Premiers discours 38 – rencontre

Quand conscience et connaissance aboutissent à une totale humilité, il y a alors une proximité possible avec le Sadguru. La Conscience est toujours la première, vient ensuite l’affirmation de l’existence de «Je suis». Nous sommes confiants en l’existence. En l’absence du sens d’être dans le corps, il n’y a rien à commenter. L’absence de parole peut être aussi due à l’absence de souffle, c’est ce qu’on appelle la mort. Mais il n’y a personne qui connaisse sa propre mort. Même pour connaître la mort, la Conscience est nécessaire. Le Sadguru est sans conscience de soi, comme s’il n’y avait rien. Seuls les sages ont l’expérience de l’état qui est sans attributs. Il y a existence, mais sans le sens d’identité.

L’intellect ne peut pas décrire Dieu, mais rien ne sert d’en être frustré. Les sages et les rishi L’adorent, Il est présent en chacun comme sa sensation d’être. Ce qui est présent en vous vous épargne la peine de chercher n’importe où son corps. Personne ne peut décrire le Guru du fait de sa nature véritable qui est sans forme. Même les Veda(-s) n’y sont pas arrivés, parce que leurs paroles étaient inadéquates. L’Ishwara originel était également incapable de dire ce que les sages évoquaient. Les concepts sont incomplets pour évoquer ces sujets correctement. Les concepts font tous partie du domaine de Maya, qui est ignorance. Votre Conscience est aussi la connaissance de l’existence, Elle est indescriptible.

La vérité peut être amère à entendre (pour le jiva), tandis que la contrevérité sera plaisante. La vérité est immortelle mais le faux est fini, voué à une fin. Ce qui peut paraître complexe est en réalité très simple.

N’ayez pas peur de ne pas savoir où trouver ce qui vous permet de connaître votre véritable existence. Votre existence est un signe de la présence du Maître réalisé en tant que Sadguru en vous et en tous lieux. Souvenez-vous de Lui, adorez-Le pour ne pas craindre la mort. Quelqu’un a donné à un enfant un bonbon; l’enfant l’a avalé et le bonbon est dans son estomac. De même, votre sentiment d’être est dans l’estomac du Sadguru. Il est le Connaisseur du temps ou de la mort et n’a pas peur de la fin. Il en va de même pour vous, car votre origine se trouve dans le Sadguru. Il n’attend rien de personne et reste témoin dans toutes les situations. Seuls les Guru « mi-cuits » sont dans l’attente des autres et ils s’imaginent être responsables de tout ce qui se produit.

Le Sadguru est notre plus proche parent et nous ne pouvons donner aucun exemple en comparaison. C’est ce qui le rend indescriptible.

Tant que nous existons, notre respiration se poursuit. Notre existence insuffle la vie dans le temps. Notre certitude en l’existence (« Je Suis ») donne vie au temps. Nous devrions toujours être conscients de cette certitude sans nous perdre dans ce que nous voyons. Notre véritable existence est au-delà de toute description.

Le corps physique évolue dans le champ du temps, suscitant la peur de la mort. En fait, personne ne meurt, la vie continue. Nous voyons les autres mourir, mais cela ne peut pas être notre propre expérience. La mort n’est qu’une apparence, non une réalité. Parabrahman est immuable et toujours tel quel. Nous L’adorons et c’est notre être véritable. Pour la conscience identifiée (jiva), laisser ou quitter le corps est douloureux, mais pas pour un jnani, pour qui cette fin (du corps) est béatitude. L’identité corporelle fait toute la différence. Aussi, développez la conviction d’être l’Atman, qui n’est jamais le corps. Votre foi dans le Sadguru renforce votre conscience d’Atman. Celui dont le Cœur est occupé par les mots du Sadguru est absorbé dans le Guru-mantra. Les Veda n’abordent pas ce sujet. Ce n’est pas par des lectures sans fin des Écritures que l’on peut devenir un vrai sadhu. Il manque la foi dans le Guru. Les paroles du Guru devraient avoir un impact sur la Conscience comme une balle reçue en plein cœur. Ensuite, il ne reste plus rien à faire.

En l’absence de foi, il est insensé de suivre les Guru. Visiter les lieux de pèlerinage ne sera dans ce cas pas non plus d’un grand secours. On ne peut obtenir satisfaction de cette façon.

Le Sadguru indique clairement au disciple que la Conscience du Guru est toujours présente en lui. Il n’est pas nécessaire de se tourmenter pour rencontrer un Guru, mais pour le vrai disciple, cette rencontre est toujours la bienvenue, quand elle n’est pas nécessaire. La relation entre le Guru et le disciple peut être comparée à celle entre une mère et son enfant. Avec une confiance suffisante, un disciple obtient la satisfaction véritable en devenant conscient de sa Conscience. Cela appartient au disciple de rencontrer ou non le Guru, mais il doit alors mettre toute sa confiance et sa dévotion dans le Guru, où qu’il soit.

Nisargadatta Maharaj

10 novembre 1955

Extrait de « Premiers discours » aux édition des deux océans

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