Nirupana 72 – Vous n’êtes jamais arrivé de quelque part, alors où pourriez-vous aller ?

C’est vrai que les mots peuvent être trompeurs. Mais qui est celui qui connaît les mots ? (Qui est antérieur aux mots ?) Quelle valeur peuvent avoir les mots si personne ne les connaît ? Vous dites qu’en méditation celui qui connaît est perdu, mais qui a connaissance de cela ? Quand la conscience disparaît, quelque chose peut-il alors être ? Toutes les choses sont connues au travers de la conscience. S’il n’y a pas de conscience, qu’est-ce qui peut être connu ?

Est-ce que l’expérience du corps et du monde demande quelque effort ? L’état de veille va et vient de façon automatique. Aussi longtemps qu’il y a la conscience, il y a l’individu. Est-ce que cette conscience peut être évacuée ? En méditation vous pouvez voir une multitude de couleurs, mais quelle est la couleur de la conscience, de la connaissance « Je suis » ? C’est simplement l’amour. Il est non duel. Votre conscience est l’amour de soi. Pour le bien de cet amour, vous avez besoin des autres choses.

Le puzzle des cinq éléments sera solutionné quand vous vous en remettrez à votre conscience. Les cinq éléments se trouvent dans votre conscience. La Vérité est au Cœur. La maya-racine, votre conscience, se joue sur la Vérité. Ceux qui ont réalisé la Vérité n’accompliront pas de miracles. Celui qui a connaissance de la conscience n’est pas temporel, il n’existe pas. Il est sans mouvement.

Votre savoir est limité à ce que vous avez appris au travers de la conscience. Je vous offre cette connaissance « pré-assemblée ». Écoutez et imprégnez-vous en. Vous devez atteindre le point où vous (en tant que conscience) êtes le Soi du monde. Ce flot de gargouillements du monde jaillit de l’amour « Je suis ».

Connaître et comprendre que le monde n’est pas vrai est le détachement véritable. Abandonner quelque chose n’est pas le véritable détachement. Comment pouvez-vous vous en remettre à la conscience, alors que c’est ce que vous êtes ? La Source, la graine du monde, est la connaissance « Je suis ». Sur un million d’êtres, rare est celui qui atteint ce point. Cela qui est éternel est la Vérité. Il ne S’y trouve aucune trace d’être. Il ne S’y trouve ni lumière, ni obscurité. Votre conscience est appelée Dieu ou Brahman. Elle n’est pas éternelle ; elle n’est pas la Vérité. Quoi que ce soit qui est perçu dans le monde est Dieu. Celui qui reconnaît Dieu est au-delà de toutes choses.

La toute première activité de la journée est de nous ressentir. La conscience est alimentée par la nourriture. Les qualités des cinq éléments s’expriment par la nourriture. Alors qu’elles s’unissent, vous venez à connaître que vous êtes. La naissance d’un corps se fait par la nourriture transformée. Le corps est la nourriture de la conscience. La force vitale est la même dans tous les êtres vivants. La force vitale s’exprime à une vitesse de plus en plus grande. Elle ne peut pas rester tranquille. Elle agit au travers des cinq sens, qui sont : le toucher, l’ouïe, la vue, le goût et l’odorat. Ils déterminent le comportement d’un individu. Quelqu’un peut avoir l’impression d’avoir compris, mais alors qu’il s’en va, il n’est pas véritablement satisfait.

Dieu signifie la lumière qui est le regard de notre conscience. Elle est créée à partir de l’essence de nourriture. Il y a une connexion entre le prana (la force vitale) et la connaissance. Sans nourriture, il n’y a même pas la force de parler. La lumière est cette nourriture. C’est grâce à ce qui est extrait de la nourriture que nous avons conscience.

La Vérité est éternelle. Il ne S’y trouve aucune sens de « Je suis ». Il n’y a là aucun « je » et « vous ». L’éternel est au-delà. Le reste provient des cinq éléments. Il y a dualité quand quelqu’un dit : « Je connais quelque chose. » Il n’y a aucune dualité quand je ne me connais même pas moi- même. Tout ceci est Un, et nous sommes Cela. Ceci est le but à atteindre. Pour le réaliser, il est nécessaire de poursuivre l’observation de notre propre Soi telle que transmise par le Guru. Alors que ceci se fait, des visions de toutes sortes peuvent survenir. Mais nous ne sommes pas cela. Nous sommes ce qui a connaissance de cela.

Celui qui voit est unique, mais ce qui est vu est multiple. N’est-ce pas vrai que celui qui voit n’a qu’une vision ? La lumière de celui qui voit n’est-elle pas unique ? Comment amener la tranquillité ? Celui qui voit doit simplement tourner son regard vers lui-même. (Il doit rester dans un état de « non-action mentale »). Tout ce qui est vu et perçu est constamment changeant et finit par s’en aller. Il n’est pas nécessaire d’être désolé de cela. Quoi qui soit vu, nous ne le sommes pas. Nous sommes Cela à qui apparaît ce qui est vu.

La forme que prend la nourriture est le corps de l’être vivant. Le prana et la conscience apparaissent et disparaissent en même temps. Ils proviennent de la nourriture. La conscience est identique, que ce soit celle d’un insecte ou d’un être humain. Elle est de même nature que la force vitale. Imaginez un ver desséché en plein soleil : qu’en dire ? La nourriture au sein de la forme du corps s’est desséchée. Le mouvement a alors disparu. S’il vous plaît, faites preuve de discrimination au sujet de ce que nous sommes et de comment nous le sommes.

Tous les livres sont vrais tant qu’il y a ignorance du Soi. Une fois le Soi réalisé, ils sont inutiles. La signification du grand mantra est « Je suis ». Les qualités de la déité que vous adorez descendront sur vous, une fois que vous en aurez eu la vision. Cela apparaît au sein de votre propre conscience.

D’où venez-vous et où allez-vous ? Vous n’êtes jamais arrivé de quelque part, alors où pourriez-vous aller ?

La conscience est apparue de la nourriture et ainsi elle s’éteindra. Atman signifie « Je », mais d’où à où ? C’est là, aussi longtemps que nous nous connaissons consciemment.

Par une dévotion résolue envers le Sadguru, se fait la reconnaissance qu’il s’agit d’une dévotion envers notre propre Soi. Tout savoir est inutile, à moins d’éprouver de la dévotion pour le Soi. Le plus grand mantra est « Je suis Brahman ». Si vous n’éprouvez aucune dévotion pour la sensation d’être, y a-t-il un monde ou Dieu ? Par la dévotion au Soi, vous reconnaîtrez spontanément toutes les déités. La signification du mantra se révélera à travers vous. Deviendra alors clair pourquoi vous êtes, et pourquoi vous n’étiez pas. Sans la dévotion pour « Je suis », aurions- nous quelques besoins ? Est-ce que quelqu’un s’est questionné sur cette dévotion ? Notre sens « Je suis » est la divinité de Dieu. Nous aimons les autres parce que nous nous aimons. Si nous n’avions pas d’eau et de nourriture, l’amour de « Je suis » s’éteindrait. Quand la nourriture est épuisée, sa caractéristique (la conscience) arrive à sa fin. La qualité de la nourriture est apparue, et maintenant a disparu.

Votre conscience est elle-même la maya primordiale. Elle se comporte comme il lui plaît. Abandonnez-vous à cette conscience. Elle se dévoilera à vous. Alors vous serez Brahman. C’est la connaissance qui nous fait percevoir que nous sommes. Dévouez-vous à cette connaissance. Menez vos activités quotidiennes à la perfection. Dans toutes les situations, n’oubliez pas la parole du Guru. Il s’agit de votre propre nature. Entretenez une incantation permanente, sans mots. Le déploiement de l’incantation apportera en vous les changements correspondants.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 9 novembre 1978

Extrait de  » méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj » éd. Aluna

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