Nirupana 131 – le miroir est limpide

Vous êtes présent et le fait d’en être témoin surgit en vous. Les cinq éléments sont contenus dans la Conscience. Ne vous êtes-vous pas pris pour quelque chose ou quelqu’un ? Qu’est-ce que vous avez à vous prendre exclusivement pour votre corps ? La joie et le tourment, Brahman et Maya ne sont rien d’autre que votre Conscience. Vos problèmes prendront fin quand la conscience identifiée au corps ne sera plus là. Au final, rien ne persistera, y compris le « Je ». Quand vous comprendrez ceci, je m’inclinerai devant vous. Mais cette compréhension se doit d’être inébranlable. Vos interactions quotidiennes reposent sur les mots. Là où le mot n’apporte plus de sens, qu’est-ce que vous allez comprendre ? Quelle est alors votre identité ? Vous vous croyez très instruit par les connaissances verbales, c’est pourquoi vous utilisez les mots. Quand vous ne possédez pas de représentation verbale de votre propre image, vous devenez identique à Dieu.

Antérieurement à chaque problème, une réponse est déjà présente. S’il n’y a pas de réponse, le problème n’apparaîtra pas. Il n’y a pas d’attention portée au véritable état. Êtes-vous venu au monde en connaissance de cause ? Alors comment allez-vous assister à votre départ ? C’est une illusion. Il n’y a eu aucune mesure de prise pour venir. Alors quelles mesures seraient les vôtres au moment de partir ? (La conscience est survenue spontanément, et s’en ira de la même manière). Par la suite, cela deviendra clair pour vous que ce que vous écoutez aujourd’hui ne vous sera d’aucune utilité. Est-ce que la conscience que vous expérimentez est véritablement fiable ? Comme un bâton est une aide pour un aveugle, Dieu sous ses multiples noms a été donné comme une aide. Si vous avez réalisé le Soi, tous les noms sont ceux de votre Soi.

Aussi longtemps que vous pensez que vous allez mourir et que vous croyez que vous subirez des tourments après la mort, on parlera de moralité. Est-ce que le soleil voit l’obscurité ? Un jnani ne voit aucune différence entre un chercheur et un pécheur. Les religions du monde sont les jeux des ignorants. Vous avez une perception de votre propre identité qui vous rend anxieux. Vous créez de la souffrance en cherchant le plaisir. Ne rajoutez aucun sens.

Vous devez réaliser que votre présence et le monde sont une seule et même « chose ». Alors vous comprendrez que le monde ne vous est d’aucune utilité, tout comme vous n’êtes d’aucune utilité pour le monde.

De quel ordre est la dualité entre celui qui a connaissance et la connaissance ? C’est du même ordre que la dualité qu’il peut y avoir entre le soleil et ses rayons. La manifestation de la conscience est dualité. S’il n’y a pas de connaissance, il n’y a pas de dualité. L’état de conscience est la dualité et inversement. Si le soleil se mettait à explorer sa propre lumière, en verrait-il la fin un jour ? De la même manière, si vous voulez cerner le monde avec votre propre conscience, le pourrez- vous ? Votre connaissance n’est pas quelque chose d’insignifiant. C’est l’univers dans son entier. Mais vous n’êtes pas cela. Vous êtes Ce qui a connaissance de cela.

La dévotion, la conscience, Brahman sont un et unique. Certains pratiquent une dévotion directe, d’autres, indirecte. Krishna dit : « Je vois ma propre forme, cette forme est le monde. Ainsi, tout ce qui constitue le monde est mon propre Soi. Celui qui voit et ressent n’est pas séparé de ce qui est vu et ressenti. Les véritables chercheurs sont ceux qui ont connaissance de ceci et qui me vénèrent. »

Vous en avez suffisamment entendu, mais qu’allez-vous emporter avec vous (au moment de la mort) ? Le corps vous a recouvert, mais ce que vous êtes est la conscience. Cette connaissance est infinie. Ceci veut dire que l’on ne peut pas la définir.

Qui a la compréhension que le corps est féminin ou masculin ? C’est la Conscience. De grands aspirants tels que Krishna, Rama, etc., vénéraient la Conscience en la considérant pour « Je suis Cela ». Les autres, utilisant la même connaissance, fabriquent leurs dieux, les vénèrent et s’abandonnent à eux en méditant. Vous pouvez poursuivre vos activités mondaines, mais soyez fidèle à la parole de votre Guru, comme à un vœu. C’est la même chose que de dire : « Je suis Brahman. »

La Conscience est le divertissement. Elle n’a pas besoin d’autre utilité que de se divertir elle-même. Avant de mourir, chacun devrait réaliser qu’il n’y a aucun allée et venue. Si le miroir est limpide, il reflète toutes choses. De la même manière, quand la Conscience se purifie, il est clairement vu que le monde se joue en elle. Celui qui pratique la dévotion ne risque jamais de s’écarter de cette pure vision.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 20 septembre 1979

Extrait de « Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éd. des deux océans

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