Premiers discours 14 – Ce qui ne se voit pas est ce que vous êtes

Ce qui ne peut être touché par le temps ne peut être décrit par des mots. Qu’en est-il alors? Notre intellect se met en phase avec Cela, et il se produit une expérience de béatitude. Ce n’est rien d’autre que la conscience de nous-même. Nous avons pris conscience de notre être, du «Je suis». Comment s’en souvenir? Nous devons méditer sur la Conscience en tant que Paramatman intemporel. Notre journée commence au lever du soleil. Quand nous devenons conscients de notre être, c’est le lever du soleil. Notre rappel de Paramatman devrait commencer là.

Ce rappel amène la connaissance, sinon il y a ignorance. C’est donc un jeu de connaissance et d’ignorance. Toutes les activités s’y déroulent. En réalité, les activités se déroulent par la présence de notre Conscience. Ici, la Conscience est l’Expérimentateur. Au fil du temps, ce qui est connu devient à nouveau l’inconnu. Tout est interdépendant. Celui qui a la connaissance fait aussi des expériences. Qui reste à la fin? Seul demeure le «Connaisseur» de la connaissance et de l’ignorance. Ce qui ne peut être compris dans le jeu de la connaissance et de l’ignorance est nommé «le suprême élément». Quand la connaissance et l’ignorance prennent fin, ce qui reste est notre vraie nature. La Conscience est très subtile et nous en venons à connaître sa présence en tant que «Je suis». Grâce à la Conscience, nous apprenons à connaître notre existence et l’environnement. Bhagavan Shri Krishna l’appelle son pouvoir de Yoga. Ce qui peut être vu n’est qu’une apparence qui va disparaître. Il doit devenir clair que la connaissance est due à la Conscience, et en son absence, il y a ignorance. Shankaracharya affirme que prendre le corps pour ce que nous sommes revient à considérer la corde comme un serpent. C’est très stupide de prendre une corde pour un serpent. Notre expérience d’être est très subtile ; c’est l’expression de la suprême Réalité, qui est sans forme. Elle est invisible et Elle est votre propre Soi dans toute sa pureté. Vous aimez être conscient sans aucune limite. Tout comme un nourrisson suce le sein de sa mère, vous sucez le fil de la Conscience. Vous jouissez de votre propre existence. À quoi ressemble le fil de l’Atman ? Il est pareil à vous. Cependant, vous avez pris la corde pour un serpent. Par conséquent, vous croyez aussi en sa destruction un temps venu. Mais je vous dis que vous êtes indestructible. Si le serpent, surimposé à la corde, est brûlé, que perdez-vous? C’est à cause d’une mauvaise compréhension que vous êtes emporté dans ce vaste flux de savoir-ignorance. Le monde, lui, n’en est pas affecté. C’est criminel de ne pas croire en son propre Atman: ce n’est rien de moins que de Le tuer. Le monde est vu à grâce au Soi, mais le Soi vous est invisible. Ce qui ne se voit pas, c’est Ce que vous êtes. Une fois que vous tiendrez le fil de l’Atman, vous n’irez plus nulle part. Il est suicidaire d’imaginer une mort à l’Éternel et de considérer le monde manifesté comme permanent. L’Éternel est venu à connaître son existence, et il fut divisé en deux parties: la connaissance et l’ignorance. Par conséquent, c’est leur jeu que vous voyez maintenant. Comment vivent les sages? Ils s’identifient avec la Conscience et vivent en tant que Vérité.

Nous avons pris conscience de notre existence, dans laquelle il n’y a pas de différenciation entre connaissance et ignorance. Nous ne sommes même pas cette Conscience, même si nous le croyons. Nous sommes Ce que nous sommes vraiment. Nous ne sommes que le Soi, qui est omniscient. Il en est ainsi, même si vous n’en avez pas l’expérience. Il est insensé de prendre la lumière pour les ténèbres.

L’utérus est un lieu de repos pour l’ignorance. Les gens parlent au sujet de la connaissance de Brahman, que nous disons être notre propre droit de naissance. Nous ne pouvons pas nous considérer comme séparés de Brahman en tant que Conscience, car ils ne sont pas deux. Ce qui s’en va est la Conscience et ce qui reste est Parabrahman, qui est votre vraie nature. Celui qui développe cette conviction est libéré de tout lien et emprisonnement. La mémoire «je suis» contient la connaissance-ignorance. Oublier notre vraie nature, c’est oublier notre plénitude. L’apparence du Sadguru semble très petite, pourtant Il connaît l’univers entier. Même si vous ne vous rendez pas compte de la vérité, ayez une foi totale dans les paroles du Guru et ayez confiance en Lui. C’est une erreur que de donner du crédit aux prédictions. Quand vous avez connaissance d’être complet, tout votre travail réussira. Votre plénitude peut être évoquée sous les termes de Sadguru Paramatman. C’est votre relation à Lui. Votre vraie nature en tant qu’Atmarama n’a pas besoin de nourriture pour se nourrir et elle n’est pas tou- chée par les cinq sens. Qui est-ce? Qui est-ce? Ce qui est maintenant conscient de Lui-même.

L’oubli de votre plénitude conduit à la connaissance et à l’ignorance. Votre sensation d’exister est la cause de cet oubli. Si vous développez la conviction que vous n’avez rien à voir avec l’apparente manifestation de l’existence, vous êtes certain de réussir. En outre, vous n’êtes jamais le connu, seulement son Connaisseur. Vous devez être assez audacieux pour vivre avec une telle conviction. Pour cela, la confiance dans le Maître réalisé en tant que Soi est indispensable. La pureté de la conscience individuelle est, ainsi, nécessaire.

Le Sadguru est votre vraie nature et c’est toute votre légitimité de L’être. Quand vous exercerez votre droit, toutes vos difficultés prendront fin.

Nisargadatta Maharaj

10 Juillet 1955

Extrait de  » Premiers discours » aux éd. des 2 Océans

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *