Premiers discours 40 – Nirguna

Bhagavan Shri Krishna révèle clairement sa vraie nature à Uddhava. ( de réfère, ici comme dans la pluspart de ces premiers discours, à la Bhagavadgita). Comme vient le temps de la fin de Son incarnation et que Sa compagnie ne sera possible que pour quelques jours encore, Uddhava est très inquiet et bouleversé. C’est pourquoi Bhagavan l’introduit à la connaissance de l’Atman. Il lui explique comment Paramatman est en chacun de nous. Il lui parle ainsi : « Uddhava, en réalité Je suis sans attributs. Mais grâce à votre dévotion, Je Me manifeste au travers de cette Conscience et sous cette forme. À travers les capacités les plus élaborées, Je suis le meilleur et à travers des capacités moindres, Je suis limité. Avec de grandes qualités, Je suis vaste, et surtout Je suis Nirguna. Vierge de tous qualificatifs (Nirguna), Je ne suis pas concerné par les qualités et capacités. »

Puis Bhagavan évoque sa véritable nature parfaite : « Je suis Nirguna sans aucune attente d’aucune sorte. C’est l’état le plus naturel et le plus confortable qui soit. Même lorsqu’une affaire est résolue et que le prochain problème commence, Je suis sans attente. Bien qu’il n’y ait fondamentalement pas d’attente, par l’association de la Conscience (avec sa manifestation), les attentes pointent leur tête. En réalité, Ma vraie nature est sans conscience et donc sans attente. C’est un état d’intarissable plénitude. Il ne demande donc pas non plus de conditions requises. »

En l’absence de conscience, C’est la complétude. Après l’apparition de la conscience, il y a des attentes et leur réalisation. Puis, au fil des différentes incarnations, il y a des déploiements dans divers domaines. Bhagavan essaie alors d’expliquer ce qu’Il est en tant que Paramatman: «Mes dévots M’adorent et Je leur suis très cher, ils M’aiment avant tout. Bien que Je sois Nirguna, Je deviens ce que Mes êtres chers pensent que Je suis. Je n’ai pas d’affinité propre à être quoi que ce soit. Je deviens ce que la conscience aime. Cette conscience est l’indication du sentiment d’existence. Comme Je suis Nirguna, Je ne M’oppose pas à la conscience. »

Le Soi n’a pas la qualité de s’opposer à un désir, y compris à la conscience ou la connaissance qui est ignorance. Toute identification au corps devrait être abandonnée pour demeurer en tant que Conscience. La Conscience a le pouvoir inhérent de matérialiser ce qui est désiré. Quelles que soient les idées qui se produisent dans la Conscience, la même chose devient réalité. Ce monde est plein d’événements selon les diverses occurrences au sein de la Conscience. Ce sont les formes assumées par la Conscience, conformément à Ses souhaits. Qu’est-il arrivé à ce fils de Devaki (Krishna, fils de Devaki)? L’évocation de Paramatman lui vint à l’esprit et cela devint lentement une réalité. Il réalisa ainsi le Soi. finalement, Il fut vénéré en tant que Paramatman. Il ne vient pas à l’esprit des êtres humains que la grande puissance est en eux, et ils croient nécessaire de visiter les temples de Mahadeva pour permettre l’accomplissement de leurs désirs.

Le son déploie l’espace et ce dernier est témoin de diverses scènes sans en être affecté. De même, la Conscience est omniprésente. C’est grâce à Elle que vous connaissez votre existence. À la source, le Soi est sans forme et sans qualificatifs (Nirguna), mais avec la Conscience, il y a expression et manifestation. Se fait alors l’expérience de l’intellect. Ce qu’il faut, c’est la juste conviction. Vous faites face aux conséquences du fonctionnement de votre propre intellect. Certains résultats sont visibles et d’autres invisibles.

Quelle est la taille de la graine de Conscience? N’est-Elle pas atomique? Si petite qu’Elle ne puisse être divisée davantage. Mais quelle est Sa capacité? Elle contient le monde entier. Le pouvoir que possède votre Conscience ne peut être décrit. Elle peut vous procurer tout ce que, avec insistance, vous désirez et sur lequel vous insistez. Elle a la capacité certaine de produire tout ce dont vous avez besoin. Mais ce pouvoir n’est pleinement disponible que dans une vision non duelle. Paramatman est antérieur ou à la racine de la Conscience. Mais, pour le jiva, le fait de sous-estimer la Conscience ne s’améliore pas avec le temps. Pour le dévot au mental étroit, la réalisation du Soi n’est pas possible sans une orientation et une initiation appropriées. Après l’initiation, il sera capable de se stabiliser en tant que Conscience. Quand toutes les autres fausses identifications disparaîtront, le vrai Soi se réalisera.

« Je suis facilement disponible pour Mes vrais dévots. Ainsi, ils Me voient dans leur cœur. Les différentes incarnations que J’ai prises dans le passé en sont la preuve », dit Bhagavan Shri Krishna à Uddhava. « L’égalité et la solitude sont de grandes qualités. Même en tant que Nirguna, rien ne Me touche. Peu M’importe la façon dont Mes dévots Me considèrent ou même de quoi ils M’accusent, Je leur donne les expériences en conséquence. Fondamentalement, la Conscience n’est qu’ignorance. Ainsi, Mes dévots apprécient ou souffrent selon leurs croyances. »

Si vous voulez être heureux dans ce monde, n’ayez pas d’idées négatives et vous profiterez de la vie selon votre conviction. La Conscience se matérialise selon vos idées positives. Par conséquent, votre Atman a été masqué par les désirs ou les concepts de votre Conscience. Celui qui a la conviction que dans toute cette existence visible se trouve Paramatman Lui-même atteint la plénitude. Celui qui atteint le Soi originel perd tout intérêt pour les plaisirs du monde. La saveur « Je suis » que tout le monde a est la plus délicieuse de toutes les saveurs. Seuls les sages en font l’expérience. Le sage Tukaram l’a évoqué comme sa propre expérience. Les jiva ne sont pas aussi vivants que les sages, en raison de leur implication dans les émotions et les sentiments. Comme le Soi est au-delà des émotions et des sentiments, la béatitude n’est pas disponible pour l’ignorant. Ainsi, Bhagavan dit : « Celui qui boit la béatitude du Soi est un vrai sage. »

Dans la dernière semaine de grossesse, le sang de la mère est transformé en lait, en prévision de la nourriture nécessaire au nouveau-né. De même, lorsque la confiance d’un dévot est univoque, son Soi donne des solutions à tous ses sentiments et émotions. Le vrai fils d’un Guru devient libre de tous ses intérêts et faiblesses antérieurs. Dans la méditation profonde, les autres plaisirs n’ont plus de valeur.

L’obscurité n’est jamais venue se battre avec le soleil. De même, la Conscience ne peut pas faire face au Soi originel. Bhagavan dit: « Tout être humain doit utiliser la Conscience pour jouir du miracle du Soi.» Supposons qu’il y ait un lac plein d’eau. Cela favorise la croissance des plantes et des autres êtres vivants. Si les animaux s’entretuent et se mangent, que perd le lac ? Le lac n’a fait ni bien ni mal. De même, le Soi en chacun n’attire ni ne censure. Par la Conscience, des actions se produisent, ainsi que les blâmes ou les éloges. En l’absence de discernement adéquat, les sages sont visités pour obtenir des conseils. Les sages sèment des graines d’action juste. Alors, ce qui peut arriver à Ishwara peut aussi arriver au dévot fortuné. Le meilleur de ces fervents réalisera Parabrahman. Qu’est-ce que les sages offrent aux chercheurs ? Ils rappellent à leurs visiteurs d’oublier ce faux « Je ». Ceux qui ne bénéficieront pas d’une orientation adéquate et de justes conseils restent en esclavage. Dieu est un avec le dévot, conformément à l’amour de celui-ci pour Lui. Vous expérimenterez les résultats de votre propre dévotion.

Par l’absence de sagesse, vous portez de l’intérêt à la connaissance de votre avenir. Quand la sagesse sera là, vous n’y penserez même plus.

Paramatman est un soutien sûr du choix de Son dévot et Il lui en donne toute l’assurance. Si vous détestez quelqu’un, vous en subissez les effets néfastes. C’est une évidence, parce que la haine n’a pas d’autre âme que vous-même. En réalité, le manifesté et le non-manifesté ne font qu’un. Ainsi, dans toutes vos activités et dans vos rapports avec les autres, faites en sorte qu’il n’y ait que bonté et amitié.

En ce monde, la chose la plus savoureuse est notre sens de l’être. faites-le savoir aux autres et partagez votre bonté. Le Soi est si rayonnant que ceux qui interagissent avec vous devraient se sentir libres. Maintenant, méditez sur le fait que tout ce que vous voyez et reconnaissez est votre propre nature. Que le monde entier soit en vous et vous dans le monde entier. Votre manière de pensée et de concevoir devrait toujours être grande et vaste. N’enviez ou ne détestez jamais quelqu’un qui vénère Ishwara sincèrement. En vous endormant, honorez votre Conscience en tant que «Dieu de tous les dieux». Répétez l’opération au réveil. En procédant ainsi, la joie véritable devient votre expérience.

Nisargadatta Maharaj

20 novembre 1955

Extrait de « Premiers discours » aux éditions des deux Océans

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