Premiers discours 4 – Notre ego est imaginaire

9 janvier 1955

Notre ego est imaginaire !

Quand la dévotion trouve son accomplissement dans la réalisation de Paramatman, toute identification à une forme est abandonnée. Avec la bénédiction du Sadguru, toutes les ignorances et leurs souvenirs sont libérés. Paramatman n’appartient à aucune religion, caste ou croyance. Sa nature est libre de tout désordre. D’autre part, les qualités humaines sont imprégnées de sentiments égoïstes et les gens vivent dans le monde avec cela. Seul un sage vit en tant que Soi. Celui dont l’ego s’apaise atteint la tranquillité. Se libérer de l’ego, c’est se libérer de tous les concepts sur sa propre nature. Cela se produit quand notre vision devient celle du Divin. Celui qui reconnaît le monde lié au corps comme une illusion est stabilisé dans la Conscience.

Quand tous les concepts que nous portons sur nous-même disparaissent, l’ego est détruit. C’est une altération mentale que de se considérer comme un homme ou une femme. Toutes nos activités en découlent. Cette altération devrait juste être utilisée pour répéter le Mantra et faire pénitence. Quand nous cessons de vouloir nous comporter d’une manière ou d’une autre, nous devenons ce que nous sommes vraiment. Par la dévotion portée au Divin, la manifestation de Dieu remplace notre imagination et nos concepts. Par la dissolution du fervent fidèle, il y a vision du Divin. C’est la réalisation de Dieu, ou réalisation du Soi.

Quand Uddhava a eu une vision de Dieu, c’est son propre Soi qu’il a vu. C’est ainsi qu’il a commencé à voir Dieu en tout. Regarder Bhagavan Shri Krishna était pour lui comme regarder sa propre personne. Krishna nous dit : « Tous les récits que j’ai contés doivent aider mes disciples à développer leur conviction du Soi. »

Même les plus puissants se fatiguent et ont besoin de repos. Le sommeil profond est repos et ignorance. Pendant l’état d’ignorance, tout est silencieux et complet à tous égards. C’est Paramatman, à jamais insaisissable. Naturellement, c’est le repos complet.

Bhagavan déclare: «Voyez-moi clairement au moins une fois. Cela n’est possible que dans un corps humain. Une dévotion sans désir en est la clé. À travers l’apparence de tous les sages, j’ai moi-même donné des conseils spirituels au monde. »

Vous devriez appeler votre état de veille «Dieu». Comme vous êtes Dieu, vous ne pouvez pas être sans Lui. Développez cette conviction. Les gopika de Krishna l’avaient réalisé. Toutes les activités sont celles de Dieu Lui-même. Ayez la conviction que vous n’êtes pas l’auteur de ces activités. La nature de l’état de félicité du Soi, Atmarama, est telle qu’on ne peut la réaliser seul. Ce qui est nécessaire, c’est la dévotion et la compagnie d’un sage. Un fidèle empli de dévotion peut tout faire. Il va créer un beau village là où il n’y avait qu’une montagne. Là où il n’y a que de la poussière ou de la terre, il créera de l’eau, et là où il y a de l’eau, il créera de la poussière. La véritable dévotion n’est possible qu’avec la connaissance du Soi.

Ce qu’on appelle Dieu est notre propre manifestation. C’est Ce que nous sommes. Seul celui qui est sans peur accède à une vraie dévotion. Quand l’ignorance est libérée, ce qui reste, c’est l’intrépidité. Après la réalisation du Soi, Uddhava n’avait plus peur de la forme universelle de Krishna (en tant qu’univers manifesté). Diverses divinités furent nommées en fonction de l’objectif et de la raison d’être des choses et des circonstances. Si Bhagavan se retire, quelle divinité peut affirmer son existence et son pouvoir ? Krishna affirme : « Il n’y a rien d’autre en dehors de Soham. Alors pourquoi êtes-vous surpris si Brahma, Vishnu et Mahesh se rendent à Moi ? »

Krishna est notre propre Atman. Quel être vivant n’éprouverait pas de l’amour pour l’Atman? Aussi la révérence de Brahma et d’autres dieux à son égard est toute naturelle.

La dévotion qui se manifeste après la réalisation de l’Atman est la dévotion de la réalisation du Soi.

Uddhava parle ainsi: «Ô Krishna, après T’avoir vraiment vu, j’ai moi-même disparu et c’est Toi qui as occupé le monde entier. C’est ma conviction.» Uddhava fut gardé en Samadhi pendant douze jours durant lesquels il était sans forme, et sans nom. Dans cet état, Il a compris que Paramatman était le support de toute vie dans ce monde. Il put dire alors à Krishna: «Tu es présent en chaque jiva. Par conséquent, je dois aimer chaque jiva. Pour cela, accorde-moi la possibilité d’être en dévotion au moment de ma libération et après. J’ai compris que j’étais aussi l’Atman dans sa totalité. Ainsi, je suis le soutien de ce monde entier, et pour cela, ma dévotion envers Toi est mon seul capital. Tu ne dépends de personne, sauf de la dévotion à Ton égard. Tu t’incarnes dans le nom et la forme de Ton vrai disciple. »

Vous vous considérez comme une jiva et vous avez un grand amour pour vous-même et pour votre existence. En réalité, il y a une flamme de vie appelée Conscience. Tout ce que vous connaissez, c’est grâce à Cela. Un seul de Ses rayons est la connaissance de notre propre existence. Bien que vous vous identifiiez à tort à votre corps, votre vraie nature est Brahman qui s’éclaire de sa propre lumière. Cela n’est réalisé que rarement parmi des millions d’êtres.

L’Atman brille dans sa propre lumière. Paramatman, en ce monde, est clairement visible sous la forme de sages, à travers les différentes époques. Comment ces sages voient-ils les gens de ce monde ? Ils les voient comme eux-mêmes, mais sous la forme de tout jeunes enfants. Les disciples sont les enfants du Sadguru, qui est plus que leur père. Une fois que nous connaissons ce fait, l’ego non existant est libéré. Celui qui a connaissance du Soi est libéré. Quel est le but de la dévotion après cela? Elle est nécessaire parce que Paramatman « n’apprécie pas » le fidèle qui n’a aucun respect pour ce qui a aidé à la libération. Bhagavan a ainsi souligné l’importance de la dévotion après la libération. La libération vient de la dévotion; la dévotion est donc votre mère. Le libéré qui assassine sa mère est une personne détestable. On attend d’un véritable fidèle qu’il témoigne de sa dévotion même après la libération.

Nous devons devenir un avec l’existence entière, afin d’être toujours disponibles pour tous. Dieu devient un avec le fidèle qui est tourné vers lui au point d’en oublier femme et enfants. Même Ram et Krishna étaient emplis d’une dévotion qui leur permit de réaliser l’Atman qui s’éclaire de sa propre lumière. La manifestation de Bhagavan est la Conscience, Elle est très dynamique. Nous en venons à avoir connaissance de «Je suis». Qui en est responsable? Comment en sommes-nous venus à connaître notre existence? Cela doit être élucidé. Pour ce faire, la dévotion est une voie royale. Vous vous regardez comme le corps, aussi vous n’êtes pas différent de l’image que vous avez dessinée de vous-même. Votre corps est la Conscience et cela ne peut que vous aider à La connaître et à en faire l’expérience. Le Soi vous a été donné pendant quelques années en location. Avec tout votre dévouement, vous pouvez vous L’approprier. Ce sera votre droit de L’être et d’être ainsi un vrai Siddha.

La vraie dévotion est une puissance qui appelle Bhagavan à s’incarner. Les manifestations n’ont lieu qu’après l’incarnation. Par conséquent, Uddhava demande à Bhagavan de lui accorder la dévotion même après la libération. Le pouvoir de la Bhakti, c’est-à- dire la dévotion, est responsable de l’apparition d’univers infinis. C’est le pouvoir de la dévotion, qui est sans fin. La nature de la Bhakti est sans forme et sans attributs. La dévotion est le pouvoir de l’Absolu ; elle permet l’apparition de diverses incarnations. C’est le pouvoir du désir de Bhagavan. Certains sages étaient presque fous en apparence. Ils sont pourtant devenus célèbres grâce à leur dévotion. Que se passe-t-il pour celui qui est empli de dévotion ? Il atteint Dieu, ne faisant plus qu’un avec le Soi. N’oubliez jamais que votre capital est votre Conscience, vous n’avez pas pleinement conscience de Sa grandeur. Elle est tels «les pieds du Sadguru» ( voir note bas de texte).

Elle est le fondement de toute votre dévotion. L’orgueil lié au corps n’est qu’un concept qui devrait être abandonné. Quand vous saurez que votre vraie nature est Dieu seul, toute votre subsistance sera prise en charge spontanément. Ce ne sera plus votre problème.

Nisargadatta Maharaj

9 janvier 1955

Extrait de « Premiers discours » aux éditions des 2 Océans

 

Notes et commentaires:

En Inde, les pieds du Guru sont vénérés comme la partie du corps par laquelle la grâce divine serait la plus susceptible de se transmettre au disciple. Nisargadatta utilise fréquemment cette expression, d’autant plus qu’en marathi, le mot pied signifie «tout début». Se tenir les pieds ou tenir les pieds du Guru, c’est se tenir au jaillissement de la Source à l’origine de la Conscience.

Nisargadatta nous dit: «Tenir les pieds du Guru» signifie être un avec le Maître en tant que manifestation du Soi (Sadguru).

Dans cet autre passage, l’expression « les pieds du Guru » est explicitée de la manière suivante par Nisargadatta Maharaj: «Vous devriez comprendre la signification de “pieds de Sadguru”. Comprenez que, comme le mouvement commence à partir des pieds, le mouvement commence à partir de la non-connaissance vers la connaissance. Quand la connaissance se produit, c’est le mouvement du Sadguru. Allez à la source de ce mouvement où commence le “Je suis”. L’effort de celui qui a arrêté ce mouvement ne sera pas gaspillé. Tenir les pieds du Sadguru est la limite entre la connaissance et l’ignorance. » (Nisargadatta Maharaj, Conscience et Absolu, éd. des Deux Océans, 2000, entretien du 12 nov. 1980, extrait)

Cette expression pourra donner lieu à différentes variantes, telles que «les pieds du divin », « les pieds du Soi ».

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