Premiers discours 9 – ni forme ni concept

3 avril 1955

Atman : ni forme ni concept !

Ce qui est facilement accessible – parce que sans risques ou caractéristiques ni plans à réaliser – devient en fait très difficile à obtenir. C’est non préhensile par les sens et antérieur, depuis des temps immémoriaux, à tout ce qui existe. C’est indescriptible. Quand le connaisseur essaie consciemment de connaître le Soi, il L’oublie. Au début, il ressent que ce qu’il essaie de trouver, c’est sa propre manifestation. Mais alors il se rend compte que ce qui est consciemment trouvé n’est pas sa forme véritable.

Quand les choses se passent selon nos attentes, nous disons que c’est selon notre pensée. Ce qui est expérimenté avant l’apparition du mental n’a ni nom ni forme. Celui qui commente imagine mentalement beaucoup de choses. Mais le Soi en est absent. L’intellect ne peut pas imaginer le Soi. Ce qui est au-delà de tout concept, c’est l’Atman. Toute imagination se situe dans le domaine des concepts. C’est Paramatman qui s’est oublié Lui-même. Il a commencé à jouir des concepts mentaux et s’est manifesté. La forme actuelle du connaisseur n’est pas le Soi. Quelle que soit l’intelligence du mental, il ne peut pas réaliser le Soi. L’intellect est très performant et capable de grandes tâches, mais il ne peut pas voir la Vérité. Ce qui agit dans le mental et l’intellect n’est rien d’autre que la Conscience. Cependant, le Soi est antérieur à tout ce qui se crée ou ce qui est connu.

Enlevez tout ce qui est dans vos mains, sur vos pieds, dans votre esprit et aussi dans votre intellect. Jetez tout et renoncez-y.

Pour combien de temps? Jusqu’à ce que vous atteigniez l’Ultime.

Le roi Janaka avait dit à Shuka de n’enlever que ses sandales, sans parler de son esprit et de son intellect. Le vrai renoncement est celui de l’ego. Le Suprême – Parabrahman – est au-delà, mais l’auditeur est établi de ce côté. En réalité, c’est exactement le contraire qui convient. Celui qui enlève et éloigne les sandales de l’intellect et du mental est immobile, même en activité. Par l’intellect, l’identification au corps grandit. Nous ne sommes jamais le connu. Paramatman n’est touché par aucun nom ni aucune forme. Mais Il s’oublie Lui-même avec l’apparition de la conscience. Vous ne pouvez pas trouver Paramatman par le mental, quels que soient les changements que vous y apportez. Notre vraie nature est au-delà de tout. Le mot «Shiva» signifie toucher et le dieu Shiva signifie Un avec une touche de «Je suis». Il est au-delà des cinq éléments et ne peut être vu par les yeux. Il ne peut être vu que par l’œil de l’amour. La touche de «Je suis» n’est vraiment pas une simple touche, c’est un délice. Parabrahman est indescriptible par les mots, il est plus savoureux que le clair de lune. Là où il y a béatitude, la touche de « Je suis » doit être présente. Là où il y a joie, la touche de «Je suis» ou Shiva doit être là. En raison de la nature indescriptible de Parabrahman sans attributs, tous ont préféré garder le silence.

Notre vraie nature est l’origine de la Conscience. Vous devriez être exempt de peur dans n’importe laquelle de vos activités quotidiennes. Alors seulement, vous aurez le contrôle de votre mental. Tout ce qui apparaît aujourd’hui avec l’aide du mental disparaîtra et réapparaîtra sous une forme agréable. C’est vous seul qui devez d’abord être certain d’être l’origine de vos concepts.

Celui qui peut contrôler le mental peut contenir le Soleil et la Lune. Les concepts de Vaikuntha et Kailas ne sont que des imaginations mentales. De même, toutes les idoles sont des créations de l’imagination du mental. La conscience identifiée – jiva – a peur de la mort, et cette imagination disparaît en compagnie d’un sage. Cependant, le mental doit être contrôlé. La guerre n’est pas à l’extérieur, mais mentalement, à l’intérieur. Il faut toujours s’en tenir aux paroles du Sadguru. Il faut avoir la conviction que Paramatman est immuable et beaucoup plus grand que le mental et l’intellect. Cela effrite de plus en plus l’ego, ce qui mène finalement à son extinction. Si vous voulez contrôler le mental, ne l’écoutez pas. Vous devez être ferme sur le fait d’être sans forme et libre de concepts. Vous devez prêter serment et jurer que vous êtes identique à Raghava (Ram en tant que pure Conscience). Vous devez vous y tenir, même au prix de votre vie.

Nisargadatta Maharaj

3 avril 1955

Extrait de « Premiers discours » aux éditions des 2 océans

 

3 réponses sur “Premiers discours 9 – ni forme ni concept”

  1. On pourrait croire à première vue que N.M. débutait sa « carrière » de Guru dans les années 50 , or en 1955 il avait déjà 19 ans de maturation , Siddharameshwar étant mort en 1936 .
    Son enseignement est déjà parfait, il dira la même chose mais de façon toujours nouvelle jusqu’à sa grande période des années 78-81 .

    1. À cette époque (1955), les interventions sont plus structurées, (en tout cas celles rapportées ici) que dans les entretiens qui seront donnés à son domicile où il deviendra au fil de années, experts dans l’art de faire reconnaître aux chercheurs sincères leur véritable nature, à travers un échange spontané de questionnements directs. Effectivement la clarté et la puissance de ses propos sont déjà là dans ces discours.

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