Premiers discours 20 – La première manifestation

Actuellement, ce dont nous avons connaissance, c’est la présence de notre Conscience. On devrait trouver qui était l’«ancêtre» de la Conscience, et à quoi il ressemblait. L’Unique, qui était avant tout, était le seul. Dans une non-dualité, il n’était même pas conscient de son propre être. De l’absence de manifestation est apparue la manifestation. Elle fut des plus auspicieuse. Elle avait trois yeux, le troisième étant l’œil de la connaissance. Par la suite sont nées les différentes divisions des arts et des sciences. Dans cet «ancêtre», le sens d’être ou du «Je suis» était absent. Avec son apparition, la dualité a commencé et, avec elle, est apparu le multiple.

Avant notre naissance, nous n’étions pas conscients d’être comme notre ancêtre. Maintenant, nous savons que nous le sommes et le compte à rebours a commencé. La première manifestation s’appelle Ganendra, qui indique le début du décompte. Le décompte est dû à la Conscience, qui est l’égale de Dieu. En l’absence de Ganendra, il n’y a pas de compte possible, pas même le un. Avant la Conscience, il n’y avait rien. Le commencement se fit avec l’apparition de la Conscience. Notre vraie nature est la Conscience sans forme. Ainsi, s’identifier au corps, c’est se prendre pour un cadavre.

Si vous désirez être toujours dans la présence de Dieu, avez- vous un moyen d’y rester ? Mais que pouvez-vous tenir pour Dieu ? C’est cette Conscience, grâce à laquelle vous connaissez votre

existence, qui est Elle-même Dieu. Bien que vous ne puissiez pas La saisir avec vos mains, avoir la conviction que la Conscience est l’équivalent de Dieu est aussi juste que de s’en tenir à Dieu. L’absorption dans la Conscience ou le Soi revient à se retrouver fasciné par le Dieu Vitthala. Cela signifie être un avec Lui. Vous devez abandonner votre identité corporelle à Ses pieds.

Pourquoi donne-t-on le nom de Sharada au Verbe ? C’est parce qu’Elle est sans peur. Elle a pris la forme de Ganendra. Il L’est devenu en un instant et c’était le début du Verbe. Le changement en Sharada était dû à l’utilisation du Verbe. Les premiers mots furent Soham – « Je suis cela » : ainsi apparut Sharada.

La lumière de Ganendra élimine toutes les difficultés et les malheurs des êtres. La nature de Ganendra est la même que la nôtre.

Notre nature est libre de tous liens et emprisonnements. Par conséquent, toutes les pratiques spirituelles ont pour objet d’occuper l’intellect. Regardez à l’intérieur, soyez introverti. Assurez-vous que vous n’êtes pas le connu mais Celui qui en a connaissance. Il fait sentir Sa présence en jouant de la flûte. Vous devez vous rappeler qui est ce voleur. Il n’est nul autre que vous. Il n’a pas de forme, Il est sans forme. Vous devriez adorer ce Ganendra.

Le résultat final est que Brahman a connaissance de Lui-même. Il n’y a rien au-delà. C’est le lieu de repos de tous les sages. Dans le Soi, il n’y a pas de différences dues aux castes, pas de différences dues au type de travail, aux religions, pas de différences entre hommes et femmes, pas de différences entre vous et moi ou bien toute affirmation de «Je suis Cela». C’est la vie au-delà de toute valeur des sages, leur accomplissement ultime. Elle n’a pas de fin. C’est la plénitude et la perfection de leur existence.

L’identité ne se limite plus au corps physique, mais elle ne cesse de se déployer au-delà des limites. Elle devient comme le corps d’Ishwara, et à son plein déploiement le Soi est appelé Parabrahman. Il n’a pas d’organes des sens, mais Il a spontanément connaissance de tout. Ce qui est connu est appelé le monde.

La conscience identifiée expérimente tout grâce à la présence d’Ishwara en elle. Dans la description donnée par Maya, la présence d’Ishwara dans le jiva ne reste pas cachée. La Conscience est le corps de manifestation d’Ishwara. Elle est responsable de notre connaissance de l’existence. Si nous pensons que nous sommes une conscience identifiée et limitée, jiva, la mort apparaît. Il s’agit là de la principale peur des ignorants. Avec la vraie connaissance, il n’y a aucune raison d’avoir peur. La Conscience dans le corps est ce que nous sommes et nous devons L’embrasser avec notre Conscience. La nature de la Conscience est identique à Ishwara, Elle peut appa- raître sous n’importe quelle forme ou n’importe quel objet désiré.

Comment avons-nous connaissance de notre existence? Grâce à notre Conscience. Nous avons connaissance de notre existence sans avoir à le demander à personne. Nos mots ont un sens qui peut changer ou disparaître, mais la Conscience ne disparaît pas. Selon la forme du corps, la Conscience devient celle d’un homme ou d’une femme. Tout être vivant a cette Conscience, mais nous nommons l’être selon la forme corporelle. La peur de la mort réu- nit les animaux d’une même espèce. Cette Conscience est très ancienne et ses capacités et qualités sont illimitées.

Le Divin a élu domicile en nous. Sans Dieu, nous n’existerions pas; de même, sans nous, Dieu n’aurait pas pu prendre forme. Comme les sages connaissent Sa présence en eux, ils voyagent et vivent sans crainte dans les forêts. Si vous expérimentez ou souhai- tez Sa puissance en vous, rappelez-vous simplement de la présence de Dieu en vous en tant que Conscience. Vous pourrez lire beau- coup d’exemples de ce genre dans nos Purana.

Autrefois, les chercheurs spirituels erraient sans le sou. Ils avaient pleinement confiance en Dieu à l’intérieur d’eux et c’était là toute leur force. Ceux qui sont absorbés dans l’Atman resteront indemnes, même à travers la mort. Quand vous joignez les paumes de vos mains en salutation, ce n’est pas votre action mais celle de Sarveshwara. Voyez-Le en tant que Conscience, ou comme la lumière autour de vous. Ne Le considérez jamais comme un homme ou une femme. De même, Vitthala est en tout, bien que des millions de personnes l’adorent en dehors d’eux, comme à Pandharpur par exemple. Ayez foi dans les sages et soyez assuré de votre origine. C’est la meilleure façon d’honorer la Conscience. Bhagavan Krishna dit qu’un tel dévot devient libre de tout doute. Il ne perd pas la foi, même dans les difficultés. Si aujourd’hui, nous sommes ignorants du Soi, avec la vraie connaissance, il y aura réalisation du Soi.

Aucune nourriture ne peut éliminer votre faim de façon permanente. La meilleure et la plus nourrissante des nourritures est l’Atman. Il suffit d’en manger une seule fois pour éliminer définitivement la faim. La saveur de l’Atman est incomparable. Vous devez y goûter par vous-même. Son goût ne peut être décrit. Krishna fut plus connu que son Guru Sandipan, par sa réalisation totale du Soi et l’influence universelle qui en découla.

Nisargadatta Maharaj

Extrait de « Premiers discours » aux éd. des 2 Océans

3 réponses sur “Premiers discours 20 – La première manifestation”

  1. Bien que les premiers paragraphes soient un peu obscurs , le reste du discours est clair , simple et décisif, avec les formules frappantes que l’on apprendra à connaître…
    Du grand Maharaj !

    1. Oui, effectivement quelques commentaires ou ajouts au glossaire plus développés seraient judicieux.( présent dans la traduction du livre aux éd. des deux Océans).
      Le langage employé dans ce passage peut paraître assez hermétique.
      Le propos de Nisargadatta esttoujourset encore d’inviter à retourner notre attention à la source de la conscience. Nommé d’une façon assez personnifié ‘l’ancêtre’, Nisargadatta emploie parfois aussi le mot de ‘parent’.
      Ganendra peut être traduit par le chef des troupes, le Seigneur des troupes, Celui qui dirige tout, l’origine de tout mouvement de la manifestation (conscience manifestée).Ishwara, Vitthala, Sharada autant de nom qui évoque la Conscience (le Divin) dans son aspect de manifestation. Ici,tout est alors vu comme la manifestation, le mouvement, l’action, le Verbe de cette unique Source.

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