Nirupana 127 – L’univers entier est Dieu

univers dieu Nisargadatta

La naissance implique les états de veille et de sommeil. Ils sont des états d’être ; suis-je ces états ? L’Atman est-Il né ? Celui qui saisit cela est sans naissance. L’univers dans son ensemble est plein de vie, mais rien ne dure. Quand quelqu’un décède, le corps se décompose en de plus petits organismes. Combien de vies sont formées à partir d’une vie ? Cela montre la continuité de la vie. Depuis combien de temps l’Atman (en tant que Conscience) est-Il présent ? Aussi longtemps que la force vitale est présente, l’Atman est présent. Le nom donné par le verbe au verbe, se dissout avec le verbe. Vous vous attardez sur ce que les autres disent. Pensez-vous au Soi ? Vous ne pouvez pas penser à votre véritable nature. Comment se mettre en quête de la conscience ? N’est-elle pas le support sur lequel la recherche est menée ? La conscience ne peut pas se rechercher parce qu’elle est toujours présente.

Les poètes et les écrivains écrivent de manière intellectuelle sur la joie de la Conscience. La Conscience universelle germe dans votre Cœur. Celui qui a connaissance de Cela est Parabrahman, mais Il n’a aucune connaissance. Tout ceci est le jeu de la Conscience qui s’éclaire de sa propre lumière. C’est arrivé sans être demandé. Ce n’est ni masculin, ni féminin. Ce sont des concepts. Le monde vit dans un nid de mots. N’y a-t-il pas d’attachement, d’avidité, d’amour ? Oui, il y en a, mais tous sont faux – juste une apparence. Ils sont vrais juste sur le moment. Ce sont des pensées suspendues dans le ciel. Elles agissent à travers l’énergie vitale des êtres, eux-mêmes créés de la terre. Ce ne sont pas vos pensées. Où la science prend fin, la signification la plus profonde de Ce qui EST commence. Les mots qui émanent de la Conscience semblent se contre- dire les uns les autres. Cependant, sentez-vous libre de poser encore des questions, sinon il n’y a plus de dialogue. Comment reconnaîtrez-vous une personne illuminée ? Elle n’a pas de forme. Même la parole d’un bébé dans le berceau atteint son but, alors pourquoi pas celle d’un sage ? Mais qu’est-ce qui est présent ultimement ? Le vide ? Même pas cela.

Où il n’y a ni illusion d’être ou de ne pas être, se trouve Parabrahman – l’Absolu. Ce n’est pas un vide. C’est au-delà de toute qualité. Brahmananda – la félicité de la manifestation de Brahman – est aussi temporaire. Nous donnons tant d’importance au monde ! C’est pour notre propre existence. Des choses que vous appréciez dans l’état d’ignorance, ne le seront plus après la réalisation du Soi.

La Vérité doit être clairement saisie. Quoi que ce soit qui est accompli par le mental n’est pas vrai. Celui qui a connaissance du mental est appelé ici discrimination. Le concept que le mental prend soin de nos affaires est faux. L’existence est antérieure au mental. Le mental s’est séparé de sa vraie nature. La souffrance est-elle connue au moyen du mental, ou est-ce le mental lui-même qui est la souffrance ? Il n’y a pas de souffrance quand le mental est dissous. Tant que vous associez le mental à la forme du corps, c’est la misère.
Vous vous inquiétez, alors que vous pouvez fonctionner sans le mental. Jusqu’à ce que vous ayez l’âge de trois ans, est-ce que le mental vous avait donné le sentiment d’avoir un corps ? Aviez-vous une expérience du mental pendant les neuf mois de vie utérine ? Qui prenait soin de vous alors ? Celui qui a reconnu le mental n’est plus concerné par la façon d’interagir avec le monde sans le mental. Le mental a une grande importance parce que vous n’avez pas été plus loin que lui. Quand vous deviendrez celui qui connaît le mental par la discrimination, vous comprendrez cela. Quand le mental est présent, il y a beaucoup de tourments et occasionnellement un peu de plaisir. La souffrance ne demande pas une grande occasion. Une petite souffrance peut accompagner toute une vie ! Le mental doit être gardé sous contrôle par une juste discrimination. Quand vous reconnaîtrez que vous n’êtes même pas l’énergie vitale présente dans le corps, vous serez immortel. C’est possible seulement par la rencontre du Sadguru et en se tenant à Ses mots. Les noms de Brahman sont innombrables. Vous êtes Brahman ! Prenez simplement la parole du Guru. Où vous vous trouvez, Dieu Est. L’univers est sa forme visible. Où se trouve Dieu, le soi EST.

Où il n’y a pas Atman, il n’y a pas Brahman, maya, jiva, ou Dieu. Il n’y a rien. Votre « existence » est sans nom et sans forme. Mais les impressions collectées par le mental la font prendre pour le corps.

Votre Conscience est l’expérience de l’existence de Dieu. En premier vous êtes, ensuite vient Dieu. Le mot Dieu n’a pas de forme individuelle. L’univers entier est Dieu. Vous pourriez vivre longtemps, mais à la fin de ce bail, rien ne subsistera. Si vous vivez jusqu’à cent vingt-cinq ans, vous subirez les mêmes tourments qu’un enfant d’un an. Sans le savoir, vous mouillerez et salirez le lit. Est-ce que vous ne deviendrez pas ridicule ? Le monde entier vous saluait, et maintenant ô combien terrible est votre état usagé ! Tous vous tiendront en haute estime, mais uniquement si votre durée de vie est limitée. Si c’est le cas, quand devrions-nous mourir ?

Maya signifie quelque chose qui n’est jamais vraiment arrivé. C’est l’illusion de l‘existence, mais pas une véritable existence. C’est l’histoire du mental. Où il n’y a pas de mental, il n’y a pas de besoin. Tant que vous vous prendrez pour celui qui fait, le mental ne vous épargnera pas.

La conscience n’est pas limitée à un individu. C’est la connaissance qui est la totalité de la manifestation. Est-ce que le « Je » dans le corps à une taille ? Quand avez-vous ressenti pour la première fois que « vous étiez » ? Allez-vous l’apprendre en lisant des livres ? Quelle est votre véritable nature ? Est-ce la sensation « Je suis » ou est-elle antérieure à « Je suis » ? Celui qui connaît est au-delà de la connaissance. Si vous écoutez ceci et vous en imprégnez, vous obtiendrez la perfection qui est déjà là.

Nisargadatta Maharaj

Extrait de « méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éd. Aluna

Nirupana 126 – devenez un avec votre conscience.

Nisargadatta Maharaj

Par la contemplation de Parabrahman se fait l’immersion dans notre véritable nature emplie de félicité. Avant d’atteindre l’Absolu, il y a félicité. Quand ce point est atteint, tout ressenti est dissous. La réalisation de l’absolu est parfaite félicité. Elle ne peut même pas être décrite comme un état de félicité.

Q : « Maharaj, existe-t-il une voie pour atteindre Parabrahman ? »

R : « Oui. Dans un amour total, devenez un avec votre conscience. » Je ne m’exprime pas dans un langage traditionnel. Je vous demande simplement de vous observer. Être humain indique qu’il y a un corps. Il ne s’agit pas de la forme du Soi. Quand vous vous asseyez et obser- vez votre conscience, vous viendrez à connaître que cette conscience est le monde. C’est la sensation « Je suis ». Pour celui qui a connais- sance de cela, sa forme est l’univers. Cependant, vous vous identifiez uniquement à un être limité à son corps. L’univers a fleuri dans votre conscience. Vous avez connaissance de votre conscience, mais vous l’avez prise pour quelque chose de différent de vous. C’est pourquoi vous n‘avez pas réalisé le Soi.

Vous devez voir quelle est la relation entre vous et le monde. Tant que vous tiendrez le concept que vous êtes un individu, vous ne serez pas dans un état de parfaite félicité. Vous n’êtes créé par personne. Vous n’avez pas de parents. Vous êtes une lumière qui s’éclaire elle-même.

Le panorama dans son entier qu’est le cosmos, est votre propre apparence visible. Des concepts tels que « Je vais mourir », « Je pratique la dévotion », « Je vais aller au paradis », etc., sont tous de faux concepts. Comment celui dont la forme consiste en l’univers peut-il avoir des parents ?

Le véritable vivant en vous tient le cosmos en vie. Vous n’avez aucune responsabilité, ni en tant qu’individu, ni en tant que totalité. Vous méprenez votre ego pour le Soi. C’est la raison de l’arrogance. Vous créez une responsabilité avec votre propre concept. En réalité, vous n’avez aucune responsabilité. Votre conscience identifiée au corps crée le sens de la responsabilité. Celui qui s’est réalisé n’a pas besoin de venir ici. Les gens viendront à lui!

Un concept est comme un bijou. Celui qui porte le bijou, n’est pas le bijou. La sensation « Je suis » est la racine de la dualité. L’état correct est antérieur à cela. La conscience est une qualité. Est-ce que Celui qui a connaissance de la conscience possède une qualité ? Vous prononcez des mots comme Brahman, Dieu, etc. ; mais quelle signification leur donnez-vous ? Vos mots pourraient vous perdre. Une simple compréhension intellectuelle n’est pas suffisante.

Écoutez seulement. Si vous vous prenez pour un jnani ( un sage, un éveillé), assurément vous souffrirez. Ne vous appropriez aucune position.

Nisargadatta Maharaj

samedi 18 août 1979

Extrait de « Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éd. Aluna

Nirupana 125 – témoin de la conscience

Nirupana Nisargadatta Maharaj

Quand l’état de témoin de la conscience est là vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on parle alors du jnani. Il n’est pas visible. Il est non connu et non manifesté. Le non connu ne peut être compris par le connu. Quand le connu (la conscience) devient non connu, l’ignorant parle de la mort. Le temps est créé avec le connu. C’est la durée de vie.

Le connu peut être décrit d’un nombre infini de façons. Celui qui en a la connaissance ne peut être décrit en mots.

Quand quelqu’un dit qu’il connaît la Vérité, ça veut dire qu’il ne la connaît pas. La paix est silencieuse. Comment peut-on avoir connais- sance de ce qui est antérieur au sommeil et à la veille ? Être né implique le sommeil et la veille. Ce que vous expérimentez actuellement est la conscience qui vous a recouvert. Est-ce sombre ou clair ? Est-ce masculin ou féminin ? Comment cela peut-il être arrêté ? Comment pouvez- vous la saisir par le savoir, alors qu’elle vous a recouvert sans que vous le sachiez ? Les noms de tous les êtres – des insectes aux plus hautes déités – sont les noms de la conscience.

À partir de la conscience, les cinq éléments, les trois gunas, etc., sont créés. Quand la conscience s’en va, tout s’en va. Personne ne meurt. Vous pourriez dire que le fait d’être le témoin arrive à celui qui a la connaissance, mais ce n’est pas ce qu’il dira. Il est dit que la conscience est apparue à partir du corps et du prana, mais ce n’est pas complètement vrai. Ils ont été formés après que la conscience soit apparue. S’il n’y a pas de conscience, qu’est-ce qui peut être évoqué ? Toute expérience qui survient dans la conscience est temporaire. La Vérité ne peut être réalisée au travers de la conscience. La conscience est seulement passagère. Même si elle peut expérimenter une vie de milliers d’années. Une petite connaissance est apparue et existe pour un temps, puis s’en va. Ceci est appelé le temps. Ce n’est ni masculin, ni féminin, ni Brahman – ce n’est rien. Mais, parce qu’il y a la conscience, tout cela apparaît.

Pourquoi les gens vont-ils d’un lieu à l’autre ? Parce qu’ils ne peuvent supporter la morsure de la conscience. On la compare à la piqûre du scorpion. Pour annihiler toutes les expériences, observez uniquement la conscience.

Où se trouve la vérité ? Tout est dans la manière d’évoquer les choses. Vous pourriez dire que quelqu’un est un grand sage. Je pourrais vous dire qu’il est plus grand que la compréhension que vous avez de lui. Ceci parce que je sais qu’il n’est jamais né. Tout cela est juste venu à être comme un divertissement. Il n’y a pas de règles. Après avoir entendu tout cela, vous direz : « Nous avons parcouru ce vaste monde, mais nous n’avons jamais rencontré un fou comme celui-ci ! » Mais personne ne me donnera un statut entre le fou et le réalisé.

Entre le moment du réveil et celui de l’endormissement, il y a une conscience de soi continue. Mais y a-t-il quelqu’un conscient de cela ? Parce que vous vous êtes identifié au corps, vous n’êtes plus présent à la conscience.

Il y a tant de religions. Même au prix de leur vie, les gens n’acceptent pas la religion des autres. Cela repose sur la loyauté vis-à-vis d’un concept. Le consensus repose sur l’identification à des concepts. Mais est-ce que la veille, le sommeil, la faim et la soif sont différents suivant les religions ?

Le père et la mère ont créé le corps de l’enfant et ont donné un nom à ce corps. Vous avez à comprendre votre véritable nature et à lui donner le nom que vous aurez choisi. Jiva signifie conscience ; le nom donné à la conscience en vertu de sa dévotion est Dieu.

Le corps est une idole de nourriture accumulée. Le mental est identique aux caractéristiques et qualités de la nourriture. La conscience dans le corps est indivisible comme l’espace.

« Atman doit être en communion avec Atman » signifie que la conscience doit être observée avec la conscience. Seul celui qui est dans le besoin aura une renaissance, celui qui est comblé, pas. Un corps peut être nommé un corps humain, mais pas la conscience qui est dans ce corps. Quand la conscience est reconnue et saisie en tant que conscience, la libération survient tandis que le corps est présent. Atman est « celui qui n’agit pas » ; le prana s’occupe de tout sous Sa présence. Il faut observer ce qui procure l’expérience et ce qui a l’expérience.

Toutes les souffrances prennent fin chez celui qui s’est oublié en observant sa conscience. On devient saint par la sainte contemplation de notre véritable nature. Le saint devient alors une aide pour les autres. Il a connaissance de n’être pas différent des autres. La sainte vision du Soi est la manifestation du Soi. Qui souhaiterait que cela se passe mal et pour qui ? Celui qui est le dévot de son propre Soi devient le souffle de tout. Vivez en tant que conscience. Ne voyez pas les autres comme des individus. Quelle que soit la dévotion avec laquelle vous contemplez le Soi, ce sera votre véritable dévotion. Portez un regard sur les autres empli de cette dévotion pour le Soi.

Celui qui vient ici le fait parce qu’il a été inspiré par le Divin en lui. Seul celui dont il s’agit de la dernière naissance vient ici. Regardez chaque être comme votre propre Soi. N’acceptez pas de concepts qui considéreraient qu’il y a d’autres déités que le Soi. Laissez de côté votre mendicité et vénérez votre vraie nature en disant : « Je suis Atman. »

Nisargadatta Maharaj

dimanche 12 août 1979

Extrait de « Méditations avec Sri Nisargadatta » éd. Aluna

Nirupana 124 – vous serez en paix

Nisargadatta Nirupana

Chit signifie la conscience. Elle vient à être connue et c’est alors Chidananda – la joie de la connaissance. La joie vient-elle de l’extérieur ou est-elle là spontanément ? Alors pourquoi la cherchons-nous toujours au dehors ? La Source, derrière tout ceci, est notre conscience. Elle est parfaite et sans commencement. Elle est venue sans être attendue. Vous êtes en train d’écouter ceci comme s’il s’agissait d’informations concernant quelqu’un d’autre. Mais il s’agit d’informations vous concernant, tout aussi bien que moi.
Q : « Maharaj, la conscience a-t-elle un commencement ? S’il y en a un, la conscience le connaît-elle ? »
R : « Quand vous serez établi dans la conscience, vous aurez connaissance de ceci. »

Il n’y a que l’Un sans second, alors comment peut-il se réaliser ? (L’expression « réalisation du Soi » est aussi incorrecte pour parler de Cela). Notre conscience a besoin d’un moyen de se divertir, sinon elle est insupportable. Quand peut-elle être supportable ? Quand vous la réalisez parfaitement. Immergez-vous dans la conscience. Alors vous saisirez comment elle apparaît et comment elle se dissout, et vous serez en paix.

La racine du mental est le prana. La source de l’existence est aussi le prana. Comment pouvez-vous aller au-delà du mental ? Vous croyez que vous êtes le corps, aussi souhaitez-vous vous rendre ici ou là.

L’Absolu est antérieur à toute chose. La conscience est contenue dans l’Absolu et toute chose est contenue dans la conscience.

C’est une grande erreur de penser que l’on doit se rendre au-delà de quelque chose.

Le corps est nourriture, qui est périssable. Chacun aime l’amour pré- sent dans le corps (la conscience). C’est ainsi qu’il y a Chidananda – la joie de la conscience. C’est encore périssable. L’Absolu, qui est antérieur à tout, est appelé Parabrahman. La conscience est appelée Brahman. Elle englobe toute chose. Quand vous êtes vivant, vous l’êtes en tant que quoi ? Et sous quelle identité allez-vous mourir ? Notre essence s’exprime sous la forme de Chidananda. Ce n’est pas quelque chose qui vient à travers l’effort. C’est la félicité spontanée.

Qu’est-ce qui donne sa valeur et sa beauté au corps ? C’est la conscience. Si elle n’était pas là, le corps pourrirait ! Qu’est-ce qui est important ? Vous existez par l’essence de nourriture. Vous avez été créés de cette essence. Venez-vous du paradis ? Qu’espérez-vous ga- gner par une pratique spirituelle ? Cela, qui est la racine de tout, est vérité et éternité. Si vous avez réalisé ceci, quelle est la nécessité d’une pratique spirituelle ? N’est-ce pas une distraction ? Vous étudiez les arts et les sciences, c’est aussi une distraction. Quelle est votre motivation pour venir ici ? N’est-ce pas pour comprendre que tout ceci est « Je » ? (La non-dualité).

Vous posez des questions sous l’influence de la conscience identifiée au corps. Sinon, quelle est l’utilité de parler ? Tout ce que vous dites est un moyen de passer le temps. Les mots sont un moyen de passer le temps, mais ils peuvent aussi nous amener bien des perturbations. Rien n’est un danger pour l’Unique, qui est antérieur à la parole. Vous pourriez dire : « Alors, quelle est l’utilité d’écouter tout ceci ? » Ce qui espère en tirer un bénéfice est de courte durée. Quoi que ce soit en quoi vous croyez, cela ne restera pas indéfiniment. Si un être vit plus longtemps que d’autres, quel bénéfice spécial en retirera-t-il ? Quelle peut être la durée de ce qui est créé à partir de l’essence de nourriture et qui repose sur celle-ci ? Comprenez tout ceci et aimez tout.

Ne pensez pas que de telles paroles vous encouragent à négliger votre vie quotidienne. Rappelez-vous juste que tout ceci ne durera pas.

Masculin ou féminin est le nom de la forme faite de nourriture. C’est pourquoi il est faux de dire qu’un être est une femme ou un homme. Entendez ceci et gardez-le présent. Saisissez aussi que celui qui en a la compréhension ne durera pas non plus.

Quoi que ce soit qui arrive est ce qui convient, en tant que ce qui devait arriver. Si par pitié vous interférez dans la situation, cela deviendra plus pénible. Si vous augmentez la durée de vie des gens, la population s’accroîtra sans limite et la nourriture viendra à manquer. Est-ce que la pitié rend quelqu’un heureux ? Supposez que par pitié vous fassiez de quelqu’un un roi, sera-t-il vraiment heureux ? Plus importante est la situation, plus grandes sont les préoccupations. C’est ainsi que Saint Tukaram souhaitait être le plus petit des petits. Certains dévots peuvent demander la pauvreté ultime de Parabrahman – L’Absolu. Il ne possède rien ; et en même temps, il n’y a rien de plus plein et prospère que l’Absolu.

Par la grâce du Guru, nom et forme sont transcendés. Sadguru signifie l’Absolu. Les gens le nomment ainsi. De toute manière, au niveau de l’Absolu, de tels concepts n’existent pas. Qu’est-ce qui arrivera au soi que vous protégez si précieusement ? Assurément, il s’en ira. Pour cela, aimez-vous sincèrement les uns les autres. Après la réalisation du Soi, les cinq éléments et les trois gunas s’apaisent et le mental prend sa retraite. Le support de toute chose est Parabraman. Il ne fait rien. L’univers fut créé et dissous des milliers de fois. L’Absolu n’a jamais pris part dans cela.

La négation de la conscience est vijnana – où jnana et ajnana (l’ignorance) disparaisent tous deux. Dans chaque mot des écrits du Guru Ramda (le Dasbodh), il y affirmation de Brahman, et dans chaque mot il y aussi la négation de Brahman. Les offrandes et les rituels ne sont là que lorsque la conscience est présente. Faire des efforts pour le bien-être de la conscience, en l’identifiant au corps, est peine perdue. Au final, l’existence doit devenir non-existence. Il ne peut y avoir d’obser- vation de ce qui ne bouge pas. L’observation ne peut se faire que sur ce qui bouge.

Votre conscience est apparue sans être invitée. Vous vous sentez éveillés parce que vous sentez la lumière, l’espace avec les quatre autres éléments. Il n’existe pas de créateur de l’univers. Seul un état de conscience vous a recouverts. C’est tout.

Espace veut dire temps. Et le temps signifie la durée de vie. Ceci ne peut être compris uniquement par l’écoute. Nous avons connaissance d’être ; est-ce qu’un effort quelconque est requis pour cela ? Interrogez profondément l’état de conscience. Quoi que ce soit qui est vu ou res- senti l’est par cet état. Trouvez de quoi il s’agit et vous serez libérés du souci de la naissance et de la mort. La libération n’existe pas. Vous res- sentez que vous êtes. Faites-vous quelque chose pour cela ? Non. Parce que cela s’éclaire de sa propre lumière. Vous ne pouvez pas reconnaître votre conscience pleinement éveillée sans la grâce du Sadguru. Elle vient à celui qui la recherche.

Vous pouvez apprécier de grands plaisirs, mais juste pour un temps. Après, que reste-t-il de cette joie ? Vous pouvez pratiquer japas et pénitences, mais ce qui vous rend libre de toute expérience est votre conscience. Alors que vous méditez sur la représentation d’une divinité, vous projetez votre conscience directement sur elle. Alors l’image de l’idole s’installe directement en celui qui médite ; il prend l’apparence de la déité. Ceci est créé au sein de la conscience. Il s’agit d’une vision. La Source de la conscience doit être trouvée. Elle doit être connue alors qu’il y a le corps et le prana. Dans le but de comprendre la conscience, la dévotion au Guru est nécessaire.

Que doit faire un être humain pour étancher sa soif ? L’état de veille, le sommeil, la faim, la soif sont ce qui est né ; pas l’Atman. Rien n’est vrai. Du début à la fin, il ne s’agit que d’un jeu. Discriminez. Ne tombez pas dans l’illusion. Vous êtes vérité, éternité, et antérieur à tous les états d’être.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 9 août 1979

Extrait de « Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éd. aluna

Nirupana 123 – la nature de la Vérité

Vérité Nisargadatta Maharaj

Cela qui connaît est sans forme. Il est simplement connaissance. N’ayant pas de forme, il n’agit pas. Il est le témoin. Il voit tout. Celui qui est convaincu de ceci, d’ici peu, n’aura plus de désirs.

Vous voyez le ciel. Il est sans limites. De la même façon, vous êtes sans limites. Vous devez être convaincu de ceci. Tant que vous vous considérerez comme une forme visible, vous devrez faire face à la mort. Vous errez à travers le monde entier parce que vous vous considérez comme une forme visible. Jusqu’à la fin de ceci, il n’y aura pas de paix. Si vous aimez entendre ce qui est dit ici, portez-y toute votre attention. En écoutant ceci, la forme visible disparaîtra. « Vous » ne disparaîtrez pas. N’essayez pas de rechercher la nature de la Vérité (votre Soi) – soyez simplement conscient du fait que vous prenez ce qui n’est pas vrai pour vrai.

C’est un fait que, ultimement, la conscience ne vous est d’aucune utilité. En présence du Sadguru elle sera purifiée. Quand cela sera le cas, les gens viendront recevoir votre darshan. Même si vous avez connais- sance que vous n’êtes pas la conscience, les gens viendront encore pour la sainte vision de votre conscience. Mais si vous devenez très érudit, votre conscience identifiée ne disparaîtra pas pour autant. Elle doit s’en aller. La maison est la mienne, mais je ne suis pas la maison. De la même manière, cette conscience est la mienne, mais je ne suis pas la conscience. Chaque forme visible a une durée limitée. Vous dites qu’elle meurt.

Aussi longtemps que vous utiliserez le mot « je », la conscience identifiée au corps ne vous aura pas quitté.

Maya est la combinaison du nom, de la forme et de la conscience. Mais vous êtes celui qui a connaissance de ceux-ci. Celui qui a connais- sance est présent, mais il n’a pas perception d’être celui qui connaît. Trouvez ce que cela veut dire. Celui qui a connaissance, a aussi une fin. Celui qui connaît est celui qui a transcendé la connaissance. Il n’est pas connu de la conscience. Il ressent « Je suis», mais il n’est pas cette sensation. Il est celui qui a connaissance de Cela.

Une mère ressent de la tristesse quand elle capte la douleur de son enfant. Elle a connaissance de la douleur de l’enfant, mais elle n’est pas l’enfant. Pareillement, celui qui a connaissance ne change pas. Il n’est pas l’énergie vitale, aussi ne peut-il pas interférer avec la conscience. Vous voudriez une connaissance qui convienne à votre conscience. Mais la conscience est l’essence des cinq éléments. La connaissance ne peut perdurer quand la conscience s’en va. Vous dites que Celui qui a connaissance n’est plus là, mais qui a connaissance de cela ? Vous dites que rien ne persiste, alors qui pose la question ? Qu’est-ce que vous gagnez à nier tout ceci ? La peur de la mort sera toujours là.

Vous continuez à vivre en acceptant une personnalité – l’ego – « Je suis ceci », « Je suis comme ça ». Sans cela, vous n’êtes pas à l’aise. C’est très rare que quelqu’un vive sans ego. Quand vous n’êtes rien, vous êtes encore capable de dire « Je suis Brahman». Quand je dis : « Je suis celui qui connaît », c’est uniquement pour votre compréhension. La conscience est la maya-racine. Elle est la mère du monde. Elle se tient avec celui qui connaît, comme son ombre.

Une fois que la conscience identifiée a été abandonnée, que devient le mari, et comment est-il en relation avec sa femme ? La conscience est très rusée. Il n’y a pas besoin de dire ce qui va se faire et comment cela se fera. Mais pour un jnani, c’est comme s’il s’agissait de son ombre. La veille, le sommeil, la douleur et le plaisir sont dus à la conscience. Celui qui a réa- lisé cela n’est pas la conscience, la peine et le plaisir peuvent-ils l’affecter ? Je n’ai rien à voir avec la conscience, alors que dire des choses qui sont connues à travers elle ? Si j’accuse quelqu’un d’être fou, c’est une accu- sation de ma propre conscience, puisqu’il n’y a qu’une seule conscience.

Par l’écoute de ceci, vous allez devenir vide. Si vous voulez préserver votre conscience, ne venez pas ici. N’est-ce pas un esclavage ? Cela qui voit le corps se trouve dans le corps. Il s’agit de la conscience. Celui qui en a connaissance ne prend rien de perceptible pour vrai. Le monde est connu au travers de l’ignorance. Personne ne saisit ce fait. Le lieu de naissance de la conscience est l’ignorance. Tout d’abord l’ignorance est créée. Elle fut confinée pendant neuf mois. Alors elle vint au monde. Quand l’ignorance s’en va, la connaissance disparaît aussi.

Ce n’est que par la méditation que vous réaliserez précisément qui vous êtes. Quand la conscience devient pure ignorance, on appelle cela le samâdhi. Même les grands sages n’ont rien à dire au sujet de ce qui fut confiné pendant neuf mois. Qui voit ? La conscience voit, mais les com- portements dépendent de la force vitale. Cela qui considère les images comme vraies est aussi l’ignorance (la Source ultime).

Guru est le mot le plus important de tous. Il ne désigne pas un indi- vidu – une personnalité. Cela à travers quoi la manifestation s’est réali- sée est le Guru. Pour commencer, considérez-vous de la façon suivante : « Je ne suis pas le corps, mais je suis la conscience dans le corps. » C’est difficile de maintenir cet état. C’est pour cela qu’il est identifié à Rama ou Krishna ou Brahman. La meilleure façon de vénérer la conscience est de la prendre pour Guru. C’est comme cela qu’elle est satisfaite. Alors, la dévotion et le dévot deviennent un, et la connaissance devient de nature divine. La conscience est la connaissance. Celui qui a connaissance de la conscience n’a pas la sensation d’être celui qui connaît. Chacun est per- suadé que ce qu’il sait est tout à fait juste. Comme c’est étrange !

En prison, pendant neuf mois, dans l’ignorance, fut créé tout aussi bien la veille que le sommeil, la faim que la soif. La conscience dans le corps est le principal obstacle. Il est nécessaire de faire tant de choses pour la tolérer ! Pour la saisir, la dévotion envers le Sadguru est nécessaire.

Le monde est créé dans une pure ignorance. La sensation « Je suis » est aussi fausse. En raison d’elle vous souffrez. Cette connaissance est vraiment facile et accessible ; pour autant, elle n’a pas beaucoup de preneurs. Les gens sont attirés par ce qui est difficile et compliqué.

De même que le daim possède une substance odorante au niveau du nombril, de même vous pouvez reconnaître le parfum présent dans votre cœur. La conscience dans le corps est l’essence de la nourriture. C’est un parfum. Ce parfum commence à diminuer si le mouvement du prana s’affaiblit par manque d’eau et de nourriture.

Portez votre attention sur celui qui écoute. Quelles informations reçoit-il ? Alors la grâce du Sadguru vous imprégnera.

Nisargadatta Maharaj

dimanche 5 août 1979

Extrait de » Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éd. Aluna

Nirupana 122 – grâce du Sadguru

Nisargadatta Maharaj je suis

Qu’est qu’une pensée ? C’est quelque chose qui est senti et qui peut être pris en considération. Le Sadguru est au-delà des pensées ; Il est l’éternel Absolu. La conscience identifiée possède des concepts tels que grand et petit. Les chants dévotionnels que nous chantons ne sont dédiés à aucune entité extérieure. Ils sont pour le Soi, notre véritable nature.

Le comportement d’un homme dépend de ce en quoi il croit. La parole du Sadguru est aussi facile que difficile. Le problème est que vous ne pouvez pas en analyser la signification en la comparant à autre chose. La vraie nature du Sadguru n’a ni commencement, ni développement, ni fin. Son existence est vérité et éternité. Elle ne peut être expérimentée par une pratique.

Le corps est la cause racine de tout. Les gens ont une pratique dévo- tionnelle en vue de leur confort. Ce n’est pas pour atteindre Dieu. La nature de Brahman est telle qu’elle ne peut créer aucun obstacle sur la voie de chacun. En même temps, vous ne l’atteindrez que si vous le souhaitez véritablement. Quand vous devenez identique à la significa- tion du Guru-mantra, vous saurez ce qu’est le Guru. Personne ne peut achever le parfait yoga (l’Union) au travers d’une conscience identifiée au corps. Personne ne crée d’obstacles sur la voie des autres. Chacun crée un obstacle pour lui-même par ses propres concepts.

En premier vient la conscience. Ensuite vient le son suivi du verbe (manifestation). Cette union est appelée Brahman. Cela signifie notre « Je suis ». Tout être humain se comporte en fonction de la signification donnée aux mots. C’est ce qui s’appelle le mental. Par le mental et les mots, vous dites : « Brahman existe ». Quand la conscience se stabilise à sa Source, le verbe se dissout. La conscience est antérieure à ce qui est vu et senti.

La conscience dans le corps est la caractéristique de Sattva (la force vitale.) Le corps peut être féminin ou masculin, mais le prana et la conscience ne sont ni masculins, ni féminins. Le jnani n’a pas de mort. Le temps a une fin, pas le jnani. Quand le prana s’en va, la conscience disparaît. Alors, qui arrive, qui s’en va ?

Vous êtes assidu, mais devenez-vous comme la parole du Guru ? Votre foi dépend de votre identification au corps et au mental. Ils peuvent nommer un sage, celui qui va dire : « Aujourd’hui je vais m’en aller (mourir), ou je mourrai dans dix jours. » Mais où ira-t-il ? Dire une telle chose est encore de l’ignorance. Seul l’ignorant projette un futur dans son mental. Le jnani n’a pas de futur ; il n’est ni le corps, ni le prana, ni la conscience ; il n’a pas d’illumination. Je n’ai ni nom, ni forme, ni couleur, ni aspect. Ceci est le fruit de la grâce du Sadguru.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 2 août 1979

Extrait de « méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éd. Aluna

Nirupana 121 – Je suis Tout

Nisargadatta Maharaj citation

Des millions de Krishna et de Rama sont venus et passés. Est-ce qu’un seul d’entre eux a provoqué un changement dans la nature de la conscience ? La conscience est une qualité qui survient par la combinaison de l’essence des cinq éléments et du prana. Il se dit que certaines personnes peuvent se rappeler de dix à douze vies. Mais pourquoi ne comprenez-vous pas que toutes les naissances sont apparues dans votre conscience ? Vous dites que vous avez eu de nombreuses naissances, mais pourquoi et comment avez-vous été accusés de votre première naissance ? Quand vous n’étiez pas conscient de votre individualité, vous rappeliez-vous de vous-même ? Pour que la manifestation puisse apparaître, un support est nécessaire. Comment se passe la manifestation d’un individu ? Qui était présent avant la manifestation et où voulait-il se rendre par quelques efforts ? Après avoir écouté ceci, vous comprendrez que votre conscience est la qualité de la force vitale ; ce n’est pas vous. Voyez seulement comment la conscience vous a recouvert. Laissez tout le reste. Toutes les complications sont apparues avec la conscience.

Cela, qui se retrouve à faire l’expérience de la conscience, n’a ni nom, ni forme. Cependant, Il s’est identifié Lui-même au corps. La conscience dépend de la nourriture. Vous devez trouver la signification ultime de la spiritualité. Vous devez voir comment la connaissance de votre conscience est apparue. Pourquoi le jnani est-il libre ? Parce qu’il a saisi comment la conscience apparaît et se dissipe. Vous méditez, mais que possédez- vous dans votre méditation excepté votre corps ? Si vous lâchez votre conscience identifiée au corps, alors, à quoi vous identifierez- vous ? Comment et à travers quoi la naissance a-t-elle pris place ? Vous êtes la qualité de l’essence du corps. Alors comment irez-vous au paradis ? Jusqu’à ce que vous en ayez une compréhension complète, observez comment la conscience est apparue. Dans la vision de ces cinq éléments, avez-vous une identité particulière ? Quand cela sera totalement clair, vous comprendrez que c’est vous-même qui vous mouvez sous la forme du monde dans son entier. Cet enfant de berger (Krishna) disait : « Je suis Tout. »

Question : « Maharaj, il est dit que Parabrahman est sans mouvement. Alors pourquoi a-t-il créé la conscience et à travers elle le reste du monde ? »
Réponse : « Tout ceci est votre concept. Parabrahman ne fait rien. » Question : « Maharaj, combien de temps cela prendra-t-il pour que nous atteignions la réalisation ? »
Réponse : « Le temps qu’il faudra pour que vos concepts prennent fin. »

L’état de pleine conscience est la première illusion, la maya-racine. Dieu est aussi né de maya. Toute cette perturbation est causée par la conscience. Au fondement de la conscience règne une paix profonde. Il y a des millions d’états du mental. Portez l’attention uniquement sur la Source. Une fois que le mariage a été célébré (l’Union), vous pouvez faire ce qu’il vous plaît. Est-ce que quelqu’un a besoin de recevoir plus d’enseignements ? De cette manière, trouvez comment et pourquoi la conscience est apparue. Alors vous résoudrez l’énigme. S’il n’y a pas de mémoire, il n’est pas question d’oublier quelque chose. En fait, il n’y a ni mémoire, ni oubli – aucun n’existe. Il n’y a pas de jnani qui réalise le Soi ; il y a uniquement réalisation du Soi.

Votre limitation est constituée de votre concept. Aussi, vous libérer de votre concept est déterminant. Il n’y a de source d’aucune expérience. Tout est parfait et complet, ce qui veut dire qu’il n’y a rien. Ceci est la réalisation du jnani. L’Absolu n’a aucune vision de Lui-même. »

Nisargadatta Maharaj

jeudi 26 juillet 1979

Extrait de « Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éditions Aluna

Nirupana 109 – Qui était donc là en tant que Témoin antérieurement à la conscience ?

témoin conscience Nisargadatta

Quelqu’un dit qu’il n’existait pas avant de naître. Maintenant, la conscience dit qu’elle n’était pas là. Le puzzle se constitue. C’est celui qui a connaissance qu’il n’était pas là qui dit ceci. Qui était donc là en tant que Témoin antérieurement à la conscience ?

Quand l’expérience du corps n’est pas présente, règne alors une Vérité éternelle. C’EST. Celui qui expérimente est passager. Avez-vous saisi votre présente identité ? Vous vous souciez de vous, vous prenez soin de vous, vous êtes inquiet à votre sujet. Mais savez- vous pour autant qui est ce vous ? Nous faisons toute chose pour ce « Je » que nous essayons de préserver ? Quoi et Qui est ce « Je » ? Vous êtes préoccupé, mais pour qui êtes-vous préoccupé ? Cette expérience est survenue de façon inattendue. Le comprenez-vous ? La conscience est une illumination due à l’expérience du Soi. S’il vous plaît ! Comprenez que celui qui parle est celui qui connaît la conscience.

Vous vous considérez comme le corps, ainsi vous croyez avoir des parents. Mais vous êtes la lumière qui s’éclaire elle-même, vous n’avez pas de parents. Votre perception « Je suis », qui a l’intention de me rencontrer, est le Guru. Ne le traitez pas de corps.

Quelle que soit la connaissance que vous entendiez, il s’agit juste d’un mouvement du mental. C’est un outil, un dispositif. Il s’agit simplement d’une aide. Les temples, la dévotion, etc., sont des dispositifs, des façons de concevoir (des aides à la réalisation). Pour vivre avec bonheur, il convient de faire usage de ces outils avec discernement. C’est le pour quoi de la science spirituelle. En utilisant de tels dispositifs, il vous faut démêler la bobine de maya. La cause de tout ceci est la conscience (en tant que gunas.) Le corps est une poupée de votre conscience. La veille et le sommeil profond sont deux états. Le jnani a connaissance que l’un se transforme en l’autre. Il est le témoin de ces deux états.

Nisargadatta Maharaj

Dimanche 20 mai 1979

Extrait de « Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj »

Nirupana 76 – qui que ce soit est moi-même

qui que ce soit est moi-même

  Il y a eu tant de grands sages. Cependant, ils n’ont pu provoquer aucun changement dans la Conscience par le fait de devenir un avec la Conscience universelle. Cette Conscience n’est sous le contrôle de personne, car créée par personne. Elle est apparue spontanément, et tout le reste a suivi. Il est dit que Dieu s’incarne et détruit le mal, mais cela ne se produit pas sciemment. Cela se produit spontanément, comme le printemps suit l’hiver. Quand le mal est abondant, le bien apparaît spontanément. La connaissance du Soi est une question d’expérience. Qu’est-ce que la totalité ? Jusqu’à ce que nous saisissions que nous sommes la totalité, nous ne pourrons accéder à la satisfaction ultime.

La sensation « Je suis » est Shiva et Vishnu. Tout est créé au travers de la Conscience. Sans votre Conscience, il ne peut y avoir de déités. Le soleil est le même pour chaque jour, cependant chaque jour porte un nom différent. À vrai dire tous les jours sont dimanche (jour du soleil, en anglais) ; les concepts l’ont divisé.

Arrêtez-vous sur pourquoi et comment la conscience vous est apparue. Le reste n’a pas de sens. Quand la conscience est présente dans le corps, le monde est là. La conscience est Dieu. Cela, à travers quoi tout est connu, est la conscience-Dieu. C’est la sensation « Je suis ». À travers sa lumière tout est vu. Le monde résulte de la sensation « Je suis ».

Parabrahman – l’Absolu, n’est pas satisfait par des efforts mon- dains.Pour atteindre cet état, aucune méthode n’est efficace. De tels comportements n’ont pas d’autre valeur que de multiplier les concepts. Vous existez à travers les concepts jusqu’à ce que vous compreniez qui vous êtes. Ce que vous croyez ou ce que vous savez est une sorte de distraction. Même dans ceci, il y a des vagues de misère et d’amertume. Vous vous comportez en fonction de ce que vous avez entendu et qui vous a convenu, mais c’est entièrement faux. L’image que vous avez de vous, que ce soit dans le quotidien ou spirituellement parlant, n’est ja- mais vous, à aucun moment. Ceci est vrai, que vous soyez occupé dans vos activités quotidiennes ou spirituelles. Il n’y a pas une seule expérience dans le monde qui soit vraie et honnête. Quelle que soit l’image que vous avez mentalement, elle est fausse. Vous ne pouvez pas être ainsi pour toujours. L’image de vous-même et vos actions ne sont pas fiables. Ni l’enfance, ni la jeunesse ne nous sont fidèles. L’information « Je suis une femme » ou « Je suis un homme » n’est pas vraie. La mémoire dépend du corps, mais le corps est-il un fait sûr ? Y a-t-il quelque chose de durable dans le monde ? Y a-t-il quelque chose d’honnête qui puisse être prouvé ? Est-ce que l’honorabilité dans ce monde repose sur un standard éprouvé ?

  L’expérience de notre conscience elle-même est fausse et trompeuse. Comment le monde insufflé par elle pourrait-il être fiable ? Toutes les méthodes spirituelles sont fausses. Et pourtant, la Conscience s’est vue dotée d’un statut divin. Cette Conscience par laquelle vous avez la connaissance « Je suis », est-elle présente à jamais ? Non. C’est pourquoi les sages ont posé la question « Qui suis-je ? ».

Chacun se remémore les bonnes œuvres et les pratiques spirituelles qu’il accomplit. Est-ce que nous faisons de même pour le nombre de fois où nous urinons ? En entretenant cette distinction, le Soi ne sera jamais en vue.

Krishna dit : « Vous ne pourrez pas venir à moi tant que vous n’aurez pas recherché la compagnie d’un sage. » De cette manière, les concepts fondront doucement. Quand le chercheur atteint sa véritable nature, il n’y a plus la moindre idée telle que « Je suis Brahman ».

Rencontrer un Sadguru est une grande chance (les trois choses les plus importantes sont : le corps humain, le désir de réalisation du Soi, la rencontre du Sadguru). Continuez de dire intérieurement : « Jaï Guru, Jaï Guru. » Vous accéderez à la compréhension, et le murmure se déploiera.

  Vous verrez votre véritable nature. Il n’y a pas au sein de votre véritable nature (l’Absolu) de changement comme « Je suis », « Je ne suis pas ». Telle est la condition d’un sage. Vous devez clairement comprendre ce qui en vous porte l’expérience de joie ou de misère. Vous avez des soucis, mais ce à travers quoi ces préoccupations sont expérimentées n’est pas éternel. La Vérité éternelle ne peut être oubliée, alors le sage s’assied en silence. Il ne recherche aucune publicité.

Laisser tout ceci ne crée pas de peur en vous. Ayez foi dans le Guru. Alors, Ce qui ne peut être décrit sera comblé. Ne prenez pas pour du détachement un dégoût passager. Vous êtes chanceux d’avoir l’opportunité d’écouter ceci. Dieu est comme un bâton fait de votre foi, pareil au bâton que vous prenez par sécurité pour vous aventurer en forêt. Quand vous reconnaissez Dieu, Il vous sert. Continuez de réciter le mantra. Ne soyez pas impatient. La Conscience est « les pieds du Guru ». C’est une grande amie. Soyez conscient de cela et restez tranquille. La non-dualité, c’est : qui que ce soit est moi-même, uniquement. Celui qui vit ainsi est protégé de tout.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 23 novembre 1978

Extrait de « Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éd. 2 océans

Nirupana 62 – Répétez son nom silencieusement

une seule conscience

Les gens pratiquent leur dévotion en étant identifié au corps, aussi ils ne peuvent atteindre l’état de Paramatman. Si vous poursuivez l’écoute, en vertu de votre dévotion, vous irez au-delà de l’absence de toute chose. Vous ne pouvez pas mener correctement vos affaires dans le monde en étant identifié au corps, et encore moins toute quête spirituelle. Le corps bouge par le prana, qui dépend de la nourriture. Vous n’êtes pas le corps, vous êtes dans le corps. Avec la conscience identifiée au corps, votre bien-être, vos espoirs, vos désirs, vos attentes sont rarement comblées.

Ce sur quoi vous méditez continuellement vous apparaît. En satisfaisant cette déité, vous acquérez le même statut. Cependant, vous n’atteignez pas la Vérité. Quoi que ce soit sur quoi vous méditiez peut se manifester en visions. Ceci est le résultat d’un amour ou d’une peur excessive. Quelle est l’origine de ces visions ? N’est-ce pas la conscience ? Si vous vivez avec la conviction que vous êtes la force vitale dans le corps, l’univers se manifestera à vous à travers la minuscule force vitale, tout comme un grand arbre grandit à partir d’une graine. Rare est celui qui adore la conscience à partir de la conscience. La plupart le font à partir de l’identification au corps. Dans ces conditions, on ne peut sortir des cinq éléments. Par la présence de la conscience dans le corps, le monde est perçu. Cela résulte de la force vitale. La conscience est le Guru. Il faut vivre à partir de cette conviction ; une simple écoute ne sera pas suffisante pour développer cela en vous.

Toutes les impressions captées depuis la naissance s’expriment au travers du prana. Elles constituent le mental. Le prana, les pensées, l’intellect et l’intuition sont sans forme. Est-ce que l’Atman, qui est celui qui a connaissance de tout ceci, a une forme ? L’identification au corps est ignorance, illusion et arrogance. La conscience a connaissance du corps, du mental exprimé ou non, du sommeil, de la veille, etc. La conscience peut-elle être prise pour une personne ? Elle est présente naturellement dans un corps humain. Les animaux n’ont pas cette compréhension. Elle est sans forme. Elle est Dieu qui s’éclaire lui-même. Menez à bien toutes vos occupations en gardant cela présent. Si vous établissez le contact avec la conscience pure même un court instant, vous êtes libéré.

Toutes les actions menées au sein des quatre éléments (terre, eau, feu, air) n’affectent pas le cinquième, à savoir, l’espace. Comment cela pourrait-il souiller la lumière de l’espace ? Je suis pure conscience, pure force vitale. Je n’ai pas de taille, pas de forme. Aussi n’ai-je ni naissance, ni mort, ni karma. Les impuretés du karma ne peuvent pas souiller le Soi immuable et sans forme qui est la conscience, la force vitale. Si vous tentez de mettre une tache dans l’espace, cela tachera uniquement votre doigt.

Vous devriez vénérer la parole des sages. Les gens vont dans la vie avec le nom que leur ont donné leurs parents. Réellement, y a-t-il un rapport entre vous et ce nom ? Qui est celui que vous appelez Brahman ou le Guru ? À cause de qui vous réveillez-vous le matin ? Avant de vous réveiller, vous n’étiez ni un homme, ni une femme. Si vous ne vous étiez pas réveillé, vous ne vous en souviendriez pas. Pour dire « Je suis un homme » ou « Je suis une femme », il faut se prendre pour une forme corporelle. Ce qui connaît cette forme corporelle est silencieux. C’est la conscience.

Toutes vos actions dans le monde ne pourront satisfaire vos attentes. Votre conscience chevauche votre prana. Elle s’en va quand le prana s’en va. L’Atman ne s’en va pas, parce qu’il n’est jamais arrivé. Êtes- vous le prana ? Qu’êtes-vous quand le prana quitte le corps ? Pour saisir cela vous devez faire vôtre la parole du Guru. Vous êtes l’Atman sans forme, vous n’avez pas de forme. C’est très simple, mais si vous n’y portez pas attention, cela devient difficile. Autrement vous aurez à subir naissance et mort conformément à votre concept.

Ayez une claire notion d’Atman au-delà des mots et des classifications. Ne quittez pas les pieds de cette conscience qui écoute maintenant. Vous ne pouvez saisir ces pieds dans vos mains. Ils doivent être tenus par la conviction de votre propre nature (« Je suis le Soi ».) Celui qui s’abreuve de l’eau bénite des pieds du Sadguru, voit son corps et son être purifiés. Il n’a pas besoin de visiter les lieux saints. Où qu’il aille, cela devient un lieu saint. N’oubliez pas Atman. Répétez son nom silencieusement.

Par la dévotion au Guru, naissance et mort disparaissent. Il est difficile d’accéder à cette connaissance, mais une fois que c’est le cas, tout est possible. Tous les événements sont passagers. Ils n’engagent pas Atman. Gardez fermement présent que la conscience dans le corps est votre vraie nature. Quand le prana s’en va, est-ce que le corps souffre ? Il pourrait servir d’aliment.

Le feu de cette connaissance est félicité. Le feu ne se brûle pas lui- même. De la même manière, l’Atman ne fait pas d’allées et venues. En se fixant à la parole du Guru, l’intellect pervers devra arrêter ses méfaits.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 21 septembre 1978

Extrait de « méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » aux éd. aluna