaçant indépendamment dans le monde. Le principe qui anime et propulse le corps et uniquement cet être, cela ne provient pas du corps. Ce grand spectacle cosmique se déroule dans la conscience et à la fin tout se dissoudra dans cette seule conscience. Méditez là-dessus sans vous identifier au corps et vous, conscience découvrirez que vous soumettre à cette identité de forme humaine est l’action de Maya, l’illusion.

Cette conscience est donc la graine, le principe germinatif du cosmos tout entier comprenant force vitale dynamique, Gunas, qualité d’être, et prana. La conscience possède la faculté de ressentir que « vous êtes ». À son apparition, la conscience est libre de toute identification. Mais bien qu’il s’agisse simplement du principe universel de manifestation, son identification au corps lui fait éprouver plaisir et souffrance? La conscience se connaît seulement au travers d’elle-même. Bien rare est celui qui découvre que cette manifestation toute entière jaillit de ce qui est « lui-même ».

Le « je » s’absorbant en lui-même est un état sans nom et sans forme, c’est le plus haut niveau de la spiritualité. la sensation d’avoir une personnalité et des besoins est ressentie comme primordiale, antérieure à tous les yogas, mais après avoir pratiqué le Jnana yoga vous vous découvrirez au delà de tous besoins, au delà de toute individualité. Les experts du Kundalini- yoga se complaisent dans les visions et les pouvoirs obtenus par leur ascèse, mais il ne leur est pas possible d’expliquer la source de l’énergie Kundalini!

Visiteur: Je suis bien d’accord, il faut atteindre le niveau le plus haut, mais vous avez précisé que cette êtreté jaillit spontanément du niveau élevé. À notre niveau corps-intellect nous sommes donc au seuil d’un mystère total!

NIsargadatta Maharaj : Qu’est-ce qui vous incite à parler de niveaux … à vouloir atteindre le plus haut niveau? Le niveau n’est qu’un concept. c’est à la suite de la séparation avec le haut qu’apparaît le principe premier « je suis » et après lui tous les autres concepts. La séparation veut dire dualité, altérité.

Visiteur: Je croyais vous avoir entendu dire qu’au niveau ultime il régnait une indifférentiation totale. Existe-t-il en core un sentiment  » Je suis »?

Nisargadatta Maharaj: De la non-connaissance apparait la connaissance, cette connaissance doit être découverte. Lorsque nous parlons il nous faut rechercher d’où naît ce langage. Il jaillit à partir du sentiment  » je suis », mais quelle est la source de  » Je suis »? Ici en fait je ne  parle pas. Quand la parole se prononce intuitivement on peut dire qu’elle s’exprime toute seule. L’événement initial est de se rappeler  » Je suis », de ce rappel coule le langage. Donc, quel est ce « Je suis »…?

Dans ce rappel intital  » je suis », ne l’oubliez pas, existe votre corps et le cosmos tout entier. Toutes les formes sont créées et nourries e  par l’essence de la matière, mais l’évidence de son être est la quintessence Sattva-Guna du corps. Qui éprouve cet être et d’où vient-il? il faut patiemment chercher au fond de soi jusqu’à ce qu’on trouve. Quand c’est fait, lorsque vous vous êtes nécessairement fixé sur le constat « je suis », se produit une surprenante révélation. Vous découvrirez que du sein de ce grain d’être initial s projette la totalité de l’univers, votre corps inclus.

Ce principe suprême et omnipotent, sans corps et sans forme, s’accroche à ce corps qui lui fait éprouver « je suis » et instantanément il adopte cette fausse identité corporelle. il se cramponne à cette forme avec une telle rapidité qu’il se différencie, et l’existence indépendante et libre devient alors difficilement perceptible.

l’essence de l’être, qui est ce bourdonnement intérieur  » je suis », est la condition préliminaire indispensable à tout fonctionnement du corps. Ce sentiment devient confus lorsque a personne est malade et elle ne réagit plus lorsqu’on lui fait signe ou qu’on l’appelle.

Visiteur: Devrait-on dormir le plus souvent possible afin de faire l’expérience du « je suis », au moment du réveil?

Nisargadatta Maharaj : Ce contact avec « je suis »  n’est pas une expérience ou une découverte  effectuée avec le corps pensant. C’est ce « je suis » qui permet au corps et aux sens de fonctionner et de faire l’expérience de ce qui l’entoure.

Nisargadatta Maharaj

Extrait de l’entretien du 10 février 1980 du recueil « Ni Ceci Ni Cela » aux éditions des 2 Océans.

Je Suis – entretien 16 – Nisargadatta Maharaj

Je suis Nisargadatta Maharaj

Entretien 16. 

Comment se rendre au-delà du mental ?

Visiteur: J’ai rencontré de nombreuses personnes réalisées, mais je n’ai jamais rencontré de personne libérée. Avez-vous approché un homme libéré, ou est-ce que la libération implique, entre autres choses, l’abandon du corps ?

Nisargadatta Maharaj : Qu’entendez-vous par réalisation et par libération ?

V: Je veux dire une expérience merveilleuse de paix, de bonté et de beauté. Je sais ce dont je parle puisque j’ai eu de telles expériences. Quand le monde a un sens et que règne une unité de la substance et de l’essence. Bien qu’une telle expérience ne dure pas, il est impossible de l’oublier. Elle brille dans l’esprit comme un souvenir et comme un désir brûlant.

N.M: C’est parce que vous les désirez que vous ne pouvez pas les retrouver. Le désir barre la route à toute expérience plus profonde. Rien de valable ne peut arriver à un esprit qui sait exactement ce qu’il veut. Car rien de ce que le mental peut imaginer ou désirer n’a beaucoup de valeur.

V: Mais alors, qu’est-ce qui mérite d’être désiré ?

N.M: Désirez le meilleur. Le plus grand bonheur, la plus grande liberté. ? L’absence de désir est la plus grande des joies.

V: D’être libéré du désir n’est pas la liberté que je veux. Je veux la liberté de réaliser mes désirs.

N.M: Vous êtes libre de réaliser vos désirs. En fait, vous ne faites rien d’autre. V: J’essaie, mais je me heurte à des obstacles qui me laissent frustré.
N.M: Surmontez-les.
V: Je ne peux pas, je suis trop faible.

N.M: Qu’est-ce qui vous rend affaibli ? Qu’est-ce que la faiblesse D’autres réalisent leurs désirs, pourquoi pas vous ?

V: Je dois manquer d’énergie.

N.M: Qu’est-il arrivé à votre énergie Où est-elle passée Ne l’avez-vous pas dispersée dans vos démarches et vos désirs si nombreux et contradictoires ? Vos ressources ne sont pas infinies.

V: Pourquoi pas ?

N.M: Vos buts sont petits et bas. Ils n’ont pas besoin de plus. Seule l’énergie de Dieu est infinie parce qu’Il ne désire rien pour Lui-même. Soyez comme Lui et tous vos désirs se réaliseront. Plus hauts seront vos buts et plus vastes vos désirs, plus vous aurez d’énergie pour les réaliser. Désirez le bien de tous et l’univers travaillera avec vous. Mais si vous désirez votre propre plaisir il vous faudra le gagner durement. Avant de désirer, méritez.

V: je me suis engagé dans des études sur la philosophie, la sociologie et l ’éducation. Je pense avoir besoin d’un plus grand développement mental avant de pouvoir rêver de réalisation. Suis-je sur le bon chemin ?

N.M: Pour gagner sa vie il faut quelques connaissances spécialisées. Sans doute, les connaissances générales développent-elles l’esprit. Mais si vous devez passer votre vie à accumuler des connaissances vous construirez un mur autour de vous. Il n’est pas nécessaire, pour aller au-delà du mental, de l’avoir bien rempli.

V: Mais alors, qu’est-ce qui est nécessaire ?
N.M: Ne faites pas confiance à votre mental et allez au-delà.

V: Que trouverai-je au-delà du mental ?
N.M: L’expérience directe d’être, de savoir, d’aimer.


V: Comment va-t-on au-delà du mental ?

N.M: Il y a plusieurs points de départ, tous conduisent au même but. Vous pouvez commencer par un travail désintéressé en abandonnant les fruits de votre action vous pouvez alors cesser de penser et finir en renonçant à tous les désirs. Dans ce cas, le renoncement (tyaga) est le facteur opérationnel. Vous pouvez également ne pas vous tracasser de ce que vous désirez ou pensez, et simplement rester immobile dans la pensée et le sentiment « je suis ». Gardez fermement à l’esprit « je suis ». Toutes sortes d’expériences peuvent vous arriver, restez fixé dans la connaissance que tout ce qui et perceptible est transitoire et que seul « je suis » dure.

V: Je ne peux pas consacrer toute ma vie à de telles pratiques. Je dois aussi m’acquitter de mes obligations.

N.M: Bien sûr, vous devez vous acquitter de vos obligations. Un acte dans lequel vous n’êtes pas émotionnellement engagé, qui est bénéfique et n’est pas cause de souffrance, ne vous liera pas. Vous pouvez être engage dans plusieurs directions à des tâches variées avec plein d’allant et cependant rester intérieurement libre et tranquille, avec un mental semblable au miroir qui reflète tout sans en être affecté.

V:- Un tel état est-il réalisable ?

N.M: Je n’en parlerais pas s’il ne l’était pas. Pourquoi vous engagerais-je à poursuivre des chimères ?

V: Tout le monde cite les écritures.

N.M: Ceux qui ne connaissent que les écritures ne connaissent rien. Connaître, c‘est être. Ce dont je vous parle, je ne le connais pas par la lecture ou par oui-dire.

V: Le soi réel est-il le témoin-conscience ?

N.M: Il est la réflexion du réel dans l’intellect (buddhi). Le réel est au-delà. Le témoin est la porte par laquelle vous passez au-delà.

V: Quel est le but de la méditation ?
N.M: Voir le faux comme faux, c’est la méditation. Ceci doit être de tous les instants.

V: On nous dit de méditer régulièrement.

N.M: L’exercice délibéré et quotidien de la discrimination du vrai et du faux et de la renonciation au faux, c’est la méditation. Pour commencer, il y a bien des sortes de méditation, mais finalement, elles se fondent toutes en une.

V: Dites-moi, s’il vous plaît, quel est le plus court chemin vers la réalisation de soi.

N.M: Il n’y a pas de voies courtes ou longues, mais certaines personnes sont sérieuses, d’autres moins. Je peux vous parler de moi. J’étais un homme simple mais je faisais confiance à mon Guru. Ce qu’il me disait de faire, je le faisais. Il m’a dit de me concentrer sur « je suis », je l’ai fait. Il m’a dit que j’étais au-delà de tout ce qui est perceptible ou concevable, je l’ai cru. Je lui ai donné mon cœur et mon âme, toute mon attention et tout mon temps libre. (Je devais travailler pour faire vivre ma famille.) En définitive, grâce à ma foi et au sérieux de mon application je me suis réalisé (swarupa) en l’espace de trois ans.

Vous pouvez choisir n’importe quelle voie votre sérieux déterminera le rythme de votre progression.

V: Pouvez-vous me donner un conseil ?

N.M: Tenez-vous fermement dans la présence du « je suis». C’est le commencement et aussi la fin de toute entreprise.

V: J’étudie le Sanscrit avec un professeur, mais en réalité je ne fais que lire les écritures. Je suis à la recherche de la réalisation et je suis venu en quête de directives utiles. Ayez l’amabilité de me dire ce que je dois faire.

N.M: Puisque vous avez lu les écritures, pourquoi poser des questions ?

V: Les écritures donnent des directives générales, mais l’individu a besoin d’instructions personnalisées.

N.M: Votre soi est votre ultime maître. Votre maître extérieur (guru) n’est qu’un poteau indicateur. Il n’y a que le maître intérieur qui fera avec vous le chemin jusqu’au but car il est le but.

V: On n’atteint pas facilement le maître intérieur.

N.M: Puisqu’il est en vous et avec vous, la difficulté ne devrait pas être sérieuse. Regardez vers l’intérieur et vous le trouverez.

V: Quand je regarde vers l’intérieur je trouve des sensations et des perceptions, des pensées et des sentiments, des désirs et des craintes, des souvenirs et des espérances. Je suis plongé dans ce nuage et je ne vois rien.

N.M: Celui qui voit tout cela, et aussi le rien, c’est le maître intérieur. Lui seul EST, tout le reste ne fait qu’apparaître. Il est votre soi (swarupa), votre espérance et votre certitude de liberté trouvez-le, attachez-vous à lui et vous serez sauvé et en sécurité.

V: Je vous crois, mais quand il s’agit de vraiment le trouver, ce soi intérieur m’échappe.

N.M: Cette idée : « Il m’échappe » où se manifeste-t-elle ?

V: Dans le mental.
N.M: Et qui connaît le mental ?
V: Le témoin du mental connaît le mental.

N.M: Quelqu’un est-il venu vous dire « Je suis le témoin de votre mental » ?

V: Bien sûr que non. Il n’aurait été qu’une autre idée dans le mental.
N.M: Alors qui est le témoin
V: Moi.

N.M: Vous connaissez donc le témoin puisque vous l’êtes. Vous n’avez pas besoin de voir le témoin en face de vous. Ici encore, être c’est connaître.

V: Oui, je vois que je suis le témoin, cette présence même. Mais en quoi ceci m’est-il profitable ?

N.M: Quelle question ! Quel genre de profit attendez-vous N’est-ce pas suffisant de savoir ce que vous êtes ?

V: Quelle est l’utilité de la connaissance de soi ?

N.M: Elle vous aide à comprendre ce que vous n’êtes pas et elle vous protège des idées fausses, des désirs et des actes.

V: Si je ne suis que le témoin, qu’importe le bien et le mal ?

NM: Ce qui vous aide à vous connaître est ‘bien’ ce qui vous en empêche est ‘mal’. Connaître son Soi réel, c’est la joie ( félicité) l’oublier, c’est le chagrin ( le manque). 

Extrait de « Je suis » aux éditions des 2 Océans

Sois – Gurupurmina

gurupurmina Nisargadatta

Nisargadatta Maharaj: Depuis combien de temps suivez-vous cette recherche spirituelle?

Visiteur : De nombreuses années.

Nisargadatta Maharaj : Avez-vous était associé à un sage? Avez vous un Guru en France?

Visiteur: Qu’est-ce qu’un Guru?

(Maharaj demande à une personne présente à ses côtés de dire  ce que pour elle est un Guru).

Disciple:  Le Guru est un reflet de vous-même, il prend la forme d’un guide.il est le témoin, quoi que cela puisse être.

Maharaj: L’observateur, celui qui est le spectateur de la personne, est le Gurur mais il n’a ni aspect, ni forme. Il  vous faut accéder à cette conviction.

Visiteur: Il s’appelle lui-même l’observateur, oui.

Nisargadatta Maharaj : L’observateur de qui?

Visiteur: L’observateur du mental.

Nisargadatta Maharaj: Cet observateur a-t-il un corps?

Visiteur: Non.

Nisargadatta Maharaj : Quand vous évoquez l’observateur cela signifie simplement vous, n’est-ce pas?

Visiteur: Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de moi en tant que moi.

N.M: L’observateur de l’intellect ne peut-être que vous-même , non ?

V: Moi-Même… et c’est cela le Guru?

N.M: C’est votre compréhension qui est le Guru, cette compréhension qui est complète, totale connaissance. C’est cela que l’on vénère, aux pieds de cela que l’on se prosterne. Vous êtes à Bombay mais vous souvenez vous de la ville ou du village d’où vous venez?

V: Oui.

N.M: Similairement, vous devriez connaître cet état de connaissance sans corps que vous êtes.

V: M’en souvenir?

N.M: Savoir comment il est venu, comment il est apparu.

Visiteur: Comment sont apparus la connaissance ou l’observateur?

N.M: L’observateur en elle-même est connaissance. Comment est-elle apparue?

V: Je ne me le rappelle pas.

N.M: Cela doit être exactement su.

V: Comment elle est apparue? Je sais comment elle apparaît mais je ne sais pas comment elle est apparue pour la première fois. Je comprends comment la connaissance se révèle : je veux dire quand elle apparaît maintenant, en chaque instant. Je sais aussi que lorsque je veux demeurer tranquille, je n’observe plus. Voilà comment cela apparaît et disparaît en moi.

N.M : Cette connaissance n’apparaît aps et ne disparaît pas à chaque instant. Ce dont vous parlez est simplement l’observation de vos émotions et de vos pensées, mais ce qui connaît cette observation ou cette absence d’observation demeure en place, c’est là immuablement.

V: À moins que ce soit là sans que j’en aie conscience…? Puis-je en être conscient quand c’est présent et, et en même temps conscient quand c’est absent?

N.M: À quoi vous référez-vous quand vous dites que vous en avez conscience ? Le témoin est là que vous n ayez conscience ou non, il est toujours là. Alors à quelle conscience vous référez-vous?

V: À l’observateur des émotions, des pensées et des sensations.

N.M: Vous avez connaissance de votre enfance, vous souvenez -vous de vous -même enfant?

V: Oui, du moins de certains aspects. Je ne me souviens pas de tout.

N.M: Cet état « Je suis » de votre enfance se poursuit jusqu’à la vieillesse, jusqu’au dernier jour. Le même processus d’être, de conscience, le m^me état  » Je suis » se poursuit, vous êtes d’accord? Vous êtes un enfant, un adolescent, un adulte plein de force, puis un vieillard de plus en plus faible et courbé, mais votre connaissance d’être demeure la même?

V: Enfin, quelque fois elle est et quelque fois elle ne l’est pas.

N.M: Absurde. Si comme vous le dites la connaissance n’était pas immuable, sur quoi vous appuieriez-vous pour dire qu’elle ne l’est pas? Quelqu’un doit bien le savoir?

V: Il n’y a que moi qui puisse savoir sil a connaissance n’est pas la m^me à présent ou , du moins, je le crois … mais en fait je suppose que personne ne peut le savoir.

N.M: Il vous faut méditer souvent et mûrir afin de parvenir  à comprendre le langage utilisé ici .

un vieillard dit  » je suis un vieille homme », la connaissance de ce vieille homme comprend  également » j’ai été un enfant ». Ce « je » n’est-il pas le même « je » qui perdure de puis l’enfance?

V: Oui, le m^me.

N.M: Méditez sur ce « je ». Qu’a-til de commun avec l’enfant et le vieillard? Qu’est-ce qui est constant?

 

Nisargadatta Maharaj

Extrait du chp 6 de la 1ère partie de « Sois » aux éditions des deux océans

Sois – parlez nous de l’abandon.

abandon nisargadatta sois

Visiteur : Maharaj accepterait-il de parler de l’abandon, de la spontanéité, du maintenant?

Nisargadatta Maharaj : Il n’y a pas à chercher  le maintenant ou quoi que ce soit, mais à être éveillé, attentif à sa propre conscience, c’est tout. La conscience doit être consciente de sa faculté de prendre conscience. Rien d’autre n’est à faire, aucun acte particulier à remplir. Parler d’abandon est simplement une manière d’exprimer cela. Vous êtes pure présence consciente, vous l’êtes et vous n’avez pas à vous le répéter avec des mots. Gardez- le au fond de vous-même. Rappelez-vous toujours : la conscience est toutes choses, tout , pour tout être pensant. S’il n’y a plus de conscience le monde n’existe plus. Cette conscience est avec nous à tous les moments de notre existence. Cette connaissance n’a pas d’aspect ou de forme, elle est semblable à la lumière, la lumière de la vraie connaissance, elle est de la nature de l’amour. Comprenez bien que cette conscience n’est pas représentée par le corps, qu’elle est seulement lumière.

La lumière révélant l’existence, voilà votre véritable nature et ne demandez pas  » qui sont les parents de la lumière » ou « quelle est sa caste », elle est là et c’est tout.

la lumière est la découverte  » je suis »; C’est  l’aboutissement du corps-essence-de-nourriture. Ce  » Je suis » est la condition indispensable  pour que le monde apparaisse à l’existence, dans son image est contenu tout le reste. Observez, percevez, regardez ce  » je suis » sans l’oeil physique. Cette conscience précède la vue. en  de hors de cette certitude  » je suis » que pouvez-vous posséder d’autre?

Sans nom, sans corps parlez-moi de vous-même. Dites-moi quelque chose sur vous sans vous référer à vos souvenirs ou à votre intellect!

Quand votre corps sera usé ou endommagé, la conscience s’en dégagera et les gens à l’extérieur diront  » il est mort ». Mais vous, qui êtes la connaissance  » je suis », vous ne le saurez pas car rien ne sera changé. Le principe qui s’éteint n’est pas le corps, c’est ce qui alimente le corps et ce n’est pas vous.

V: Dans le sommeil profond, la conscience est immergée dans Parabrahman et le corps vit au ralenti attendant son retour. C’est donc uniquement la force vitale liée à la respiration qui relie les deux, cela semble une force très puissante. Est-elle cette source, cette racine de la manifestation dont vous avez déjà parlé?

N.M: Oui, la force vitale est très importante, très puissante. Tous les mouvements, toutes les actions sont causées par cette force vitale-prana. À l’intérieur du corps elle est prana. À l’extérieur elle est l’air, l’espace. Vos activités semblent avoir lieu à l’extérieur mais elles se produisent en fait à l’intérieur. C’est la conscience qui ressent la peine et le plaisir, ce n’est pas le corps. C’est la conscience qui perçoit un monde appelé extérieur – en fait, tout se passe à l’intérieur, tout a lieu seulement dans le corps subtil. Quand la force vitale arrive à sa fin, le monde s’arrête, tout s’arrête, parce que la conscience n’est plus là.

je parle toujours de la connaissance intérieure. Vous, vous cherchez à vous connaître en vous appuyant sur ce qui est à l’extérieur de vous, cela n’est pas possible. C’est  parce que vous êtes identifié à votre corps que  vous percevez une action extérieure. Quand vous vous connaîtrez, quand l’identification au  » je suis une forme » aura cessé, vous connaîtrez votre être et tout sera vivant et vrai parce que pour le moment rien n’est réel pour vous. Ce n’est jamais le corps qui découvre qu’il existe c’est la conscience présente à elle-même, qui donne réalité à toutes choses. la conscience de quoi que ce soit ne peut être qu’intérieure.

Dans le processus de la méditation, la première chose nécessaire est qu’il n’y ait pas de pensée, pas de mot, plus rien de mental, plus rien de signifiant. Portez votre attention sur la non -attention.

Identifié au corps, vous parlez beaucoup mais sur cette question de la conscience, vous ne dites pas grand chose! Allez-vous comprendre ceci: au centre de vous-même, il y a cette connaissance « Je suis ». Demeurer présent à ce  » je suis » a une grande importance, une grande  signification et à un certain stade de maturité il devient sans signification.

S’immerger dans cette connaissance  » Je suis » est Bhagavan, splendeur. C’est  une illumination éclairant comme la foudre. Vous êtes seulement lumière et de cette révélation le monde surgit. Ayant atteint ce stade, vous êtes le pur joyaux du  diadème, le diamant au sommet de la couronne. Mais ayant assimilé, pleinement éveillé, ce qu’est le monde, ce qu’est cette conscience, vous souhaitez vous en débarrasser. Vous découvrez que cette splendeur est le siège de toutes le erreurs, de tous les mensonges. Quand vous l’avez totalement compris, vous transcendez cet état. Ce n’est plus rien, c’est comme du mucus dans la gorge qui vous gêne, vous le crachez.

Habituellement, vous ne comprenez pas ce qu’est ce principe de naissance, vous pensez tout de suite à l’apparition du corps, ce n’est pas cela. La naissance est l’apparition de cet élément premier contenant la connaissance  » je suis » en dormance, le corps se forme après. C’est le  » je suis » enfoui dans la matière qui est la naissance. Quand vous observez ce processus en action  dans tout ce qui existe, alors vous vous dites  » je dois me séparer de tout cela, cela ne vaut pas la peine de continuer ».

Tant que vous êtes mus par ce principe de conscience, ce sont les agents catalyseurs qui mécaniquement régissent toute activité, leur présence est indispensable. La racine de tout ce qui est, est liée à ces éléments premiers supportant le  » je suis ». Toute action dans votre monde est liée à ce principe de conscience rattaché à la forme.

Vous croyez que lorsque cette matière est usée elle arrive à extinction, c’est faux! tout ce grand jeu du monde est ré-aspiré et retourne au non-manifesté. Manifestation, puis retour à la source non manifestée avant de se manifester à nouveau. La mort n’est pas seulement la disparition de ce qui existait. On cherche habituellement à éviter la mort mais ceci est un retour au non-manifesté, à la perfection originelle.

V: Tout retourne en ses éléments premiers qui sont eux-mêmes réabsorbés?

N.M : Vous interrompez le spectacle. La conscience ferme boutique et liquide tout. Voilà ce que l’on appelle habituellement « mort » mais ici ce n’est pas une fin, c’est simplement le retour au non-manifesté, c’est à dire à la plénitude. L’imperfection devient perfection.`Comprenez que tout provient des éléments de base. Le plus grand génie, le plus grand inventeur, c’est dans son élément primordial qu’a jailli l’idée nouvelle ou la découverte, ensuite il n’y a plus eu qu’un processus mécanique le mettant en forme. Sans ce jaillissement du sans forme dans la conscience, l’enchaînement mécanique ne peut se produire et ce jaillissement provient de l’élément premier, de l’élément de base.

Comprenez-le ainsi : le département »mécanique » organise toutes les activités, mais le chef, le patron, est  le principe de base.

Vous ne trouverez ces vérités spirituelles exposées nulle par ailleurs. Je regrette  le départ de Maurice Frydman, il avait parfaitement assimilé ce qu’était l’élément premier et ce qu’était l’activité mécanique, mais je n’ai jamais  abordé ce sujet dans les entretiens de « I am that ». Celui étant à même d’exprimer ceci en mots doit non seulement connaître  l’élément premier et l’action mécanique, mais aussi être un avec cela.

V: Est-ce que le « Je suis » est l’élément premier?`

N.M « Je suis » est potentiellement dans l’élément premier. Initialement tout est exprimé au travers de cet élément premier, ensuite à travers le corps qui mécaniquement l’exprime dans le monde.

Ces éléments de base sont très importants, ils célébrent la gloire de toutes les déités, c’est Bhagavan, mais quand vous aurez réalisé ce que c’est , que vous serez uni à cela, vous vous en débarrasserez pour atteindre l’état parfait.

Quelle conclusion allez-vous retirer de tout ceci et en vous conformant à ces conclusions quelle conduite allez-vous adopter dans le monde?

V: J’ai l’intention de …

N.M: Non. La conclusion d’abord.

V: Oui. Ma conclusion est qu’il  faut demeurer dans le présent, dans le jaillissement de l’inconnu et pour cela je vais m’efforcer de suivre les mouvements de la conscience, flotter entre l’extérieur et l’intérieur.

N.M: Traditionellement, on parle de trois mondes, le ciel, la terre et l’enfer, c’est là que vous souhaitez aller flotter? Ces mondes sont seulement contenus dans la conscience. Que voulez-vous faire?

V: Je ne veux rien faire, justement, rester dans le présent.

N.M: L’activité est le présent.

Le non-manifesté découvre son être au travers du manifesté. C’est uniquement le non manifesté qui expérimente ce  » Je suis ». Écoutez bien ceci : le  » je suis » est une illusion et tout le reste est vrai.

Vous écoutez ces entretiens depuis plusieurs jours maintenant, parlez-moi de ce que vous n’avez pas retenu!….

Entretien 5, deuxième partie du recueil  » Sois » publié aux éditions des deux Océans.