Inédits – Entretien Clé

Ramesh Balsekar Nisargadatta

Visiteur : Maharaj a dit hier quelque chose à propos de l’être et de l’essence de nourriture. Sans nourriture, il n’y a pas d’être, mais (dans mon idée) je pensais que l’être et la conscience étaient toujours là. C’est l’Absolu, donc ce n’est pas la même chose que la nourriture, ou les choses matérielles.

Nisargadatta Maharaj : Tout est cette Conscience, mais on n’est pas conscient de cette conscience. Cette conscience n’a pas connaissance d’elle-même  à moins qu’il n’y ait un corps. La connaissance de l’être n’apparaît pas à moins qu’il y ait une forme et cette forme ne peut pas se maintenir à moins qu’il y ait de la nourriture.

V : La conscience dépend donc de la forme ?

N.M : La Conscience est présente partout, mais la connaissance de cette Conscience dépend de la forme.

V : La Conscience pure sans forme est donc impossible ?

N.M : La Conscience est là, mais la connaissance de celle-ci n’est pas là. Qui aurait la connaissance ?

V : Mais hier, vous avez dit de s’en tenir à la connaissance « Je Suis » et ce serait alors s’en tenir à la forme matérielle.

N.M : Il n’est pas question de s’accrocher à la Conscience. Elle est là, vous ne pouvez pas vous en échapper.

V : Sur quoi dois-je méditer alors – « J’ai connaissance que je suis » ou le « je suis » ?

N.M : Restez tranquille dans la Conscience. Celui qui appréhende la qualité de cet être, la transcende et n’est plus affectée par la naissance ou la mort. La Conscience se connaît elle-même grâce à l’aide du corps.

V : Sans lui, que reste-t-il ?

N.M : L’état Absolu. L’état Absolu stable en dehors de toutes formes que les 5 éléments prennent. Où le mouvement est figé mais le potentiel est là, c’est Parabrahman ; il n’y a pas de mouvement. Quand, à partir de là, le mouvement commence, c’est Saguna Brahman… la manifestation. Les 5 éléments en jaillissent !

V : Mais il n’y a rien de conscient là-dedans ?

N.M : L’Absolu ne se connaît pas lui-même. Sans le corps d’essence de nourriture, la conscience ne se connaît pas. Personne ne se connaît sans le corps de nourriture.

V : Eh bien, disons que Maharaj est à l’état Absolu. Alors il n’est pas conscient de lui-même ?

N.M : Je connais cet état pour toujours.

V : Mais, vous avez dit qu’il ne se connaissait pas lui-même.

N.M : Si cet état prévaut seul, il ne se connaîtra pas lui-même. Mais lorsque ce corps et cet être  sont disponibles, on les connaît à travers eux.

V : Mais quand le corps disparaît ?

N.M : Plus de connaissance.

V : Alors quand Maharaj est mort, il ne connaît plus l’état Absolu ?

N.M : Tout ce jeu se déroule dans le domaine des 5 éléments. La mort signifie quoi ? Ce corps et cet être vont se fondre dans les 5 éléments.

V : Il est préférable d’être vivant parce qu’alors vous en êtes conscient. Mais quand vous êtes mort, vous n’en êtes pas conscient, donc quand vous mourez, il manque quelque chose, il y a quelque chose de moins.

N.M : L’Absolu a l’aide de ces 5 éléments et du corps dont il dispose pour s’exprimer. En l’absence de cela, il ne se connaît pas lui-même. Mais l’être est composé des 5 éléments. L’Absolu n’a rien à voir avec lui, si ce n’est de s’exprimer à l’aide de ces éléments. Lorsque l’essence de nourriture/l’être s’éteint, la connaissance disparaît et l’Absolu demeure. Lorsque l’être est disponible, alors seulement il peut s’exprimer.

Dans vos affaires mondaines, vous avez recours à la spiritualité pour comprendre à quel point cela est irréel. Une fois que vous avez compris l’objet de la spiritualité, vous comprenez également que la spiritualité est également irréelle et, ce faisant, vous écartez tout ce monde. Le monde a disparu. Ce qui reste ne se connaît pas lui-même.

Je vous le dis dans un langage simple et clair : Voici la nourriture qui est servie. Dans cette nourriture, ce « JE SUIS » est dans un état de dormance. Il est déjà dans cette nourriture, mais il s’exprime véritablement lorsqu’il a un corps. Donc, lorsque le corps de nourriture est éteint, est-ce la mort ? Malheureusement, vous essayez de vous identifier à ce produit alimentaire et c’est là que les ennuis commencent.

V : Maharaj a-t-il dit que la spiritualité est irréelle ?

N.M : Pour comprendre ce que c’est, dans cette vie mondaine, vous devez vous aider de la spiritualité. Une fois qu’à travers la spiritualité vous comprenez de quoi il s’agit, la spiritualité ne sert plus. Le but de la spiritualité est de comprendre ce qu’est cet être et de s’en débarrasser. Ce principe de base ne vous sera pas exposé normalement. « Ils » essaieront de vous enrôler dans leurs concepts. Si vous comprenez ces entretiens, vous serez libéré.

Le point que vous devez comprendre est qu’il n’y a pas de personnalité individuelle. Cette forme et cet être proviennent de l’essence des 5 éléments. Oubliez Maharaj – il n’y a pas de différence.

N.M : Considérez que le fœtus dans l’utérus grandit. Qui dit au fœtus de faire pousser des os, de la moelle et du sang ? Après la naissance du bébé, il commence à téter – qui lui dit de commencer à téter ? Tout cela se fait par le biais de ce petit bout de conscience qui était latent. Dès que la conception a eu lieu, cette même chose s’est développée, en utilisant les Guna. Donc, quel que soit le corps, il fonctionnera de la même manière : c’est ce qu’on appelle une réaction chimique. C’est le produit de cette chimie qui s’empare de tout ce qui se passe, des sentiments ou de la connaissance du monde. Il est toujours là, tout vient de cette conscience.

V : Comment Mozart a-t-il pu composer une symphonie à l’âge de quatre ans sans renaître ?

N.M : Cette chimie de l’être a une qualité omnisciente qui est déjà là, mais sous quelle forme elle se manifestera, c’est une autre histoire. Dans le monde du rêve, votre produit chimique manifeste le monde du rêve. Allez-vous vous référer à votre naissance précédente comme étant la cause de ce rêve ? Cette Conscience a ressenti « Je me suis réveillé » et a créé son monde de rêve, et le monde de rêve est également très ancien. Vous voyez dans votre rêve des monuments vieux de plusieurs milliers d’années, mais ce rêve n’a été formé qu’à cet instant. Comment cela a-t-il été possible : toutes les qualités pour créer ce monde de rêve résident dans ce potentiel chimique.

Maintenant que vous avez compris que vous n’êtes pas le corps-esprit, continuez votre vie quotidienne normale comme avant. Vous pouvez faire ce que vous voulez.

En ce qui vous concerne, que ce corps vive mille ans ou disparaisse à ce moment ne vous concerne pas.

Traduction des paroles de Nisargadatta Maharaj par Ramesh Balsekar.

Derniers jours – La félicité originelle

sat chit ananda Nisargadatta

Visiteur : Pouvez-­vous nous parlez de l’état de grâce le plus élevé, est­-ce ce « Je suis » ?

Nisargadatta Maharaj : La félicité (Sat Chid Ananda) est le plus haut état de bonheur. Mais quoi qu’il en soit, cette félicité ne peut être permanente ; c’est une expérience. La réalisation se produit quand cet état, cette félicité se dissout et disparaît dans un état neutre sans aucune caractéristique (nirguna). Ceci est la véritable réalisation. C’est un état sans pensées et conceptualisation, où vous êtes zéro, le Rien.

Quel est votre âge ?

Visiteur : Trente-­huit ans.

Nisargadatta Maharaj : Quelle était votre conception de la fé­licité deux ans avant votre naissance ?

Visiteur : Je n’avais aucune connaissance de tout cela !

Nisargadatta Maharaj : À ce moment-­là, deux ans avant votre naissance, vous n’aviez aucune expérience de l’état de rêve et de l’état de veille, ou bien encore de ce que peut être l’expérience du plaisir ou de la douleur. Cela pour dire en fait que vous n’aviez absolument aucune expérience de quoique ce soit. Êtes­-vous d’accord avec cela ?

Visiteur : l’expérience demande un corps.

Nisargadatta Maharaj : Répondez uniquement à ce que je vous demande par«Oui»ou«Non».

Visiteur : Non.

Nisargadatta Maharaj : Est-­ce que cela signifie que Vous n’étiez-­pas ? Qui peut dire, je n’avais aucune expérience ? S’il vous plaît allons plus loin !

Visiteur : Merci à vous de bien vouloir m’amener plus encore au cœur de moi-­même.

Nisargadatta Maharaj : Si vous étiez au centre, vous ne pour­riez plus en ressortir. Qui se sent poussé à l‘intérieur ? La félicité ne peut venir à exister que par l’union du féminin et du masculin. Autrement, il n’y aurait pas de félicité. Vous êtes le produit de cette félicité. Vous avez émergé il y a trente­huit ans de cette félicité, mais ce n’est que maintenant que vous en avez connais­sance ! Au moment où cela s’est produit, vous ne le saviez pas. Jusqu’à l’âge de trois ans, vous n’aviez aucune idée de cette fé­licité. Ensuite, vous en avez eu des expériences fugaces, mais ce n’est que maintenant que vous en avez une connaissance. Tout ceci n’est que la mémoire ou les vestiges de cette Félicité origi­nelle.

 

 

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – Ce qui est déjà vous

méditations avec sri nisargadatta maharaj

Nisargadatta Maharaj : Vous êtes comme une personne qui cherche après elle dans chaque coin et recoin de la pièce. Vous êtes en quête de ce qui est déjà Vous. Vous ne pouvez pas trou­ver la Vérité ultime en regardant au­dehors.

Visiteur : C’est comme si vous me marteliez la tête pour m’ai­der à ne pas oublier.

Nisargadatta Maharaj : Cette idée de « votre » n’est pas non plus juste. Lâchez vos perceptions sensorielles. Votre corps est constitué des cinq éléments, mais ce n’est pas Vous. Ce corps que vous prenez comme tout ce que vous avez n’est pas permanent. Tant que vous vous prenez pour votre corps, vous êtes un être malade et qui n’est pas apte à la réalisation du Soi. Quand vous aurez totalement réalisé ce « Je suis », sans les conditionnements liés au corps physique et mental, vous ne ferez alors plus qu’Un avec le monde dans son entier. L’univers ne doit son existence qu’à cette connaissance, « Je suis ».

Visiteur : Je ne suis pas capable d’avaler le remède que vous me donnez !

Nisargadatta Maharaj : Vous aurez encore à vous exercer à la méditation et à réciter un mantra, ainsi l’obstacle que représente votre identification au corps sera éliminé.

Visiteur : Me donnerez-­vous un mantra ?

Nisargadatta Maharaj : Pour le moment ce n’est pas néces­saire. Contentez­vous de tourner toute votre attention sur le Soi et restez à l’écoute du son qui l’accompagne. Il semble que vous n’expérimentez pas de moment de tranquillité et de calme. Pour le moment, vous êtes très attaché aux perceptions qui vous viennent du monde extérieur à travers le corps physique et men­tal. Détournez-­vous de cette attraction est intériorisez-­vous. Vous trouverez ainsi votre véritable Soi. Vous semblez avoir déjà oublié ce que vous avez entendu ce matin, et vous évoquez d’autres sujets.

Visiteur : Pourquoi devrais-­je rester coller à la mémoire ?

Nisargadatta Maharaj : Qui reste collé à la mémoire ? la connaissance « Je suis » est plus subtile que le ciel, comment la mémoire pourrait y adhérer ?

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – Udmani

udmani Nisargadatta Maharaj

Nisargadatta Maharaj : Quand l’état de Connaissance véri­table sera établi, vous serez dans un état ressemblant à celui du sommeil même la sensation d’être le témoin ne sera pas là. Vous pourrez ressentir un état proche du sommeil, mais ce n’est pas le sommeil. Cela est appelé udmani, qui signifie ‘au­-delà du mental’. Les Yogis et les sages sont dans cet état au-­delà du mental. C’est un état qui transcende le mental. Quand je parle, je le fais depuis l’udmani – depuis ce non-­état. C’est un état de tranquillité et de détente. 

Question : Est­-ce un état de sommeil profond ? 

Nisargadatta Maharaj : Bien qu’il semble similaire au sommeil, ce n’est pas le sommeil, parce qu’il s’y trouve une grande Pré­sence ou Conscience. Vous ne pouvez pas accéder à cela à moins d’être déjà stabilisé dans une certaine tranquillité et paix. 

Question : Parfois, quand je suis en train de lire, il y a une identité, et je me vois en train de lire. Est­-ce différent de ce que vous décrivez ? 

Nisargadatta Maharaj : Pendant que vous rêvez, vous obser­vez le rêve, n’est­-ce pas ? À ce moment, le monde rêvé dans son entier se déploie devant vous. Vous êtes tout à la fois en train de participer à ce monde rêvé en tant qu’un des personnages, un des acteurs et en même temps témoin de l’ensemble. Dans ce que j’évoque (udmani), vous êtes pure témoin. Vous n’agissez pas vous êtes simplement témoin, bien qu’en même temps vous participiez au rêve. 

Certains Guru-s donnent des conseils à suivre qui n’engage que l’aspect mental et les activités. Ils dirigent leurs disciples dans un jeu mental qui se réfère aux concepts qu’ils affectionnent. Ils concrétisent leurs concepts préférés sous forme d’activités des­tinées à leurs disciples. Laissez tout cela de coté – il n’est pas là question d’effort et de s’élever à un niveau supérieur. Où cette clarté, cette flamme pourrait­-elle bien se rendre ? Où ce prana ou mon souffle vital pourrait-­il se rendre ? Il n’est pas question ici de se rendre quelque part. Vous avez juste à être présent en tant que Témoin et vous ne ferez plus qu’un avec les cinq éléments. 

Si vous vous identifiez avec le complexe corps physique­-men­tal, vous aurez alors à supporter toutes les misères et souffrances qui le concernent en ressentant toutes ses impressions. Si vous vous identifiez au corps, vous souffrirez avec le corps. Un nageur qui est pris dans un tourbillon, doit y plonger profondément avant de pouvoir s’en éloigner et revenir à la surface. Cependant si le nageur tente de se débattre, il s’épuisera et cela en sera fini. De la même manière avec ce tourbillon de ce complexe psycho­-corporel, avant de rentrer dans un état de perturbation avancée, descendez profondément en vous, ne vous laissez pas emporter et épuiser par cette identification. Placez­-vous au­-delà des pen­sées et demeurez dans cet état sans pensées. Si je vous demande de poser des questions, c’est pour que je puisse apprécier la pro­fondeur de votre compréhension. Les questions appartiennent au mental, mais vous n’êtes pas le mental. 

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – Atma prem

Ashram Nisargadatta

Visiteur : Qu’est­-ce que Atma Prem (L’amour de Soi) ?

Nisargadatta Maharaj : Atma Prem est aussi une conséquence de la conscience d’être. Si vous prenez part à Atma Prem, il a la capacité de vous distraire et tout ce que vous verrez sera maya, qui est l’état d’igno­rance. Si vous atteignez un état de Connaissance, alors même cet Atma Prem sera vu sans existence véritable. Le mot maya a ici un autre sens. Ce que vous appelez l’amour est lui ­même maya. L’amour joue de multiple rôle. Toutes ces maisons, etc., ont été créé à partir de maya. L’amour ou maya a créé Mumbai tout en­tière. L’Amour prend de multiple forme ; mula-maya a créé tout aussi bien Vishnu que Shankara, mais qu’est-­ce qu’il y avait avant cela ? Maya est la responsable. L’être humain est enchevêtré dans ce concept et illusion de l’amour, et à cause de cela il est pri­sonnier du cycle de la vie et de la mort. Le sentiment d’amour devient une grande méprise si vous vous retrouver empêtrer en lui. L’amour peut être éprouvé pour tant de choses. À l’instant où l’illusion est créée, les liens se créent. En vous prenant pour un homme ou une femme, vous vous empêtrez dans cette illusion.

Vous êtes Para Atma. C’est ce que mon Guru m’a transmis alors qu’il entrait en MahaSamadhi. Ses paroles étaient si puis­ santes qu’elles se sont implantées et enracinées en moi, et je suis ainsi devenu Cela. Il y avait une telle puissance et force dans ses propos que ce qu’il disait prenait forme et devenait la réalité.

… /…

Visiteur : N’y a-­t­-il pas d’amour dans la réalisation du Soi ?

N.M : C’est au­-delà de cela. L’Amour appartient au monde. La véritable réalisation du Soi ne se produira pas tant que vous ne saisirez pas ce que vous êtes. Si vous comprenez la réponse, alors cette question au sujet de la réalisation du Soi ne viendra plus.

Ananda, la félicité et la grâce de la Conscience, s’élèvera en vous comme une explosion atomique, et vous verrez alors comment le vaste monde dans son entier est la manifestation de Cela.

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta «  aux éditions Aluna

Derniers jours – sans effort

Nisargadatta maharaj sans effort

Visiteur : La méditation n’est pas encore quelque chose de confortable pour moi. Elle est souvent chaotique.

Nisargadatta Maharaj : L’idée que vous n’êtes pas stable et que c’est chaotique est juste le point de vue de votre mental, et ne concerne que le mental.

Visiteur : Oui, c’est pourquoi je me tiens fermement au té­ moin.

Nisargadatta Maharaj : Pourquoi fermement ? Détendez-­vous et posez­-vous la question du pourquoi de cet effort.

Visiteur : Chaque instant a des saveurs de nectar d’immorta­ lité (amrit). C’est très important pour moi et cela amène un sens de l’effort plutôt que de me relaxer.

Nisargadatta Maharaj : Qu’est­ce que c’est que cet effort que vous faites qui aurait à voir avec amrit ?

Visiteur : Je fais tous les efforts possibles pour ne pas être dans l’ego, ou l’identification au corps physique et mental.

Nisargadatta Maharaj : D’où vient le besoin d’être impliqué avec le corps ?

Visiteur : Juste une habitude de conditionnement passé.

Nisargadatta Maharaj : Qu’est­ce qu’un moment peut avoir avec amrit ? Un moment est un morceau de temps, alors qu’amrit est éternel.

Visiteur : Si le « Je suis » est juste dans l’instant, n’est­ce pas l’éternité ?

Nisargadatta Maharaj : Ces moments sont comme un jet d’étincelles, alors que le Soi est continu.

Visiteur : J’expérimente souvent le Soi ces jours­ ci.

Nisargadatta Maharaj : Qui en fait l’expérience ? Vous êtes la Conscience. Il n’est aucunement question d’expérimenter quoique ce soit. Quoique ce soit, c’est ce que ‘Vous’ êtes. Tandis que vous créez une identité séparée.

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – La Conscience perçoit qu’Elle est toute chose

La Conscience perçoit qu’Elle est toute chose

Nisargadatta Maharaj : Brahman (ou Ishwara) et toute cette mani­festation sont auto­créés, et c’est au sein de cette manifestation que vous tentez de modifier les choses.

Visiteur : La Conscience perçoit qu’Elle est toute chose, qu’Elle est Ishwara. Alors des désirs peuvent s’élever spontanément pour modifier ou ajuster les choses, et à ce moment­là toute autre chose arrive et vous réalisez que vous ne pouvez pas l’ajuster – « C’est. »

Nisargadatta Maharaj : Ceci se produira constamment, et vous n’y êtes pas impliqué. Vous êtes en dehors de cela.

Visiteur : C’est pour cela que c’est si aidant pour moi d’être ici.

Nisargadatta Maharaj : Malgré cela, les lumières de Delhi et du monde sont encore visibles ! Ce processus chimique, cette réaction, est votre « Êtreté », et elle se maintient sur ce corps de nourriture. L’Absolu est témoin de cette « Êtreté » qui est ali­ mentée par le corps de nourriture. Est­ce clair ? Après un certain temps d’état de veille, un repos est nécessaire, c’est ainsi que cette expérience du « Je suis » disparaît. C’est comme si elle pre­ nait du repos et s’oubliait. Vous ne pouvez pas comprendre ac­tuellement de quoi il en retourne exactement, mais quand vous serez établi dans votre « Je suis », vous saisirez que ‘Vous’ êtes antérieur à l’état de rêve ou à l’état de veille, et qu’ils sont des émanations provisoires de votre « Êtreté. » Les états de veille et de sommeil appartiennent au « Je suis ». ‘Nous’ sommes doués de cette qualité de témoin ou d’observation par la présence du « Je suis. » Quand le « Je suis » n’est plus là, l’outil nécessaire à l’observation n’est plus disponible.

Ce qui se passe, c’est que pendant que vous êtes en train d’écouter ce que je dis, vous vous référez aux concepts que vous avez au sujet de la Conscience. Si mes mots vont dans le sens de ceux­ci, vous êtes satisfait. Mais je veux faire table rase de tous les concepts et vous permettre d’être établi dans un ‘état sans concept’.

Notre premier ministre, Morarji Desai, a certaines concep­tions bien enracinées du Divin qu’il ne souhaite pas remettre en question. Une femme qui est venue ici et qui connaît le premier ministre, lui a offert ainsi qu’à son frère deux livres de mes en­ tretiens. Morarji les a juste parcourus et en a conclu « Je ne suis pas en accord avec cela. » ‘Je ne suis pas d’accord’ signifie : « Cela n’abonde pas dans le sens de mes concepts, aussi je ne peux pas l’approuver. » Il ne pouvait pas concevoir que ses concepts soient mis à plat, tandis que son frère fut enthousiaste et dit : « Tout ceci me parle. »

Visiteur : Si je comprends bien, si je me tiens profondément dans le Cœur, tout disparaît et il n’y a plus de « Je Suis. »

Nisargadatta Maharaj : Ce « Je suis » se dissout dans l’Absolu.

Extrait de « Derniers jours de Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – La cause première

nisargadatta maharaj première cause

Nisargadatta Maharaj : La cause première est la connaissance du « Je suis ».

Visiteur : Qu’est­ ce que vous entendez par « connaissance » ?

Nisargadatta Maharaj : Cette connaissance « Je suis » apparaît spontanément. Cette connaissance « Je suis » est antérieure à la formation des cinq éléments. L’Absolu (Paramatma Parmeshwar) n’est conscient de rien. L’état de conscience apparaît plus tard, avec la connaissance du « Je suis ». Un être peut être bien por­ tant quand il va se coucher et le matin au réveil, avoir la tête qui tourne et tomber. Il découvre que tout son corps est enflé et ne connaît pas la cause de ce trouble. C’est seulement quand tous les examens sont faits qu’il connaît la cause de cette maladie. De la même manière, l’Absolu n’a aucune idée qu’Il était (ou qu’Il est). C’est seulement quand la connaissance « Je suis » apparaît spon­ tanément qu’il peut en être conclut que l’Absolu ‘était’ ou ‘est’. C’est uniquement quand la conscience du corps­mental vient à l’existence, par le pouvoir des cinq éléments, que la Conscience d’Être apparaît. J’ai appris de mon Guru que ce subtil principe qui ne sait pas qu’« Il est », est mon propre Soi. Ceci est ce qui m’a été transmis. C’est depuis Cela que je vous parle.

Extrait de « Derniers jours » aux éditions Aluna

Derniers jours – Présence consciente

Nisargadatta Je suis

Nisargadatta Maharaj : La pratique méditative qui consiste à se focaliser sur la respiration est appelée pranayama. La pratique du pranayama vous apporte un état de paix. Avant tout, le Té­moin, n’est pas l’énergie vitale (prana) mais ce qui observe sans participer. Cela vient de nulle part. C’est toujours là. Ce n’est ni clair, ni sombre, ni carré ni rond ou de toute autre forme. Vous pouvez appeler Cela qui regarde Krishna, Christ ou Rama. C’est pur Amour. Le témoin est la preuve en chacun de son Être ; c’est le « Connaissant ». Qu’est que le souffle vital ? Quand il est présent en vous, dans le corps, il est appelé prana. Quand vous méditez sur le souffle et qu’il est libéré, il se fond dans l’espace et devient un avec l’univers. Dans ce genre de dévotion, vous n’avez besoin d’aucun autre support, tel que des fleurs ou de la nourriture.

Quand vous contrôlez votre souffle par le pranayama, un état de félicité (samadhi) peut être atteint où il n’y a ni pensées et ainsi aucun désir. Cependant, cet état de félicité et de joie ne per­dure que tant que vous maintenez ce contrôle de la respiration. Vous ne tarderez pas ensuite à retrouver un état plus grossier. Ce n’est que quand cette joie est contactée au­delà des sens qu’il y a union avec l’univers. C’est aussi pur et vaste que le ciel. Mais qui l’éclaire ? Cet Amour, cette connaissance qui l’éclaire est la connaissance « Je suis ». Portez toute votre attention sur votre « Êtreté » jusqu’à ce que vous soyez établi consciemment en Elle.

Alors, seulement vous pourrez la transcender. Votre attention du moment est seulement sur l’air ou sur la respiration. Soyez votre « Êtreté », même si cela n’est pas l’étape finale.

Question : L’expérience de ce qui est importe peu, si vous êtes conscient du Témoin, est-­ce juste ?

N.M : Qui est le Témoin de cette joie ? Qui est conscient de cette joie ? Soyez ce « Je suis » ?

Une fois que vous avez connaissance de qui vous êtes, restez stabilisé dans cette expérience du Soi. Soyez, tel Arjuna, présent à son « Êtreté » en permanence, même au plus fort des combats sur le champ de bataille. Parce qu’il ne faisait qu’un avec Krishna, il pouvait combattre en sachant que personne ne tuait et per­sonne ne pouvait être tué.

Extrait de « Derniers jours de Sri Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna

Derniers jours – Qui est malade ?

Nisargadatta derniers jours

En 1978, le docteur Rjgopal de l’Hôpital Jaslok vint rendre vi­site à Maharaj. Pendant la discussion, le docteur détecta dans la voix de Maharaj, un problème au niveau de sa gorge et exprima son désir d’ausculter la gorge de Maharaj. Il emmena Maharaj à l’Hôpital de Jaslok et après l’examen lui annonça qu’il suspectait un cancer de la gorge. Il souhaitait donc procéder à des examens plus poussés, mais Maharaj exprima son désaccord. C’est ainsi que Maharaj poursuivit ses entretiens comme à l’accoutumée sans interruption jusqu’en 1980. À nouveau en avril 1980, sa voix devint plus rocailleuse. Un physicien, le Docteur Kale, de la fa­mille de Maharaj, en l’examinant décela des zones de resserre­ment dans la gorge et fit part de son inquiétude. Aussi, il insista pour que Maharaj soit examiné de manière plus approfondie. Sous les efforts de persuasions insistants de Monsieur S. V. Sapre, Maharaj accepta de faire les examens nécessaires. Les résultats indiquèrent que le cancer s’était considérablement développé.

Quoi qu’il en soit cette annonce eut peu d’effet sur Maharaj. Il fit remarquer nonchalamment : « Qu’est­ce qu’un cancer tout compte fait ! Je ne suis pas effrayé par la mort. Ce « Je suis », la naissance elle-­même, est le commencement de ce cancer – le commencement de la souffrance, et je ne suis rien de tout cela. Aussi, si même un médecin me soignait, cela concernerait mon corps et non ‘moi’ – l’Absolu. »

Plus tard, bien que Maharaj ne soit pas prêt à se faire soigner, Monsieur Ghia Seth – un industriel – insista pour que Maharaj soit vu par le docteur Paymaster, qui était le cancérologue le plus renommé de Mumbai. Aussi, fut-­il amené en consultation chez le docteur Paymaster qui décrivit à Maharaj la gravité du mal, ainsi que les détails de la souffrance insupportable d’un patient can­céreux quand un traitement n’était pas donné en temps voulu. Mais cela n’eut pas pour effet de convaincre Maharaj et il décli­na tout traitement de chimiothérapie et radiothérapie, et ne fut même pas d’accord d’être hospitalisé.

Dans le même temps, un proche disciple de Maharaj, Mon­sieur Shrikant Gogate, suggéra un traitement homéopathique et recommanda un homéopathe de Malvan – la ville native de Maharaj. Il s’agissait du Docteur Suvarna, qui était spécialisé dans le traitement des cancers. Le traitement du Docteur Suvar­na, selon nos constatations, produit de bons résultats par le fait que la gorge ne sembla plus subir les mêmes effets ravageurs de la maladie. Il pouvait manger une nourriture habituelle. Ces en­tretiens reprirent sans interruptions, et avec autant d’énergie, et tout allait bien.

Un certain nombre d’experts en médecine ayurvédique, en nadi vaidya et en acupuncture lui rendaient visite plus ou moins régulièrement. Un acupuncteur le soigna pendant quatre jours, mais Maharaj n’était pas enclin à continuer avec ce traitement. Un thérapeute en vadi vaidya donna quelques huiles à utiliser en gouttes nasales. Ces traitements donnèrent quelques soulagements temporaires. Mais aucun d’eux ne donna d’espoir quant à une guérison. Ils donnaient tous à prévoir une fin dans les deux à trois mois à venir. Mais, contrairement à leurs craintes, le pire n’arriva pas avant huit mois. Ils mirent cela sur le compte de la réalisation spirituelle de Maharaj.

D’une manière qui ne présageait rien de bon, à partir de juillet 1981, le terrible mal reprit la main. Cela eu pour conséquence de faire diminuer la longueur des entretiens ainsi que leur fréquence. De deux heures, ils passèrent à une heure trente, puis même plus tard à une demi-­heure. Il arriva même quelques fois, au plus fort de la maladie, qu’il ne soit physiquement pas capable de mon­ter à la mezzanine où les entretiens étaient donnés. Dans ces moments là, nous écoutions des enregistrements de précédents entretiens.

Le 18 août 1981, Maharaj eu une attaque de pneumonie. Il fut pris de toux et congestion des poumons. Le docteur Kale pres­crit un traitement d’antibiotique qui fit baisser la température. Tout semblait revenu sous contrôle, mais, très faible, Maharaj ne pouvait poursuivre ses entretiens.

C’est le 6 septembre 1981 que Maharaj donna le signal du départ. Depuis son lit, il exprima dans un murmure : « Dans trois jours, je serai parti. » Nous étions horrifiés, la fin était proche ! Mais nous n’étions pas prêts à prendre ses mots au sérieux. Pré­cédemment, alors que nous nous enquérions de sa santé, il avait répondu : « Quelle santé – dans l’instant suivant je pourrai ne plus être là. » Aussi, de la même manière, nous n’avons tenu plus compte de ces « trois jours. »

Extrait de « Derniers jours de Sri Nisargadatta Maharaj » aux éditions Aluna