Nirupana 8 – le Soi suprême

La lecture et l’écoute sont toutes deux nécessaires. La connaissance reçue du Guru concorde parfaitement avec ce qui est lu et entendu. La voie juste fait dire : « Je suis exactement tel que le Guru m’a décrit, et tel que je l’ai lu et entendu. » Ce qui reste, une fois rejetée notre propre conscience, est la Vérité. L’Union à Dieu est yoga. Dans l’Union, tous deux se dissolvent, le témoin de cela est le Soi suprême – l’état d’être non manifesté.

Le corps est prakiti, et ce qui réside dans le corps est purusha. Ce qui agit est prakiti, tandis que purusha est le témoin immobile. Autrement dit, le prana est le mouvement et ce qui en a connaissance est la conscience-témoin. Ces deux énergies sont sans forme. Prakriti et purusha ne sont pas séparées. Aussi, tant que vous vous prenez pour le corps il n’y a pas de paix. Gardez présent ce que vous avez entendu et restez dans un discernement constant. Celui qui a réalisé prakiti et purusha est libéré.
Dans le corps, Dieu fait l’expérience de Lui-même dans la sensation « Je suis ». La parole du Guru est votre propre présence ; vous devriez en être convaincu. Abandonnez-vous au prana ; laissez tomber l’identification au corps. Celui qui connaît le pouvoir du prana est le jnani. Fixé sur la source de l’énergie vitale (shakti), sa méditation est continue tout au long de la journée. Cette méditation est portée par cette énergie elle- même. La paix immuable est un grand accomplissement. Le véritable repos survient quand prakriti et purusha sont toutes deux oubliées. Par la méditation, la sensation « Je suis ceci ou cela » disparaît. Pour permettre à cette méditation d’aboutir avec succès, consacrez-vous à elle. Tournez l’attention sur le Soi avec l’énergie du prana. Quand cette énergie s’arrête, la conscience s’unit à elle et le samâdhi s’ensuit.

Le savoir livresque doit être confronté à notre propre expérience. Quand nous sortons du sommeil profond, ce qui apparaît en premier est la conscience microscopique. C’est la sensation « Je suis » avant tout mot. Cette graine de conscience est à la racine de toutes les expériences. Instantanément, elle prend la taille de l’univers. Mais vous devez voir l’irréalité de cette conscience. Le monde apparaît avec votre réveil. L’expérience se poursuit avec celui qui expérimente. Saisissez la Source de cette connaissance. Quand une opération est faite sous anesthésie, il n’y a pas de douleur. Si un être meurt dans cet état d’inconscience, y a-t-il une quelconque douleur de la mort ?

Alors que vous écoutez ces mots, vous vous oubliez et oubliez par là même le monde. Vous demeurez dans votre état d’être naturel. N’est- ce pas un grand profit ? La dévotion au Guru vous offre la réalisation du Soi.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 19 janvier 1978

Extrait de “Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj” aux éditions des deux océans

 

Nirupana 7 – intime conviction

Le mouvement du prana et le mouvement de Dieu ne sont pas différents. Observez votre respiration. Sans la force vitale, la sensation « Je suis » ne serait pas là. La conscience dans le corps est le guna qui témoigne du prana (ils ne sont pas différents). Une fois que vous avez réalisé le Soi, aucune attitude particulière n’est nécessaire. Ce serait un signe d’ignorance. Se tailler la barbe, vouloir impressionner par son apparence, etc., sont des comportements liés à l’identification au corps. Ils ne sont pas propres au Soi. Les concepts que vous choisissez pour méditer se réalisent et vous avez les visions en rapport. Le tout est irréel. Il n’y a rien de comparable à l’écoute de tels enseignements. À partir du moment où vous écoutez ceci, la libération est à portée de main.

Le principe de manifestation est mouvement, le non manifesté ne l’est pas. Il est sans qualités.

Quand on avance en âge, l’enfance et la jeunesse s’en vont naturellement. Il n’est pas nécessaire de vouloir y renoncer. De la même manière, votre ego s’en ira naturellement. Aucune expérience ne dure. Il n’y a pas de créateur du monde, pas plus qu’il n’y a de mainteneur ou de destructeur. Tout apparaît spontanément. Ce que nous savons devient source de joie ou de peine. Ce que nous ne connaissons pas ne peut pas être source de joie ou de peine. Le mental est le concept, et le concept est le mental. Le concept donne naissance à tout ce qu’il aime. Ainsi va le royaume du mental. Le Soi n’est associé à rien. Celui qui comprend ce qu’est un concept, comprend en même temps Cela qui est sans concept. Ceci est possible en écoutant ce qui est dit ici. Ce que vous avez appris depuis l’enfance est devenu votre réalité du monde. Jiva, jagat et Brahman sont des concepts. Tout concept crée ses propres significations en rapport avec les trois gunas. La conscience manifestée est la racine. Quand la conscience se met en mouvement, le mental apparaît. La conscience manifestée est le support dans lequel flotte le mental.

Quand nous sortons tout juste du sommeil, à ce moment, avant les mots, nous sentons « Je suis ». C’est la pensée première. Comment ce monde vient-il à exister ? C’est comme un rêveur qui crée un monde rêvé sans rien faire. Nous avons la sensation que le monde est réel, parce que nous percevons notre corps comme réel, et vice-versa. Bien que le monde soit immense, il n’y a pas la moindre vérité en lui. Le non manifesté s’est manifesté et a créé le mental. Le mental crée le monde qui apparaît réel. Celui qui quitte le manifesté pour rester dans le non manifesté, ne peut plus dire : « À cet instant, je ne me connais pas. » En premier est la conscience, ensuite le mental est créé à travers elle, suivi par toutes les activités. En l’absence de la conscience, est-il possible de faire quoi que ce soit ? La sensation « Je suis » est un concept spontané. Ce concept n’est jamais satisfait. Quand vous essayez d’être un avec la conscience, le mental se met au travers. Persévérez. Tournez l’attention à la Source d’apparition de la conscience. Cette conscience n’est pas vraie.

Celui qui écoute cela devrait regarder en lui plutôt que de s’occuper des affaires d’autrui. Il devrait saisir l’opportunité de regarder et connaître qui il est. Une fois saisi le sens du concept, vous savez que le monde est une blague. « Absolument rien ne s’est jamais passé. Je n’ai jamais vu personne et personne ne m’a jamais vu » est alors votre intime conviction.

Quel que soit le désir que vous preniez pour pénitence, il se projette sur votre mental et tout apparaît en s’accordant à lui. La force vitale prend forme et alors les visions apparaissent. Si vous agissez en tant que conscience identifiée (au corps), les concepts abondent. Si vous rentrez en sympathie avec votre conscience pure, elle révélera sa vraie nature. Quand la conscience accède à cette connaissance, tout se dissout, et reste alors vijnana, la véritable connaissance directe qui n’a pas de nom.

Si vous vous accordez à cela, tôt ou tard vous réaliserez que vous n’avez jamais eu une quelconque expérience du monde. Dans ces circons- tances, que devient votre implication dans un tel monde ? Jusqu’à ce que vous ayez cette connaissance directe, continuez vos occupations comme vous aimez le faire. Prenez soin du quotidien. Ne le fuyez pas.

Avant que vous commenciez à comprendre les mots, quand vous êtes né, vous étiez dans votre état naturel. Une fois que vous avez pris pour vrai ce que vous avez entendu, vous êtes arrivé à votre état actuel. Ce qui a imprégné votre mental si profondément agit de multiples fa- çons. Le plus grand effort est requis pour se comprendre. C’est ce que vous devez réaliser. Alors viendra la compréhension du secret du monde. Quand vous réalisez votre nature, vous réalisez celle du monde en même temps. Vous saurez qui « vous » êtes. Ayez la ferme conviction d’être ce que le Guru dit. Dans les activités quotidiennes, vous pouvez utiliser votre identité d’homme ou de femme. Mais ne la conservez pas.

Tout dépend en tant que qui vous allez mourir. La mort n’est qu’un mot. Ce n’est jamais une expérience. Qu’est-ce que vous pourriez expérimenter d’autre que Brahman quand il n’y a que Brahman ?

Vous êtes le disciple du mental. Le mental vous modèle. Le mental ne connaît pas son origine. Votre conviction doit reposer dans les mots du Guru. « Le Guru m’a initié » signifie qu’il m’a initié à ma vraie nature. En toute confiance, agissant dans cette conviction, la Vérité est révélée. Du point de vue de ceux qui l’entourent, un homme est mort. Du point de vue du jnani, il est devenu libre de ses illusions. L’illusion, la voici : « Je suis comme ceci, comme cela, je suis un homme, je suis une femme. »

En premier lieu, les ingrédients sont préparés, alors jiva prend naissance à travers cette nourriture. La nature de la nourriture est la même que celle de jiva. Le corps est juste de la nourriture transformée. Il est nourriture pour la conscience. Aussi longtemps qu’il y a conscience, il y a faim et soif. Soit vous trouvez la détermination à travers les mots du Guru, soit vous continuez de trébucher en vain. Cette expérience qui vous fascine aujourd’hui, est fausse. Elle ne durera pas. Vous pourriez prendre la meilleure nourriture et vouloir rester fort, quand la vieillesse arrive mains et pieds se mettent à trembler. Pensez à cela, abandonnez-vous à la conscience qui dit : « Jaï Guru, Jaï Guru. » Parce que vous croyez être le corps, des concepts tel que « Je suis un enfant, je suis un jeune, je suis un vieux » se présentent à vous. La discrimination fera dire : « Le corps se transforme, je suis et serai toujours ici. »

Nisargadatta Maharaj 

dimanche 15 janvier 1978

Extrait de “Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj” aux éditions des deux Océans

 

 

 

Nirupana 6 – votre nature est lumière –

 

Les pensées vont et viennent à leur rythme. Elles s’attardent si besoin. Un jnani n’a même pas le besoin de lui-même. Comment se fait la vie quotidienne d’un jnani ? Celui qui a pris soin de l’enfant dans l’utérus pendant la grossesse prend soin du jnani. De quelle manière un enfant est-il protégé et soigné jusqu’à ce qu’il réalise qu’il a un corps ? La réponse est : la conscience universelle qu’il est prend soin de tout. Même si vous viviez un millier d’années, votre identification au corps ne s’en irait pas. Comment Celui qui est lumière et pure existence peut-il être un corps ? L’expérience de votre être, sans aucun mot, est la vraie connaissance.

Le corps est constitué de cinq éléments. Son essence est la conscience qui réside en lui. Soyez certain que vous n’êtes pas le corps. Vous êtes sans forme ; vous êtes fait de lumière. Vous pouvez voir la lumière et l’obscurité grâce à votre propre lumière. Om symbolise le frémissement du souffle, l’assurance de votre existence. Quand vous accédez à la connaissance de votre conscience, vous êtes libéré. Si vous n’êtes pas le corps, comment allez-vous agir et avec qui ?

C’est un état inébranlable, immuable. Une fois que votre essence lumineuse est connue, il n’y a plus d’aller et venir. Votre nature est la lumière qui s’éclaire elle-même et vous permet de voir les choses. Vous croyez encore être ceci ou cela avec un corps. Quand le corps meurt, le prana le quitte. Personne ne dit que le prana est mort. Si le prana est pur, alors le mental et l’intellect aussi. Si le prana est satisfait, quelqu’un pourrait-il avoir une expérience miséreuse ? La puissance du prana est identique à la puissance de la vie – la force vitale. La force du prana est identique à celle de la maya primordiale – la même que la puissance de Brahman.

Il y a de l’amour pour la parole tant qu’il y a ignorance. Après la connaissance, les mots n’ont plus d’intérêt. Après la réalisation, la sensation « Je suis » est toujours là, mais le fonctionnement du mental est complètement changé. Continuez la récitation du mantra en gardant son sens à l’esprit. Réfléchissez au sens de la dévotion, de qui, envers qui, et pourquoi.

Si vous souhaitez recevoir la grâce du Guru, prenez sa parole pour autorité.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 5 janvier 1978

Extrait de ” méditations avec sri Nisargadatta Maharaj” aux éditions des deux Océans

Commentaire :

Une lumière qui n’est pas à opposer à l’obscurité. La lumière ici  évoquée est celle au sein de laquelle ténèbres et lumières apparaissent et sont perçus. Une lumière qui ne s’éteint pas, une lumière qui ne peut être masquée.

ce doigt pointe vers cette lumière, cette clarté qui éclaire lumière et obscurité. Voyez !

Nirupana 5 – La religion ultime

Les gens se maintiennent occupés parce qu’ils ont du mal à supporter leur propre conscience. Ils sont à la recherche de toutes sortes d’activités pour échapper à eux-mêmes. Le plus grand challenge est de regarder en soi ; en notre seule compagnie.

Un bien plus grand nombre d’individus sont décédés, comparativement à ceux qui sont en vie aujourd’hui. La masse de leurs corps pesant des milliers de tonnes, où sont-ils passés ? Que doivent-ils faire maintenant ? La réponse est qu’ils sont maintenant comme ils étaient avant leur naissance.

La religion ultime est la réalisation du Soi. C’est un état d’être sans interruption et sans peur. Cet état concerne la conscience présente dans le corps. Les religions basées sur le comportement de l’être humain le mènent à sa chute. La plus haute religion consiste à vivre dans la convic- tion que nous sommes conscience pure. La libération veut dire être libre, alors vous n’êtes plus sous l’emprise du mental, de l’intellect et de l’ego. Celui qui suit ceci se libère de tous les concepts. Seule la religion de notre propre Soi perdurera jusqu’à la fin. Cela, à travers quoi nos activités quotidiennes sont connues, est notre vraie nature. Alors, même complètement investis dans les activités mondaines, vous n’en êtes pas affectés. Comprenez cela, restez en paix et tranquille. Tous vos besoins seront satisfaits. Krishna dit : « Je prends la responsabilité de pourvoir aux besoins de celui qui suit la religion de sa vraie nature. » Pour lui, tout ce qui est requis est fourni automatiquement. La pratique spirituelle est aussi facile que difficile. Celui qui se réfère à la parole du Guru « Je suis l’Atman qui s’éclaire lui-même » la trouvera facile.

L’action la plus charitable est d’offrir la connaissance du Soi.
Un véritable brahmine est celui qui sait qu’il est Brahman – conscience pure. Ceux qui sont véritablement religieux reçoivent tout le bénéfice de la connaissance du Soi.

Prana (le souffle vital, la force de vie) fait tout le travail ; aussi, soyez amical avec lui. Si le prana est purifié par le mantra du Guru, alors, au moment du décès, il se refondra dans le prana universel. Ceux qui n’ont pas la connaissance échouent. Le prana exprime toutes les formes d’expression : para – l’intuition ; pashyanti – la forme pensée ; madhyama – la parole non prononcée, et vaikari – la parole prononcée. Madhyama est appelé le mental, et quand il parle on le nomme vaikari. Ainsi le mental n’est pas différent de prana. Prana est pranava – le son primordial Om. Prana, la force vitale, est identique pour un ver ou un être humain. Chaque corps est considéré de la même façon. Le jnani ne voit pas le prana comme une forme individuelle. Pour lui tout est un. Le prana d’un jnani devient le prana de l’univers. Là où la conscience est stable, il y a compassion. C’est tout ce qui reste au jnani. Quand « votre » prana sera satisfait, vous serez amené à connaître qui de vous ou du prana parle véritablement.

Nisargadatta Maharaj

le dimanche 25 décembre 1977

Extrait de “Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj” aux éditions Aluna

 

 

Nirupana 4 – Vous êtes la Lumière qui éclaire le monde

Votre rêve vous est propre, personne ne peut le voir. Pareillement, votre monde vous est propre.

Le fait « Je ne suis pas les vêtements que je porte » est facilement compris. Le fait « Je ne suis pas le corps » ne peut être compris sans la grâce du Guru. La parole du Guru « Je suis pure conscience » a valeur de mantra. La réalisation du Soi ne change pas. Plus grande est la compréhension, plus faibles seront les désirs. L’essence du Soi est sans désir. Le jiva (le soi identifié au corps) est épris du corps. Dans tous les cas, n’oubliez pas que même absorbé dans le Soi, le corps doit être bien soigné. La parole du Guru reflète notre vraie nature. Une fois que tous nos efforts arrivent à leur fin, notre vraie nature brille spontanément.

Celui qui a tant soit peu contemplé le Soi, n’aura plus besoin d’aucun dieu ou déité ; en fait il n’aura besoin de rien. Un tel être ne blessera même pas la plus petite créature.

Après la réalisation de votre essence, vous ne demanderez plus rien. Le corps n’est pas votre création, ni celle de vos parents ou de Dieu. Il a été créé spontanément.

Comparés à la connaissance de votre véritable nature, tous les lieux saints du monde ne sont rien. C’est éclairé par votre propre lumière que les lieux saints prennent leur importance.

La plus grande faute est de douter de la parole du Guru.

La lumière que vous voyez à l’extérieur vient de votre propre lumière. La lumière du soleil et de la lune ne peut être comparée à la lumière du Soi. Le corps appartient à l’être humain, mais ce n’est pas l’être humain qui agit à travers le corps. C’est l’essence du Soi. À cause de la conscience identifiée au corps, vous croyez être celui-ci ou un autre. Ce n’est plus le cas quand le Soi est réalisé. Assurément vous allez mourir, mais avec quelle identité ?

La sensation « Je suis » crée un léger mouvement en vous, saisissez-le. C’est facile pour celui qui se détourne des activités mondaines. La connaissance de l’existence est le moteur de tout. La conscience qui vous donne la sensation « Je suis » est pareille au fait de se trouver au pied du Sadguru. Restez en contact avec elle. Au moins, rappelez-vous que votre corps renferme la graine de l’Absolu. Contemplez la flamme du Soi. La nature éternelle de cette flamme est comprise par la réalisation du Soi.

Soyez conscient que c’est votre propre histoire. Alors votre qualité sera équivalente à celle de Brahman. Tout comme vous savez vous rappeler que vous êtes un homme ou une femme, rappelez-vous « Je suis Brahman ». Ne vous présentez pas à la mort en vous nommant le corps. La méditation sur le Soi est ce qui nous sauve. Le temps se dissoudra alors en vous et non pas vous dans le temps.

« Oh ! Guru, ta vraie nature n’est en rien différente de mon propre Soi, et c’est ainsi que je me suis rendu à Toi. » Ceci doit être une conviction. Cette connaissance de l’être est comme un missile nommé Brahmastra. Il ne rate jamais son coup. Un tel être paraîtra ordinaire, mais il est différent. Méditez sur le méditant, sur rien d’autre. C’est une grande bénédiction que de pouvoir entendre parler de la connaissance du Soi de cette façon.

Nisargadatta Maharaj

jeudi 22 décembre 1977

Extrait de “Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj” aux éditions Aluna

 

 

 

Nirupana 3 – mémoire

(Ce mémoire est constitué de citations relevées sur plusieurs entretiens. Elles représentent le témoignage unique d’un être éveillé. Maharaj ne parlant que rarement à son sujet).

« Mon identité est avant toute description. Je n’ai que faire de moi. Les autres peuvent me trouver utile au regard de leur foi. La vérité éternelle, Parabrahman, est toujours avec moi. J’ai rencontré comme seul obstacle l’accumulation de mémoire de ces quatre-vingt-une années. Quand je me tiens au-delà du sens ‘Je suis’, comment est-ce que je peux commettre une action mauvaise ou vertueuse ? »

« J’ai vu la présence-conscience-félicité (sat-chit-ananda) dans sa nudité, c’est pourquoi je parle comme cela. Parabrahman – le non- manifesté – guide Brahman – le manifesté. Je ne parle pas en tant qu’une personne qui parle à une autre personne. Je parle à la conscience pure, pas au corps. Comme vous êtes identifiés au corps physique pendant que vous m’écoutez, vous ne comprenez pas ce qui est dit. »

« J’ai accepté ce que mon Guru m’a enseigné, rien d’autre. À cause de maya, j’avais le sentiment que « Je suis » était antérieur à maya. Quand j’ai réalisé cette erreur, j’ai réalisé que j’étais toujours là, mais sans aucune connaissance. »

« J’ai pleinement conscience que le dévot n’est pas différent de moi. Je ne parle pas à un individu mais à la conscience et à l’amour en lui. C’est une amitié éternelle, seulement si nous l’entretenons. La différence entre vous et moi est partie. La sensation d’individualité est remplacée par une sensation de totalité. Maintenant, la mort s’est fondue dans l’Absolu. »

« Mes réponses à vos questions viennent spontanément, je n’y réfléchis pas. »

« Ma naissance est la naissance du monde. La source de mon discours est la matrice d’or (Hiranya Garbha) à travers laquelle le monde est créé. » « Ici, le verbe répond au verbe. Je suis en dehors du verbe. Là où je me tiens, il n’y a ni lumière, ni obscurité, ni je, ni vous. Qui me reconnaîtra dans mon état non manifesté ? Je ne peux être connu que lorsque celui qui connaît se dissout lui-même. Quand les passions se taisent, il n’y a plus d’empressement à se tourner vers l’extérieur. Je suis le témoin de l’existence et de la non-existence. »
« Je vous donne la connaissance de ma véritable nature. Écoutez comme s’il s’agissait de vous. Par la grâce du Guru, j’ai assisté à la réalisation du Soi. Parce que j’ai la connaissance de ma vraie nature, les érudits ne peuvent pas argumenter avec moi. Les gens riches, les notables et les personnes cultivées viennent me voir. Je les rencontre de la même manière que n’importe qui d’autre. Je sais pourquoi et comment quelqu’un ressent qu’il est. Aussi je ne vois aucune différence entre petit et grand. Je ne vois aucune différence entre Dieu et le dévot. Vous ne comprendrez cela qu’en développant le discernement. »

« J’étais convaincu d’avoir atteint une grande connaissance, en même temps que de ne rien connaître. Tout est concept passager. J’ai vécu toutes les expériences yogiques. Je m’en suis débarrassé, sans considération pour les pouvoirs spirituels. Vous devez savoir que j’honore la conscience tout autant que je la condamne. Les gens sont encombrés de leurs mémoires. Je me suis pétri et me suis mangé. »

« La sensation d’existence est matière à expérience. Mais je suis au- delà de cela. Certaines personnes prétendent avoir la mémoire de vies passées. Je n’ai même pas l’expérience d’un moi à chaque instant. »

« Aucun exemplaire de mon individualité ne peut être trouvé de par le monde, je suis uniquement la totalité. Une vie de plus de cent ans ne serait d’aucune utilité pour quelqu’un comme moi. J’ai disparu par négation. Je n’ai pas l’utilité de mon existence. Je suis Parabrahman sans désir. Vous m’écoutez alors que vous êtes identifiés à votre corps, aussi cela ne vous touche pas. Mes paroles et votre compréhension doivent se réconcilier. »

« Il se peut que vous ne supportiez pas ce que je vais dire. Dans ce cas, je vous demande de partir. Je n’ai aucune utilité de moi-même. Mais pour vous, je serai utile en fonction de votre foi. Mon apparence dépendra de vos concepts. Vous me rencontrerez en fonction de vos concepts. »

Le passage suivant est constitué des dernières paroles de Maharaj avant qu’il perde l’usage de la parole :

« Je ressens la douleur du corps, mais aucune de mourir. Ce qui s’est manifesté n’est pas ‘Je’. Je suis ce qui est toujours là et qui est avant toute manifestation. Je ne suis pas la conscience ; au contraire, la conscience est une nuisance pour moi. »

Extraits de ” Méditations avec Sri Nisargadatta Maharaj” aux éditions des 2 océans

 

sensation d’existence!

Conscience pure et conscience d’être

un état au-delà des besoins

 

Nisargadatta Maharaj :

De par sa nature même le mental est tourné vers l’extérieur: il tend toujours à rechercher la source des choses parmi les choses elles-mêmes. S’entendre dire de rechercher la source à l’intérieur est en quelque sorte le début d’une nouvelle vie. La pure conscience prend la place de la conscience ordinaire. Dans la conscience ordinaire, il y a le «je» qui est conscient, alors que la pure conscience est indivise. Le «je suis» est une pensée, alors que la pure conscience n’est pas une pensée; il n’y a pas de «je suis conscient» dans la pure conscience. La conscience ordinaire est un attribut, alors que la pure conscience n’en est pas un. On peut être conscient d’être conscient, mais on ne peut être conscient d’être pure Conscience. Dieu est la totalité de la conscience, mais la pure Conscience est au-delà de tout, y compris être et ne pas être.

Nirupana 2- temporel et intemporel

Temporel et intemporel

Brahman ( la manifestation ) est éternel. Pour autant, même le concept ” Jesuisle seigneur Vishnu” ne dure pas. Qu’est-ce que cela veut dire? Est-ce que cela peut être compris par l’ascèse? Cela ne peut être compris qu’au travers d’un juste discernement ( note de l’édition anglaise:  Maharaj pointe le fait que quand Vishnu, considéré comme l’Être suprême, s’endort, Celui-ci oublie tout, y compris son propre nom. Aussi longtemps qu’un être se considère comme un corps, fut-il celui d’une divinité, il ne peut pas rester établi dans sa véritable nature).

Garder présent à l’esprit ceci est la méditation.

Ce qui s’est passé dans l’enfance est rai, ce qui s’est passé dans la jeunesse est vrai, ce qui s’est déroulé dan la vieillesse est vrai. Mais finalement chacun doit réaliser que tout cela était faux ( en tant que lié au temps, et donc éphémère).

La libération veut dire être libre. Libre de nos propres concepts, libre de la servitude à notre mental, intellect et imagination.

Le Soi est libre du concept « Je veux exister », et en cela n’a pas besoin

de libération.

Celui qui a reconnu l’origine du mental et de l’intellect est libre de leur harcèlement.

Ils émergent du corps-conscience.

Parabrahman ( l’Absolu) n’appartient à aucun système. Tout culte est concept et tout concept est incomplet.

Quel est le message du Guru? Le voici: ” Vous n’êtes pas le corps, vous êtes la conscience dans le corps.” Accrochez vous à cela.

Le temps arrivera à sa fin, mais vous, jamais. Celui qui dit:” Je suis le corps” ne comprendra jamais cela. Quand il n’y a pas de temps, il n’y a pas de monde ( note de l’édition anglaise: il ne s’agit pas  du temps indiqué par l’horloge. Maharaj dit que le temps commence à la naissance de la personne. Ce n’est pas l’enfant qui naît , mais le temps. Ainsi le temps est là aussi longtemps que vous êtes.)

Vous avez la connaissance que “vous êtes”. C’est la misère. La conscience dans le corps est ce qui permet de tout voir.

Cette subtile présence à soi est le Guru. Constamment revenir à cela, c’est la méditation. Même si la pure sensation d’être n’est pas présente à l’esprit, elle est toujours là. L’expérience du temps disparaît en même temps que le monde, comme à la fin d’un rêve. Celui qui perçoit la dissolution de l’univers est assurément antérieur à celui-ci.

Cela peut se comparer à un dormeur qui est témoin de son rêve. Vous serez disponible pour la spiritualité seulement avec un mental silencieux. Pour cela, concentrez-vous sur l’objectif. Krisna dit : « Cela, à travers quoi le monde est perçu, est Ma nature autant que la vôtre. »
Maya est difficile à saisir. À moins de faire preuve de dévotion envers le Guru, elle barre le passage à la réalisation de Soi. Pratiquez une dévotion non duelle. Accrochez-vous à la connaissance « Je suis » (ici, le Guru n’est pas à considérer comme une personne physique, il s’agit de votre pure conscience. Elle est aussi appelée jnana. Le sens habituel donné à maya est illusion. L’illusion-racine est votre propre conscience originelle).

En suivant les paroles du Guru, vous grandirez spirituellement et serez heureux dans votre vie quotidienne tout à la fois.

Il est dit qu’il y a trois guna-s ou qualités premières. Pour dire vrai, il n’y en a qu’une : Sattva guna, la conscience pure. Quand elle s’approprie l’action c’est alors Tamo guna. Quand elle est active il s’agit alors de Rajo guna. La présence de ces guna-s se révèle à travers les activités quotidiennes.

Nisargadatta Maharaj

page44image60965248Jeudi 1er décembre 1977

 

Nirupana 1 – Conscience-graine

source de la Conscience Nisarrgadatta

Nirupana 1

Les activités quotidiennes ont pour seul objet le divertissement de la conscience.

La qualité du fruit est liée à la qualité de la graine. aussi est-il important de porter attention aux bonnes choses.

Ce qui est vu est le reflet de la propre conscience de celui qui voit.

Ce qui perçoit (vous en tant que conscience) et le perçu (l’univers manifesté) ne sont pas différents : ils sont un et unique.

Ce à travers quoi  l’espace est créé est en nous.

Le mental n’a ni naissance, ni mort. Le mental signifie le discours ( les pensées).

Le mental devient silencieux quand le flot des mots se tarit. Le verbe vient de l’espace, le mental  est formé du verbe, et votre comportement est directement lié à votre mental ( de ce point de vue, le verbe créateur est OM qui symbolise la manifestation, la vibration première. ainsi, le mental est formé des mots). En fait, vous n’êtes pas celui qui fait.

Vous portez des vêtements mais vous ne dites pas pour autant: ” je suis les vêtements.”

De la même façon, apprenez à dire : ” Je ne suis pas le corps.” Votre forme est de la nature de l’espace.

(Dans cet entretien, Maharaj nous invite à revenir à notre Source.)

Quand nous nous réveillons le matin, c’est la conscience originelle qui apparaît en premier, juste un ressenti de notre existence. En quelques secondes, la conscience-graine se déploie et l’espace apparaît.

Dans cet espace tout est vu, y compris notre propre corps.

Cela se produit chaque jour de puis notre enfance.

Depuis lors, nous nous identifions à notre corps. Cette impression si profondément ancrée ne peut être rejetée sans la guidance d’un Guru éveillé. Le Guru  nous demande d’aller plus profondément en nous en affirmant :” Je ne suis pas le corps, je suis la conscience dans le corps.”

Nisargadatta Maharaj

Extrait de “Méditations avec sri Nisargadatta Maharaj” aux éditions Aluna

dimanche 27 novembre 1977