Premiers discours 41 – Mahattatva

Bhagavan a expliqué comment Il est, quelle est Sa nature et comment L’atteindre. Quand seul Parabrahman est, Il ne connaît même pas Son être. Ainsi, sous la forme du dévot, Parabrahman connaît et jouit de son propre être. Brahman n’est pas séparé du jiva, ni jiva de Brahman. Pour celui qui a une foi totale en Dieu, Dieu est sa nature. Tous deux jouissent de la même paix et de la même tranquillité, sans le savoir. L’abandon total à Dieu, et le fait de le voir agir à travers soi est la véritable dévotion sans accomplir aucune pratique spirituelle. Le dévot abandonne son existence ou son être même à Dieu. Ainsi, son existence devient celle de Dieu, de sorte qu’il n’y a pas de séparation entre le dévot et Lui. La raison de cet abandon vient de la nature insuppor- table de la présence de la conscience identifiée. C’est pourquoi les sages abandonnent leur vie à Dieu. En prétendant être celui qui agit, les péchés nous affectent. Mais quand Dieu est Celui qui agit, les péchés ne nous affectent pas. Laissez Dieu s’occuper d’eux. Que notre savoir soit livré à Dieu avec sa somme de castes, de croyances et de religions. Que Dieu jouisse aussi de ses fruits. Alors notre Conscience devient celle de Dieu, notre expérience devient celle de Dieu et même notre faim est transférée à Dieu. Narada avait certifié à Prahlada que le Seigneur Narayana n’avait pas d’existence en dehors de Lui. Ce fut totalement reconnu par Prahlada. Cela signi- fiait pour lui qu’il prenait position contre son propre père. Son père décida donc de jeter Prahlada d’une falaise. Cette nouvelle rendit Prahlada heureux, car ce ne serait une mort que pour Narayana, et lui n’en serait que témoin. C’est le fruit de l’abandon total de l’être et de l’amour à Narayana.

Vous devriez avoir la conviction que vous n’avez pas d’existence en dehors de Dieu et qu’il ne peut être sans vous. N’envisagez même pas l’idée d’une séparation entre Dieu et le dévot: alors toute l’existence ne sera plus qu’un jeu et un plaisir dont jouit Narayana.

Il y a déjà eu nombre de dissolutions de l’univers et la destruction totale du monde entier, pourtant Dieu est resté intact, sans même une goutte de sueur. Il est toujours là, indépendant et autonome. Là où un dévot est en adoration, il y a évocation de Dieu et là où Dieu est évoqué, il y a aussi présence de Dieu. Il stimule et fait croître la foi du dévot.

Le jiva fait l’expérience de Dieu selon son imagination et ses concepts. Pour celui qui vénère le non-manifesté, Dieu est libre d’idéation. Sa nourriture est sans effort et spontanée. Ce qu’on appelle libération, c’est la libération du jiva de l’esclavage. La compagnie d’un sage met fin au désir de libération, car il met fin au concept d’esclavage. Pour un vrai disciple, toute l’existence émane de Dieu et lui-même est Dieu ; tout Lui appartient. Maintenant, si la Conscience est libérée, le jiva perdra son sens d’être. Qu’est-ce que Brahman? Il est impérissable et immuable. Les empereurs n’ont pas de vacances. Celui qui possède le monde entier ne peut pas ne pas être de service. Le propriétaire d’une entreprise ne reçoit ni pension ni prix. De même, Brahman n’a pas de vacances. Il n’y a pas de récompense. Celui qui possède le monde entier n’a pas d’autre choix que d’être de service. Le propriétaire d’une entreprise ne reçoit ni pension ni récompense. De même, Brahman n’a pas de vacances. Il n’y a pas de prix pour ça. Il est donc complet à tous égards.

Bhagavan dit : « Mes vrais dévots n’ont pas besoin d’être libérés. Je leur suis déjà tout acquis. Le sommeil et le réveil se font naturellement, il en est de même du Samadhi. Ce qui est le plus simple et le plus naturel est la bonne attitude. Atteindre le Samadhi par de grands efforts n’est pas une vraie dévotion. En réalité, la dévotion est très facile et simple. Elle clarifie la façon dont vous êtes et dont Dieu est. La vraie dévotion conduit à Dieu, et Dieu à soi-même. Dieu, Soi et vous ne faites qu’un. En réalité, il n’y a qu’un seul Soi qui est la vie éternelle. Nous sommes une partie de la Conscience universelle. La meilleure façon de l’utiliser est de La traiter comme Dieu. Le jiva s’est imaginé une existence séparée avec une vie limitée. La vie de Brahman, elle, est sans mesure.

Les grands érudits n’ont pas accès à la connaissance du Soi, seulement à la connaissance des mots et du monde. La pauvre et simple Janabai, qui vendait des galettes de bouse de vache, a atteint Brahman.

Si quelqu’un clame être un vrai dévot et dit qu’il veut abandonner la vie mondaine, il peut refuser de revoir les membres de sa famille. Ce n’est pas une absence de passion mondaine, seulement une forme de dégoût. C’est ce même ego qui tient Brahman à distance.

Comment les enfants simples et sans ruse des gopika ont-ils fait connaissance avec ce qui est sans forme et sans attributs? Alors qu’ils n’étaient même pas capables de compter quelques pièces de monnaie correctement, ils avaient une foi totale en Krishna; ils se souvenaient soigneusement de ses paroles et en étaient transformés. Par conséquent, si vous conservez précieusement ce que vous avez entendu et le pratiquez, vous aurez la plus grande expérience d’unité qui soit. Cela se fera sans effort. Vous vivrez la même expérience que les sages.

Ceux qui se rendent au Gange viennent de toute l’Inde. Ils y restent en se nourrissant uniquement d’eau tout en ayant des pratiques spirituelles, comme la répétition continue du Mantra «Namah Shivaya». Certains peuvent voir en eux des êtres emplis de sagesse, d’autres peuvent les critiquer en se demandant : lorsque Dieu est partout et que toutes les eaux sont également sacrées, quel est l’intérêt d’aller si loin et de prendre toute cette peine ? Bhagavan dit: «Je respecte Mes dévots car, en tant que Paramatman, J’ap prends à connaître Mon existence à travers eux. Quand Mon dévot naît, c’est Ma propre incarnation à travers sa forme. Lorsqu’il est seul, le Soi non manifesté Paramatman ne connaît pas Sa propre existence. Vous pouvez préparer divers aliments à partir du blé, l’âme de tous sera toujours celle du blé. De même, Je suis l’Atman de toute l’existence mobile et inerte. C’est pourquoi Je remercie tous Mes fidèles de M’avoir révélé Ma propre existence. Mes fidèles ont la responsabilité de Me faire de la publicité. Ils Me donnent l’occasion de manger à travers eux. C’est en tant que Conscience que Je suis dans Mes dévots. Comme Mes dévots ne sont pas leurs corps, il n’est pas correct de les considérer en tant qu’hommes ou femmes. La connaissance est Dieu, ce qui est la vraie nature de tout dévot. Je n’ai pas d’autre visage que celui de Mon dévot. L’être même d’un dévot est Mon propre être et ses actions, Mes propres actions. Comme J’occupe tout l’espace, il n’y a aucune possibilité de sortir ou de rentrer en Moi. Ma manifestation n’arrive que par l’imploration de la dévotion. La Conscience est Mon œil, et la conscience du dévot est Mon œil universel. Je suis le soleil en tout dévot, par lequel il connaît son être. »

Paramatman ne connaît pas son existence en l’absence de notre sens d’être. Notre relation avec Lui est si proche et si simple. Nous devrions avoir cette conviction. Bhagavan dit: «Votre Conscience est mon organe universel, ma tendresse universelle et ma Conscience universelle.» C’est Mahattatva ou la «grande Réalité». Bien que Bhagavan vous évoque l’importance de votre Conscience, Elle ne vous est d’aucune valeur. Vous devriez considérer votre Conscience comme le pouvoir du Yoga de Bhagavan, le grand pouvoir de l’action. Celui qui se considère sincèrement comme la Conscience de Bhagavan comprend qu’il est Bhagavan. Il ou elle reçoit Sa grâce.

Nisargadatta Maharaj

Extrait de  » Premiers discours » aux éditions des deux océans

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