Nirupana 74 – La Vérité ne peut être vue

Au cœur de tout vivant se trouve l’éternel. Une « erreur » est apparue dans la Vérité éternelle, avec pour résultat le fait que nous avons été amenés à connaître que « nous sommes ». Un bouton est apparu sur la Vérité. La douleur qu’il provoque est ressentie en tant que « Je suis ». La lumière, qui s’échappe d’un trou dans ce bouton, est appelée le monde. En langage spirituel, vous pourriez appeler ce bouton un atome (la manifestation). La survenue de la présence du bouton est comparable à celle de la conscience « Je suis ». Dieu, qui imprègne tout l’univers, est vu maintenant comme habitant une maison de la taille d’une graine de sésame !

La conscience est difficile à supporter, c’est pourquoi les gens s’impliquent dans les activités du monde. Parmi des millions d’êtres, rare est celui qui reste en silence. La conscience n’est pas notre véritable nature. L’expérience prend beaucoup de place, mais existe-t-il une expérience de l’expérimentateur ? La vision du monde est la vision de votre propre conscience. Vous prenez les Écritures pour autorité, mais ce qui les connaît, c’est vous. Vous êtes celui qui connaît. Tous les trésors contenus dans les livres du monde se trouvent dans votre conscience.

Le fait que vous soyez vivant et éveillé est l’illusion originelle. La perception intellectuelle est superflue ; elle est aride. La réalisation du Soi est comme une coupe de nectar (elle vous rendra immortel). Pourquoi votre existence n’était-elle pas connue auparavant et l’est maintenant ?

La véritable satisfaction arrivera avec la compréhension de ceci. Dieu est contenu dans la connaissance « Je suis ». Quand le temps arrive à sa fin, Dieu aussi arrive à sa fin. Vous êtes primordial. L’Atman est éternel. Vous dites qu’il y a cent ans vous n’étiez pas là, mais aujourd’hui, vous avez connaissance que vous êtes. Celui qui n’était pas, vient-il à connaître qu’il est ? Seul celui qui existe a connaissance qu’il est. La connaissance s’en ira, mais Celui qui en a fait l’expérience reste. Vous pensez que vous êtes la conscience. Alors qu’en fait, Celui qui connaît est le témoin de la conscience. La conscience n’est pas éternelle, Celui qui connaît, oui. Le monde est contenu dans la conscience. Quand la conscience s’en va, le monde s’en va. Alors qu’est-ce que le témoin a à perdre ?

Pendant le déroulement du rêve de la conscience, vous pouvez voir Rama et Krishna. Cela n’empêche pas que le concept « Je suis pleinement conscient » soit faux. Saint Tukaram disait : « Quand il n’y avait pas d’espace, pas d’eau, j’existais déjà en temps qu’Absolu. » Qu’est-ce qui s’est déployé partout ? C’est l’amour sous la forme « Je suis ». Si vous restez le témoin de votre conscience, il n’y a besoin d’aucun rituel. Nous n’avons aucun contrôle sur nos rêves ; de la même manière, pendant l’état de veille, tout arrive automatiquement. Vous ne faites qu’être témoin. Aussi longtemps que vous dites : « C’est moi qui fais ! », vous ne pourrez pas être le Témoin. Ce rêve de pleine conscience lui-même est faux. L’action de voir et ce qui est vu sont tous deux faux. »

L’être intérieur de l’aspirant n’est pas encore mature. C’est pourquoi il erre dans le monde, avec sa compréhension verbale (mentale). Il doit comprendre très clairement que son état de conscience éveillé est lui- même faux. Cela doit être une conviction. Vous aimez vous prendre pour une forme humaine. Comment cela se produit-il ? Vous vous retrouvez d’abord en compagnie de votre conscience, et ensuite du monde. Dans ma nature éternelle, il n’y a de compagnie d’aucune sorte. Alors que vous errez dans le monde, vous prenez appui sur Dieu. Autrement, c’est insupportable. Ce n’est pas différent que de prendre un bâton pour se donner du courage en s’aventurant dans la forêt.
Celui qui ne sait pas qu’il est prend-il naissance ? Il est antérieur à la naissance. Toutes les actions sont vaines tant qu’il n’y a pas connaissance de Soi. Après la réalisation du Soi, toutes les actions sont encore vaines.

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Ce qui est compris au travers des mots est faux. Ce qui est en mouvement est faux. Soit vous suivez ce que vous avez entendu, soit vous rejetez le tout. Ne parlez de tout ceci à personne. Vous seriez moqué.
Celui qui a connaissance de n’être jamais né, peut juste dire : « Je ne suis pas l’acteur. » La sensation de croire que vous savez (au sujet de la Vérité) est fausse. Ai-je fait la moindre chose pour que vous soyez là ? Seul le fait d’en être témoin est là. La présence témoin est plus subtile que l’espace. La conscience suivra son cours. Elle est arrivée sans savoir comment. Elle est spontanée. Vous n’êtes pas la conscience. Vous êtes antérieur à elle. Ce qui a connaissance de Cela, ne peut être mentionné en mots.

La Vérité ne peut être vue. Cela ne connaît pas « Je suis » ou « Je ne suis pas ». Celui qui connaît, ne peut être connu. Votre sens « Je suis » s’en ira aussi. Par la conscience identifiée au corps, l’expérience d’être et le monde vous sont arrivés. Vous avez oublié que vous êtes la conscience qui connaît le corps. Vous considérez le corps comme « Je ». C’est ce qui provoque l’attachement aux choses matérielles. Vous êtes l’Atman, le Témoin.

Vous n’avez pas oublié la Vérité, et vous ne pouvez pas non plus vous la remémorer. Comment pouvez-vous vous remémorer ce qui n’est pas oublié. C’est comme la lampe qui est le témoin. Dans sa lumière toute chose se fait, combat ou querelle. La lampe n’est pas concernée par cela. De la même manière, l’Absolu n’est pas concerné par la conscience et les comportements qui en découlent. Celui qui a connaissance de ceci est un sage. La spiritualité consiste à réaliser le sens absolu de votre Être, et non pas la signification de ce qui est vu ou ressenti.

Les états de veille et de sommeil vont et viennent automatiquement. Vous ne pouvez pas changer cela. Celui qui a connaissance de ces états n’a pas de connexion avec eux. Il n’est pas plus réveillé qu’il n’a dormi. L’état de veille est un aspect microscopique de la conscience. Même ça, c’est difficile à supporter. Celui qui n’a ni l’expérience de la veille ni celle du sommeil, est le principe témoin de tout. La joie et la tristesse font partie de la conscience. Le jnani a un sens silencieux d’être. Il ne sait pas qu’il est un jnani.

Tout comme il y a la douceur dans le sucre, il y a l’amour de soi dans la conscience. Cette association avec la conscience est transitoire. Pour la rendre supportable, on la considère comme Dieu ou Brahman. La conscience est la graine qui peut créer un nombre infini d’univers. Soyez en bons termes avec la conscience. Honorée, elle se révélera à vous.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 16 novembre 1978

Extrait de  » méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éd. Aluna

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