Premiers discours 26 – fermer les yeux n’est pas méditer

Celui qui n’a pas de mémoire du passé n’aura aucune pensée à ce sujet ou même à propos de l’avenir. Qu’est-ce qu’un jnani ? C’est celui qui a connaissance de la Conscience. En raison de la Conscience, nous voulons vivre toujours plus d’expériences de plaisir. Mais pour un jnani,( celui qui a réalisé sa nature intemporelle et non -identifiée), l’expérience d’être se suffit à elle- même.

Quelle perception la Conscience a-t-elle d’Elle-même? En contemplant la forme du corps, Elle se prend pour un être humain. Puis, comme cela n’est pas suffisant, vient l’invention du paradis et tout ce qui s’ensuit. Celui qui a réalisé la connaissance du Soi n’appelle pas le faux «vérité».( le faux est le terme utilisé pour désigner ce qui est perçu, ce qui est transitoire).

Il a la véritable connaissance de sa Conscience. Par conséquent, il différencie aussi ce qui est inerte et ce qui est en mouvement. Notre ignorance de l’Atman nous rend faible avec un corps faible. L’ignorant croit en son arrivée avec un corps, et par son ignorance, il est sûr de mourir. Tout cela est communément admis dans ce monde en raison de l’acceptation générale du faux. Par conséquent, la fausse vérité est prise pour la Vérité.

L’Atman reste dans le corps en raison de l’approvisionnement alimentaire régulier. Le corps lui-même est la nourriture. Le jiva (celui qui en tant que cobnscience s’identifie  à ce qui est transitoire ( faux), le corps, les sensations, les pensées, les émotions) au ignorant ne le sait pas et il essaie de se priver ou de choisir sa nourriture pour acquérir quelque mérite religieux et éviter tout péché possible. Son jeûne n’a pas de sens puisque le corps est lentement consommé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le processus se poursuit même dans le sommeil profond. La nourriture consommée est comme une offrande au feu. Tout cela se transforme en sang et en chair. Le feu qui brûle à l’intérieur fait s’élever la lumière de l’Atman. C’est la lumière du monde. Indépendamment de la taille et de la forme d’un corps vivant, le sens de l’être y est clairement ressenti.

À partir des cinq éléments surgissent beaucoup d’autres éléments. De tout cela, notre sens d’être est apparu.( sens d’exister, qui induit la séparation,moi, l’autre, moi le monde).

Le sage Tukaram dit que nous devrions mener une vie empreinte de spiritualité jour et nuit. Notre mental s’intéresse au mondain et c’est une obstruction à notre progrès spirituel. Il rend l’Ultime hors de vue.

Un jnani sait que l’Atman est libre de tout lien. Mais un jiva vit dans le doute, il vit les hauts et les bas de l’existence. La déception du jiva est proportionnelle à ses concepts. En l’absence d’une véritable connaissance du contenu de l’utérus, il ne peut y avoir de véritable adoration. Les sages n’ont aucune intention néfaste et sont là pour le bien de tous. Quand la Conscience n’est plus, toute la connaissance de l’existence disparaît. C’est la nature de la Conscience d’apparaître et de disparaître. Shankaracharya explique comment le Soi se réalise.

Parabrahman n’a pas de sens d’être. Par conséquent, Sa félicité n’a pas de limites. Sans la réalisation du Soi, le corps ne porte pas de fruits. Le corps est vénéré s’il est celui d’un jnani. Un jnani est témoin du corps et de la Conscience. Par la connaissance du Soi, toute l’existence est vue comme manifestation de Brahman. Après la connaissance du Soi, votre vie de famille deviendra également pleine de joie. Tout comme le soleil ne peut voir que la lumière, un jnani ne voit que la Conscience en tout un chacun.

Quand la Conscience est allumée, il y a le souvenir, et quand Elle n’est pas allumée, il y a l’oubli. Le Connaisseur de ces deux aspects est Paramatman. Si Atman est présent partout, qui est res- ponsable de ce qui se passe? Nous faisons l’expérience de notre existence sans aucun effort et cette expérience est très petite. Sans le savoir, votre alimentation se produit vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il est dit qu’il y a en tout seize mille cent huit nadi ou organes tubulaires dans le corps. On dit qu’ils sont les bien-aimés de Bhagavan Shri Krishna. Krishna est Celui qui en a connaissance et tout ceci est connu par Paramatman. Le Connaisseur de votre existence est Shri Vitthal.

Tukaram nous dit: «Ne vous limitez pas au corps mais soyez universel, c’est ce qui correspond à l’état naturel de votre Conscience. »

C’est très enthousiasmant d’accéder à la connaissance du Soi. Il n’y a pas de haine pour qui que ce soit ni de peur de la naissance et de la mort. Mais il n’y a que quelques rares êtres qui l’atteignent. Ici, la libération est obtenue simplement par l’écoute, sans sacrifier la vie de famille. Les jiva ignorent le Soi. Un jnani est au-delà de l’individualité du corps et son être est universel. Il ne se remémore jamais sa richesse passée ou sa pauvreté après sa réalisation. Il n’a ni chagrin ni découragement. À travers la Conscience, Il expérimente l’univers entier. Toutes les apparences sont vouées à disparaître. Méditer ne signifie pas seulement fermer les yeux. Cela se produit naturellement après avoir écouté un sage. Il dit : vous accusez à tort votre Soi d’être le corps et vous êtes plein d’ego. Débarrassez-vous de tout ça. Votre Soi est empli de béatitude. L’existence mondaine peut se poursuivre, mais seulement après avoir coupé ses racines. Cela signifie que vous devez avoir la conviction de la non-existence de ce monde. Quitter sa femme et ses enfants est une illusion.

Après la réalisation, votre travail n’aura plus de sens. Personne ne bénéficie de votre bénédiction. Même quand les sages donnent leur bénédiction, cela fait partie de l’illusion. ( le sage, la bénédiction et celui qui la reçoit, sont UN).

Nisargadatta Maharaj

18 septembre 1955

Extrait de « premiers discours » aux éd. des 2 Océans

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