Nirupana 22 – l’ illusion de la naissance

illusion naissance Nisargadatt

Vous avez beaucoup lu et entendu. Maintenant tournez-vous vers celui qui lit et entend. Le fait que vous ayez connaissance d’être, est source de misère autant que de joie. Dieu est source de joie, tandis que maya est la racine de la misère. Mais à l’origine, c’est uniquement la conscience.

Trouvez ce que vous avez par vous-même qui soit vraiment à vous. Méditez sur cela, et sachez que celui qui contemple Dieu est lui-même Dieu. Seul le Sadguru peut vous dire qu’il en est ainsi. Les autres enseignants vous diront de vivre comme des serviteurs de Dieu.

Dans votre enfance, votre mère vous a appris à reconnaître les sons. Si elle ne l’avait pas fait, quel serait votre langage aujourd’hui ? Je vous parle aujourd’hui dans le langage qui était le vôtre avant que vous fassiez l’expérience des sons. Cependant vous avez encore besoin de comprendre la signification de ce qui est dit dans le langage que vous avez appris.
Toutes les religions du monde sont de simples concepts. Possédez-vous d’autres savoirs en dehors de ce que vous avez lu ou entendu ? La voie du Soi implique la voie du prana et de la conscience, parce que nous sommes la conscience. La conscience manifestée n’est pas stable, tandis que le non manifesté est la Vérité immuable.

Quand on s’occupe de l’horoscope d’un enfant, la première chose prise en compte est son heure de naissance. Alors, qui est né ? Est-ce le temps, ou est-ce l’enfant ? Les occupations quotidiennes sont exécutées sous le dictat du temps. Le temps est la durée. La sensation d’être l’acteur peut être appelée le mental. Dans toutes ces interactions est présent Celui qui est sans naissance. Par la grâce du Sadguru, l’illusion de la naissance s’évanouira à jamais.

Le sentiment d’existence survient avec la combinaison du corps et du prana. Cette expérience n’a pas de forme par elle-même. Ainsi, le mental s’identifie au corps physique. La naissance fait apparaître le temps, alors que nous disons pratiquement que c’est l’enfant qui est né. Le témoin, qui croit qu’il est le corps, est la victime du temps. Est-ce que le temps à une forme ? Cela ne peut pas être compris par les rituels. La discrimination est nécessaire.

Ce qui est entendu depuis l’enfance est pris pour acquis. Observez tout cela maintenant avec un regard discriminatoire. Prenez soin de votre véritable nature. Quoi que ce soit qui est cru ou mémorisé, cela ne restera pas. Vous le saisirez quand vous connaîtrez le Soi. Toutes les affaires du monde se font sur la croyance que ce qui se fait est vrai. En fait, il s’agit d’une fraude. Du sommeil profond jaillit la sensation « Je suis », puis de là le corps et le monde, suivis de la joie et de la peine. Si vous ne réalisez pas ceci, vous souffrirez.

Votre conscience est lumineuse, sans forme et sans localisation. Le corps est impur, c’est pourquoi vous êtes sur le sol. S’il était purifié, vous pourriez voler dans l’espace. Les hatha yogis le font. Restez présent à la conscience (ce qui écoute), et méditez sur elle. Elle n’a pas d’attachement. Vous n’y trouverez pas de choses telles que vertus et péchés. Vous vous limitez en pensant être le corps, et donc vous expérimentez la limitation. Celui qui écoute est identique à Brahman, tout comme l’est le Guru. Restez en contemplation sur ceci. Respectez la conscience en tant que Guru, elle deviendra votre amie. Arrêtez de regarder vers l’extérieur et comportez- vous en tant que Soi. Vénérez la plus grande connaissance, en disant « Je suis Cela ». Pouvez-vous demeurer en tant que conscience simplement un moment ?

Celui qui désire vraiment connaître ceci, ne mourra pas sans en avoir la connaissance. Il n’existe rien du genre « Je mourrai avec le corps ». Est-ce que la lumière peut mourir ? Combien de temps votre conscience va vous accompagner ? Une saison. La contemplation du Guru équivaut à la contemplation de la conscience. La contemplation de la conscience par la conscience est une dévotion non duelle.

Nisaragdatta Maharaj

jeudi 13 avril 1978

  Nirupana 22 de “Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj” aux éd. Aluna

Nirupana 21 – connaissance

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La conscience est sans limite. Il ne peut pas être prédit quand la réalisation rayonnera en vous. Chez certains, c’est spontané ; chez d’autres, même avec beaucoup d’efforts cela ne se produit pas. Quand un état particulier est atteint, un changement correspondant se fait et un environnement favorable se met en place.

Dattatreya, un grand sage, avait atteint l’état de Brahman. Quel pouvait être pour lui le besoin d’un Guru ? Il est pourtant dit qu’il approcha vingt-quatre Guru. Dattatreya était pourtant le « connaisseur » de ceux-ci. Vous avez la sensation d’exister et cette auto perception suit la loi du temps. Le flot de changements, qui coule d’elle, crée le mental. La peur est créée par les effets du mental. La totalité n’a pas de peur.

La terre est la manifestation d’une énergie vitale stable. La graine qui sort de terre ne meurt pas même si elle est torturée, battue, cuisinée, cuite. Grâce à cette énergie, votre croissance est soutenue et renforcée. La terre supporte tout. C’est pourquoi elle est paisible. La conscience dans le corps est la pure conscience « Je Suis ». Elle porte une quantité infinie de noms. Sans savoir comment, vous avez été amené à connaître votre existence et sa nature divine. Le nom des déités se réfère uniquement à cela. Avant que la connaissance soit connue, il n’y avait pas l’expérience de l’absence de paix. Il s’agit là de la véritable paix. Jusqu’à ce que vous ayez connaissance que « vous êtes », votre vie est infinie. Si vous vous acharnez à vouloir accéder à cette connaissance, vous ne pourrez la connaître. Afin de surmonter l’absence de paix, la conscience doit être vénérée d’une dévotion non duelle. La signification de ces mots ne vous est pas familière.

Peut-on prendre pour appui ce qui est transitoire pour trouver la Vérité ? Votre conscience a un commencement, et donc une fin. Dans un premier temps, laissez de côté votre intellect, accueillez la parole du Guru. Méditez sur votre conscience la plus subtile. Connaissez ce qui est avant la réflexion. Liez-vous d’amitié avec cela, et cela fleurira en vous (vous réaliserez que c’est votre vraie nature). Confirmez que vous êtes cette connaissance, avant de connaître quoi que ce soit d’autre. Ce sont les mots du Guru. La conscience possède de nombreux noms, comme Dieu, Brahman, etc. Elle est connue et expérimentée sans faire aucun effort. Pour cela, ignorez votre mental et votre corps. « Le Mot » (mantra) signifie Brahman avec en prime ce qui Le précède. La signification du tout est « Je suis ». Entretenez l’assurance que vous avez reçue par l’initiation de votre Guru. (Le monde provient du son, qui provient de l’espace. La conscience est antérieure à l’espace. Elle est nommée Dieu ou Brahman – la réalité manifestée.)

Le mental ne connaît rien, à part les impressions recueillies depuis l’enfance. C’est pourquoi les sensations agréables sont recherchées. La bonne compagnie est stimulante. En présence de sages, c’est notre mental qui les stimule. Joie et peine sont là parce que l’on croit qu’elles sont ainsi. De par la nature du temps, elles n’ont de réalité qu’à un moment donné. Quand ce moment est passé, elles perdent leur signification.

N’oubliez jamais que nous sommes exactement tels que décrits par le Guru. À mesure que vous progresserez dans l’exploration de la conscience, sans le corps, vous prendrez la mesure de votre valeur. Comparez votre état d’être actuel à ce que vous écoutez ici. Alors que la conscience apparaît, elle devient notre monde. Réaliser cette conscience, c’est atteindre la paix.

Pouvez-vous arrêter le sommeil en étant éveillé, et vice-versa ? Gardez toute confiance dans la parole du Guru lors des activités quotidiennes. Réalisez que quand vous faites, ce n’est pas vous qui faites. Vous êtes le témoin de ce qui arrive. L’impression d’être l’auteur vient de la conscience identifiée. À moins de le réaliser, votre perception égotique

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ne prendra pas fin. Même avec l’initiation adéquate, si vous ne suivez pas ce qui est dit, ce n’est d’aucune utilité. Sans que soit prononcé le moindre mot sacré ou mondain, ce qui est là naturellement est votre conscience. Qui connaît la connaissance contenue dans le monde ? C’est votre propre conscience, aussi appelée le Soi. Sans couleur, sans forme, sans conception. C’est la conscience pure.

Votre comportement suit ce que vous avez entendu. Mais prêtez- vous attention à Ce qui écoute maintenant ? Ce qui écoute est votre conscience. Chacun interagit avec le monde avec la connaissance ac- quise par les cinq sens. Est-ce que cette connaissance a une couleur ou une forme ? Encore une fois, vous y surimposez des idées fausses et ainsi vous devenez malheureux. Votre conscience est amour et dévotion. La preuve de l’existence de Dieu est notre conscience. Tandis que vous méditerez sur cette connaissance, les cinq éléments viendront à vous pour vous servir. Vous croyez inutilement que vous êtes emplis de vices et de faiblesses. Faites sortir cette négativité par la contemplation de votre conscience et la reconnaissance de votre vraie nature.

La connaissance du Soi descendra sur vous au moment adéquat, alors vous serez sans limite.

Ainsi le mental, qui veut toujours obtenir quelque chose ou se débarrasser de quelque chose, disparaîtra. Les cinq éléments seront à votre service. La paix réelle ne peut se réaliser que si la fierté de toute connaissance est abandonnée. Le sage est véritablement en paix.

Nisargadatta Maharaj

dimanche 9 avril 1978

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Extrait de  ” Méditations avec Sri Nisargadatta” aux éd. Aluna

Nirupana 20 – Aucune expérience ne dure

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 Aucune expérience ne dure.

À vrai dire, un individu n’a pas de forme. Ce que l’on appelle forme est constitué des cinq éléments. Dans le corps se trouvent les cinq sens. Auquel allez-vous continuer de vous identifier ?

La plupart des gens sont intéressés par ce qui concerne les perceptions sensorielles. Ils ne perçoivent pas le corps comme irréel. Tout le savoir du monde est basé sur les mots. Cherchez si celui qui possède ce savoir des mots a une forme. La contemplation de ce qui n’est pas le Soi n’est pas vraie. La méditation concerne uniquement le Soi. La connaissance dans le corps doit être trouvée. Elle n’est pas personnelle. Dans la bouche, le sucre fond mais sa douceur perdure.

Est-ce que la douceur possède une individualité ? Il y a juste la trace d’une manifestation. C’est tout.

Aucune expérience ne dure. Celui qui expérimente ne peut pas être décrit, nous sommes celui qui expérimente. Ce qui dépend de la force vitale et de la conscience ne dure pas. L’éternel est avant ça. Nous devons regarder le concept « Je suis quelqu’un, Je suis quelque chose ». Tout ce qui se manifeste, le fait en accord avec la nature du temps. Le désir d’atteindre la réalisation du Soi apparaît lui aussi conformément aux dictats du temps.

Quand la conscience apparaît, le monde devient visible. En grandissant, vous quittez l’enfance.

De la même manière, en acquérant la connaissance juste, vous quittez l’identification à la forme corporelle.

Comme vous ne pouvez pas faire autrement que d’utiliser les mots, vous dites que Dieu est le créateur. Est-ce que le Dieu si bienveillant créerait un tel chaos ? Sans nous, Dieu n’existe pas. Dieu n’est rien d’autre que la certitude que vous avez d’exister, rien d’autre que l’amour que vous éprouvez pour votre existence.

« Je suis » est Brahman. Ce qui se tient derrière est appelé Parabrahman.

Dans un premier temps, vous accédez à Brahman, ensuite vous et Brahman disparaissez (la conscience se déploie, se fond à l’univers tout entier, puis se dissout. Ceci se produit dans un état de profonde méditation). Ce qui fait dire au jnani qu’ultimement il n’y a rien. Alors pourquoi enseigne-t-il ? Voici une réponse : quand quelqu’un doit aller uriner, il y a urgence à le faire. Pendant que cela se fait, n’est-ce pas apprécié ? De la même manière, le corps du jnani est perçu temporairement, comme une envie pressante d’enseigner.

Le rêve premier est la sensation d’existence. Tant que vous vous référez à Dieu, vous n’avez pas atteint votre destination. Paramatman n’a ni naissance, ni mort. Alors pourquoi Krishna dit-il : « Je suis né tant de fois ? » Toutes ses naissances concernent les cinq éléments. De telles naissances se produisent par millions, chaque seconde, en Paramatman.

Les Écritures sont les concepts des poètes. Ils vous soudoient autant qu’ils vous menacent. Pendant le sommeil, il n’y a pas d’expérience de soi. Le sommeil ne peut pas être perçu une fois réveillé. Dans le même ordre d’idée, maya ne peut être imaginée. Tout comme le sommeil ne peut être connu, maya ne peut être connue, que ce soit des dieux ou des humains.

Maya apparaît lors de la manifestation de la conscience. Avant cela il n’y a pas de maya. La pensée « Je suis » est la perturbation. Même les plus grands dieux ne comprennent pas maya, car ils sont créés par elle. Ils ne sont pas auto créés. Leurs actes sont illusoires. Celui qui est détaché n’est pas concerné par maya. Le sommeil profond est synonyme de totale ignorance. C’est de là qu’émerge la sensation « Je suis ». C’est le commencement de maya. Alors, avec la sensation d’être réveillé, je m’en vais fièrement négocier mes affaires, dans un monde qui n’existe pas. La sensation « Je suis réveillé » crée le monde. Cela se produit par maya. Quand vous réalisez cela, la sensation « Je suis celui qui fait » s’évapore.

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Quand vous saisissez le Soi, il l’est en tant que « vide vide », plus vide que ne peut l’être un rêve. La représentation de « Je suis comme ceci ou je suis comme cela » vous a donné forme. Ce qui a été créé, sera pour sûr détruit. Qu’est-ce qui est créé ? Notre conscience. Quand la sensation « Je » émerge, elle devient l’ego.

Vous ne pourrez pas écouter cela tant que vous n’êtes pas prêt. Une fois entendu, cela devra être rappelé et rappelé encore. C’est le commen- cement d’un processus. Cette forme vous est apparue spontanément. Personne ne l’a créée. Vous ne seriez pas ici, si vous n’aviez pas eu l’ins- piration intérieure de chercher le sens profond de la vie. Ce n’est pas le genre de dévotion dont le propos est d’acquérir quelque chose. Le propos de cette dévotion est la libération par l’écoute. L’idée que vous êtes un homme ou une femme, avec les comportements qui vont avec, est fausse. Ce n’est qu’une apparence. Pour connaître cela, certaines qualités sont requises. La connaissance « Je suis » est votre Divinité. Comprenez cela. Différents noms Lui sont donnés. Le fait qu’un certain plaisir à écouter cela grandit en vous est, spirituellement parlant, un bon signe. Quand la connaissance de votre existence sera parfaitement claire, vous transcen- derez maya. La conscience révélera alors sa propre valeur. La manifesta- tion est une, mais ses noms sont multiples. Tous les noms sont ceux de maya. Une fois réellement connu « Je suis partout », le connaisseur ne sera plus différent de la connaissance. Aucune expérience ne dure. Quelle que soit la manière dont vous vous considérez, elle s’en ira. La sensation d’être réveillé est aussi un concept. Sommeil et veille sont des attributs de votre nature impermanente. Quand vous entrez dans le sommeil profond, vous vous débarrassez de vous chaque jour. Si ce sommeil ne s’arrête pas, qu’allez-vous faire ?

Que la mort arrive aujourd’hui ou dans un millier d’années, ce sera la fin de tout ; il n’y aura pas de problème. Le détachement est la sensa- tion que tout ceci n’est qu’une apparence. Quand la Vérité est saisie, les faux concepts s’en vont. Aucun effort particulier n’est nécessaire pour cela. On appelle cela : une offrande à Brahman.
Il est dit dans les Écritures : « Au juste moment, Bhagavan s’incarne et nourrit le dharma. » Il s’agit ici du dharma de notre vraie nature. Alors que quand les gens évoquent le dharma, il s’agit du dharma du corps.

Le Guru est une incarnation de Dieu. Par la dévotion au Guru, maya, qui apparaît démoniaque et immense, est réduite à une taille infime. Ne négligez pas la conscience qui est en train d’écouter. Elle est pure et immaculée. Gardez cela présent et vénérez-le. Ne perdez pas cette connaissance du Soi dans la connaissance de votre existence. À cause des impuretés du mental, vous vous enfoncez dans les bois et subissez toutes sortes d’épreuves. Si ces impuretés sont retirées ici et maintenant, alors que vous écoutez, vous n’aurez pas à vous enfoncer dans les bois ou à gravir les montagnes.

 Nisargadatta Maharaj

dimanche 2 avril 1978

“Méditations avec sri Nisargadatta Maharaj” aux éditions Aluna

Nirupana 19 – Maya

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« Je suis sans corps, tout est perçu dans ma propre lumière ». Ceci doit être solidement établi. Vous dites que vous ne pouvez pas voir votre propre lumière. Comment pourriez-vous voir ce par quoi tout est vu ? Pendant la méditation, soyez conscient que le méditant est sans forme. Quand vous allez dormir, gardez à l’esprit que vous n’êtes pas le corps. Celui qui n’a pas de corps n’appartient pas à une caste, n’a ni qualité, ni défaut et n’appartient pas au temps. Le ciel ne peut pas se tacher, et vous êtes plus pur que le ciel.

Ananda est subjective, mais le Soi ne l’est pas. À moins que tout soit oublié, il n’y a pas de félicité. Au fur et à mesure que la foi en vous-même (véritable) grandit, le mental individuel dépérit et vous vous révélez.

Jusqu’à un certain niveau, les déités sont présentes. Quand ce niveau est dépassé, les déités ne sont plus là (jusqu’à un certain niveau de méditation, le chercheur reçoit la puissance des déités, ensuite il n’y a plus que Brahman). Vous ne comprenez pas qui vous êtes, comment les autres le pourraient-ils ? Les Écritures sont pour les ignorants, pas pour celui qui a la connaissance. Quoi qu’il puisse être dit avec des mots, cela sera impermanent. Cela peut être comparé au contenu d’un rêve.

Lâchez définitivement cette habitude profondément enracinée d’identification corporelle.

En tant que quoi vous considérez-vous ? Attardez-vous sur cela. Votre corps est de la nourriture. C’est la nourriture de la conscience, la force vitale. La conscience et le monde sont une seule et même chose. Ils apparaissent simultanément. Le monde est une illusion. Toutefois, vous êtes celui qui a connaissance de cette illusion due au jeu des trois guna-s. Ce puzzle sera solutionné seulement par la discrimination et non pas par les rituels. Dans cette dynamique, offrez-vous en offrande aux pieds du Guru. Ceci, en soi, est la grâce du Guru. Vous demandez de quelle utilité peut vous être Paramatman. Quand Paramatman n’a pas d’utilité pour lui-même, comment en aurait-il pour vous ?

Pourquoi nous questionner au sujet de ce qui n’est jamais venu à l’existence ? Du point de vue du jnani, rien ne s’est jamais passé. Com- ment peut-on se remémorer ce qui n’a jamais été oublié ? Ce qui est souvenir, sera assurément oublié. Après avoir dit ça, le Guru Ramadas faisait encore chanter la prière du Seigneur et faire des statues de Maruti en bouse de vache. Était-il fou pour autant ?

Maya signifie : l’illusion qui apparaît soudainement. Il s’agit de l’illusion d’avoir une dimension et une forme. Cela s’est produit par l’oubli de votre véritable nature. Voyez comment et quand vous avez acquis le concept d’exister. Celui qui connaît le Soi n’a pas de problème avec ce qui est bien ou mal. Avoir un quelconque souhait est de la mendicité. Restez tranquille. Peu à peu, vous saurez ce qui se passe réellement et pourquoi. En fait, même quand il n’y a rien de néfaste, le jiva a le sentiment qu’une grande calamité se produit, et il part au combat jusqu’à en mourir vainement. Dans l’état d’identification au corps-mental, tous sont des mendiants. Chacun demande une chose ou une autre. Jusqu’à ce que l’ignorance disparaisse, le concept « Je veux aller au-delà » persistera.

Il n’y a que maha-maya (la grande illusion.) Elle doit être démasquée, après avoir été vénérée en tant que Dieu ou Brahman. C’est alors, en même temps, le Divin qui est détrôné. Rare est celui qui vous évoquera cette connaissance la plus secrète. Une fois passé le temps de vénérer le Soi en tant que Dieu, l’ignorance est révélée. Alors, aucune connaissance ne peut subsister.

Tel qu’il est dit dans les Vedas, il est possible de dépasser le karma, pour celui qui a réalisé totalement Brahman. Celui qui a la vraie connaissance et qui ne proclame pas la posséder se fait rare. Qui est le connaisseur ? Le jnani ? Il sait juste que tout est ignorance.

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L’union de « vous qui avez connaissance de votre existence » et de « vous qui n’a pas connaissance de son existence » est maha-yoga, la grande union. Celui qui pratique ce grand yoga a transcendé la connaissance de l’existence. Le Soi est lumière. Quand du jiva émane cette lumière, il voit le monde. Le reflet du monde apparaît dans votre connaissance. S’il y a une expérience de bonheur, il y aura aussi une expérience de peine. Rappelez-vous ce que vous avez entendu, et mettez- le directement en pratique.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 30 mars 1978

Nirupana 19 de “méditations avec Sri Nisargadatta” aux éd.Aluna

Nirupana 18 – l’ ignorance absolue

méditation avec sri nisargadatta maharaj

Avoir l’impression que « Je sais beaucoup de choses » est l’état d’ignorance. Une fois qu’il est compris que tout cela est pure ignorance, peu importe de parler beaucoup ou pas du tout. Quand vous allez vous coucher, vous êtes le sommeil lui-même. Vous n’êtes pas séparé du sommeil. Au réveil, la connaissance « je suis » émerge en vous et instantanément crée le monde. Quand vous êtes endormi, vous êtes pure ignorance. Qu’est-ce qui se passerait si un jour cette ignorance ne se réveillait pas ? Qui serait là pour mourir ? L’ignorance dort et se réveille tous les jours ! Quel est le sens de la suppression de l’ignorance ? Vous pouvez donner le sens que vous voulez. Mais que se passe-t-il réellement ? Vous, qui êtes réveillé, allez vous coucher. C’est-à-dire que la connaissance devient ignorance. Vous devez saisir l’importance véritable de ce fait. (Dans cette phrase, l’ignorance évoque l’Absolu, alors que la connaissance se réfère à « Je suis »).

Quand Brahman est libéré, Parabrahman reste tel qu’Il est. Ce qui est l’origine de cette « démangeaison » (la succession de joie et de peine), c’est Brahman. Quand cette démangeaison disparaît, reste Parabrahman. Ce que je suis, ici et maintenant, est de l’ignorance réveillée. Le support de toutes choses est l’ignorance, que l’on appelle sommeil. L’état de veille est l’enfant de l’ignorance. S’il y a ignorance, alors peut apparaître la connaissance.

La croyance que vous êtes est créée en vous. Elle est venue sans invitation. La foi et la dévotion sont de l’amour. C’est l’amour pour le Soi.

La certitude que vous êtes est une pure et sainte manifestation de Paramatman. C’est jnana. La reconnaissance du corps se fait à travers cette foi dans le Soi. Les saintes évocations sont pour cette certitude du Soi. Ne vénérez plus l’impermanent (le corps). Ce corps est fait pour nourrir la foi dans le Soi. Le parfum de « Je suis » qui se dégage du corps est Dieu lui-même. Celui qui croit être le corps fait face à la mort.

Vous êtes attaché à différentes sortes de croyances. Vous évoluez en fonction de ce que vous croyez. Oh ! Comme est puissant l’effet des croyances ! Soyez conscient de cela. Votre croyance « Je suis » a pour essence le Guru ou Dieu. Elle est dans votre cœur sous forme de lumière. La lumière du Soi ne meurt jamais. Celui dont la lumière du Soi est immortelle peut-il mourir ? Il ne vivra plus sous cette forme actuelle, c’est tout. La forme est éclairée par cette lumière. La sensation « je suis » est Dieu. On l’appelle saguna-Brahman – le manifesté avec des qualités. Il est contenu dans Parabrahman – l’Absolu sans qualité. Vous êtes Brahman. Le grand mantra, qui vous est donné, est l’expression de Brahman. C’est votre propre nature. Invoquez-la par votre mantra. Assurément, Elle se dévoilera. Celui qui gagne le gros lot de la loterie est heureux. Il se considère comme quelqu’un de riche. Cela survient en un instant. S’il peut en être ainsi, pourquoi le mantra du Guru n’apporte-t-il pas un changement instantané ? Avec la foi dans le Guru, peur et mort disparaissent à jamais. Par la même occasion, la peur de naître disparaît aussi. Alors que vous nourrissez en votre cœur la croyance en votre (nouvelle) existence, votre attitude va se modifier.

La croyance en « Je suis un fragile être humain » va se changer en « Je suis Brahman ». Alors, le travail est accompli. La parole du Guru est parfaite connaissance. Elle est à la fois Être et mouvement. Tenez-la bien. Aucun autre moyen ne permet d’être plus proche.

Nisargadatta Maharaj

dimanche 26 mars 1978

Nirupana 18  de “méditations avec sri Nisargadatta maharaj” aux éd. Aluna

Commentaire : Dans cette phrase, l’ignorance évoque l’Absolu,(Parabrahman) alors que la connaissance se réfère à « Je suis »(Braham, Dieu, conscience témoin et énergie de manifestation tout à la fois).

Nirupana 17 – connaissance du Soi

aux pieds du maître -Nisargadatta

 

La connaissance du Soi signifie avoir une parfaite compréhension de ce que nous sommes précisément. Le corps, pour lequel tous les plus grands soins sont pris, est impermanent et irréel. Quoi que ce soit qui peut être connu, n’est pas la connaissance du Soi. Celui qui croit qu’il va mourir est ignorant. Il devrait s’unir à Sat (qui est éternel), et non pas au corps.

Un sage signifie notre vraie nature, toujours présente et immaculée. Il n’y a pas de personnalité ici. Le sage n’est pas une personne ; il est seulement. Il est en état de satsang permanent. (En sainte compagnie permanente). Cependant, le cours de la vie se poursuit et se termine par la mort. Ce que vous prenez pour vous-même n’est pas votre compagnon ; il ne l’a jamais été et ne le sera jamais. Celui qui supporte toutes choses est un sage (jnani). Peut-il causer de la souffrance aux autres ? Le mouvement des cinq éléments n’est pas le sien. Quelle que soit l’identité que vous essayez de vous modeler dans le but d’être heureux, il faudra la laisser. Vos pensées changent avec l’âge. Vous avez de la fierté à être comme ceci ou comme cela en tant que corps physique. Vous avez l’impression d’être comme ci ou comme ça. La sensation « Je souffre de ceci ou de cela » est l’ignorance. Soyez convaincu que vous êtes autre que les sens ; leur expérience n’est pas votre expérience. Ceci est la condition de Brahman. La conscience pure n’a jamais eu d’expé- rience. Le mental est constitué de la collection d’impressions qui a été en- registrée en lui depuis la naissance. Ce qui constitue le corps est identique à ce qui constitue le monde. Quand cela se prend pour le corps, il de- vient différent du monde. Être un avec le monde, veut dire avoir de la dévotion pour tous les êtres, en tant que Dieu. Celui qui se prend pour le corps n’a ni tolérance, ni patience. Atman est mon Soi. Il est toujours libre. Il n’a pas de forme, mais sa propre lumière est la sensation « Je suis ». C’est la conscience pure. Quand quelqu’un vit cette dimension, sa connaissance est « Je ne suis pas le corps, je suis la conscience qui s’éclaire de sa propre lumière ».

Ce qui est réel ne fait pas des allées et venues ; seul le corps s’en va. Est-ce que votre corps sait que vous êtes assis ici ? Tous les corps de l’univers sont mis en mouvement par la force vitale.

Cette énergie de vie intense est nommée de différentes manières, comme Dieu, Iswara, Atman, etc. En fait, la conscience n’a pas de nom. Les noms sont donnés pour le fonctionnement pratique du monde. Une fois que la conscience quitte le corps, elle ne reconnaît plus le corps. Celle qui est sans limite n’a pas de connaissance d’elle-même. Elle n’a aucune fierté à être comme ceci ou comme cela. Des millions d’êtres naissent dans cette conscience chaque jour.

La même conscience réside en eux.
Votre mémoire fonctionne automatiquement. L’enregistrement se fait chimiquement. Toutes choses dont vous revendiquez être l’auteur s’installent en vous en tant que mémoire. Votre corps est une machine qui produit de l’énergie vitale avec la sensation « Je suis ». Elle mène à bien toutes les activités. Aviez-vous une quelconque expérience pour vous guider dans vos premiers apprentissages ? Ce « Je suis » chimique fait tout. Cette connaissance n’est pas affectée par les trois gunas. Quand il n’y avait pas d’expérience du corps, à quoi ressembliez-vous ? Sans ignorance, il ne peut y avoir de connaissance. Si l’ignorance de dé- part de l’enfant n’est pas là, aucune connaissance ne peut être acquise plus tard. La connaissance apparaît parce qu’il y a ignorance. Quand quelqu’un a l’information « Je suis » avec le corps, cela s’appelle vrutta (connaissance.) Paramatman n’a pas la connaissance d’une existence séparée. Cette information-connaissance est appelée mental, intellect, existence, intuition, etc. Il n’y a rien de vrai en elle. Quand la signification de cela est saisie le mental disparaît.

Est-ce que nous sommes apparus en premier, ou est-ce le mental (les mots) ?

Ce qui est là, l’est par le mot racine « Je ». Comment nommer cet état antérieur aux mots ? Parce que dans les activités quotidiennes, les mots sont pris pour avoir une réalité, le mot « Je suis le corps » s’est collé à vous. Le connaisseur (du Soi) n’expérimente pas consciemment l’information « Je suis ». Quand vous accédez au détachement, la compassion coule à travers vous. Tous les effets indésirables s’évanouissent. Devenir détaché veut dire que vous existez en tant qu’Absolu. En une telle compagnie, ceux qui se trouvent là sont aussi en paix. Celui qui connaît le Soi connaît comment le monde est créé.
L’ego correspond à l’identification au corps. Quand cela s’en va, les comportements liés s’en vont aussi. La vénération de tels sages fait du bien même aux déités. Dieu est redevable au dévot qui se libère du corps. Se libérer du corps pendant « la vie » est la tâche la plus ardue qui soit. La conscience dans le corps n’est rien d’autre que Dieu.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 23 mars 1978

  Nirupana 17 p 87  “Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj” éd.Aluna

 

 

Nirupana 16 – Bhagavan

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« Je ne suis pas le corps, je suis le Soi ». Si vous méditez de la sorte, vous deviendrez Dieu. Ce grand mantra est identique à la conscience pure. Ne la vénérez pas en lui donnant une forme. L’idée que vous êtes le corps doit disparaître. Alors, la suite sera merveilleuse. Vous dites : « J’oublie de méditer. » Mais celui qui le dit ne l’a pas oublié.

Comme l’or est la matière des bijoux, de la même manière la sensation « Je suis » est la matière de tous les mots. Quand la conscience se réalise, on dit que c’est la grâce du Guru. Vous devez être le vivant témoignage de la parole du Guru. L’initiation par le mantra établit une relation particulière avec le Guru. Chacun peut mourir à n’importe quel moment. Alors comment est-ce possible de négliger la parole du Guru ?

Les vrais dévots sont illuminés par la connaissance du Soi. Ils deviennent espace. Quand la fréquence du chercheur change, son com- portement change aussi. Certains s’habillent d’une façon particulière, d’autres vont nus. Certains gardent le silence, et d’autres deviennent volubiles. Comme ils sont réalisés, ils n’agissent plus délibérément. Un être réalisé n’est pas concerné par la façon dont le corps fonctionne. Son comportement n’est gouverné par aucune règle de conduite.

Le parfum de votre être est la sainte présence de Dieu. L’attrait pour la conscience individuelle peut être comparé à une morsure de serpent. Les sages ne se considèrent pas comme le corps, aussi ne sont-ils pas piqués. Le Soi est antérieur à la lumière ou à l’obscurité. Seul le corps ou le mental prend des aspects différents.

Bhagavan signifie la lumière. La lumière de Bhagavan est comme un grand vide fait de lumière. Est-ce qu’il y a une différence entre cette lumière et votre propre lumière ? Quand vous connaissez votre conscience et que vous devenez le témoin, vous comprenez alors que le ciel est votre lumière.
Il n’y a rien en dehors de la lumière de Dieu. La qualité naturelle de Dieu est votre propre conscience. Dès que la conscience apparaît, les cinq éléments apparaissent et le monde avec. Votre regard a la même couleur que l’espace. Tous les noms sont ceux des manifestations de Dieu. Y avait-il un nom avant cela ? Bhagavan signifie la conscience manifestée. Ce par quoi vous savez que vous êtes est Sa nature. Dans toutes choses alentour, il y a Dieu et uniquement Dieu. Est-ce que cette lumière fait une différence entre un homme et une femme ? Tout ceci, dans chacune de ses parties comme dans son ensemble, est conscience. Cette saveur ou cette connaissance de sa propre existence est Bhagavan. Comprendre cela, c’est voir Dieu dans chaque être vivant. Oubliez que vous êtes un être humain. Votre lumière est la lumière de Bhagavan. Dans tout ce qui apparaît, quelle en est la Source lumineuse ? C’est la lumière seule. Elle est présente dans une pierre, mais elle est mise en évidence à travers vous.

Dans toutes choses, il y a seulement une qualité. C’est la conscience. Elle manifeste son existence. Toutes les autres informations arrivent grâce à elle. Paramatman signifie « Je suis moi-même Atman ». Il ne s’agit pas d’une déité. Les dieux le vénèrent. C’est mon propre Soi. Il s’agit de la vraie connaissance directe. Elle est là avant qu’un seul mot ne soit prononcé. Celui qui apparaît et celui qui disparaît trouvent leur repos en Paramatman. Comment cela peut-il être perçu quand il n’y a plus de corps ? Le dévot éclairé dit : « Je ne suis pas le corps. » Alors qu’est ce qui devient illuminé ? (Quand quelqu’un devient réalisé, il ne se considère plus comme un corps. Alors, qui dit : « J’ai atteint la réalisation » ? Autrement dit, il n’y a personne qui devient éveillé. Il n’y a ni connaisseur, ni connu. Personne ne naît, personne ne meurt, rien n’arrive).

Une expérience peut être décrite de multiples façons, mais l’expérimentateur ne peut pas être décrit. Quand les mots se font silence, cela ne fait plus de sens de réciter les noms divins.

Nisargadatta Maharaj

dimanche 19 mars 1978

Nirupana 16 de “méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj” éd. Aluna

 

Nirupana 15 – Acceptez le corps comme un habit, mais ne soyez pas le corps.

conscience, rêve, veille, je suis

 

Il est vrai que la fréquentation d’un sage est bénéfique, mais seulement pour celui qui est prêt intérieurement. Celui-ci aura développé la qualité intérieure requise.

Le concept de bien et mal à son importance tant que vous vous pre- nez pour le corps. L’expérience des situations dépend de l’idée que vous en avez. Ce qui est dit à un moment donné est vrai pour ce moment-là. Et sa valeur prend fin une fois ce moment passé.

La lumière de votre être est espace. Est-ce que l’espace est perçu pendant le sommeil profond ? (Pendant le sommeil profond la conscience n’est pas là, il n’y donc pas non plus d’espace). Votre conscience « Je suis » est intimement en vous. Vous avez un grand besoin du sentiment d’être. Vous prenez grand soin de vous pour le préserver. La raison en est que vous savez que vous allez mourir un jour. Ce qui est infini n’a pas besoin que l’on en prenne soin. Est-ce que vous pouvez être présent à vous-même sans effort ? C’est exact, qu’auparavant, vous n’étiez pas connu de vous, mais maintenant vous avez conscience d’être. Vous êtes le témoin de cette connaissance. Le témoin est antérieur à la connaissance.

Vous ne comprendrez pas ce que vous entendez ici, tant que vous n’aurez pas les conditions requises pour. Pour cela vous devez pratiquer la méditation. Le Sadguru vous initie à la méditation et à la conscience. Ce qui n’était pas, maintenant EST. Qui sait qu’il n’était pas là ? De la même manière, qui sait qu’il est là ? Ceux qui affirment que l’on a be- soin de plusieurs naissances pour être libéré se basent sur des ouï-dire. Seule une personne ignorante (de sa vraie nature) suit une foi tradition- nelle. Est-ce que le jnani fait de même ? Voyez directement ce qui est juste. Restez tranquille tant que vous n’êtes pas présent à votre silence. Quand quelqu’un proclame qu’il est libéré, il faut bien comprendre que cette libération survient dans un rêve.

Pourquoi sortez-vous du sommeil profond ? Pourquoi rêvez-vous pendant le sommeil ? Avez-vous réponse à ces questions ? L’état de veille a amené le monde. Pas de réveil, pas de monde.

Le rêve n’est pas vrai. De la même manière l’état de veille est faux. Il n’y a pas de différence entre eux. Ils apparaissent spontanément. Notre conversation fait aussi partie d’un rêve.

Vous savez que vous êtes. Quelle en est la raison ? Approfondissez cela. Pratiquez la méditation, les japas et l’écoute des enseignements. Avec une attention aiguisée, juste par l’écoute, vous serez libéré rapidement. Votre comportement quotidien résulte de vos impressions. Dans un premier temps réfléchissez à tout cela, et ensuite établissez-vous dans un état sans pensées. Ne devenez pas l’esclave de vos pensées. Celui qui atteint l’état où il n’y a pas de pensées n’a plus rien à faire pour sa subsistance et sa sécurité.

Quelle que soit l’expérience faite dans le monde, il n’y a personne qui fait. Tout apparaît spontanément. L’espace est partout, mais la conscience est antérieure à l’espace. La lumière de la conscience est espace. Vous ex- périmenterez son étendue quand votre conscience identifiée disparaîtra. « Je suis » est la pensée racine. Sans cette sensation première, à quoi pourrions-nous nous identifier ? Que sommes-nous dans l’état de sommeil profond ou de transe ? Quand il n’y a pas la sensation « Je suis », on se réfère alors au non manifesté. Toutes les activités d’une vie entière reposent sur le concept « Je suis ». Quoi qu’il en soit, il est sans véritable existence. Ce concept n’est pas né du corps. Même si vous n’avez pas le concept d’être, vous êtes. La conscience est subtile, lumineuse, consciente d’elle-même. Elle est plus subtile encore que l’espace. Vous percevrez tout cela quand vous deviendrez conscience. Acceptez le corps comme un habit, mais ne soyez pas le corps.

Yoga signifie union. Tant qu’il n’y a pas union de purusha et prakriti, il n’y a pas de connaissance de l’être. Un yogi est celui qui réalise cette union. En restant identifié au corps, vous ne pouvez pas accéder à Cela qui est le produit de cette union dans le corps.

Toute chose est identifiée par un nom, qui est un mot. Par conséquent, toutes les interactions sont basées sur ces mots. Le monde n’est pas connu sans les mots. La parole émerge de prana.

Elle apparaît sous différentes formes. La parole est aussi appelée le mental, pour être le produit des impressions reçues par celui-ci. Les comportements sont dictés par le mental.

Laissez-vous imprégner par la conviction « Je ne suis pas le mental ». Quand la conscience atomique se manifeste, le monde entier est créé. Cet atome est la plus subtile conscience. Il ne peut pas y avoir de paix tant que la nature de cet « atome » n’est pas réalisée. Vous vous prenez pour le corps grossier parce que vous n’avez pas réalisé votre corps subtil. Le vaste monde émerge de l’ignorance, et se maintient dans l’ignorance. Il n’est pas réel. Quand vous pourrez véritablement dire « Je ne sais pas », vous serez en Parabrahman.

La bénédiction « Que le meilleur vous arrive » n’a de sens qu’en référence au corps. Depuis le sommeil profond, l’état de veille a germé. Sans lui pas de monde. Les deux sont illusoires. C’est la maya-racine. Toute l’existence est faite de mots. C’est pourquoi il vous faut sortir des mots. Saisissez l’irréalité des activités du monde, elles n’auront plus le pouvoir de vous faire souffrir. Voyez comment et pourquoi toutes ces choses sont venues à l’existence.

Extrait du Nirupana 15 de “méditations avec sri Nisargadatta Maharaj”  éd. Aluna

Nirupana 14 – Ici où apparaissent veille et sommeil

veille et sommeil conscience

Un enseignant transmet ses propres concepts. Des gens sont en accord avec cela et deviennent ses élèves. C’est ainsi que se créent différents courants. Cependant la réalité est différente. Comment Cela qui n’a ni commencement ni fin pourrait-il être conceptualisé ? Néanmoins, chacun poursuit ses pratiques et rituels en accord avec ses propres conceptions. Il y est obligé, parce qu’il ne peut rester sans rien faire. Sai Baba de Shirdi faisait exception. Immergé en permanence dans l’Absolu, il n’avait pas de concepts à transmettre. Il ne donnait pas d’initiation. Il n’avait pas de disciples ni de foules autour de lui.

Pendant ce jeu du corps et du prana, il y a expérimentation d’un concept sous une forme ou sous une autre. La plupart des êtres sont attachés au corps. Rare est celui qui reconnaît que le corps dépend de la conscience. C’est la nature du temps qui fait dire à quelqu’un : « Je suis le corps, c’est moi qui agis », et alors misères et joies s’ensuivent. Penser « Je suis comme cela ou comme ceci » est un savoir périphérique. Voir sa vraie nature est une connaissance intérieure directe.

L’ignorance (la conscience) apparaît et brille, mais c’est temporaire. Par la succession des états de veille et de sommeil, il n’y a pas de stabilité. Tant que vous vous identifiez à l’état de veille, il ne peut pas y avoir de paix durable. Laissez s’en aller tout ce que vous n’êtes pas. Pour Cela, aucune action n’est requise.

Dans la Gîta, Arjuna, après avoir été illuminé, dit à Krishna : « Aussi longtemps que cette conscience sera là, je suivrai tes conseils, je ferai ce que tu me dis. » Son samâdhi était sans interruption, alors même qu’il combattait l’ennemi sur le champ de bataille. Sa paix restait inaltérée. Vous connaîtrez cela seulement après avoir réalisé le Soi. Quand vous aurez saisi cela, il n’y aura plus de nécessité de connaître autre chose. Krishna disait : « Votre conscience à travers les cinq éléments prend soin de vous. C’est Ma propre manifestation. » Acceptez la conscience comme Guru et vénérez-la. Elle soutient toutes les manifestations. Elle n’a pas une forme qui lui soit propre. Elle s’éclaire elle-même. Elle s’est présentée à vous sans invitation. La félicité qui provient directement de cette conscience n’a rien à voir avec une joie matérielle. Elle soutient d’innombrables êtres. L’amour la satisfait, elle est une fidèle de l’amour. Le parfum de votre être est l’amour (la sensation « je suis » est l’amour.) N’oubliez pas sa valeur. Les écritures évoquent sa grandeur. Elle a votre cœur pour demeure. Elle vous offrira illumination, perfection, et vous emplira de félicité. Sans elle, la langue ne peut pas goûter. Quand cette si petite conscience s’en va, on dit alors que la personne est morte.

Elle, qui se connaît elle-même, est en vous votre propre sentiment d’être. Elle est toute félicité. Aucunement séparée de vous. Sans elle, pas de possibilité d’être témoin. Elle est telle les pieds bénis du Guru. Elle est la force de vie. Elle a le parfum de l’amour de soi.

Votre vraie nature est antérieure aux cinq éléments, au soleil et à la lune. Les Écritures ne se lassent pas de faire son éloge. Elle est microscopique. Elle nourrit et prend soin du corps. Prenez refuge à ses pieds, elle est votre vraie nature. Elle est la parole du Guru. C’est à travers elle que vous serez libéré. Une fois libéré, vous pourrez alors vous comporter à votre aise.

Quand vous êtes amené à parler à des personnes qui sont dans l’ignorance de cela, ne les contrariez pas. Ne réagissez pas. Ce qu’ils croient, en accord avec leur compréhension, est correct.

N.M

dimanche 5 mars 1978, recueilli dans “Méditations avec Sri -Nisargadatta Maharaj” éd. Aluna

veille et sommeil conscience

Nirupana 13 – Au delà du Temps !

 

Nirupana 13

 

 Observez votre vie présente. Comment et pourquoi est-elle comme cela ?

Rendez-vous compte que c’est un spectacle temporaire.

Vous faites appel à Dieu, mais où était Dieu avant que vous ayez connaissance d’être ?

Remontez à la source de tout ceci. Ce qui existe à travers

le temps ne peut durer, parce que le temps lui-même n’a pas de réalité.

Vos pensées changent aussi au fil du temps. Le manifesté est lié au temps. Les dieux et déités résultent du pouvoir du verbe. Nous sommes vivants grâce au verbe. Le pouls lui-même est verbe. Quelle que soit votre croyance, elle est vraie pour vous. Cependant, elle est liée au temps et n’est pas éternelle.

La Vérité est non manifestée.

Méditez sur ce par quoi vous savez que vous êtes.

Naissance et mort sont des non-sens. Qui est né ? Ce n’est qu’un « sport » des cinq éléments. La force vitale joue à sa guise, assemblant et mélangeant les cinq éléments en une forme corporelle. Par eux- mêmes, les cinq éléments n’ont pas d’intelligence. Pourquoi un Dieu miséricordieux créerait-il un tel monde ? Il n’y a pas de créateur. Le monde est là par la dualité.

Pas de dualité, pas de monde. Les gens qui veulent faire de l’argent ne devraient faire que cela. La quête spirituelle et la préservation de votre bien-être ne peuvent pas être menées en même temps. La spiritualité n’est possible que quand vous lâchez prise sur tout. Tant que vous vous prenez pour le corps, ce que vous dites est vrai pour vous. Ce n’est pas plus vrai que la réalité du corps. Toutes les activités prennent place suite à l’apparition de la conscience dans le corps. La sensation de joie ou de peine est liée à la sensation « Je suis ». Sommeil et veille viennent spontanément. Ils ne résultent pas de votre volonté. Ce qui soutient le rêve, soutient la veille. Où trouver encore de la place pour un profit ou une perte quand il n’y a plus de pensées telles que « Je suis comme ci, je suis comme ça » ? Avez-vous déjà examiné comment la sensation « Je suis » est créée et quelle est sa durée ?

Une telle connaissance ne devrait être partagée qu’avec ceux qui sont dans une voie de détachement.

Pourquoi les gens sont-ils intéressés par les miracles ? Le plus grand des miracles n’est-il pas celui de votre existence ? Grâce à cela, c’est le monde entier qui est créé en un instant.

En s’exerçant à certaines pratiques, il est possible d’acquérir certains pouvoirs spirituels (siddhi). La connaissance du Soi n’a rien à voir avec ça. En tant que conscience, vous êtes avant l’espace. En allant vous coucher, dites au moins : « Je suis espace. » Cette connaissance est au- delà des mots. Ce n’est pas par les privations ou les incantations (japa) qu’elle s’acquiert. Sri Krishna l’enseignait à travers l’amour. Beaucoup d’êtres s’impliquent dans divers rituels et techniques. Ils en obtiendront quelques visions qui les satisferont. La connaissance du Soi n’est pas du domaine des concepts. Elle est avant les mots. Elle est éternelle. Pourquoi et d’où les expériences du monde et de soi nous arrivent-elles ? De quelle manière sommes-nous antérieurs à ces expériences ? C’est ceci qu’il faut saisir. Continuez d’écouter jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun doute sur votre identité et l’apparition de votre existence. La confiance et la dévotion envers le Guru amènent spontanément cette compréhension. Cette connaissance, une fois acquise, ne peut plus être perdue. Celui qui expérimente l’état de samâdhi ne s’implique plus dans les affaires du monde. Sans une confiance totale dans le Guru, cette connaissance n’est pas possible. Krishna enseignait la connais- sance ultime : comment l’univers apparaît et disparaît, tandis que le non manifesté est immuable. Cette connaissance directe n’est pas du domaine des mots. Quand le manifesté se dissout dans le non manifesté, le samâdhi s’ensuit. Nous voulons l’expliquer par des mots, mais cette connaissance est sans mots. Comment un état sans mots peut-il être expliqué par des mots ? Tout doute doit être effacé. Le savoir du monde n’y est d’aucune utilité. Par le fait d’y prêter attention, cette connaissance grandit, transparaît en tout, pour finir par se dissoudre dans l’Absolu. Elle est confortée par l’amour et la dévotion portés au Guru. Celui qui écoute doit avoir un cœur pur. Vous n’accédez à la joie qu’en vous oubliant. Toutes les autres activités sont des divertissements.

L’amour porté au Guru n’est pas une chose ordinaire. Celui qui sans cesse répète le mantra réalisera la Vérité. Rappelez-vous sans cesse que la conscience est identique à la parole du Guru. Gardez cela présent ; c’est la méditation. Quand le sens de la parole du Guru se met à germer, un nouvel accès est offert à la compréhension. Celui qui le reçoit comprend comment la conscience temporaire émerge de sa nature éternelle (Absolu). Votre corps est la nourriture de la conscience. C’est parce qu’il y a de la nourriture que vous avez un sentiment d’existence. Par la foi dans les mots du Guru, tout trouve explication. Le simple dévot sera libéré plus vite que l’intellectuel. Si au dernier instant, la peur de mourir surgit, le dévot peut faire appel à Dieu, s’oublier et être dissous dans la conscience universelle. Alors le prana s’en va, et il n’y a plus de renaissance. Alors que l’intellectuel sera prisonnier de concepts, et renaîtra en accord avec ses derniers concepts.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 2 mars 1978

extrait de “méditations avec Sri nisargadatta Maharaj” ed. aluna p73